Banques : fausse route des députés et du gouvernement !


Par Jean Matouk (Rue 89)

Après avoir voté, la semaine dernière en formation très réduite, une surtaxe exceptionnelle sur les bénéfices des banques, la majorité a faite revoter ses députés dés le lundi suivant en sens inverse. Beau témoignage, par parenthèse, du respect du gouvernement pour la représentation nationale.

Cette proposition faisait écho à d’autres identiques faites en Belgique ou en Allemagne. Certains y voient une sorte de « punition » infligée à ces organismes qui ont été à l’origine de la crise actuelle. D’autres n’y voient qu’une source supplémentaire de recettes pour des Etats déficitaires et endettés.

En France, la ministre s’y est opposé au prétexte de ne pas handicaper nos banques dans la concurrence ! Ces jours-ci, plusieurs commentateurs, dont notre éminent confrère Le Monde, se demandent : « Faut-il interdire aux banques de spéculer ? Faut-il rétablir la “ spécialisation ” bancaire entre banques commerciales (banques de dépôts en France) et banques d’investissement ou d’affaires ?

bank of americaLes banques retournent à leurs démons !

Comme on l’a dit et répété à l’occasion des deux G20, l’important est d’empêcher les banques de repartir dans le même fonctionnement dément qui les a conduit là où elles en étaient à l’automne 2008, d’où tous les gouvernements les ont sorties par des garanties et des apports en capitaux.

Elles affichent aujourd’hui des bénéfices quelquefois supérieurs à ceux d’avant la crise, au point d’ailleurs de rembourser, les unes après les autres, par anticipation, les capitaux prêtés par les Etats. Et elles réalisent ces bénéfices par les activités de marché, et non par les prêts.

Sur ce dernier point, le procès fait aux banques, de ne pas prêter aux PME, n’est pas juste. En période de ralentissement, les entreprises empruntent peu pour investir, et celles qui cherchent à emprunter sont souvent en très mauvaise situation économique proches du dépôt de bilan, et n’expriment que des besoins de trésorerie.

Prêter aux plus malades dans ces conditions relèverait d’une imprudence bancaire condamnable, et d’ailleurs régulièrement condamnée par la justice dans les périodes normales. Les banques doivent se montrer un peu plus larges qu’à l’accoutumée, mais ne peuvent prêter quand elles savent qu’elles auront à provisionner une créance douteuse quelques mois plus tard.

Ce qu’on peut, par contre, reprocher aux banques, c’est de repartir à nouveau vers la gestion déséquilibrée consistant à rechercher leurs profits presque exclusivement par les opérations de marché. Celles-ci, c’est vrai, sont largement plus rentables.

Gagner 4% ou 5% sur la différence entre le prix de l’argent sur le marché monétaire, ou la rémunération des dépôts, d’une part, et le taux des prêts, auxquels il faut ajouter 2% ou 3% de plus gagnés sur les “ commissions ” souvent dolosives qu’elles prélèvent (de la “ tenue de compte ” aux virements et traitement des chèques en bois) est, tous comptes faits, moins attrayant qu’obtenir des rendements de 10% ou 15% sur les marchés.

Mais si elles offrent des rendements plus élevés, les opérations de marchés sont aussi beaucoup plus risquées. C’est la loi d’airain de la finance : plus de rendement = plus de risque. C’est bien ce qui a conduit à la catastrophe de 2008. C’est ce qu’il faut les empêcher de faire et, pour cela, 10% de taxation en plus ne serviront à rien.

Augmenter fortement les fonds propres requis pour aller sur les marchés

Rétablir la spécialisation bancaire est une fausse solution. On a constaté, en effet, au plus fort de la crise, que les banques universelles, sans être insubmersibles, avaient plus d’atout pour résister que les banques purement tournées vers la Bourse.

La vraie mesure à prendre, aussi bien au G20 que dans chaque pays, est un freinage fort dans leur tropisme de marché. Comment ? Par le biais du ratio de solvabilité. Toute banque doit avoir un montant de fonds propres (capitaux et réserves) proportionnel aux risques qu’elle prend. Ce ratio de solvabilité est donc une fraction avec au numérateur les fonds propres et au dénominateur les risques.

Au minimum ce ratio doit être, selon les normes actuelles, de 8%. Toutes les banques étaient au dessus. Et, malgré cela, de très grandes banques n’ont pu faire face à la réalisation des risques qu’elles avaient pris. La solution s’impose donc d’elle-même.

Pour freiner les ardeurs des banques sur les marchés, et les inciter, au moins en ce moment, à un peu plus de largesses en crédit, il suffirait de mettre un ratio de solvabilité beaucoup plus élevé sur les opérations de marché : 12% voir 15% ou 20%. Peut-être progressif en fonction du niveau global des risques ! Comme leurs fonds propres ne sont pas extensibles sans limites, elles seraient bien obligées de réduire leurs risques de marché.

Sans elle, et sans l’harmonisation des normes comptables, qui va de pair, toutes les autres mesures resteront de nul effet. Les banques paieront en rechignant, mais aisément, toute surtaxe, et le “ business as usual ” reparti de plus belle, conduira , dans cinq ou dix ans, aux mêmes effets.

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