Quand l’Etat investit…


Par Philippe Fremaux

Le débat sur le grand emprunt tend à se focaliser autour de son volume. Un sondage a même été réalisé pour demander aux Français quel serait son niveau raisonnable (sans doute par les mêmes qui s’inquiètent de leur insuffisante culture économique…). Si ce débat sur le niveau de l’emprunt est légitime, il masque l’enjeu principal. A quoi va-t-il donc servir ?

La France peut à coup sûr emprunter. Jean-Paul Fitoussi, le président de l’OFCE, rappelle que la France disposeap104s3106 d’un excellent crédit, que le niveau des taux d’intérêt devrait demeurer faible dans les années à venir et qu’il n’est pas mauvais de s’endetter si cette dette permet non seulement de soutenir l’activité, mais aussi de fonder les bases de la croissance future. S’endetter pour investir est une bonne chose s’il en résulte un surplus de richesses qui permet de la rembourser. C’est ce que font les entreprises tous les jours.

Mais voilà, que veut dire investir pour l’Etat ? Le discours officiel oppose les dépenses d’investissement, auxquelles vont être affectées les ressources tirées du grand emprunt, qu’il faudrait développer, aux dépenses de fonctionnement, financées par le budget de l’Etat, qu’il faudrait à l’inverse réduire sans trop se poser de questions. De quoi réconcilier le discours néolibéral du candidat Sarkozy sur la baisse des effectifs des fonctionnaires et les objectifs assignés au grand emprunt. Le problème, c’est que cette distinction n’a pas de sens.

Dans l’économie d’hier, on opposait les dépenses d’investissement, les achats d’équipements, de machines, et les dépenses de fonctionnement, c’est-à-dire, en simplifiant, les salaires de ceux qui font tourner les machines et les achats de matières premières. L’idée était que la croissance, les gains de productivité dépendaient surtout du niveau des dépenses d’investissement. Ce n’était déjà qu’en partie vrai hier. Mais, aujourd’hui, à l’heure de l’économie de la connaissance, c’est devenu totalement faux. La croissance dépend d’abord de la qualité de la main-d’œuvre. Préparer l’avenir consiste donc en premier lieu à investir dans la recherche, le développement, le marketing, l’organisation, des tâches qui mobilisent avant tout de la main-d’œuvre et qui sont, sur le plan comptable, des dépenses de fonctionnement.

Ce qui signifie que l’Etat doit d’abord payer des chercheurs, des enseignants, et s’occuper enfin sérieusement de la petite enfance. La France a la chance d’avoir une natalité dynamique. La première tâche des pouvoirs publics devrait être de valoriser cet actif plutôt que de distribuer des milliards à tel ou tel lobby pour couler du béton ou tirer des câbles.

Il est certes toujours nécessaire d’investir dans les infrastructures, mais de qui se moque-t-on ? En France, aujourd’hui, 70 % des investissements publics sont assurés par les collectivités territoriales. Ce sont elles qui construisent les écoles, les lycées, les routes, les tramways, les stades. La première chose à faire aurait été d’éviter de tailler dans leurs ressources avec la réforme de la taxe professionnelle. Au-delà, on a privatisé ces dernières décennies toutes les infrastructures : télécoms, autoroutes, gaz et électricité. C’est donc aux actionnaires de ces entreprises de financer les investissements nécessaires pour assurer à tous un service de qualité. Sauf à considérer que les privatisations n’ont servi qu’à donner au privé les segments de marché les plus juteux et que le reste doit être à la charge du contribuable…

Rz_17bEnfin, on peut redouter que les leçons à tirer des errements passés en matière de politique industrielle aient été oubliées. Au-delà des politiques d’éducation et de recherche, l’Etat, s’il veut soutenir le développement de l’activité, doit surtout créer un cadre propice à l’innovation, encourager les politiques de normalisation favorables à nos champions industriels, soutenir la recherche précompétitive et favoriser, en jouant sur les normes et les taxes, les évolutions qu’il juge souhaitables, par exemple en matière écologique. On peut s’interroger quand on voit tous ces énarques et économistes, qui n’ont jamais rien fabriqué ou vendu de leur vie, fussent-ils anciens Premiers ministres, nous expliquer ce que seront les produits et services phares de l’économie de demain. Les vraies innovations prennent toujours la forme de réponses inattendues à de vieux besoins qu’il est très difficile d’anticiper et qui résultent, très souvent, de la combinaison de technologies existantes. L’Etat peut, au mieux, concevoir des politiques de rattrapage, mais inventer les produits de demain, non.

Le volontarisme industriel du gouvernement est donc plutôt inquiétant. A chacun son métier. Le risque est qu’on distribue demain des dizaines de milliards d’euros à des entreprises pour mettre en œuvre des projets à l’utilité sociale incertaine. Ce risque serait d’autant plus grand si, en contrepartie, on continue de couper dans les vraies dépenses d’avenir, c’est-à-dire dans l’éducation, la recherche et, plus généralement, dans les politiques qui favorisent la cohésion sociale de notre pays.

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Une Réponse

  1. Ni dettes, Ni emprunts, la France doit créer de l’Argent !

    Non à l’emprunt Sarkozy !

    Face au pillage de notre pays organisé, depuis plus de 30 ans, par les marchés financiers qui gonflent artificielle, par les taux d’intérêt, la dette de notre pays, et afin de promouvoir des politiques de bien commun le gouvernement Français doit rompre avec la loi Giscard-Ponpidou du 3 janvier 1973, et tous les traités européens depuis Maastricht.

    Le gouvernement doit reprendre sa souveraineté économique et émettre du crédit productif Publique émit par une nouvelle Banque de la France.

    Le château de cartes de la finance est entrain de s’effondrer, il faut sortir de la spéculation et remettre l’argent au service de la population.

    David C.
    david.cabas.over-blog.fr

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