Grand emprunt et financement des universités, le modèle Harvard en question


Par Marc Dupuis (D&E)

 
Le grand emprunt lancé par le Président de la République prévoit de faire émerger des sites d’enseignement et de recherche d’excellence réunissant un seuil critique de chercheurs et d’enseignants de haut niveau afin de pouvoir rivaliser avec les grandes universités européennes et américaines. Harvard et Stanford sont pris comme exemple de cette orientation avec comme objectif de faire des universités et centres de recherche de véritables entreprises dotées de capitaux propres en mesure de s’allier avec des capitaux privés et de créer des pépinières d’entreprises comparables aux campus américains pour financer la recherche et l’innovation.
Pour comprendre cette évolution il faut rappeler les caractéristiques du modèle américain et ses limites notamment au moment où se développe la crise
En effet, les universités américaines fonctionnent comme des entreprises avec un capital dont les ressources sont multiples :
• Des frais de scolarité et d’inscription qui ont augmenté rapidement ces dernières années et obligé deux  étudiants américains sur trois à s’endetter . Il en coûte plus de 6000 dollars par an à chaque étudiant dans les universités publiques et 15000 dans les universités privées
• La dotation aux universités (endowment) capital placé en bourse sous forme d’actions et d’obligations et dont les intérêts alimentent le budget annuel des l’université, ainsi Harvard a eu jusqu’à 37 milliards de dollars de dotation en 2008, mais la crise et passée par là et à réduit de 10 milliards ce montant !
• La collecte de fonds (fundraising) par des dons provenant de riches particuliers, mais aussi des anciens élèves, des parents des étudiants, etc.
• Le gouvernement fédéral alloue des fonds pour la recherche et le développement, sous forme de contrats, mais le financement public est minoritaire dans le budget des universités
En bref comme le modèle « tout libéral « le financement des universités américaines est en crise et l’inégalité croissante d’accès aux universités en est la marque.
Certes, le gouvernement se défend de vouloir copier ce modèle et Valérie Pécresse prône la recherche d’un » modèle français », arguant par exemple que les capitaux propres acquis par les universités seront placés dans des fonds sécurisés, de même que des règles prudentielles seront édictées quant à l’utilisation des fonds résultant du grand emprunt.
L’exemple des universités américaines montre toutefois que l’autonomie peut donner le meilleur comme le pire. C’est encore aux résultats que l’on jugera.
 

 

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Une Réponse

  1. Il y a aussi un conflit d’intérêt entre leur besoin d’engranger des inscriptions pour « faire tourner la boutique » et la sélection du niveau des étudiants.
    Un étudiant brillant n’a pas toujours les moyens de s’offrir les universités les mieux cotées, sauf s’il est dans le « Top 10 » (awards, mentions d’excellence, etc) et obtient une bourse. Ce mode de gouvernance universitaire n’est donc pas un « ascenseur social » mais juste une possibilité de réalisation du « rêve américain ».
    Tandis qu’un étudiant provenant d’une classe sociale supérieure (pourvu qu’il ne soit pas totalement idiot) aura toujours les moyens d’accéder à un diplôme côté.
    Harvard & Standford sont extrêmement endogames, la classe dominante « WASP » dans toute sa splendeur !

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