Crise et Productivité du travail


Par Frank Stassi

La baisse de la demande a provoqué des réactions différentes en Europe et aux Etats-Unis. Les destructions d’emplois enregistrées outre-Atlantique ont permis d’accroître la productivité des firmes.

Les Norvégiens, les Luxembourgeois et les Belges peuvent se réjouir. Ils figurent en tête des peuples les plus productifs au monde, selon le Conference Board, un institut économique américain. « On pourrait objecter que le niveau très élevé des salaires en Belgique incite puissamment les entreprises à augmenter la productivité, avec l’automatisation poussée des processus de production ou encore des restructurations », explique au quotidien belge L’Echo l’économiste en chef chez Dexia Jacques de Pover.

Les performances des firmes en matière de productivité ont souffert pendant la crise: celle-ci a reculé l’an dernier de 1% aussi bien sur le globe qu’à l’intérieur de la zone euro. En Europe, la France (+0,3 % de productivité horaire du travail en 2009), la Pologne (+ 1,8%) ou l’Espagne (+ 3,8%) affichent des performances honorables sur cette période, tandis que la Grande-Bretagne (-1,9%) et l’Allemagne (-2,8%) sont à la traîne.

Les données ont été obtenues par mesure de la productivité en valeur du travail, la production étant mesurée en termes monétaires (la valeur de la production) et non physiques (le nombre de quantités produites, particulièrement variable d’une entreprise à une autre).

L’écart de productivité entre la zone euro et les Etats-Unis, qui n’a jamais été aussi important, en témoigne. Face à la baisse des carnets de commandes, les firmes européennes ont préféré opter pour des mesures de chômage partiel, entrainant des baisses de productivité. Des mesures de suppressions de postes et de réduction du nombre d’heures travaillées ont quant à elles été engagées outre-Atlantique, permettant de sauvegarder ce précieux indicateur de compétitivité.

Réduire le nombre d’emplois à l’amorce d’une récession permet aux firmes d’accroître leur productivité, avant que la production ne diminue. La sortie de crise devrait permettre aux deux aires d’enregistrer de nouveaux gains de productivité, mais le doute est permis quant aux créations d’emplois tant attendues. La relation entre récession et productivité se vérifie notamment par le biais du taux d’utilisation des capacités de production, affecté par des mesures de restriction telles qu’un arrêt des chaînes de montage.

Mesurer l’efficacité du système productif s’avère essentiel dans un contexte de mondialisation de plus en plus affirmé. La productivité d’une entreprise sera d’autant plus grande qu’elle produira une quantité donnée avec moins de facteurs de production – travail et capital. Un élément théorique à mettre en regard d’hypothèses pour le moins pessimistes formulées par de nombreux économistes: un faible usage des capacités de production dû à une demande encore médiocre, et de fortes incertitudes quant à la situation financière des entreprises.

Dans ce contexte, la notion de performance revêt une importance particulière.

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2 Réponses

  1. Je reprends ce vous dites, « Les données ont été obtenues par mesure de la productivité en valeur du travail, la production étant mesurée en termes monétaires (la valeur de la production) et non physiques (le nombre de quantités produites, particulièrement variable d’une entreprise à une autre). »

    Je ne comprends pas bien votre définition, où quelque chose m’échappe. Dans l’article qui est cité, il est fait uniquement référence à l’intrant travail, est-ce celà ?.

    Je reprends la définition donnée sur WikiPedia que je pense assez juste : « En science économique, la productivité est le rapport de la production de biens ou de services à la quantité de facteurs de production ou intrants (parmi lesquels, le capital et le travail) utilisés pour produire ces biens ou services. La productivité du capital est le rapport de la valeur ajoutée au capital fixe productif en volume. La productivité du travail, le rapport de la valeur ajoutée au nombre d’heures travaillées. La productivité globale des facteurs, enfin, est le rapport de la valeur ajoutée au volume des deux facteurs capital et travail. De façon plus générale il est possible de définir la productivité comme rapport entre un extrant et un intrant (intensité énergétique du PIB, rendement par hectare d’une production agricole etc). Il s’agit donc d’une mesure de rendement. ».

    Pour ma part, le recours au temps partiel, se traduit par une baisse de production, la productivité potentielle demeure, c’est pour cela que je m’interroge. L’outil de travail n’est pas altéré. Ce n’est pas la productivité qui est modulée, mais la production

    J’insiste sur ce point car c’est tout le coeur du débat :
    1 – sur ce qui est à ma yeux un mythe, à savoir que la croissance du PIB est en mesure de créer plus d’emploi qu’elle n’en détruit, il faut de la croissance, mais la création d’emploi est cannibalisé par la productivité. Dans une zone à fort niveau de développement la croissance est basse (en %) et généralement la croissance de productivité est supérieure à la croissance tout court, donc la croissance ne suffit pas pour l’emploi, faire croire cela est une supercherie. Il faut autre chose en plus (Par ailleurs je ne débat pas de la nature de cette croissance)

    2 – sur la réduction du temps de travail, qui est présenté comme une maladie honteuse. Notamment le sophisme qui est servi contre : un gateau de taille limité à partager, or les gains de productivité étant, la taille du gateau croît

    3 – y compris sur les retraites, l’évolution du fameux ratio servi à l’envi, Nbre actifs/ Nbre retraités, qui n’a aucun sens historique si on ne prend pas en compte la productivité

    Je vous remercie de préciser , car de mon point de vue, vu le taux de croissance soutenu de la productivité, l’emploi qui est au coeur du lien social ne peut passer que par :

    a) la création d’activités (innovation de toutes natures technologiques ou autres, économie sociale, coopération de développement avec les PMA pays moins avancés)
    b) la réduction/réorganisation du temps de travail,
    c) formation massive (>=10% du temps de travail) en en faisant un actif pour l’entreprise pour l’entreprise et le salarié. Ceci ne manquera pas de générer abondamment de nouveaux services, et on peut alors parler d’économie de la connaissance. par contre il faut trouver un vrai paramètre/instrument de mesure de l’impact de la formation sur innovation/Création activités pour l’entreprise et la société.

    Merci Bien à vous

    Marcel Bariou

    • Cher Marcel (avec qui je correspon par ailleurs),
      On ne peut que surenchérir à ton commentaire:
      1/ les mesures sont celles qui correspondent à un modèle, voire à un système; celles dont il est question ici, la productivité par exemple, est destinée aux investisseurs (voire aux spéculateurs) dans une approche généralement sectorielle et court-termiste (pardon pour le néologisme!).
      2/ l’emploi des ressources et le développement des activités sont en effet au coeur de toutes les questions soulevées par la crise et le nécessaire ré-endineering du système (pardon pour l’anglicisme!)

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