GAZPROM livre à domicile !

Par Alain Loréal(D&E)

Sur le plan énergétique, l’europe dépend considérablement du gaz russe. Tout le monde se souvient des risques de pénurie nés à l’occasion du contentieux Russie/Ukraine. Ce gaz, la Russie compte nous le livrer quasiment à domicile en investissant massivement dans un projet de deux gazoducs contournant l’Ukraine et en concurrence avec le projet Européen « Nabucco ».

Ces deux projets, « Nord Stream » par la mer baltique et « south stream » par la mer noire sont un des projets politiques les plus ambitieux de l’ère Poutine et représentent un investissement de 25 milliards d’euros chacun. La construction du premier devrait démarrer en septembre 2011 pour être opérationnel courant 2012, quoiqu’aucune date n’ait précisèment été confirmée, le second pourrait se réaliser plus rapidement.

Vladimir Poutine a récemment rencontré Erdogan (Turquie) et Silvio Berlusconi (Italie) afin de discuter du projet « South Stream » et a déclaré  » Nous avons déja l’expérience de la construction d’un gazoduc sous la mer noire (Blue Stream) en direction de la Turquie ». Les projets sont supposés pomper 31 milliards de M3 d’asie centrale vers les Balkans et d’autres pays européens, en contournant l’Ukraine avec laquelle la Russie reste en conflit. Certains au Kremlin envisagent d’ailleurs une intervention armée en 2010 qui placerait au moins deux provinces ukrainienne sous protectorat russe…

La longueur sous-marine du projet « South Stream » est de 900 km et la construction pourrait être lancée fin 2012 pour une mise en service courant 2015. La coordination avec les états traversés (Bulgarie, Serbie, Hongrie, Grèce et probablement Slovénie, Autriche et Italie), la recherche des entreprises et fournisseurs de tubes n’est pas totalement bouclée mais devrait bénéficier d’une « priorité » par rapport au projet « North stream »  pour lequel des désaccords subsistent en particulier avec la Suède.

Gazprom n’a pas détaillé le plan de financement du projet « South Stream »  quoiqu’il sera certainement identique à celui de « North Stream », c’est à dire 30% sur fonds propres et 70% sur emprunts garantis par l’Etat. (La Russie vient d’être classée AAA par les agences de notation). A noter que la France a signé un accord le 27 novembre dernier à Rambouillet avec Poutine pour participer (Via EDF et l’Italien ENI) au projet « South Stream ».

EDF s’est, par ailleurs aussi engagé sur le projet « North Stream ».

Données à partir de « La Pravda », « Novosti » et « Vedomosti »

La prochaine crise Financière mondiale

Par Peter Schartz (CRM)

Dans les hautes sphères du milieu politique allemand la crainte d’un second krach financier international dépassant en intensité et en impact celui de l’automne 2008 augmente de jour en jour.

Ce week-end, la chancelière Angela Merkel et le ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, (tous deux de l’Union chrétienne-démocrate, CDU) ont mis en garde que la crise économique était loin d’être terminée. « Nous avons tout d’abord réussi à limiter les effets de la crise sur les gens, mais le plus dur est à venir, » a dit Merkel au cours d’une réunion du CDU.

Schäuble a comparé la présente crise financière à la chute du Mur de Berlin vingt ans plus tôt. « La crise financière changera le monde aussi profondément que le fit la chute du Mur [de Berlin]. L’équilibre entre les Etats-Unis, l’Asie et l’Europe est en train de se déplacer radicalement, » a-t-il déclaré au journal Bild am Sonntag. Il a également appelé les banquiers à faire preuve de retenue dans le versement des bonus.

Jean-Claude Trichet, le président de la Banque centrale européenne, a émis des craintes quant à un effondrement social en cas d’une nouvelle série de faillites bancaires. « Il est certainement trop tôt pour dire que la crise est finie, » a-t-il déclaré lors d’un congrès bancaire à Francfort en ajoutant l’avertissement : « Nos démocraties n’accepteront pas une seconde fois de voler au secours de l’économie financière avec l’argent des contribuables. »

L’énorme bulle spéculative qui s’est formée sur les marchés d’actions au cours de ces huit derniers mois est considérée être le plus gros facteur de risque d’un nouveau krach. Les indices boursiers les plus importants, le Dow Jones, le Nikkei japonais et le DAX allemand, ont grimpé de 50 à 60 pour cent depuis mars. Les cours du pétrole brut, du cuivre et d’autres matières premières ont plus que doublé. Ces énormes augmentations ne sont fondées sur aucune croissance économique correspondante. Au contraire : l’activité économique a chuté dans de nombreux pays et de nombreuses entreprises affichent encore des pertes.

La montée des cours est due à la quantité énorme de liquidités que les gouvernements et les banques centrales ont injectée dans l’économie. Les institutions financières sont en mesure d’emprunter à taux d’intérêt quasi zéro des sommes d’argent illimitées auprès des banques centrales et de réaliser ainsi des gains spéculatifs considérables. De même, les milliers de milliards provenant de l’argent des contribuables et qui ont été dépensés pour renflouer l’économie ne sont pas utilisés pour des investissements mais sont destinés à des activités spéculatives, à l’octroi de dividendes élevés aux actionnaires et au versement de bonus exorbitants aux banquiers.

« Les cours boursiers grimpent parce que l’argent doit aller quelque part, et non pas, parce que les actions en soi sont considérées comme attractives, » écrit l’hebdomadaire économique allemand Wirtschaftswoche, dans son analyse de l’actuel essor boursier. Selon le magazine, le price earning ratio (PER), le rapport du cours d’une action au bénéfice par action d’une entreprise d’un secteur donné, a atteint un maximum historique de 133. A partir d’un PER de 14 ou plus l’on estime que les actions sont surévaluées.

Les conséquences de la crise font que des centaines de milliers de travailleurs, rien qu’aux Etats-Unis perdent leur emploi tous les mois, que les travailleurs sont obligés de subir des pertes de salaires et que les programmes sociaux sont réduits à grande échelle. Dans le même temps, les orgies d’enrichissement en haut de l’échelle sociale ont atteint le même niveau qu’avant la crise, voire même un niveau bien supérieur.

Les grandes banques d’investissement et les fonds spéculatifs débourseront cette année plus de 100 milliards de dollars de bonus à leur personnel. Goldman Sachs, la banque américaine a mis de côté 17 milliards de dollars à cette fin. En Allemagne, les 30 plus grandes entreprises cotées au DAX projettent de transférer au printemps 2010 plus 20 milliards d’euros à leurs actionnaires. Ce qui représente 71 pour cent de leurs bénéfices nets. Lors de l’année record précédente, en 2007, ce chiffre avait seulement été de 45 pour cent. En conséquence, il en restera d’autant moins pour de nouveaux investissements.

Telle est la toile de fond des avertissements émis par Merkel, Schäuble et Trichet. Ils craignent que l’enrichissement impudent de l’oligarchie financière, en corrélation avec une nouvelle crise sur les marchés financiers, ne déclenche une rébellion sociale incontrôlable.

De nombreux analystes considèrent qu’un autre krach financier est inévitable. Le numéro de l’hebdomadaire allemand Der Spiegel de cette semaine a annoncé en couverture en style bande dessinée un article intitulé: « La bombe à milliards ». L’article de douze pages commence en faisant remarquer que la question n’est pas de savoir si l’actuelle bulle boursière va éclater, mais plutôt quand cela va se produire…

S’ensuit un tableau dévastateur de l’état actuel de la société capitaliste : « En plein milieu d’une économie mondiale encore frappée par la crise, l’élite financière est à nouveau en train d’engranger des milliards, » peut-on lire dans l’article. « La vieille cupidité est de retour et les vieux hybrides aussi. » Jamais auparavant dans l’histoire économique moderne, « l’industrie financière n’avait eu droit à un accès aussi libre aux finances de l’Etat. » Der Spiegel met en garde expressément contre le « risque d’une hyperinflation, une dépréciation ultra rapide de la monnaie, comme l’avait connue l’Allemagne au début des années 1920. »

Parallèlement, en citant Adair Turner, le président de l’Autorité britannique des services financiers, l’article souligne les effets idéologiques de la crise. Il n’est pas seulement question d’une crise de banques individuelles, mais aussi d’une crise de « la pensée intellectuelle » : « Notre conception que les prix véhiculent d’importantes informations, que les marchés se comportent rationnellement en se corrigeant eux-mêmes en cas d’irrationalité, tout cela a été remis en question. » En d’autres termes, le capitalisme et l’économie de libre marché sont totalement discrédités.

En essence, l’attitude de  Der Spiegel correspond à celle du gouvernement de Berlin. La coalition sortante entre chrétiens-démocrates et sociaux-démocrates avait déjà fait inscrire un « frein à l’endettement » dans la constitution peu de temps avant les élections législatives de septembre et qui oblige à présent le nouveau gouvernement à suivre la voie d’une politique d’austérité draconienne. Le nouvel endettement de l’Etat qui s’élève actuellement à 86 milliards d’euros doit être réduit à 10 milliards d’ici 2016. Le ministre des Finance Schäuble a souligné à maintes reprises vouloir appliquer le frein à l’endettement et respecter le pacte de stabilité de l’Union européenne limitant la dette publique à trois pour cent du Produit intérieur brut.

Mais, diverses pressions politiques intérieures et extérieures font que l’application de cette politique d’austérité sera retardée d’environ un an. La chancelière Merkel craint une érosion plus grande du soutien du CDU et la perte de sa majorité gouvernementale au Bundesrat (la chambre haute du parlement allemand) si elle appliquait immédiatement après les élections des coupes sociales. Au niveau international, il existe de sérieuses différences avec Washington et Londres en matière de politique financière et qui avaient déjà provoqué des conflits lors du sommet du G20 à Pittsburgh.

Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne qui ont sacrifié une grande partie de leur base industrielle au secteur financier ont beaucoup moins intérêt à une politique monétaire restrictive que l’Allemagne dont l’économie d’exportation compte parmi les plus fortes du monde et qui redoute les effets d’un faible dollar sur sa compétitivité. La véhémence avec laquelle Der Spiegel attaque à présent le secteur financier américain révèle l’acuité des tensions mutuelles et qui sont rarement abordées ouvertement.

La population laborieuse doit considérer tout ceci comme un avertissement. La crise mondiale du capitalisme a atteint un point où le compromis social et politique n’est plus possible. Les travailleurs doivent se préparer à des luttes sociales féroces.

La Chine s’engage sur les Energies renouvelables

Par Alain Loréal (D&E)

Une nouvelle loi chinoise oblige les opérateurs de réseaux électriques à acheter toute l’électricité produite par les producteurs d’énergie renouvelable.

L’amendement à la loi de 2006 sur les énergies renouvelables a été adopté samedi par le comité permanent de l’Assemblée populaire nationale, (le parlement chinois) d’après l’agence  Xinhua.

L’amendement donne également compétence au département de l’énergie du Conseil d’Etat, conjointement avec le Conseil du Département des finances des États, de « déterminer la proportion d’énergie renouvelable dans  la capacité de production globale pour une certaine période. »

De nombreux autres pays, dont la France,  ont aussi des exigences afin que  les opérateurs de réseaux priorisent l’électricité provenant de sources renouvelables, même si elle est plus chère que les centrales thermiques ou nucléaires .(*)

En Chine le boom d’installation de fermes éoliennes subventionnées a abouti à une grande quantité d’énergie propre qui n’est pas toujours correctement connectée au réseau. Dans certains cas, les éoliennes ne sont pas situés à l’endroit optimal. Un tiers de la capacité installée d’énergie éolienne de la Chine n’est pas bien raccordée au réseau, selon Xinhua, citant des experts du secteur.

Une grande partie de l’énergie éolienne de la Chine est installé dans des régions éloignées  comme la Mongolie-Intérieure ou le  Gansu, où la demande est faible. Mais certaines de ces régions sont aussi productrices du charbon le moins cher disqualifiant de fait l’énergie éolienne en termes de coût.

« L’énergie produite dans les région du nord-ouest sous-développées doivent être envoyées là où la ressource est rare, comme les zones côtières prospère», a déclaré Wang Zhongyong, directeur de l’énergie renouvelable au développement national et la Commission de réforme Energy Research Institute, selon Xinhua.

L’indépendance relative des réseaux régionaux de transport rends difficiles une telle solution selon Wang.

La Chine doit développer des « réseaux intelligents » plus efficaces pour solutionner ces problèmes, a déclaré Xiao Liye, directeur de l’Institut de génie électrique de l’Académie chinoise des sciences.

La nouvelle exigence bénéficiera  également aux nouvelles installations de centrales nucléaires, bien que le nucléaire est généralement assez bon marché pour être compétitif par lui-même

Les opérateurs du réseau refusant d’acheter l’électricité produite par des générateurs d’énergie renouvelables pourrait être condamné à une amende maximale égale au double de la perte subie par le producteur.

L’objectif de la Chine est de réaliser  15 % de sa production d’électricité en énergies renouvelables d’ici 2020, contre environ 9% actuellement. Elle vise également une réduction d’émission de carbone, (quantité de carbone produite par unité de PIB), entre 40 et 45 % d’ici 2020 par rapport à 2005.

(*) ERDF a récemment annoncé investir 1 milliard d’euros d’ici 2020 afin de renforcer ses infrastructures de transport d’énergie, connecter les sources renouvelables (éolien et voltaïque), et gérer les fluctuations de production en fonction de la météo.

Théories du Management : vers un renouveau ?

Par Marc Dupuis (D&E)

Il ne se passe guère de semaines sans que paraisse un ouvrage sur le développement durable, mais qu’en est-il de la responsabilité des entreprises sur notre écosystème ? Comme le note Olivier Delbard dans son excellent ouvrage « Pour une entreprise responsable » les entreprises ne sont pas absentes de ce grand débat qui vient remettre en cause un poncif néolibéral qu’énonçait simplement Milton Friedman, grand inspirateur de cette pensée en 1970 « la responsabilité de l’entreprise c’est d’accroitre le profit »
Le thème de la Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE) dont on trouve les prémisses dès les années soixante, a pris son envol au début des années 2000, il remet en cause le dogme du profit comme but et moteur unique de l’entreprise. L’impact de ce tournant se fait sentir chez les chercheurs en management, dans les universités et grandes écoles où se forment les entrepreneurs de demain. Les chaires de développement durables et les enseignements sur l’éthique des affaires se multiplient, HEC développe une Majeure « Alternative Management » qui a pour but de former des entrepreneurs autour d’une vision alternative des missions de l’entreprise
Les « états généraux du management « qui réuniront en octobre 2010 la crème de l’enseignement et de la recherche managériale pour la seconde année consécutive ont mis en bonne place dans leur appel à communication le thème « « entreprise, démocratie et bien commun » on y parlera entre autres du partage du profit et des nouvelles formes de responsabilités de l’entreprise.

L’entrée de la RSE dans les théories du management s’est faite largement en contrepoint d’une interprétation unilatérale de l’entrepreneuriat, et principalement des pouvoirs dans la société anonyme plaçant l’actionnaire comme générateur quasi unique du risque, de la formation du profit et comme bénéficiaire de ses fruits. L’introduction de la théorie des parties prenantes selon laquelle outre les actionnaires, les intérêts des salariés, des fournisseurs, des consommateurs, et de la collectivité toute entière sont à prendre en compte a ouvert une brèche dans le dogme managérial.

Cette brèche peut également s’appuyer sur d’autres approches académiques mais aussi stratégiques comme la théorie des compétences clés, qui démontre que le succès d’une entreprise s’appuie non seulement sur son adaptation à son environnement mais tout autant sur bonne identification et mobilisation de ses compétences qui trouve sa source dans un partage entre parties prenantes de la formation de la valeur et de sa répartition

Les critiques justifiées sur la part de communication et d’auto justification des pratiques effectives de certaines entreprises ne sauraient faire oublier qu’une nouvelle ère s’engage autrement excitante pour les chercheurs que l’éternel « make money and profit »

Pour autant le profit reposant sur la production de biens et de services correspondant à une juste rémunération des facteurs, demeure un élément indispensable à la survie et au développement de l’entreprise, ce n’est pas l’un des moindres mérites d’ouvrages comme celui d’Olivier Delbard, de montrer que cet objectif est pleinement compatible avec le développement durable

Heuliez et Ségolène Royal

Par Alain Loréal (D&E)

Pour la pluspart des politiques l’Entreprise est une « boite noire » qui se résume trop souvent aux « fleurons de l’industrie » et/ou aux « entreprises innovantes ». La réalité est que 95% des entreprises en activité en france ne sont ni l’un ou l’autre mais du « basique » (Bâtiment, restauration, tertiaire, sous-traitant industriels…), qu’elles sont aussi le principal employeur du pays et une part  essentielle  de la contribution fiscale au budget de l’Etat.

Quand ces mêmes politiques se mêlent de faire des montages financiers, on peut craindre le pire. Heuliez est de ce point de vue exemplaire. A la lecture des deux dépêches d’Agence ci-dessous on peut légitimement s’intérroger sur la viabilité du plan soutenu par Ségolène Royal. Si sa démarche n’est pas contestable sur le fond et s’inscrit dans le rôle que beaucoup souhaiteraient voir jouer à la puissance publique (l’Etat Investisseur) il semble, dans le cas d’espèce, que le partenaire choisi (BKConsultants) est en train de rouler tout le monde dans la farine, la Région comme l’Etat. En effet son apport en capital est virtuel (une créance) et ce sont les fonds publics qui relanceront l’activité Heuliez.

En cas d’échec à court terme de cette reprise, ce que personne ne souhaite, c’est tout un nouveau mode de gestion des finances publiques (l’investissement productif) qui en serait contrarié.

 Dépêche AFP de ce jour :

Une réunion destinée à « débloquer » la situation dans le dossier de reprise du constructeur automobile Heuliez par le président de Bernard Krief Consulting (BKC) Louis Petiet s’est ouverte aujourd’hui à Bercy, en présence du ministre de l’Industrie Christian Estrosi et de Ségolène Royal.

Contrairement à ce qu’il avait déclaré hier, Louis Petiet prend également part à cette rencontre, ainsi qu’un représentant du Fonds stratégique d’Investissement (FSI), qui doit apporter 10 millions d’euros dans cette opération. « Je pensais au début que ce n’était qu’une réunion technique. Mais j’ai appris par la suite que c’était une réunion avec une dimension politique et de soutien public à Heuliez. Donc, j’ai changé d’avis », a expliqué le président de BKC.

Ségolène Royal, présidente socialiste de la région Poitou-Charentes, où est implanté le constructeur, et qui a promis d’apporter cinq millions d’euros, s’est préalablement entretenue pendant une vingtaine de minutes avec Christian Estrosi. Rien n’a filtré de cette discussion.

Dépêche AFP du 17/12

Les différents acteurs du dossier Heuliez parviendront-ils à s’entendre ? Alors que Louis ­Petiet, le repreneur de l’entreprise, multiplie les déclarations rassurantes, le Fonds stratégique d’investissement (FSI) attend toujours des preuves formelles sur ses engagements financiers. En signe de bonne volonté, le FSI a décidé, ce jeudi, de placer les 10 millions d’euros qu’il pourrait apporter au capital du constructeur automobile sur le compte séquestre d’un avocat à Niort. La somme sera effectivement débloquée en une fois si trois conditions sont remplies.Le FSI attend que Louis Petiet procède à l’augmentation de capital de 16 millions d’euros promise cet été. Mercredi, il a dévoilé son nouveau schéma de financement. Il n’est plus question que Midex, ­entreprise des Émirats, investisse. Il «attend que l’État français tienne ses engagements pour apporter des fonds», explique Issam Khairallah, son président, au Figaro. Il ne précise pas quels sont ces engagements. «Sans Midex, ajoute-t-il, Heuliez ne peut rien faire. La commande de 14 000 véhicules pour les aéroports des Émirats, c’est nous.

Dans le nouveau schéma présenté par Louis Petiet, 15 millions proviennent de la cession de 10% d’Heuliez Concord Capital à un groupe industriel français coté en Bourse. Heuliez Concord Capital est la société dans laquelle Louis Petiet a logé les actifs immobiliers et ­industriels (machines) d’une partie des entreprises qu’il a récemment rachetées (Heuliez, l’ex-DMC…). Ce holding dispose d’une filiale, Heuliez New World, qui, elle-même, détient Heuliez Véhicules électriques (VE). Les 15 millions d’euros, qui sont en fait une créance, ont été transférés aujourd’hui à Heuliez VE. «Il s’agit d’une créance certaine, le nom de l’émetteur sera connu début janvier», explique Louis Petiet, qui boucle son financement avec 1 million d’euros tirés sur les comptes courants de son ­entreprise, Bernard Krief Consulting (BKC).

La deuxième réserve du FSI porte sur la signature à venir d’un pacte d’actionnaires qui garantisse un siège au conseil d’administration d’Heuliez VE à un de ses repré­sentants. Louis Petiet a qualifié ­cette demande de «parfaitement ­légitime»Troisième point de désaccord : la valorisation d’Heuliez VE. Louis Petiet a repris Heuliez pour 60 000 euros cet été dernier. Aujourd’hui, il valorise l’entreprise 19 millions d’euros. Il met en avant le travail effectué par ses consultants depuis quatre mois, un carnet de précommandes qui correspondrait à 150 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2010 (au lieu des 90 millions prévus). Cette valorisation est beaucoup trop élevée selon le FSI, qui refuse que son apport ne représente plus que 20% du capital d’Heuliez VE, et non 32,26% comme initialement convenu.

 

Brésil : Les pirates du bois

Concentrées dans quelques pays, les ressources forestières sont menacées par l’exploitation illégale et l’agriculture. Mais la crise ralentit la demande, en Asie notamment.

Un scandale d’un nouveau genre a récemment secoué le Brésil, impliquant des centaines d’entrepreneurs forestiers. Ceux-ci auraient employé des hackers pour déjouer le système informatique de certification électronique mis en place par le gouvernement brésilien. Résultat: près de 1,7 million de m3 de bois ont été illégalement coupés. Outre ces coupes sauvages, les entrepreneurs impliqués sont soupçonnés d’esclavage. Les autorités brésiliennes ont pris l’affaire très au sérieux. Fin novembre, une enquête a révélé une hausse de 3,8% du taux de déforestation par rapport à l’année précédente. Cette affaire illustre l’importance économique et environnementale de l’exploitation de la forêt à l’échelle du Brésil, mais plus largement de la planète.

D’après Blandine Flipo (Alternatives Economiques)

Ségolène Royal : les deux mains dans la Chlorella…

Par Alain Loréal (D&E)

En ce jour où la Région Poitou-Charentes est à l’honneur à Copenhague (dans le cadre des Régions du Monde) et que la campagne des Régionales amène le PS à faire valoir les réalisations de ses sortants (ICI les réalisations Picto-charentaises), il peut être intéressant de se pencher sur les projets de R&D les plus prometteurs.

Outre les véhicules électrique, en particulier la SimpliCity (voir notre article ) d’Heuliez que Ségolène Royal a fait défiler dans les rues de Copenhague, la Région, à dominante agricole,  s’intéresse aux bio-carburants. La deuxième génération ne s’envisage plus seulement comme additif au pétrole mais comme substitut. De ce point de vue la Région Poitou-Charente soutient un projet novateur puisqu’il porte sur la transformation d’algues (*) d’eau-douce. L’article ci-dessous, extrait du magazine MAG (Monde Agricole), quoiqu’un peu technique est éclairant, sur les pistes de recherches à développer et sur lesquelles Poitou-Charente est en pointe.

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Pourquoi ne pas imaginer une nouvelle culture pour produire du carburant ? C’est l’une des promesses des microalgues. Certaines sont aptes à produire de l’éthanol avec des rendements énergétiques et des bilans environnementaux prometteurs. Mais les lipides et les protéines qu’elles recèlent pourraient contrarier la 3e génération naissante d’écocarburants. Finiront-ils dans les tiroirs ou les réservoirs ?

Vers une nouvelle culture végétale aquatique ? En tout cas, elle suscite les mêmes questions que vous vous posez en termes d’approche agronomique et d’utilisation intrants. Donc, après les biocarburants issus de cultures alimentaires, les agrocarburants issus de la biomasse, voici venus les écocarburants tirés de la culture des algues et qui inaugurent la troisième génération de carburants issus de matières végétales, donc renouvelables. Catégorie bioéthanol ou biodiésel ? « Les micro- algues peuvent être riches en sucres fermentescibles ou en lipides, déclare Antoine Piccirilli, directeur opérationnel de Valagro, un centre de recherche et développement basé à Poitiers, spécialisé dans la valorisation des agroressources. Mais l’espèce sur laquelle nous avons travaillé, Chlorella, s’est distinguée par sa richesse en sucres fermentescibles en éthanol. Le bioéthanol est donc privilégié. Sa production, qui nécessite une hydrolyse préalable des sucres fermentescibles, emprunte une voie humide, contrairement à la production de biodiesel qui aurait nécessité le séchage de la biomasse issue des algues, dont la teneur dans les bassins avant concentration est de seulement 0,2 %. » La production d’algues d’eau douce et leur transformation en écocarburants n’en est qu’à ses balbutiements. La seule unité pilote présente en Europe est entrée en fonctionnement au début de l’année 2009 au Vigeant, dans la Vienne. Elle est située dans l’enceinte d’un site de traitement de déchets ménagers exploité par SVO, une filiale du groupe Séché Environnement basé en Mayenne. Le projet est né en 2007, à l’initiative de la région Poitou-Charentes et du Pôle régional de compétitivité des éco-industries. La présence de lagunes et marais dans la région, notamment sur l’île d’Oléron, avait incité les décideurs à s’interroger sur l’intérêt des microalgues.
Très forte activité photosynthétique
Le centre de recherche Valagro est missionné et ne tarde pas à livrer ses premiers constats. Les algues d’eau douce sont douées d’une activité photosynthétique de 30 à 40 fois supérieure à celle des végétaux terrestres, pour peu qu’on veuille bien leur fournir un peu de chaleur, un peu de CO2 et un peu d’azote. C’est là que Séché Environnement entre en scène en proposant son site du Vigeant comme terrain d’accueil du projet pilote. Les ordures ménagères traitées sur place alimentent un digesteur produisant du biogaz, lequel est valorisé en électricité via deux générateurs, fournissant l’équivalent des besoins en électricité de 11 000 personnes. La chaleur produite lors de la production de biogaz était inutilisée car le centre de traitement est à l’écart de tout centre urbain ou industriel. Quant à la combustion du biogaz, elle génère un relargage final de CO2 dans l’atmosphère. Inauguré en 2009, le site pilote et ses 200 m2 de bassins de Chlorella recyclent la chaleur et le CO2 endogènes. Seul l’azote provient d’une source exogène mais plus pour très longtemps. « Parmi nos pistes de travail pour 2010 figure l’utilisation des nitrates contenus dans les jus d’ordures, indique Antoine Piccirilli. Nous devons également inclure dans le process une opération d’épuration du CO2, la présence de NOx et de SOx altérant le rendement des algues. Mais le process n’est pas nouveau en soi. C’est donc une solution clé en main qui se dessine dans la configuration du site du Vigeant. » L’éclairage nocturne des bassins est une autre piste possible pour accroître le rendement algal. La production et la récolte peuvent s’envisager 24 heures sur 24 avec tous les automatismes possibles et imaginables.

L’heure des bilans
Mais la question des rendements, pas plus que les évolutions technologiques sus-citées, n’inquiètent les promoteurs du projet. Très prochainement sera testée au stade pilote la transformation de la biomasse algale en éthanol, par hydrolyse, avec un rendement attendu de l’ordre de 70 %. Un processus a priori plus simple que celui partant de la lignine et de la cellulose contenues dans les déchets agricoles et forestiers, sources d’éthanol de 2e génération. Les défi s qui attendent ce projet pilote de production d’écocarburants sont assurément d’ordre comptable. En 2010 seront esquissés les premiers bilans énergétiques, environnementaux et économiques. Le fait que l’énergie et les intrants (CO2 et nitrates) proviennent de déchets, est fortement engageant, au même titre que la voie bioéthanol, moins énergivore dans le cas présent que la voie biodiesel. Et si les tracteurs peuvent être les futurs bénéficiaires des écocarburants, ils sont exclus du processus de production, contrairement aux agrocarburants de 1ère et 2e génération. Mais tout cela ne présage en rien du verdict final. « À ce stade de l’expérimentation, la production de biomasse par les micro-algues est de 24 t/ha/an de matière sèche contre 66 t/ha/an pour la canne à sucre et 8 t/ha/an pour le blé, poursuit Antoine Piccirilli. Mais le rendement final en éthanol tourne à l’avantage des microalgues, qui sont créditées d’une production de 7 t/ha/an contre 4,5 t/ha/an pour la canne à sucre et 2 t/ha/an pour le blé. Aux indicateurs en usage, nous allons intégrer un critère lié à la ressource en eau, puisque la production de micro-algues passe par l’utilisation d’eau douce. L’eau utilisée fait l’objet d’un recyclage perpétuel mais elle est néanmoins sujette à l’évapotranspiration. » Chlorella est une algue endémique non alimentaire, non OGM faut-il le préciser, non volatile et parfaitement contenue dans ses bassins de culture.

Compétition en amont et en aval
Le reliquat extrait de la transformation de la biomasse algale en éthanol est un sous-produit à verser au bilan du process, avec des pistes de valorisation à explorer du côté de l’alimentation animale, à la faveur d’une bonne teneur en protéines. Du reste, les algues, qu’elles soient inféodées à l’eau douce ou à l’eau de mer, n’avaient pas attendu les écocarburants pour se trouver régulièrement de nouveaux débouchés, dans la pharmacie et la cosmétique notamment. Mais l’alimentation humaine (omega 3, compléments protéiniques et minéraux) et l’alimentation animale (protéines, tourteaux) se tiennent aussi en embuscade. Bref, la concurrence menace. En amont, l’emprise foncière des bassins de culture ainsi que l’immobilisation et la consommation de ressources d’eau douce pourraient contrarier les bilans environnementaux, aussi flatteurs soient-ils. Et l’énergie consommée pour chauffer l’eau ou illuminer les bassins peut servir bien d’autres intérêts. « À ce stade de nos connaissances, il est encore prématuré de se prononcer sur la pertinence du débouché écocarburants des micro-algues d’eau douce, prévient Antoine Piccirilli. Ce qui est certain, c’est que nos gisements d’ordures ménagères, y compris les déchets verts, représentent environ six fois le carbone contenu dans les énergies fossiles que nous importons. Au-delà des micro-algues, les perspectives offertes par cette chimie du carbone sont très importantes. » Les centres de traitement d’ordures ménagères ont l’avantage d’être disséminés sur le territoire et par conséquent de minimiser les distances entre les sites producteurs d’énergies et les foyers consommateurs. De la même manière, l’eau douce, si elle est comptée, est présente partout. Nul ne sait si la 3e génération d’écocarburants finira dans les réservoirs ou dans les tiroirs. Mais à ce jour, il n’y a pas de 4e génération en vue.
 
 

RAPHAËL LECOCQ
 
(*) Pour en savoir plus lire « Et si le Littoral allait jusqu’à la mer » d’Alain Merckelbagh (ancien Directeur de l’Ifremer) préfacé par Louis Lepinsec.

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