Laisser vivre l’innovation et surtout l’accompagner


Par Toussaint Carrindo (D&E)

Thierry-PerranDans le contexte de mondialisation de l’économie, la France a de sérieux atouts à faire valoir comme par exemple sa main d’œuvre hautement qualifiée, ses infrastructures, qui ont été reconnues à maintes reprises par la biais de notre dizaine de prix de Nobel et de Medal Fields. La France possède également une grande industrie, avec nombre de leaders mondiaux dans des secteurs clés, mais pourtant la transmission de relais au niveau de la recherche appliquée se fait mal entre le monde universitaire et la monde industriel. La recherche appliquée est le maillon qui permet de transformer une découverte de laboratoire en découverte réalisable avec des machines industrielles relativement classiques pour avoir in fine des applications produits ou procédés concrètes.

Bien souvent, c’est à niveau là que se situent les exploits car la technique est rarement la « simple application » des sciences. C’est également à ce stade que sur une idée des emplois se créent et des PME innovantes, agiles etap104s3072_1 réactives naissent. L’Etat dans son rôle d’architecte peut assurément construire les conditions favorisant la genèse de l’innovation, son application et son développement. En effet, l’expérience montre que les forts échanges entre personnes d’origine et de cursus différents stimulent la créativité et diminue les temps de développement des applications. Il est bien plus efficace de travailler ensemble dès les premiers stades de développement pour solutionner dès le début les surprises inattendues qui finissent toujours par arriver.

A ce titre, je reste convaincu que les pôles de compétitivité en région vont contre le train de l’innovation. Qui se ressemble ne doit pas s’assembler, sous peine de forte déconvenue. Par exemple, les meilleurs organes mécaniques, développés d’un coté, assemblés aux meilleurs composants électroniques développés d’un autre coté donnent de jolis fiascos. Sans forcément en avoir les compétences, l’Etat peut agir pour lutter contre ses gâchis, en imposant la localisation géographique en des points précis de laboratoires avec des compétences disjointes. La notion de distance est très importante pour décupler les échanges. Il faut qu’on puisse aller d’un laboratoire à un autre à pied au à vélo, à l’image des grands campus américains comme Berkeley. Au lieu de suivre une stratégie de pole de compétitivité, il faudrait construire des centres multidisciplinaires, copiant les lois de la nature basée sur le principe que le « tout » est dans la partie.

Ensuite, il faut chercher à rentabiliser ces petits « tout » technologiques répartis sur le territoire. A de très rares exceptions, les entrepreneurs potentiels n’ont jamais à la fois un profil de technicien, de gestionnaire et de commercial. Alors, pour palier à cela, il faudrait greffer à ces « tout » des organismes (incubateurs souhaitables..) et/ou des sociétés de conseil (ma préférence pour une approche plus dynamique), qui auraient plusieurs missions :

– Communiquer sur les activités du « tout » auprès des entreprises locales voire nationales pour inciter des collaborations (organisation de conférences locales souhaitables)

– Encourager les brillants techniciens à valoriser leur innovation en les accompagnant jusqu’à la levée de fonds (validation de business plan, analyse concurrentielle poussée, étude de marché internationale, positionnement etc…)

– Lever des fonds des organismes publics (Oseo idéalement) voire des investisseurs privés (private equity, etc…)

Avec ce dispositif, on saura précisément où vont les deniers publics consacrés à la recherche et à sa valorisation. D’un point de vue ressources humaines, on obtiendra enfin une saine et claire répartition des tâches, ce qui éviterait un certain de nombre de doublons et de gâchis. Pour réaliser tout cela, l’Etat devra utiliser un certain nombre de compétences qu’Il n’a pas et donc faire appel au privé assez massivement, ce qui risque de brusquer les mentalités. Il faut en effet être capable de reconnaitre un bon projet et d’écarter les mauvais. Cela souligne également un peu plus la nécessité de mettre en place des passerelles réversibles entre le public et le privé au niveau de la recherche. Ces cloisons étanches doivent être abattues. Un enseignant doit pouvoir aller dans le secteur privé et retourner dans l’enseignement par la suite s’il en éprouve le désir. La réciproque est aussi valable pour les cadres du privé. In fine, les accompagnements se feront mieux si les gens se connaissent.

Dernier point important, ce dispositif sous-entend clairement que l’Etat laisse vivre ses « tout » locaux, et les laisse mener leur barque vers où il leur semble bon d’aller. La tolérance vis-à-vis d’un pilotage stratégique de la recherche serait faible voire nulle. Après tout, personne ne sait où la créativité va nous embarquer. Donc il faudra allouer à ces « tout » des budgets sur plusieurs années, le temps de voir si la mayonnaise a pris.

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