Le nouveau pacte énergétique (2ème partie)


Par Toussaint Carrindo (D&E)

600 000 emplois dans l’économie verte d’ici 2020 

L’économie verte peut se glisser partout de l’isolation des bâtiments, aux voitures électriques, aux biotechnologies, à la santé, à la filière bois jusqu’ aux transports urbains. On pourrait définir l’économie verte comme un accroissement de la production des activités économiques respectueuses de l’environnement. Une croissance verte peut donc concerner des secteurs traditionnels comme de nouveaux secteurs appelés eco-activités. Les éco-activités peuvent concerner l’assainissement de l’eau, le recyclage et la valorisation énergétique des déchets, la dépollution des sites, la biomasse, le solaire photovoltaïque, l’éolien, le traitement de l’air et du bruit, les biocarburants, la capture et le stockage du CO2 et encore une éco-conception des produits de consommation. 

Les collectivités territoriales en première ligne ! 

Pour évaluer l’impact économique et les emplois, le célèbre cabinet de conseil américain le Boston Consulting Group (BCG) a pris pour hypothèse l’application entière des recommandations du Grenelle de l’environnement, loi votée en 2008 qui attend toujours ses décrets d’application… Donc, selon BCG, les emplois crées seraient en moyenne au nombre de 600 000 dans la tranche 2009-2020, sachant que la plupart d’entre eux viendront des projets d’infrastructures dans le secteur du BTP. L’activité générée serait d’environ 450 milliards d’euros sur ces 12 ans, financés à hauteur de 170 milliards par l’Etat et les collectivités territoriales. 

Ce dernier point est très important car l’économie verte sera assurément locale et les emplois crées ne seront pas délocalisables. L’Etat, habitué à gérer ses programmes énergétiques de manière centralisée, devra en quelque sorte faire une révolution dans ses pratiques, en laissant aux collectivités locales qui subventionneront les éco-activités les plus pertinentes vis de leurs particularités locales. Une région donnant sur la mer n’aura pas du tout les mêmes qu’une région boisée en montagne. La révolution verte, c’est aussi cela ! 

Le bois, un vivier d’emploi français 

 Pour remplir l’objectif de 23% d’énergies renouvelables dans la consommation énergétique française, le bois est probablement le candidat ayant le plus de potentiel. La France bénéficie de nombreuses forêts et on pourrait coupler l’entretien de ces forêts au bois de chauffage pour l’hiver. On coupe des arbres à un coin, on en replante d’autres à un autre coin, et on se chauffe l’hiver. L’opération généralisée aurait un grand rendement pour un coût carbone quasi-nul, puisque la combustion du bois dégage du CO2 qui est lui-même consommé par photosynthèse au niveau des arbres que l’on vient de planter pour produire de l’oxygène. Il s’agit bien d’entretien des bois et forêts et non de déforestation. Outre les emplois crées, cela permettrait également de se débarrasser des vieux arbres secs, qui sont les premiers à s’enflammer l’été, d’où une notable réduction des hectares de forêts brûlés chaque année. 

Pour produire davantage de chaleur verte et développer les infrastructures collectives en ville, pour « chauffer les villes au bois », les créations d’emploi seront nombreuses et elles ont même été estimées à 100 000 postes en 2020. Ces emplois seront essentiellement ruraux donc non délocalisables pour l’abattage, le débardage et le broyage, sans parler du transport des copeaux de bois, des granulés vers les chaufferies ni de leur traitement. Il s’agit de métiers qualifiés spécifiques qui nécessitent de plus en plus la maîtrise d’outils modernes, d’où un besoin croissant en main d’œuvre qualifiés (techniciens supérieurs et cadres) dans cette filiale. Pour développer la biomasse en France, alors que la demande explose, il ne va plus falloir se contenter d’utiliser des bois de récupération mais aussi utiliser davantage des massifs inexploités, dans le Var et les Landes par exemple. 

La nécessité d’amorcer la pompe de l’éolien et du solaire

Avec des estimations de 60 000 créations d’emploi en 2020 pour l’éolien et l’énergie photovoltaïque, ces énergies demeurent très chères par rapport à l’énergie nucléaire, qui constitue le socle de la production électrique française (77%). Par prudence au niveau des coûts, il vaut mieux se tenir aux chiffres fournis par le plan énergie 2010 – 2020 du commissariat au plan, qui donne cela :

  • Coût du kWh pour le nucléaire : 0,033€
  • Coût du kWh pour le charbon : 0,037€
  • Coût du kWh pour le gaz : 0,036€
  • Coût du kWh pour le pétrole : 0,060€
  • Coût du kWh pour l’éolien : 0,061€
  • Coût du kWh pour le solaire : 0,450€ 

Pour une comparaison correcte des chiffres précédents, il faut ajouter à ces coûts directs, les coûts externes (impact environnemental lié aux émissions de CO2 ou aux déchets nucléaires, frais de recherche, frais de construction des gazoducs, etc.). Les coûts externes du gaz, du pétrole et du charbon sont supérieurs à 0,050€ par kWh (source : étude Externe de la Commission Européenne). 

Donc, quoiqu’on en dise, l’éolien et le photovoltaïque demeurent des énergies chères, qui ne pourront s’imposer à court ou moyen terme sans un coup de pouce de l’Etat. Du reste, l’énergie nucléaire a également été aidée par l’Etat, à travers les nombreuses années de recherche effectuées par le CEA sans solliciter les finances d’EDF. Le nucléaire a aussi son épée de Damoclès au-dessus de la tête avec le tarissement progressif des gisements en uranium. 

Ainsi, sur le long terme, cela a du sens de subventionner abondamment l’éolien et le photovoltaïque, à travers des politiques de rachat du kWh très avantageuses et finançables pour le moment tant ces énergies étaient marginales en 2007 dans la production électrique française de 569,8 TWh :

  • dont 77,2% soit 439,7 TWh pour l’énergie nucléaire
  • dont 10,9% soit 61,9 TWh pour l’énergie fossile 
  • dont 11,2% soit 64,2 TWh pour l’énergie hydraulique (énergie renouvelable)
  • dont 0,7% soit 4,05 TWh pour l’énergie éolienne (énergie renouvelable)
  • dont 0,6% soit 3,7 TWh pour le bois, les déchets domestiques et les biogaz (énergie renouvelable)
  • dont 0,003% soit 0,02 TWh pour l’énergie photovoltaïque (énergie renouvelable)

Sortir du nucléaire ou pas, cette question ne sera pas tranchée par l’éolien ou le photovoltaïque. A dire vrai, ces deux énergies ne changeront rien au défi énergétique à relever, tant les niveaux sont faibles. Il ne faut pas oublier que la production de ces énergies varient suivant les aléas de la nature et à ce titre, il devient quasiment obligatoire de mettre en face des centrales thermiques pour compenser les variations, d’où une consommation indirecte et paradoxale d’énergies fossiles pour l’éolien et le photovoltaïque. De plus, il faut garder en tête que l’énergie photovoltaïque à l’aide de wafer en silicium n’est pas propre car la fabrication des panneaux demande beaucoup d’énergie e t de gaz industriel, contribuant largement à l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre. Ainsi, il est primordial qu’une large partie des subventions publiques soit consacré aux travaux de recherche pour rendre le photovoltaïque plus propre. 

Ségolène Royal, en pointe sur l’innovation sur les biocarburants 

La France veut être l’une des figures de proue du biocarburant, notamment la troisième génération de biocarburant, celle qui ne pénalise pas le secteur agroalimentaire et qui permet de valoriser les déchets pour faire avancer nos voitures. La Région Poitou-Charentes notamment mise sur les éco-carburants de 3e génération à base de micro-algues. Ségolène Royal, en sa qualité de présidente du Conseil régional de Poitou-Charentes, a inauguré le 18 mai 2009 dans la Vienne l’unité pilote du Vigeant, le premier site au monde à tester ce procédé à partir de biogaz. 

En 2007, Ségolène Royal a demandé à Jacques Barbier (président du pôle d’excellence régional des éco-industries et directeur de la Société d’Economie Mixte Valagro) de lancer de nouveaux projets novateurs destinés à développer des éco-carburants de nouvelle génération. Une unité pilote de production d’éthanol à partir de déchets textiles (utilisant un brevet Valagro) sera aussi installée à Melle en 2010. Des projections montrent que ce secteur des biocarburants pourrait créer 45 000 emplois à l’horizon 2020 en France. 

 

Conclusion : Innovation et PME 

Dans l’état actuel des choses, il serait recommandé d’avoir une politique forte d’économie d’énergie, comme l’isolation thermique des logements neufs et anciens, la consommation essence des voitures, etc… Les chocs pétroliers passés ont montré que les comportements pouvaient être radicalement changés.  Les niches d’emploi seront très nombreuses et constitueront des cibles idéales pour des PME innovantes te dynamiques, d’où de nouvelles créations d’emploi. A l’instar des énergies renouvelables,  l’incitation fiscale aux économies d’énergie constituerait également une sorte de partenariat public-privé pour le bien de tous.

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