Mobilisation de la finance solidaire

Par Véronique Smée (Novethique)

La deuxième édition de la Semaine des finances solidaires se déroule du 4 au 11 novembre 2009 dans toute la France. Objectif : faire connaître aux particuliers les placements solidaires et expliquer l’utilité sociale de ces produits, exemples à l’appui. En période crise, le secteur se porte bien, mais reste handicapé par une faible notoriété.
Si la finance solidaire est un secteur de plus en plus connu par les Français, elle reste malgré tout l’apanage des catégories les plus aisées. Son taux de notoriété atteint en effet 61% chez les cadres supérieurs et 48% parmi les revenus les plus élevés et les personnes diplômées. En résumé, selon l’enquête IPSOS pour le « baromètre des finances solidaires », réalisé chaque année par Finansol : « l’épargne solidaire reste essentiellement connue des catégories supérieures, habitant en région parisienne et disposant de revenus confortables ».

Coins-PileCette forme d’épargne, qui permet de financer des activités du secteur social telles que l’emploi et l’insertion ou le logement, a donc besoin de mobiliser et de convaincre. C’est le sens donné aux événements qui se déroulent pendant la Semaine de la finance solidaire, axés sur la pédagogie et la présentation d’exemples concrets de bénéficiaires – microentreprises, coopératives, réinsertion par l’emploi et le logement, commerce équitable, etc-. Autant d’acteurs qui ne pourraient pas se réinsérer, se reloger ou développer une activité sans ces sources de financements alternatives. D’autant qu’avec la crise, les crédits – même très modestes- octroyés par les réseaux bancaires traditionnels, sont inaccessibles. Or aujourd’hui, l’encours des produits d’épargne solidaire s’élève à 1, 634 milliard d’euros. La collecte des fonds solidaires proposés par des établissements financiers comme la Caisse des Dépôts, la Macif, le Crédit Coopératif ou Natixis, a permis d’investir 379 millions d’euros dans des entreprises agissant dans le domaine social,  le logement (41% des fonds), l’emploi (30%), ou l’environnement (19%). Multipliée par deux en 3 ans, l’offre de produits compte aujourd’hui une centaine de fonds d’épargne solidaire, labellisés par Finansol. 


Nouvel essor

Par ailleurs, à partir du 1er janvier 2010*, toute entreprise qui mettra en place plan d’épargne entreprise (PEE) pour ses salariés aura l’obligation de proposer au moins un Fonds Commun de Placement d’Entreprise Solidaire (FCPES) ; les salariés pouvant choisir ou non d’y souscrire. Ces FCPES investissent 5 à 10% de leurs capitaux dans des entreprises solidaires, le reste étant placé de manière « classique », précise Finansol.

« Cette législation va changer le marché de l’épargne solidaire, puisque le basculement de l’épargne classique vers l’épargne solidaire est obligatoire. Les actifs vont être multipliés par trois », assure Emmanuel Gauthier, gérant du FCPR Natexis Solidaire. De fait, jusqu’ici, seuls 53 fonds d’épargne salariale solidaires ont été mis en place dans les entreprises, avec des encours qui s’élevaient à 550 millions d’euros en juillet 2009. Parmi elles, Carrefour représente le tiers de l’encours total.

*Loi de modernisation de l’économie du 4 août 2008

La hausse continue du chômage

Par Sandra Moatti (Alternatives Economiques)

Le nombre de demandeurs d’emploi atteint 2 574 900 en septembre, soit 21 600 de plus qu’au mois d’août, affirme le gouvernement. Il ne s’agit cependant que des demandeurs d’emploi de catégorie A, c’est-à-dire ceux qui sont non seulement en recherche active, mais qui n’ont pas du tout travaillé durant le dernier mois. Il suffit en effet d’une heure de travail dans le mois pour passer en catégorie B et de 78H mensuel pour être en catégorie C. Or, à elles deux, ces deux dernières catégories – celles de demandeurs d’emploi ayant exercé une activité réduite – représentent 1,17 millions de personnes. Ce qui porte à 3 745 200 personnes le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A, B et C (ce sur quoi le gouvernement devrait communiquer s’il suivait les recommandations du CNIS, le Conseil national d’Information statistique). Soit 45 000 de plus qu’un mois auparavant.Si on y ajoute les demandeurs d’emploi inscrits à pôle emploi mais dispensés de recherche active – parce qu’ils sont en stage, en formation, ou en maladie, on atteint 4 millions. Et encore, ce chiffre ne prend pas en compte les salariés au chômage partiel ou technique. Le nombre de ces derniers a été multiplié par 10 en un an et atteignait (selon les derniers chiffres disponibles de juin 2009) 320 000 personnes. 

Mais si la dégradation de l’emploi continue, elle ralentit, assure le gouvernement. Entre novembre 2008 et avril 2009, les rangs des demandeurs d’emploi augmentaient chaque mois de plus de 50 000, jusqu’au record de 100 000 demandeurs de plus en janvier. On serait donc en phase de décrue… En réalité ce n’est pas le cas : depuis le mois de juin dernier, on assiste mois après mois au contraire à une nouvelle augmentation des flux d’entrée au chômage, que l’on prenne les catégories A, ou A, B et C.Dans ses dernières projections, l’OFCE prévoit une hausse du chômage de 800 000 personnes sur les deux années 2009-2010. Après une augmentation de près de 400 000 sur les deux premiers trimestres 2009, il faudrait donc s’attendre à une hausse équivalente sur les 18 mois suivants, soit 22 000 chômeurs supplémentaires par mois. On serait donc désormais en quelque sorte sur un rythme de croisière pour l’année qui vient. 

L’examen des motifs de sortie des listes de Pôle Emploi n’incite d’ailleurs pas à l’optimisme. Pourquoi les demandeurs d’emploi sortent-ils des listes ? Un sur cinq seulement parce qu’il retrouve un emploi. Dans près de la moitié des cas, il s’agit d’une « cessation d’inscription par défaut d’actualisation ». Cette catégorie contient certes des chômeurs qui ont retrouvé un emploi sans avoir pris la peine de le signaler à Pôle emploi, mais elle marque aussi la montée du découragement parmi les chômeurs du fait de l’absence de perspectives sur le marché du travail ou… de la désorganisation de Pôle emploi.En outre, les premiers entrés sont rarement les premiers sortis. Le rythme de croissance des demandeurs d’emploi de longue durée (plus d’un an) accélère : ils étaient 1 274 500 en septembre (catégories A, B et C) pour la France entière. De quoi redouter une explosion de la pauvreté quand ces chômeurs arriveront en fin de droit… 

Variation mensuelle des demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi 

 

Catégorie A : demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, sans emploiCatégorie B et C : demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, ayant exercé une activité réduite au cours du dernier mois. 

Source : Dares

 

Portrait du futur chargeur électrique mondial

 

Par Daniel Huchette (D&E)

Daniel HuchetteLes révolutions se concrétisent vraiment lorsqu’elles arrivent dans la vie quotidienne.  Plus encore lorsque tout le monde se met d’accord pour fabriquer une norme universelle.Nous savons maintenant que la voiture électrique va pouvoir rouler, que l’on va pouvoir se doter d’une infrastructure parce que le diable qui se loge dans les détails vient d’être éjecté au profit d’un truc intelligent qui permet aux électrons de faire le plein de la batterie et d’afficher le prix à payer sur le chargeur .

                        Publié par GreenUnivers                

chargeur-EV4-300x211La Société mondiale de l’ingénierie automobile (Society of Automotive Engineers – SAE) devrait voter dans quelques jours une norme mondiale pour les chargeurs de voitures électriques : il s’agira d’un chargeur à 5 plots, qui protège l’utilisateur de tout contact avec le courant, et qui pourra être branché sur de banales prises de courant 110 v ou 220 v. La SAE, qui élabore les normes de l’automobile et de l’aviation avec des entreprises et experts de plus de 97 pays, planche depuis deux ans et demi sur une norme baptisée J1772, qui normalisera les prises et les câbles des futurs chargeurs. La norme devrait ensuite être publiée dans 10 semaines et tous  les industriels – constructeurs auto, fabricants de bornes de recharge – devraient l’adopter.C’est une étape clé, car cela permettra à n’importe quelle voiture électrique d’utiliser n’importe quelle borne de recharge, où qu’elle soit. Exactement comme sont normalisés dans le monde les distributeurs d’essence.Le nouveau chargeur fonctionnera sur des prises de 110 v ou 220 v (sachant que charger une voiture sur une prise à 110 prend environ 8 heures, contre 3 heures pour une prise en 220 v). Robuste, son design a été élaboré par la société Yazaki. Il permettra une charge de 16,8kW jusqu’à 70 ampères.

La prise aura 4,3 cm de diamètre, 5 plots et permettra des échanges de données via le courantchargeur-EV5-300x287 électrique pour identifier le véhicule et contrôler le chargement. Il pourra supporter 10.000 connexions-déconnexions, et braver toutes les intempéries. Sa durée de vie attendrait donc 13 ans à raison de 2 branchements par jour.La norme s’appliquera aussi aux chargeurs rapides sur lesquels planchent de nombreux industriels, qui permettront des recharges 10 fois plus rapides, voire 50 fois – mais que toutes les batteries ne pourront pas supporter.

Des prises et chargeurs dans les voitures

C’est une responsable de General Motors qui a annoncé dans un chat du site web de GM l’imminente adoption de cette nouvelle norme : Britta Gross, directrice de la division Global Energy Systems de GM. Elle a expliqué que la future Chevrolet Volt électrique de General Motors sera vendue avec un chargeur – un peu comme un ordinateur —  et que « si vous trouvez une prise, vous pouvez la recharger ». Elle a expliqué que tous les constructeurs équiperont leurs voitures électriques de prises et chargeurs compatibles.« Gery Kissel de GM préside le comité de la norme J1772. Un vote aura lieu cette semaine et tous les grands constructeurs devraient l’approuver et y adhérer. Toutes les infrastructures désormais devraient être compatibles avec la norme J1772, de sorte que tous les véhicules électriques pourront les utiliser », a-t-elle expliqué.

Pour ceux qui voudront acheter une station de recharge rapide pour leur propre garage, leur choix pourra donc se faire sur d’autres critères, par exemple l’ « intelligence » du chargeur — sa capacité à choisir les heures creuses, programmer les recharges, etc.

UNE FAILLITE INTELLECTUELLE ET POLITIQUE

Par Christian Gomez

Money conceptPar les temps qui courent, il ne fait pas bon d’être banquier. Par avidité et appât du gain, ceux-ci auraient pris trop de risques et conduit le système financier à la à la faillite. C’est là réécrire déjà l’histoire d’une manière bien sommaire, car les vrais responsables sont d’abord ceux qui ont créé le système qui a pu laisser libre cours aux « esprits animaux » des banquiers d’investissement et « traders » de Wall Street et d’ailleurs, et à tous leurs nombreux suiveurs dans les directions d’entreprises… Voyons donc quels sont les vrais fauteurs de faillite !

Première faillite : la science économique dominante

Depuis 20 ans, des gourous qui sont à la science ce que les sorciers sont à la médecine nous assènent des « vérités » dont les fondements empiriques sont quasi-inexistants : les quantités de monnaie et de crédit n’ont pas d’importance ; les agents économiques forment leurs anticipations indépendamment de leurs expériences passées et d’une manière rationnelle ; les marchés sont efficients ; la conjoncture économique peut être régulée par les seuls taux d’intérêt réels ; les marchés ne se trouvent jamais mieux que laissés à eux-mêmes (laisser-fairisme)… On avait déjà vu à l’œuvre ces théories dans la plus grande catastrophe de l’histoire économique (le passage de la Russie à l’économie de marché). Force est de dire que ces économistes portent une part écrasante dans la formation des élites et le climat intellectuel qui ont conduit aux autres faillites.

Deuxième faillite : Les autorités politiques

De ce point de vue, l’échec est multi-dimensionnel.

Une mondialisation sans règles aux conséquences désastreuses : Fondé sur une théorie correcte mais inadaptée, laAustrian Parliament, Vienna théorie des coûts comparatifs de Ricardo, et sans tenir compte de la foire d’empoigne que représente le système monétaire international aujourd’hui, le processus de mondialisation qui a débuté réellement au début des années 90 a conduit à une désarticulation accélérée de l’industrie des pays industrialisés et à une forte pression sur les revenus des ménages, en particulier les catégories les plus fragiles. Pour maintenir la croissance, les gouvernements ont vu dans les politiques monétaires expansionnistes et l’accroissement de l’endettement des ménages des échappatoires dont ils n’ont cessé de vanter les mérites jusqu’à une date récente.

Un Système monétaire international à vau-l’eau : Avec un dollar à la dérive, soumis aux aléas des politiques menées par les Etats- Unis à des fins intérieures, et face à des pays émergents cherchant à renforcer leurs avantages de coûts par des dévaluations ultra compétitives avant de s’arrimer au dollar, aucune autorité n’a pris la mesure des conséquences des évolutions constatées en termes de commerce international et de création de liquidités. Elles ont ainsi préféré pratiquer une politique de « benign neglect » dont elles porteront l’entière responsabilité devant l’histoire.

Un système bancaire totalement débridé : Les Banques ont fait des profits considérables pendant cette période (plus de 50% des profits entreprises aux Etats-Unis) avec des taux de rentabilité du capital après impôts ahurissants (plus de 20%), soulevant parfois la réprobation générale devant le train de vie des dirigeants ou les bonus extravagants. Mais à aucun moment, les autorités ne se sont interrogées sur les causes réelles de ces faits extraordinaires et les risques encourus. Ainsi, elles ont laissé se constituer d’énormes conglomérats bancaires dont le sauvetage apparaît maintenant au-delà des possibilités des Etats (too big to save) ; elles n’ont aucunement veillé à renforcer la concurrence interbancaire et ont laissé se constituer des oligopoles entre ces mastodontes, dont le plus ancien et le plus célèbre est celui que constituent les firmes de Wall street ; elles ont avalisé toutes les réformes de « libéralisation » réclamées par les banques sans aucun esprit critique. Tout cela, sans que l’on puisse dire que le secteur financier, tel qu’il s’est développé, ait vraiment aidé à la croissance. Peut-être même peut-on soutenir le contraire…

Troisième faillite : Les politiques monétaires

Il s’est produit à partir de 1995, sans doute en liaison avec les premiers effets de la mondialisation, une rupture dans les politiques monétaires, qui apparaît avec évidence à l’analyse du graphique ci-contre. Délaissant toute58169c6bf77ed318de636e99f4b72a5 contrôle par les réserves bancaires, une nouvelle politique à été mise en œuvre, dite « objectif d’inflation » (inflation targeting) qui consiste à convaincre les acteurs économiques de la crédibilité des autorités monétaires dans leur volonté de tenir un objectif d’inflation basé sur un indice dit « core inflation » (prix hors prix alimentaires et énergétiques). Pour ce faire, les autorités monétaires ont cherché à convaincre le marché qu’elle réagirait sans faiblir par une manipulation adéquate des taux d’intérêt à toute divergence par rapport à l’objectif de 2% de « core inflation ». En fait, tout dans cette politique est absurde. Absurde lorsque l’on sait que l’inflation est un indicateur en retard sur la conjoncture économique et donc que toute action en fonction de ce seul critère risque d’amplifier le cycle et non de l’amoindrir (cas de Mr Trichet depuis le début de la crise). Absurde car, pendant que ces autorités montaient la garde derrière cette nouvelle « Ligne Maginot », l’indice « core inflation » fortement biaisé à la baisse par l’arrivée des pays émergents (Chine) sur les marchés de produits manufacturés, le monde était submergé de liquidités et tous les marchés d’actifs et de marchandises (immobilier, actions, obligations, produits alimentaires et énergétiques) explosaient.

Quatrième faillite : Les Autorités de Contrôle

Elles sont aujourd’hui vilipendées mais pas toujours à bon escient. Leurs fautes sont certes lourdes : inconscience devant le risque de liquidité résultant du grossissement démesuré des bilans bancaires ; cécité complice devant le développement du « système bancaire fantôme » (shadow banking system) ; manque d’esprit critique concernant ap104s3105les « nouveaux » produits devant les raisonnements probabilistes « impeccables » de jeunes gens choisis parmi les plus brillants des Ecoles d’Ingénieurs. Cependant, on ne peut leur reprocher ce qui était plutôt du ressort des Autorités Monétaires. En regardant la qualité des actifs bancaires actifs par actif et en faisant dépendre la couverture en capital de la nature des transactions, elles étaient bien sûr incapables de prendre en compte la résultante de toutes ces actions, c’est-à-dire le risque de crise systémique. Chaque crédit hypothécaire considéré en lui-même peut apparaître sain. Mais, un empilement des mêmes crédits, qui pousse les prix de l’immobilier à 40% au-dessus de leur niveau d’équilibre de long terme, remet en cause nécessairement la solidité de l’ensemble et, finalement, la rationalité de l’ensemble des décisions prises. Or, le contrôle d’une telle situation n’entre pas dans le champ des Autorités de Supervision et c’est le point essentiel pour expliquer la crise d’aujourd’hui.

Conlusion

Ainsi, cette crise, au-delà de ses effets visibles par tous, révèle en fait un problème d’une gravité extrême, l’invalidation des schémas de pensée qui ont fondé les principes directeurs de l’action au cours de la dernière décennie. Il faut bien sûr prendre des mesures d’urgence à court terme pour parer au plus pressé, mais il faut surtout se préparer à une refondation générale de notre système économique et regarder l’avenir avec des idées neuves ou, à tout le moins, plus solidement établies que celles qui nous ont menés à la catastrophe.

Dans quelques mois : le prochain krach : la bulle obligataire

Par Rachel Cado (D&E)

Rachel-CadoUn plan de relance d’une ampleur conséquente entraîne des tensions insoutenables sur le marché obligataire et donc un krach à moyen terme, c’est le marteau ou l’enclume… Le besoin de financement généré par les plans de relance est un des effets pervers, d’une bonne volonté peut résulter des maux bien plus grands, car ces plans n’ont pas fait l’objet ni d’une coordination mondiale ni d’une étude d’impact sur les marchés de capitaux et encore moins de la définition d’une procédure d’intervention sur ces marchés. L’examen du besoin de financement mondial face au fonctionnement et aux conditions actuelles du marché des capitaux permet de comprendre le déroulement et l’avancée de la bulle obligataire.

A. LES PLANS DE RELANCE SE TRADUISENT PAR UN BESOIN DE FINANCEMENT COLOSSAL

Money conceptLes plans de relance ont généré des besoins de liquidité gigantesques sur le marché obligataire.En effet hormis la Chine qui a les moyens d’autofinancer ses besoins, les pays occidentaux à commencer par les Etats-Unis ne peuvent financer leurs plans de relance que par l’endettement. Concrètement la dette US représentera 80% du PIB en 2009 et 100% en 2014 (FMI forecast dans le scénario le plus optimiste : reprise économique 2010 sans problème majeur).

Ainsi sur seulement une année, le besoin de financements supplémentaire est le suivant : Ø 700 mds$ : Plan Paulson (sauvetage des banques)

Ø 800 mds$ : Plan Obama (plan de relance)

Cela amènera le déficit US à 13% du PIB en 2009 contre 5% en 2008.

Au niveau européen les plans restent bien plus modestes (ne dépassant pas 1 à 2% de PIB) mais requièrent également des liquidité sur le marché de l’endettement, de telle sorte que le besoin de financement des administrations publiques au niveau mondial atteint 6 000 mds$.Certes ces plans de relance sont jugés indispensables et vont permettre de stimuler voire de susciter un redémarrage économique, du moins une transition des pays occidentaux vers le modèle économique de la connaissance et de la croissance verte correspondant à la nouvelle donne économique et financière, transition qui n’avait pas été entreprise ou prévue. Ils sont donc attendus avoir un effet positif sur l’économie et la sortie de « crise ».

Cependant le revers de la médaille est que le besoin de financement repose sur l’endettement, et ceci peut avoir un effet inverse : aggraver et approfondir la crise.

B. BESOIN DE FINANCEMENT ET MARCHE DE L’ENDETTEMENT : MECANISME ET RISQUES

Dans la mesure où le financement repose sur l’endettement, cela signifie que les Etats doivent se financer sur le marché de l’endettement c’est-à-dire sur le marché obligataire en procédant à des émissions obligataires, en l’espèce les US font des émissions de T-Bills, T-Notes et T-Bonds

c’est-à-dire de Bons du Trésor 2 ans, 5 et 10 ans, et 30 ans, avec une prédilection sur cette opération pour les maturités 2 et 10 ans (effet de liquidité et d’opportunité de placements).

Le point crucial est donc d’établir les conditions de possibilité du marché obligataire : est – il évident de lever des sommes de cette ampleur? Il y a-t-il suffisamment de demande (=capacité de placement)? Comment se comporte ce marché ? A quel niveau (=coût) pourront se faire ces levées de fonds? Quel impact cela aura-t-il sur ledit marché obligataire et par ricochet sur les marchés financiers en général?

En tout premier lieu il faut avoir en tête que cet appel au marché se fait dans un contexte de baisse de l’attrait des investisseurs, en se gardant par de là -même de dire de raréfaction des liquidités car celles-ci sont plus abondante que jamais surtout au regard des injections massives des banques centrales… mais il s’agit d’une raréfaction de la circulation des liquidités. Dès lors si l’attrait des investisseurs est déjà en fort recul, cela signifie que le placement des émissions sera difficile, et peut être même dans certains cas impossible. La conséquence mécanique de ce placement difficile est le paiement d’un taux d’intérêt plus élevé à l’investisseur, et s’agissant d’une émission d’Etat, cela signifie une hausse forte voire violente des rendements sur la maturité concernée donc des perturbations très vives sur la courbe des taux.

Les 3 risques concomitants à l’explosion des émissions obligataires

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Ø Des tensions très vives sur les maturités d’émissions c’est-à-dire une très forte remonté des taux concernés par rapport aux autres taux de la courbe donc ce qu’on appelle sur les marchés des déformations de courbes.

Ø La hausse vive des taux signifie la baisse du prix des titres, reste donc à craindre desmouvements de baisses fulgurants sur les marchés obligataires (ce qui est d’autant plus graves qu’il s’agit de marchés d’Etat AAA donc le marché « refuge »), et peut donc aboutir à une situation de krach entraînant une fuite des capitaux des marchés financiers asséchant l’économie mondiale et réduisant à néant les efforts cumulés des Etats avec les plans de relance et des banques centrales avec les injections de liquidité.

Ø Parallèlement une violente remontée des rendements signifie une violente remontée de l’inflation qui combinée avec une situation de krach financier et de blocage économique serait assez dramatique.

C. ETAT ACTUEL DIFFERENCIE DES MARCHES OBLIGATAIRES CIBLES

La Chine est de plus en plus réticente à financer la dette US

Le plus gros demandeur sera les US, sur un marché déjà en forte tension, en effet 2/3 de la dette US est actuellement financée par la Chine, or celle-ci devient de plus en plus réticente à poursuivre et encore moins augmenter cet e effort de financement :

Ø La crise a demandé un recentrage des investissements sur le marché intérieur

Ø La crise rend la dette US moins attractive car elle est officieusement « downgradée » (sa notation officieuse n’est plus AAA)

Ø Les perspectives inflationniste et de krach obligataire rendent ce type de placement peu recommandable

Ø La forte progression de sa demande intérieure la rend moins dépendante des US en termes d’exportations et donc de soutien de la consommation interne par le soutien de l’endettement par l’achat des Bons du Trésor… ses réserves de change étant en $ ainsi que ses exportations on comprend qu’elle remette en cause la suprématie du $…

Ø La Chine souhaite maintenant orienter ses liquidités vers des placements plus rentables : marché des PME européennes et économie de Moyen Orient

Les investisseurs sont en retrait des marchés de capitaux, d’où une demande réduite face à une offre devenant gargantuesque.

La crise a réduit l’investissement des liquidités sur les marchés des capitaux qui ont été en situation d’assèchement (repli des investisseurs) et les injections massives des banques centrales sont très loin de se traduire par le rétablissement du circuit des liquidités de l’interbancaire c’est-à-dire par le rétablissement de la confiance… car la primauté a été donnée aux sauvetage des banques, ainsi en Europe le sauvetage banques européennes représente 3000 mds€ (Commission Européenne), qui comme chacun sait se recapitalisent mais injectent peu..

Le drainage des liquidités présente un riche d’assèchement du marché des capitaux

Comme vu ci-dessus le marché des capitaux est déjà relativement réduit, mais si l’on tient compte que l’Europe va opérer une ponction exceptionnelle et que les plans de relance des US demandent une captation des 2/3 de l’épargne mondiale, on mesure non seulement le risque que cela représente pour le marché des capitaux mais aussi également pour l’économie dans la mesure où l’essentiel des liquidités disponibles (que les détenteurs consentent à mettre en circulation) sera monopolisé et de ce fait non disponible pour l’économie réelle.

La courbe des taux subit déjà des tensions en raison de :

Ø Signes d’anticipations de reprise économique (ralentissement des achats d’obligations = titres de la dette publique)

Ø Anticipations inflationnistes (détente quantitative de la Fed = création monétaire)

Ø L’explosion mondiale des besoins de financement publics sera le coup de grâce final

Les points de courbe à surveiller

Ø US : les maturités 2 ans et surtout 10 ans seront fortement sollicitées d’où une pentification violente du segment 2-10 US et un aplatissement du segment 10-30US.

Ø Europe : les mouvements seront plus atténués mais tout de même fortement significatifs, les maturités les plus sollicitées seront le 5 et 10 ans.

Les collectivités territoriales dans la tourmente du financement devront jouer serré

Cette situation sera fortement préjudiciable aux collectivités territoriales françaises, qui d’une part ont des expositions importantes en produits structurés de pente multi devises et intra et inter courbes avec des effets de leviers, et qui d’autre part ont-elles- mêmes un fort besoin de solliciter le marché des capitaux pour se financer elles- même ou leur économie locale que ce soit par des émissions obligataires (projets à long terme, infrastructures routières…), par le financement de projets (financement direct) ou par l’appel public à l’épargne (fonds PME, innovation, FIP….). Il sera donc essentiel quelles soient accompagnées de manière très professionnelle par des experts indépendants qui ont un accès privilégiés au différents circuits de financements professionnels, étant donné que ces opérations sont nouvelles pour la plupart d’entre elles, que le marché du financement sera relativement difficile sur les 2 ans à venir, et qu’il faudra envisager directement des sources de financements alternatives permettant de lever des fonds plus facilement et à moindre coûts comme les émissions obligataires en « sukuk » (finance islamique) ou les émissions par tranches sur des maturités longues avec des pools de financements Moyen Orient en finance conventionnelle. De la même façon les fonds d’appel publics à l’épargne devront résulter d’un montage et être gérés de telle manière à répondre précisément aux besoins du tissu économique local, à une stratégie économique clairement définie par les acteurs, à l’appui et à la participation des institutions financières locales éventuellement en pool, à une sélection rigoureuse des entreprises et à un accompagnement professionnel des entreprises leur permettant de repenser leur « business model », développer leur activité dans les directions propices au développement et à l’exportation, ce qui signifie une gestion indépendante qui intègre parfaitement la volonté des territoires initiateurs et acteurs.

Apparemment cette ponction massive et désordonnée sur le marché obligataire mondial est une erreur qui se présente comme dangereuse, pourquoi? On a agi sur la liquidité au lieu d’agir sur la confiance et sur l’orientation de la liquidité, on a attaqué la conséquence et non la cause, mais alors qu’aurait il fallu faire ou prendre en compte parallèlement?

ON EN REVIENT TOUJOURS A LA CAUSE QUI ETAIT LE RETABLISSEMENT DE LA CONFIANCE, CAR LES LIQUIDITES SONT PLUS QUE JAMAIS PRESENTES MAIS BLOQUEES, LE BUT NETAIT DONC PAS DE FAIRE DES INJECTIONS MASSIVES QUI NONT PU QUE FAIRE GROSSIR LA BULLE ET REDUIRE LA CONFIANCE.

Ø Rétablir la confiance : faire montre d’une compréhension globale de la situation avec une action mondiale (ou au moins Européenne et Etats-Unis) coordonnée

Ø Rétablir et redéfinir le circuit des liquidités par une politique commune au niveau bancaire qui implique d’intervenir directement dans le capital et donc dans la gestion des banques pour réglementer la prise de risque hors bilan et redéfinir les critères et processus d’attribution de crédit avec des obligations de résultats.

Ø Cette réorientation des liquidités permet de mettre en oeuvre des plans de relance  économique reposant sur les liquidités existantes et non seulement sur l’endettement.

Ø Le recours à l’endettement et aux marchés de capitaux se doit d’être coordonné au niveau mondial avec un examen du marché, de la capacité de placement et de l’impact financier et économique des opérations

Ø Il doit en résulter la définition d’une procédure d’intervention coordonnée, mesurée et contrôlée sur le marché primaire concernant les très gros montants.

Ø Les émissions doivent être échelonnées par tranches sur le moyen terme

Ø Situer l’action financière dans le cadre du nouveau SMI (Système Monétaire International) dont les leaders sont le Moyen Orient et l’Asie

Ø Situer l’action économique adaptée au nouveau cadre économique régional : Moyen Orient, Asie, Amérique Latine, Europe de l’Est, Occident (Europe et Etats-Unis).

La baisse du dollard, une chute en trompe l’oeil

Par Reversus

dreamstimefree_3734670Les marchés financiers sont euphoriques et les matières premières, le pétrole en tête, s’envolent à nouveau, sans que l’on n’y trouve de raisons fondamentales. Bien sûr, la production mondiale, l’Asie en tête, émerge rapidement de la syncope subie en début d’année, mais les perspectives d’une reprise durable de la consommation finale restent encore incertaines.

Au sein des économies développées, les banques continuent de restructurer leurs bilans, tandis que les conditions sur les marchés du travail restent difficiles. Les économies émergentes devraient quant à elles, – et on commence déjà à le percevoir – rebondir beaucoup plus rapidement. Nombre d’entre elles restent néanmoins dépendantes des consommateurs des pays développés et tout processus de réallocation des sources de croissance vers la demande domestique prendra du temps. Les croyances des investisseurs sont sans doute trop optimistes mais cela reste insuffisant pour justifier le contexte actuel.

Souvenez-vous, les Banques Centrales ont desserré comme jamais les conditions monétaires en abaissant leurs taux directeurs à des niveaux jamais vus, puis en injectant massivement de la liquidité bon marché via des moyens non conventionnels (desserrement quantitatif, allongement de la maturité des opérations de refinancement…). On se dit alors que les banques ne peuvent s’empêcher une nouvelle fois de jouer au casino.

La vérité est cependant plus complexe. Les banques conservent encore, sous forme de cash ou d’actifs sûrs, l’essentiel de liquidité accumulée. En revanche, l’abondante liquidité fournie par les Banques Centrales induit l’écrasement des rendements sur les titres liquides à court terme. Les investisseurs ont en conséquence décidé de réallouer leurs portefeuilles d’investissements vers des classes d’actifs plus risquées. Ainsi, en début d’année, les fonds monétaires US, dont l’horizon d’investissement s’arrête à un an, représentaient 3,5 trillions de dollars d’actifs sous gestion.

Fin septembre, les estimations donnaient une baisse de 10%, soit la modique somme de 350 milliards de dollars. Les cibles des investisseurs sont clairement les marchés émergents – notamment l’Asie – où les indices actions ont ainsi enregistré des gains de l’ordre de 70% depuis le début de l’année, et les matières premières.

Le dollar, base du carry trade

Quelle peut être la connexion avec l’évolution du dollar ? me direz-vous. Le processus de réallocation implique des flux de capitaux sortants des US pour se diriger vers les économies émergentes, avec pour finalité d’acquérir des titres libellées en monnaie locale. La faiblesse considérée comme durable des taux d’intérêts US permet également aux opérateurs de change d’utiliser le dollar comme monnaie de financement dans leurs opérations de carry trade. Le carry trade consiste à emprunter dans une monnaie à faible rendement et à placer ces fonds dans une monnaie à fort rendement afin d’engranger un différentiel d’intérêts.

Cependant, ce type d’opération parie sur un taux de change stable. En effet, si la monnaie dans laquelle sont placés les fonds se déprécie, les pertes peuvent être considérables. Enfin, l’opération est d’autant plus attrayante que l’on anticipe une remontée des taux d’intérêts dans la monnaie destinatrice. Les croyances des acteurs étant très optimistes au sujet des perspectives de croissance des marchés émergents – ce qui implique à moyen terme une remontée des taux, les flux internationaux de capitaux en direction de ceux-ci ont rapidement progressé.
Jusqu’au mois de septembre 2008, les opérateurs de change empruntaient en yen ou en francs suisse et investissaient dans les monnaies émergentes et/ou liées aux matières premières. De fait, le yen, devenu la monnaie favorite des carry traders, constituait un indicateur de l’appétit au risque des acteurs de marché. Lorsque celui-ci se dépréciait tendanciellement, cela signifiait une multiplication des positions de carry trade et plus généralement de la prise de risque. Une appréciation indiquait au contraire un débouclage des positions. Ces dernières semaines, les marchés font état d’une saturation de ce type d’opération sur le dollar, suggérant une forte volatilité potentielle et une reprise de la recherche du risque et du rendement. 

Quelles implications pour les autres monnaies ?

La faiblesse actuelle du dollar pose également de nombreux problèmes de politiques économiques. Le fait queJC Trichet Jean-Claude Trichet fasse allusion à la trop forte volatilité du dollar est suffisamment rare pour être signalé. Mais la réponse à cette problématique ne peut être que beaucoup plus globale. Toutes les monnaies asiatiques sont à court terme plus ou moins fixées au dollar, ce qui induit un report de la faiblesse du billet vert essentiellement sur les monnaies flottantes – dont l’euro .

Les autorités monétaires des pays émergents comme le Brésil s’inquiètent des conséquences sur la compétitivité prix de leurs exportations. C’est ainsi qu’on constate diverses mesures de type contrôle des flux de capitaux, implémentées de par le monde pour endiguer l’appréciation du change. Cette semaine, le Brésil a introduit une taxe sur les transactions financières impliquant une opération de change, la Turquie a augmenté la taxation des revenus d’intérêt sur les obligations souveraines acquises par des opérateurs étrangers, etc.…

D’un autre coté, on observe également les Banques Centrales des économies émergentes reprendre leur processus d’empilement des réserves. Par exemple, la banque centrale russe a absorbé 1 milliard de dollars début octobre sur le marché des changes. Cela pose néanmoins des problèmes de stabilité financière interne puisque l’accumulation de réserves de changes peut se traduire in fine par une augmentation de la liquidité en monnaie locale qui à son tour alimente une bulle d’actif locale. Il semble que les économies émergentes prennent le risque de faire ce choix plutôt que de laisser s’apprécier leur monnaie

Mais au final, c’est bien l’euro – aux cotés des monnaies flottantes liées aux matières premières comme le dollar australien – qui subit l’essentiel de l’ajustement. Que peut faire la BCE pour contrecarrer cette tendance ? Elle peut, de par ses statuts, intervenir sur le marché des changes (pour vendre du dollar). Une intervention verbale pourrait calmer les ardeurs des opérateurs.  Cependant, la menace ne serait pas forcément prise au sérieux tant la profondeur du marché EUR/USD est élevée – permettant d’absorber des transactions massives en affectant modérément le taux de change.

L’opération doit donc être massive et coordonnée avec d’autres Banques Centrales. Autant dire que c’est peu probable. La BCE pourrait baisser davantage son taux directeur actuellement à 1% contre 0,25% pour la Fed. Le problème est qu’actuellement les taux de marché, ceux qui comptent en dernier ressort, sont déjà à des niveaux inférieurs. Autant dire que Francfort n’est qu’un simple spectateur de l’appréciation de l’euro. Seule un signe de la Fed pourrait à court terme endiguer la tendance.

Néanmoins, lorsque les Banques Centrales resserreront la contrainte monétaire, il est possible qu’on assiste à une correction qui pourrait être brutale. Dès lors, ces dernières devront faire preuve de minutie dans leur « stratégie de sortie » (c’est l’expression à la mode). Trop tôt, trop fort, et les marchés financiers replongeraient dans une sinistrose prolongée ; trop tard, et l’inflation menacerait. Les Banques Centrales, Bernanke en tête, ont parfaitement saisi la problématique et travaillent déjà depuis plusieurs mois sur le sujet. Sevrer un accroc reste quelque soit le contexte un processus délicat à moins que celui-ci se rende compte lui-même de ses excès.  

Le dollar est-t-il menacé à moyen terme ?

A moyen et à long terme, le dollar doit décliner, ce pour deux raisons simples. Les ménages reconstruisent leur épargne et réduisent leur consommation, nécessitant une réorientation des sources de la croissance vers les exportations. L’autre raison est que la santé financière des finances publiques, couplée au désenchantement né de la crise financière, devrait induire une plus grande difficulté à attirer l’épargne mondiale. Tout cela devrait favoriser un dollar plus faible. 

La question qui demeure est la suivante : contre quelles monnaies le dollar doit-il s’ajuster ? Probablement pas l’euro ou le yen, dont les économies ne sont pas en meilleure santé. La réponse se trouve dans les monnaies émergentes, notamment asiatiques, qui doivent davantage s’apprécier et ainsi réduire les déséquilibres globaux. Le problème est que les autorités politiques et monétaires refusent – au moins à court terme – de laisser s’apprécier leur monnaie.

Le dollar doit donc, et c’est dans l’intérêt des Etats-Unis, être moins influent. En clair, il ne doit plus servir de monnaie de facturation au pétrole, et surtout ne plus constituer la base des réserves de change. Ce processus devrait se dérouler sur une longue période. On aurait en effet tort de penser qu’une autre monnaie remplacera le dollar à moyen terme. Au mieux, elle ne fera que le concurrencer davantage. A plus long terme, une fois que le gouvernement chinois mettra fin au contrôle des changes et aura développé des marchés financiers profonds et liquides, le Yuan sera sans doute l’autre grande monnaie internationale.

Entre temps, seul l’Euro fait office de concurrent sérieux. On verra sans doute ce dernier prendre plus de place mais dans des proportions relativement modestes. Jean Pisani-Ferry et Adam Posen écrivaient très récemment pourquoi l’euro n’est pas aujourd’hui la prochaine monnaie globale. Ceux-ci constatent que lorsque les autorités politiques issues du monde émergent discutent de la possibilité de s’éloigner du dollar, l’euro n’est jamais évoqué comme une alternative crédible. Il manque aujourd’hui quatre éléments pour le devenir :

1) les marchés financiers doivent être davantage intégrés (une monnaie, un marché) et supervisés de manière supranationale ;

2) la gouvernance économique de l’UEM doit être renforcée notamment la gestion des crises (comment soutenir un état membre proche du défaut souverain ?) ;

3) L’Europe doit adopter une politique plus entreprenante en matière d’élargissement de sa sphère d’influence en apportant un soutien financier aux Etats, non membres de la zone euro mais utilisant cette dernière, qui sont en difficulté (plutôt que de regarder le FMI intervenir et décourager ces pays de décider unilatéralement d’euroiser leur économie) ;

4) la zone euro doit accroître son rythme de croissance potentielle. 

Conclusion

Si le dollar est particulièrement faible depuis plusieurs semaines c’est en raison d’une forte remontée de l’optimisme des marchés couplée à des taux exceptionnellement bas. Cependant tout le monde ne subit pas de la même façon cette tendance. En effet, si les monnaies émergentes résistent à l’appréciation, les monnaies les plus flottantes comme l’euro subissent de plein fouet l’ajustement. Malheureusement la BCE n’a que peu de solutions pour contrarier l’appréciation. Elle doit attendre un signe de resserrement verbal ou effectif des conditions monétaires venant de la Fed. Ce resserrement ne sera  sans doute pas sans douleurs tant les tendances récentes sont dépendantes de la liquidité disponible.

Par ailleurs, si des rumeurs de déclin durable ont émergé ces dernières semaines, elles semblent largement exagérées  (du moins à moyen terme) tant sa place dans les échanges financiers et commerciaux demeure primordiale. Néanmoins, dans l’intérêt des Etats-Unis  et dans une optique de réduction des déséquilibres mondiaux d’épargne, le dollar devrait finir par décliner, ce qui pourrait profiter à l’euro. Cependant, la monnaie européenne risque simplement de rattraper un peu le dollar mais ne dispose pas pour l’instant des atouts nécessaire pour le concurrencer sérieusement. Pour cela, il faudra peut être attendre le Yuan, à moins qu’une monnaie synthétique internationale telle que les DTS ne finisse par s’imposer.

Logique Financière contre logique Industrielle

Par Marc Dupuis (D&E)

Marc-DupuisA l’exception des milieux intéressés par la distribution la nouvelle du retrait possible de Carrefour, n°2 mondial de la distribution,  des grands pays émergents notamment de Chine et du Brésil, est passé presque inaperçue.
Cet exemple est  pourtant particulièrement représentatif de l’opposition entre logique financière au bénéfice des actionnaires, principaux  et logique industrielle
Le savoir faire international, une compétence clé de l’entreprise
A partir des années 1970, l’enseigne Carrefour, issue d’une petite  entreprise d’Annecy, qui invente l’hypermarché en 1963,  amorce  une « >internationalisation  quoi va conduire l’entreprise à couvrir une  trentaine de pays et à accéder au rang de second distributeur mondial derrière Wal-Mart le géant US.(1) Le Brésil et L’Espagne seront ainsi des champs de conquête pour cette enseigne qui deviendra N°1 en Europe et en tête des distributeurs internationaux dans un certain nombre de pays et gagnera la plupart des pays émergents en se taillant un franc succès
Le savoir faire accumulé ainsi dans son effort d’internationalisation deviendra une compétence clé de la firme  tant en matière de l’adaptation de son concept d’enseigne aux différents pays et cultures que de sa manière de gérer les flux, d’organisation, de relation fournisseurs et clients.
Certes cet expérience accumulée ne le fut pas sans échec, en particulier dans les pays développés (Etats – Unis et Japon notamment) , de plus la croissance parfois désordonnée du groupe et ses fusions acquisitions ( notamment celle de Promodès) ont coûté au groupe sa place de leader naturel en France , face à un Leclerc par définition moins gourmand dans son internationalisation. Il n’empêche que Carrefour était devenu un exemple de firme à succès qui faisait de la distribution française un exemple pour beaucoup de pays.
Depuis quelques années on observait un décrochage certain entre le développement « industriel » du groupe et220px-Bernard_Arnault l’évolution défavorable de sa  cotation en bourse. Les principaux actionnaires depuis 2007 que sont Colony Capital et Bernard Arnault qui détiennent 13,5% du capital via leur véhicule Blue Capital, ont décidé de faire remonter rapidement la valeur du titre pour valoriser leur investissement au dépend d’une stratégie d’internationalisation à long terme en cédant la Chine et le Brésil si possible d’ici la fin de l’ année remettant ainsi en en question près de quarante année d’expérience internationale de Carrefour.
Ironie du sort, Uniglo firme japonaise,  dont l’ambition est de devenir N°1 mondial dans la distribution de l’habillement ouvrait à Paris sa première grande surface française.
Stratégies à court terme terme contre compétences à long terme
Le cas Carrefour est l’illustration même des dégâts d’une stratégie financière uniquement axée sur la rentabilité rapide des investissements , et sur l’intérêt d’une seule ,partie  prenante de l’entreprise les actionnaires, dont la remontée face au management est l’une des caractéristiques de ces dernières années. On pourra objecter que les salariés  pourraient ne pas être mécontents d’un repli sur l’Europe, signe d’une moindre délocalisation des activités, ce serait une erreur manifeste car d’une part la distribution est par essence locale et que l’internationalisation n’est pas source nécessairement de moindre emploi sur un territoire, d’autre part mal comprendre l’évolution actuelle de la mondialisation qui fait des pays émergents des moteurs incontournables de la croissance, ce serait enfin admettre une perte formidable de compétences acquises(2) au niveau de l’entreprises durant des décennies.
Marc 
 1) Marc Dupuis et Al .  Being aware of the domestic market , in Strategic issues in international retailing, Routledge , 2006
 
2) Lan Lan Cao et Marc Dupuis “Core competences, strategy and performance: the case of international retailers in China, EAERCD , 2009

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