Supprimer « l’aide sociale » aux Entreprises


Par Alain Loréal (D&E)

alain portraitC’est sous ce vocable impertinent que Joseph Stiglitz dénomme les aides multiples directes et fiscales dont bénéficient les entreprises.
Pour mémoire J.Stiglitz, prix Nobel d’économie, est un démocrate qui fût le chef du conseil économique et social sous la mandature Clinton avant de devenir l’économiste en chef de la Banque Mondiale.
En 1993 Clinton est élu sur la promesse de créer 8 millions d’emploi aux US. Mais les déficits abyssaux qu’on laissés les administrations Reagan et Bush (père) plombent les capacités d’intervention de Clinton qui doit trouver des moyens de réparer les stratégies délétères de ces républicains néolibéraux (c’est une stratégie délibérée de la droite d’alourdir les déficits en réduisant les impôts pour les plus riches, en dérèglementant les marchés, en privatisant, afin de pouvoir, in fine, réduire le rôle et l’intervention de l’état… )
C’est alors qu’entre-autres la solution de réduire drastiquement les aides directes et indirectes au entreprises est envisagée. Bien sûr cette mesure donnera lieu à contestation et refus d’un congrès américain à majorité républicaine à cette époque.
Fort heureusement pour Clinton les autres mesures et l’incroyable croissance de la bulle internet permettront non seulement l’éradication des déficits mais sa transformation en excédents et les créations de millions d’emplois.
Cette situation ressemble furieusement à ce que va trouver le prochain élu après 15 ans de dérégulations et 5 années de mandature d’un néolibéral pur teint…

De fait cette mesure doit impérativement être envisagée, pourquoi ?
L’aide aux entreprises est multiforme et s’avère globalement totalement inefficace pour un cout prohibitif :
Différentes estimations évaluent à 70 milliards d’euro le total annuel de « facilités » dont bénéficient les entreprises entre réduction fiscales et aides directes (subventions) de la part de l’Etat mais aussi des Régions et Conseils Généraux.

La Gauche qui n’a que rarement été en mesure de maitriser l’économie -à cause de son ambivalence idéologique- n’a pas été en reste quand à la distribution de l’argent publique : les accords sans contrepartie Aubry II en sont l’illustration la plus caricaturale.

On évoquera sans insister les multiples aides accordées de-ci delà à des canards boiteux dans l’espoir vain de « sauver » quelques emplois (chantage habituel des mauvais gestionnaires) qui seront perdus au final alors que le même argent aurait davantage servi aux salariés et préparé l’avenir en formations et adaptation de ceux-ci à d’autres métiers..(Mais les élections et les réélections des caciques locaux sont si souvent proches…).

Parmi les mesures les plus critiquables figure en bonne place le « Crédit d’impôt Recherche » qui peut faire économiser (et encaisser en cas de déficit) jusqu’à 16 millions d’Euros une entreprise supposée faire des efforts de « Recherche Développement ».

Comment ça marche ? L’expert-comptable (pour les PME) ou le chef comptable complète un imprimé complémentaire de sa déclaration annuelle dans laquelle il liste les salaires et les dépenses directement attribuables à l’objet de la « recherche développement » et il le fait suivre à la Trésorerie, et…il reçoit un chèque. Vous lisez bien, il n’y a aucun contrôle ni sur la nature ou l’intérêt ou l’objet de la supposée « recherche »…Même s’il existait on voit mal comment un Trésorier serait compètent pour évaluer et mesurer l’intérêt voire l’existence réelle d’une « recherche » en biotechnologies…

De mes contacts avec des centaines d’entreprises de toutes tailles dans ma vie professionnelle je garde le sentiment qu’évoque J. Stiglitz cité plus haut :
Quand on les interroge sur le sujet les Chefs d’Entreprise déclarent à l’unisson qu’ils n’ont pas besoin d’aides directes (mais qu’il faut diminuer les charges, libéraliser les « marchés », protéger l’activité nationale, etc…) sauf, bien-sûr, pour des cas particuliers…mais chaque entreprise est un cas particulier…

Pour moi, le rôle régalien de l’Etat consiste à redistribuer la richesse nationale en faveur des plus démunis, à préparer l’avenir en formant le mieux possible les futurs salariés, en fournissant les meilleurs services possible (santé, infrastructures, transports, énergie), en assurant la sécurité de l’Etat et de ses citoyens, toutes choses dont doivent bénéficier les entrepreneurs directement et indirectement, pas en leur redistribuant l’argent du contribuable pour compenser (en général) une imprévision chronique, un défaut de vision de l’avenir, une incapacité chronique à prévoir et anticiper les marchés émergents et une avidité sans borne qui privilégie la rentabilité immédiate.
Récupérer 70 milliards d’euros annuels c’est résoudre totalement les déficits sociaux de la France…
Pour combattre efficacement le néolibéralisme ambiant il faut utiliser ses armes et arguments et non clamer des lendemains qui chantent et des révolutions de palais…

Par Alain Loréal (D&E)

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