Bienvenue dans le nouvel ordre financier mondial


Par Rachel Cado (D&E)

Rachel-CadoVendredi 19 Septembre 2008, une date historique marque le basculement définitif dans Le nouvel ordre financier MENA-BRIC. Le « New Bretton Woods » s’est éteint après une agonie de plus d’un an, et un soubresaut final (chute des fleurons du modèle financier Liberal: Freddie Mac, Fannie Mae, Lehman Brothers, AIG, Merrill Lynch, Morgan Stanley et Goldman Sachs étant dorénavant pris en charge). Nous sommes aujourd’hui dans les ruines, avec les errements de quelques uns qui vont coûter cher et longtemps à beaucoup, mais un monde s’achève, un nouveau est né avec des règles radicalement différentes.

Quel rôle souhaitons nous y jouer, sommes nous prêts et suffisamment Motivés pour nous y lancer? Alors bilan et ensuite élevons nos yeux vers ce monde tout neuf pour y entrer sereinement de plain pied. 

  1. LE ROI EST MORT, VIVE LE ROI! 

1. QUELQUES CHIFFRES

§ Baisse de valeur des bourses mondiales : 8 000 milliards de dollars

§ Destruction de richesses suite à l’éclatement de la bulle spéculative :

20 000 milliards de dollars soit un tiers du PIB mondial.

§ Dépréciations d’actifs identifiées des banques : 514,5 milliards de Dollars

i. Amérique : 261 milliards de dollars

ii. Europe : 230 milliards de dollars

Le FMI en attend encore 1 000 milliards supplémentaires

§ Montant des dettes titrisées : 12 000 milliards de dollars

  2. LA FIN DUN MONDE : MORT DU LIBERALISME PUR ET DUR 

A. Faillites, interventions, « défaisance », coordinations internationales…

§ faillite de Lehmann Brother (référence mondiale de la recherche de marché et des Financements structurés) avec 615 milliards de dollars d’engagement irrécouvrables envers d’autres établissements! , et rachat de Merrill Lynch

§ intervention finale de l’Etat signant la fin du modèle libéral en tant que tel :

Nationalisation de AIG (74 millions de clients, 1 000 milliards de $ de passif; « to big To Fail » d’où un « prêt » de 85 milliards de $ par l’Etat), peu de temps après

o « l’assistanat » de Bear Stearns et JP Morgan (« prêt » de 30 milliards de dollars)

o La nationalisation de Freddie Mac et Fanny Mae pour 200 milliards de dollars, avec une garantie sur 1 500 milliards d’actifs

Annonce de la création d’un fond de « defeasance » doté de 700 milliards de $

Soit seulement 5% de l’encours des crédits immobiliers aux Etats -Unis.

§ adossement des deux derniers fleurons : Morgan Stanley et Goldman Sachs.

§ Une centaine de banques régionales restent menacées du même sort

§ Toutes les banques centrales occidentales ont décidé de mettre leur argent en commun, pour intervenir massivement en injections de liquidités

A noter que presque systématiquement, les dirigeants des dites institutions ont été licenciés et sans « golden », on pourra donc reconnaître aux Etats -Unis un pragmatisme et un sens des responsabilités (le plus républicain des gouvernements est prêt à tourner le dos à son idéologie, à réagir en 24h quand celle-ci échoue et à traiter les dirigeants de manière responsable ; prise de responsabilités qu’étaient censée rémunérer leurs salaires). Il nous reste peut être beaucoup à méditer à ces sujets… 

B. Reconnaissance de l’échec du modèle libéral de la non-intervention de l’Etat pour basculer vers un modèle où Etat devient responsable et régulateur

Vendredi 19 Septembre lorsque le secrétaire d’Etat au Trésor Paulson a annoncé la mise en place d’un fond de « defeasance » et a fait un discours reconnaissant explicitement la fin de la non- intervention de l’Etat, le signal idéologique a été historique. Les Etats -Unis, symbole du libéralisme pur et dur (non intervention de l’Etat) y renonce, annonce faite par un gouvernement républicain ultralibéral, par la voix de Paulson, ancien président de Goldman Sachs, l’institution financière la plus prestigieuse, symbole du libéralisme.

Une page d’histoire économique vient d’être tournée avec la fin :

§ De la séparation banques d’investissements / dépôt

§ des produits exotiques dangereux

et la mise en place d’une réglementation internationale et d’un contrôle d’Etat.

C’est la naissance de l’Etat responsable et régulateur

 II. QUI EST LE NOUVEAU ROI?

CHANGEMENT DE SYSTEME FINANCIER ET ECONOMIQUE MONDIAL :

PASSAGE DU NEW BRETTON WOODS AU MENA-BRIC

 

  1. 1.    LE NEW BRETTON WOOD  

L’ordre financier et économique mondial était le New Bretton Woods : La persistance d’un déficit courant considérable pour les EU financé par les banques centrales d’Asie orientale constitue un équilibre coopératif à la fois réel et financier. La couverture du déficit par l’accumulation par les banques centrales asiatiques de t itres de la dette publique américaine constitue un équilibre « gagnant -gagnant » permettant aux Etats-Unis de financer à moindre coût leur déficit et aux pays émergents d’éviter une appréciation de leur devise qui ralentirait le rythme de leur convergence éc onomique. Cet équilibre s’appelle « nouveau système de Bretton Woods ».

Ce mécanisme repose également sur la production de richesse s issue de la main d’oeuvre bon marché source d’une liquidité abondante, liquidité qui ne se transmet plus par la hausse des salaires à l’économie réelle et demeure dans la sphère financière (phénomène de bulle de liquidité), aboutissant à une hausse vertigineuse du prix des actifs immobiliers et financiers, sous jacent permettant de créer du crédit (multiplicateur monétaire), cré dit que les banques recycle par le biais de la titrisation (car elles ne souhaitent pas porter le risque).

 2.    LE MENA-BRIC ET LA MULTIPOLARITE, L’ORDRE ECONOMIQUE REGIONAL  

L’ordre financier et économique mondial dans lequel nous sommes entré n’a pas encor  été officiellement identifié, confirmé et nommé, nous l’appelleront provisoirement le MENA -BRIC car il repose sur le leadership financier et économique des MENA -BRIC MENA : Middle East – North Africa

Dans la zone du Moyen Orient et de l’Afrique du Nord appelée MENA (6 pays du GCC (Conseil de Coopération des Etats du Golfe : Arabie Saoudite, Koweit, Qatar, Oman, Emirats Arabes Unis, Bahreïn), Egypte, Maroc et Tunisie. La multiplication par 5 du prix du pétrole depuis 2002 a entraîné un essor sans précédent : le PNB par habitant de la GCC (40% des réserves mondiales de pétrole) a progressé de 75% depuis 2002 et la zone réalise des prises de participation massives par les fonds souverains (1 400 mds$ dont 800mds$ pour Abu Dhabi, prise de participation dans Sony, Citigroup…) dans les sociétés occidentales.

C’est pour 2008 de toute évidence la zone la plus rentable! Excédent commercial des pays du Golfe 2007 : 220mds$ et 700mds$ de réserves de change

BRIC : Brésil – Russie – Inde – Chine (2nd exportateur mondial, en 8 ans elle est passée de 100 millions de citoyens vivant correctement (standards européens) à 350 : +350% !  

Au total les pays émergés représentent 65% de la croissance mondiale, l’épargne en Chine seule représente 40% du PIB, et l’investissement 45% du PIB  

  • · Ils ont une dynamique autonome et des réserves de change de taille : Chine : 1 520mds$ et chaque mois 20mds$, dans quelques mois les réserves de change seront supérieures au PIB France (1 700mds$) ,
  • · Ils ne sont pas endettés (18% du PIB comme l’endettement de la France en 1970)
  • · Exportent beaucoup : aujourd’hui le textile représente 15% de leurs exportations, les biens technologiques 55% (idem France) – –

3. TRANSITION 

La crise a marqué l’effondrement progressif du New Bretton Woods

§ Fin du leadership mondial financier et économique des Etats -Unis

§ Recul progressif du financement de la dette américaine par les émergés

§ Recul durable de l’économie américaine

§ Systèmes financiers et économiques des pays occidenta ux affectés, avec une incapacité à générer une croissance forte décorrélée de l’endettement

§ Autonomie progressive des émergés en termes de croissance économique

§ Croissance très forte des émergés soutenue par une phase de

développement et donc une puissante demande interne

§ Emergence de places financières autonomes fortes : Hong Kong, Shangaï,

Dubaï supplantant progressivement les places occidentales

Passage accéléré des émergés MENA-BRIC en position de leaders économiques mondiaux : délocalisations des flux financiers et économiques  

La nouvelle articulation géopolitique s’accompagne d’une menace sur le système politique dominant (démocratie) qui n’est pas celui des MENA BRIC  

Or la réglementation des marchés internationaux qui va se mettre en place concerne les marchés occidentaux, quand sera-t-il des marchés financiers émergés qui déjà ne rentrent  pas dans Bâle 2…. Alors même qu’ils seront devenus les marchés dominants? Y Aura -t-il 2  systèmes financiers parallèles? L’un régulé et l’autre non? Le régulé devenant mineur?

L’erreur des analystes trouvent ici sa source : ils déduisent de série statistiques par analyse et comparaison la profondeur et le stade d’avancement de la crise, cette étude s’inscrit donc le cadre du new bretton woods c’est -à-dire dans le passé, donc elle est caduque. Nous avons changé de cadre.  

  1. COMMENT VIVRE HEUREUX DANS LE NOUVEAU ROYAUME  

PROPOSITIONS POUR UNE MONDIALISATION HEUREUSE, OU COMMENT TRANSFORMER L’ENFER DE LA MONDIALISATION EN UNE OPPORTUNITE DE PROGRES MAJEURE  

  1. 1.    AU NIVEAU FINANCIER  

Il faut recentrer et recadrer les marchés sur leurs objectifs premiers :

· Financer l’économie

  • · Couvrir le risque Et ce dans la transparence.   

Assigner comme objectif du capitalisme financier d’être au service d’un projet de société centré sur l’humain, dans ce cadre la valeur est mesurée d’après les critères suivants : le ROE classique, la qualité de la politique d’embauche (1 er emploi, diversité, parité, CDI), la progression des salaires, l’é volution des carrières, la formation continue et les partenariats avec l’université, la qualité des relations sociales, la démarche environnementale, l’impact de l’activité et de son développement sur le tissu économique et urbain. Ces critères peuvent et doivent être d’autant mieux respectés que les entreprises sont rentables et positionnées dans des domaines à forte valeur ajoutée.  

Un responsable de la supervision financière doit être défini et attribué à la BCE.  

§ Mise en place de mesures de réglementation internationales et européennes (Forum de Stabilité Financière) : réglementer

o Les fonds propres

o Les liquidités

o Gestion des risques

o Les simulations de crise

o La valorisation des structurés et des SIV (Special Investment Vehicules)

o Les agences de notation : modification du rôle et le de l’utilisation des notations de crédit

§ Mise en place d’une politique financière et économique européenne avec une coopération avec les organismes internationaux : faute de fédéralisme fiscal et social, l’Europe est mal armée face à la mondialisation

« L’observation froide de la situation de l’Union Européenne en 2008 amène ainsi au constat qu’elle n’est pas du tout en train de progresser vers une zone économique et monétaire unifiée, mais plutôt de reculer vers un agglomérat d e régions sans solidarité, où les riches ne veulent plus payer pour les pauvres. Dans cette Europe -là, les régions pauvres vont devenir encore plus pauvres et les régions riches encore plus riches. C’est en cela que la mondialisation est une centrifugeuse qui peut finir par faire exploser l’euro et, pourquoi pas, l’Europe ». Patrick Artus .  

  1. 2.    AU NIVEAU ECONOMIQUE  

Ø Développer un modèle de croissance alternatif (l’innovation et le développement durable étant le levier de croissance potentiel de l’Europe)

Ø Mettre en place un Etat Investisseur (voir note Question2- 050508)

§ Création d’un fond souverain français et création de fonds « private equity » régionaux permettant d’actionner le levier européen (FEDER et BEI) et l e levier privé par l’appel public à l’épargne (particuliers ISF dont la richesse est ainsi utilisée dans le développement de l’économie nationale), afin de développer le tissu des PME et de l’innovation.

§ Stimuler l’investissement privé : particuliers, fonds d’investissements français et étrangers dans des initiatives territoriales à forte valeur ajoutée qui aujourd’hui sont produites de manière erratiques par les acteurs privés ou seulement incitées

: centre médicalisés du 4ème âge, parcs de bureaux et centres commerciaux.

Ø Il s’agit concrètement de faire circuler la richesse produite par le capitalisme financier par la case Etat qui joue un rôle de catalyseur, et de redistributeur , ou bien vu sous un autre angle de faire participer pleinement l’Etat au capitalisme financier au lieu de le subir ou de le sauver. –

3. DE MANIERE URGENTE : PRIORITES OU PLAN B AU NIVEAU EUROPEEN ET NATIONAL  

Ø Anticiper la faillite des banques au niveau européen

Ø Adresser le pouvoir d’achat : révolution fiscale (suppression du bouclier fiscal, fusion de l’IR et de la CSG-CRDS, individualisation de l’IR, baisse de la TVA sur le carburant et les produits alimentaires….) , lancement de la croissance durable et structuration du tissu économique autour des PME .

Ø Transformer le problème de la restriction bancaire « traditionnelle » en opportunité de développer le financement du tissu économique des PME qui recèle tout le potentiel de croissance , avec :

§ le développement d’un nouveau compartiment bancaire PME,

§ la fixation de nouvelles règles d’attribution des crédits avec la redéfinition

de « credit scoring » spécifique aux PME, à l’innovation et au capital risque qui s’appuie sur les critères suivants : syndication des financements, étude approfondie du « busines plan », « monitoring » des conditions financières

§ la mise en place de quotas par types de financements avec un quota minimum d’octroi de crédit en terme de capital -innovation et de micro crédit (législation en place aux Etats Unis)

§ avec l’impulsion d’une banque d’Etat pour les PME.

§ Cautionnement de l’Etat ou des régions sur le micro crédit et le capital risque et les projets socialement responsables et favoriser le « capital amorçage » (aujourd’hui le capital –transmission est prédominant)

§ Développer la culture financière : Private Equity / Hedge Funds / Emprunts mezzanines particulièrement adaptés aux PME et à l’innovation

Ø Gestion de la Multipolarité : coordination pays émergés / pays de 2 nd rang

o Etats

o Régionale o  

Ø Accompagner l’entrée dans l’économie de la connaissance par une Restructuration du système éducatif (accompagnement individualisée, partenariat Écoles –entreprises, développement de la culture de projets).

 

 

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