La Russie construit de nouvelles centrales nucléaires

Par Alain Loréal (D &E)

 

La « Pravda » annonce Que Poutine a signé un décret autorisant la construction d’une nouvelle centrale nucléaire dans la région de Kaliningrad. Cette centrale « de la Baltique » sera la première soviètique a bénéficier de capitaux privés et étrangers.

L’agence Interfax précise que Vladimir Poutine a alloué des fonds pour la construction de nouvelles centrales nucléaires . Il est aussi rapporté que Poutine a sévèrement critiqué les entreprises énergétiques russes et leurs propriétaires du fait des retards pris dans l’execution de leurs obligations liées aux programmes d’investissements financés par l’Etat. Il a en particulier reproché aux propriétaires nommés d’être « les personnes les plus riches de Russie ». Poutine a rappelé que les nouveaux propriétaires du système énergétique Russe ont contractuellement acceptés d’investir dans le développement  de l’industrie nationale après la réforme du géant énergétique UES (United Energy System) par l’Etat qui a investit 450 milliard de roubles. « Néanmoins seulement 270 milliards d’Euros ont été consacrés à la mise en oeuvre de projets d’investissements, pour le reste les fonds ont été utilisés dans des opérations spéculatives »

 

Obama relance officiellement la filière du nucléaire

Le président américain Barack Obama, a annoncé la semaine dernière, le lancement de la construction des premiers réacteurs nucléaires américains depuis près de 30 ans pour un budget de plusieurs milliards de dollars.

« Nous annonçons environ 8 milliards de dollars en garanties de prêts pour entamer la construction de la première centrale nucléaire dans notre pays depuis près de 30 ans« , a déclaré M. Obama à Lanham (Maryland, est).

Les 8,33 milliards de dollars permettront de construire et d’exploiter deux nouveaux réacteurs dans l’installation existante de Burke, en Géorgie. Les deux nouveaux réacteurs nucléaires de 1.100 mégawatts seront de type « Westinghouse AP1000 » et viendront compléter les deux unités déjà présentes dans la centrale. Selon les projections de l’industrie, le projet créera localement environ 3 500 emplois. Une fois que les réacteurs nucléaires deviendront opérationnelles, le projet créera 800 emplois permanents.

« C’est une mesure significative prise par l’administration Obama pour relancer notre industrie nucléaire nationale, en aidant à créer des emplois à long terme et de réduire nos émissions de gaz à effet de serre« , a déclaré Steven Chu, secrétaire à l’Energie.

Les besoins en électricité de la Géorgie devraient augmenter d’environ 30 % au cours des 15 prochaines années. Lorsque les nouveaux réacteurs nucléaires seront mis en service, ils fourniront de l’électricité de base capable d’alimenter environ 550 000 résidences, soit 1,4 millions de personnes.

Par rapport à une centrale au charbon de taille similaire, les nouvelles unités de Vogtle permettront d’éviter d’importantes émissions de gaz à effet de serre chaque année : 16 millions de tonnes de dioxyde de carbone, 3.900 tonnes d’oxydes d’azote, et 5.500 tonnes de dioxyde de soufre.

Ce dispositif s’appuie sur une loi de 2005, promulguée par George W. Bush, qui autorise le département de l’Energie à garantir des prêts pour des projets privés réduisant les gaz à effet de serre. Le projet de loi budgétaire pour 2011 présenté début février par M. Obama au Congrès évoque un triplement du fonds de garantie pour construire des centrales, à plus de 54 milliards de dollars.

Les réacteurs américains ne fournissent plus aujourd’hui au pays que 20% de ses besoins en électricité.
Les professionnels estiment qu’il faudra construire 35 nouveaux réacteurs pour maintenir cette part de 20% d’électricité d’origine nucléaire, ce qui représente un investissement de quelque 280 milliards de dollars.

3.5 milliards de dollars pour la Hi-tech US

Dans un discours intitulé « Rebâtir les fondements de la croissance américaine« , Paul Otellini, président d’Intel a annoncé la création d’un fonds d’investissement associant 24 sociétés de capital-risque. Ce fonds, qui a pour objectif de mobiliser 3,5 milliards de dollars, est destiné à investir dans des sociétés américaines de haute technologie. Il ne s’agit pas de lever cet argent, mais d’inciter les sociétés de capital-risque à allouer des fonds existants à des sociétés américaines à hauteur de ce montant.

L’initiative, baptisée « Invest in America Alliance » devrait s’étaler sur deux ans et s’est donnée pour objectif de renforcer la compétitivité américaine et de créer des emplois. Intel, qui prend la direction du fonds d’investissement, a indiqué qu’il avait déjà injecté dans les entreprises américaines quelque 6,2 milliards de dollars ces 20 dernières années.Parallèlement aux entreprises de capital-risque, ce programme réunit également 16 grandes entreprises du secteur des TIC dont Cisco, Dell, Google, HP, Microsoft et Yahoo!

Les investissements en question visent, par exemple, les énergies propres, les technologies de l’information et la biotechnologie. Le véhicule de capital-risque d’Intel, « Intel Capital Invest in America Technology Fund, » a prévu de participer à ce progremme à hauteur de 200 millions de dollars.

 

Seuls 3% des patrons de TPE estiment que le gouvernement est prioritairement à leur écoute

Paris, le 22 février 2010 Ce 37ème baromètre de conjoncture des Très Petites Entreprises, réalisé par l’Ifop pour FIDUCIAL, fait un focus sur les questions politiques d’actualité : leur opinion par rapport à l’action de leur conseil régional et celle du gouvernement.

Des conseils régionaux trop éloignés des préoccupations des TPE
Seuls 24% des patrons de TPE estiment que leur conseil régional est proche de leurs préoccupations. Pour les interrogés, les catégories d’entreprises les mieux prises en compte sont les très grandes entreprises – plus de 1 000 salariés – (20%), les grandes entreprises
– 250 à 1 000 salariés – (42%), les PME (27%) et enfin les TPE (7%).

En matière d’actions économiques menées par le conseil régional, plus de la moitié des dirigeants de TPE (54%) estiment qu’il prend les bonnes décisions pour le développement économique de leur région (45% expriment le contraire). Le jugement des patrons du Nord et de l’Est de la France est particulièrement positif (pour 79% de « bonnes décisions »), contrairement à celui des franciliens extrêmement critique (pour 60% de « mauvaises décisions »).

La perception des régions par les patrons de TPE apparaît contrastée. 9% considèrent leur région en pleine expansion et 31% en développement, contre 40% en stagnation et même 20% en déclin. L’enquête fait toutefois apparaître des différences régionales notables. Rhône-Alpes et l’Auvergne sont plébiscitées par leurs chefs d’entreprise (58% en pleine expansion ou en développement) alors que la Champagne, la Picardie et la Bourgogne sont considérées en déclin par 45% de leurs résidents patronaux.

45% des patrons de TPE estiment que leur conseil régional utilise à bon escient l’argent du contribuable. La satisfaction est toutefois nettement plus forte dans les trois régions de l’Est de la France, avec un score de 63%.

Elections régionales : moins les réalisations que les projets
47% des chefs d’entreprise se déclarent certains d’aller voter aux prochaines élections, un score somme toute faible au regard des intentions exprimées quelques semaines avant les dernières élections européennes (55%) qui avaient pourtant enregistré une abstention record. Les propositions économiques des candidats retiendront bien évidemment toute leur attention (82%), plus d’ailleurs que le bilan économique du mandat écoulé (73%).

Défiance des patrons de TPE envers l’exécutif.Ils ne sont plus que 41% de chefs d’entreprise (-2 points par rapport à octobre) à estimer que les mesures et/ou actions du gouvernement leur inspirent confiance.

Comme le souligne Jean-Marc Jaumouillé, directeur des techniques professionnelles : « Les présidents sortants bénéficient d’une notoriété honorable, avec des niveaux hétérogènes selon les régions. Mais, il est étonnant de constater que les présidents les moins connus de leurs administrés chefs d’entreprise, dirigent aussi les régions considérées comme étant les plus en déclin. Les patrons de TPE sont également plutôt satisfaits (64%) de leur président de région, bien qu’ils ne soient qu’une moitié à souhaiter sa réélection. A l’instar du gouvernement, les conseils régionaux pêchent par manque d’intérêt pour les problèmes des TPE. Une situation qui pourrait peser lors du vote ».

Pour 9 patrons de TPE sur 10, les réformes engagées par le chef de l’Etat profitent aux grandes entreprises. Seuls 18% d’entre eux déclarent en retirer des bénéfices. Ils ne sont que 3% à déclarer que le gouvernement est d’abord à l’écoute des TPE, alors que ce chiffre grimpe jusqu’à 62% pour les très grandes entreprises et celles du CAC 40, suivi par les grandes entreprises (24%) et les PME (9%).

58% des chefs d’entreprise ne perçoivent plus dans l’action de Nicolas Sarkozy et de son gouvernement une ligne directrice forte susceptible de restaurer la confiance et la croissance et par conséquent  d’endiguer le chômage et d’améliorer les finances de l’Etat.

l’usine du monde en un chiffre: 4€

Compliqué de savoir ce que vaut un salarié en France, au Brésil, en Chine ou en Allemagne. Deux solutions: 1/ observer la planète de très haut avec la Banque Mondiale, l’OCDE ou le FMI, 2/ regarder par un trou plus petit. Vallourec, par exemple, a la bonne idée de décortiquer, dans son Document de référence 2008, le coût d’un salarié du groupe dans les différents pays où il est implanté. Le spécialiste des tubes, entre autre destinés à l’industrie pétrolière ou gazière, donne ainsi une image assez nette du prix de l’heure travaillée à travers la planète.

Salaire moyen (y compris intéressement, participation et charges sociales) (2008)
Etats-Unis         64.350€ -9%
Royaume-Uni    61.310€  -19%
Allemagne        58.060€ +7%
France               56.600€ +10%
Mexique            30.070€ +27%
Brésil                25.180€ +32%
Chine                  8.860€ +32%

Temps de travail et heures supplémentaires (2008)
France                1.578heures  (1527h + 51h)
Allemagne         1.759 heures (1564h + 195h)
Royaume-Uni    1.735 heures (1687h + 48h)
Etats-Unis         2.210 heures (1856h + 354h)
Brésil                2.067 heures (2019h + 48h)
Mexique            2.488 heures (2264h + 224h)
Chine                 2.522 heures (2016h + 506h)

Coût de l’heure travaillée (2008)
Chine                 4€
Mexique            12€
Brésil                12€
Etats-Unis         29€
Allemagne        33€
Royaume-Uni    35€
France               36€
Source: Vallourec, Document de référence 2008. Page 174 et suivantes.

Ces chiffres ne donnent pas d’indication sur les niveau de vie des salariés brésiliens ou chinois. Ils donnent en revanche une idée de l’avantage compétitif de ces pays quand il s’agit de produire des biens qui seront importés en Europe. Le consommateur pesant sur les prix de vente et in fine sur les coûts de fabrication. Si la Chine est devenue l’usine du monde, c’est évidemment parce qu’elle affiche un coût horaire inférieur ou proche de 4€ de l’heure.

Les usines chinoises ménagent les travailleurs migrants autour du Nouvel an

Par Benoit Guivelic

 

Augmentations de salaires, allocations repas, billets de trains ou séances de cinéma gratuites : face à la baisse d’attrait pour les provinces industrielles côtières, entreprises et autorités multiplient les initiatives pour s’assurer que les migrants y reviennent après le Nouvel an chinois. 

L’usine de Tiansheng, dans le Zhejiang, promet aux salariés une augmentation des salaires de 15%, plus d’allocations repas et une meilleure couverture maladie à compter du 1er mars, selon l’agence Chine nouvelle. La condition : revenir après le Nouvel an chinois.

Des employeurs craignent que beaucoup de leurs salariés ne reviennent pas à l’issue des vacances du Nouvel an. Alors que les commandes à destination de l’étranger ont repris après la crise, les patrons ont peur que les travailleurs migrants fassent les fines bouches et restent dans leurs provinces d’origine après les vacances.
Certains promettent donc augmentations et avantages, par exemple un billet de train aller et retour pour rentrer dans leurs familles fêter l’année du tigre puis revenir à l’usine. 100 employeurs du Zhejiang se sont même organisés pour rapatrier leurs 1000 meilleurs employés en avion. D’autres offrent une récompense aux ouvriers qui leur présenteront de nouvelles recrues. Certains utilisent des méthodes plus radicales, comme de retenir le salaire des travailleurs jusqu’à leur retour.

Le président de la fédération des industries de Hong Kong, Cliff Sun, estime pour sa part qu’ « après le Nouvel an chinois, il manquera environ un million de travailleurs », selon Reuters.
Le gouvernement semble se soucier de la question. Lors d’une récente visite à Xiamen, dans le Fujian, le président Hu Jintao appelait les provinces à se préoccuper davantage des ouvriers migrants.  

A Pékin, on promet la mise en place d’un permis de séjour. A Shanghai, la municipalité offre des places de cinéma aux travailleurs restés sur place pendant les fêtes. Plusieurs provinces côtières évoquent une augmentation du salaire minimum légal.
Cette baisse d’intérêt pour les grandes provinces industrielles côtières est aussi le reflet du développement progressif de régions pauvres de l’intérieur du pays. « Les migrants auront bientôt intérêt à rester chez eux dans le Hunan, le Hebei ou le Sichuan », explique Nelson Siu Nai-sun, président et directeur des ressources humaines de l’association des professionnels et des cadres de Hong Kong, interrogé par le South China Morning Post. Car, ajoute t-il, « l’urbanisation rapide à l’intérieur des terres crée de l’emploi et améliore le niveau de vie, mais les prix restent plus bas que dans le Guangdong ».

Certaines usines devront donc peut-être à l’avenir envisager de déménager vers les provinces intérieures ou s’adapter aux revendications de leurs employés. 

Second trimestre 2010 : Aggravation brutale de la crise systémique globale – Renforcement de cinq tendances négatives fondamentales

Pour LEAP/E2020(*), l’effet des milliers de milliards dépensés par les Etats pour « traverser la crise » aura fait long feu. Ces sommes immenses auront permis de ralentir pendant quelques mois l’évolution de la crise systémique globale ; mais, comme anticipé , cette stratégie n’aura servi in fine qu’à entraîner définitivement les Etats dans la crise générée par les institutions financières.

Notre équipe anticipe donc une aggravation brutale de la crise pour le second trimestre 2010, générée par un double effet de rattrapage des phénomènes qui ont été provisoirement « gelés » au deuxième semestre 2009 et d’impossibilité de maintenir les mesures palliatives de l’année passée.

D’ailleurs, en ce mois de Février 2010, un an après notre annonce que la fin de l’année 2009 allait marquer le début de la phase de dislocation géopolitique mondiale, chacun peut constater qu’un tel processus est bien en cours : Etats au bord de la cessation de paiement, montée inexorable du chômage, chute de millions de personnes hors des filets de protection sociale, baisses de salaires, suppressions de services publics, désagrégation du système de gouvernance globale (échec du sommet de Copenhague, confrontation croissante Chine/USA, retour du risque de conflit Iran/Israël/USA, guerre monétaire globale, etc…) .Pourtant, nous ne sommes qu’au tout début de cette phase dont LEAP/E2020 fournira un calendrier anticipatif dans le prochain numéro du GEAB.

L’aggravation brutale de la crise systémique globale va ainsi être caractérisée par une accélération et/ou un renforcement de cinq tendances négatives fondamentales :

. l’explosion de la bulle des déficits publics et la montée corollaire des cessations de paiement d’Etats
. la collision fatale du système bancaire occidental avec la montée des défauts de paiement et le mur des dettes arrivant à maturité
. l’inéluctable remontée des taux d’intérêts
. la multiplication des sujets de tension internationale
. l’insécurité sociale croissante. 

Notre équipe développe les trois premières tendances de cette évolution et présente une anticipation sur l’évolution de la Russie face à la crise ; avec bien entendu nos recommandations mensuelles.

Et dans ce communiqué public, nous avons choisi d’analyser le « cas grec », d’une part, parce qu’il nous paraît emblématique de ce que nous réserve l’année 2010 ; et, d’autre part, car il illustre parfaitement l’évolution de l’information sur la crise mondiale dans le sens d’une « communication de guerre » entre blocs et intérêts de plus en plus conflictuels. En clair, c’est un « must » pour parvenir à déchiffrer l’information mondiale des mois et années à venir qui va être un vecteur croissant d’opérations de manipulation.

Evolutions des achats de dette publique américaine par la Chine, des missions de dettes publiques US et des bons du Trésor américain détenus par la Chine (2002-2009) - Sources : US Treasury, Haver Analytics,  New York Times
Evolutions des achats de dette publique américaine par la Chine, des missions de dettes publiques US et des bons du Trésor américain détenus par la Chine (2002-2009) – Sources : US Treasury, Haver Analytics, New York Times
 
Les cinq caractéristiques qui font du « cas grec » l’arbre avec lequel on essaye de cacher la forêt

Venons-en maintenant au « cas grec » qui agite les médias et les experts depuis quelques semaines. Mais avant d’entrer dans le détail des évolutions à l’oeuvre, précisons tout de suite cinq points essentiels de notre anticipation en la matière :

1. comme indiqué dans nos anticipations pour l’année 2010,  le problème grec aura disparu des radars médiatiques internationaux d’ici quelques semaines. C’est l’arbre utilisé pour cacher à la fois une forêt bien plus dangereuse de dettes souveraines (celles de Washington et Londres), et le début de rechute de l’économie mondiale, Etats-Unis en-tête .
2. le problème grec est une question interne à la zone Euro et à l’UE et la situation actuelle offre une occasion unique aux dirigeants de la zone Euro d’obliger enfin la Grèce (pays qu’on qualifie d’ « élargissement raté » depuis 1982) à sortir de sa féodalité politique et économique. Les autres pays de la zone Euro, Allemagne en tête, vont tout faire pour obliger les élites grecques à adapter leur pays au XXI° siècle en échange de leur aide. Ce faisant, jouant du fait que la Grèce ne représente que 2,5% du PNB de la zone Euro ,ils explorent les mécanismes de stabilisation en temps de crise dont la zone Euro a besoin.
3. Les dirigeants et les médias anglo-saxons utilisent la situation (comme l’année dernière avec le soi-disant tsunami bancaire venu d’Europe de l’Est qui allait emporter la zone Euro)pour masquer l’évolution catastrophique de leurs économies et de leurs dettes publiques, et pour tenter d’affaiblir l’attractivité de la zone Euro à un moment où USA et Royaume-Uni ont un mal croissant à attirer les capitaux dont ils ont un besoin urgent. Parallèlement, Washington et Londres (qui, depuis l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne, est totalement exclu de la gouvernance de l’Euro) seraient ravis de voir le FMI, qu’ils contrôlent parfaitement ,s’introduire dans la gouvernance de la zone Euro.

4. Les dirigeants de la zone Euro sont actuellement ravis de voir l’Euro baisser à 1,35 par rapport au Dollar. Ils savent très bien que ce n’est pas durable puisque le problème tendanciel est l’effondrement de la valeur du Dollar (et de la Livre sterling), mais ils apprécient ce « ballon d’oxygène » pour les exportateurs.

5. Les spéculateurs (hedge-funds et autres) et les banques largement engagés en Grèce ont un intérêt conjoint à essayer de provoquer un soutien financier rapide de l’Eurozone à la Grèce car, si jamais les Européens refusent de se ruer sur le chéquier (à la manière scandaleuse d’un tandem Paulson-Geithner avec AIG et l’ensemble de Wall Street en 2008/2009), les agences de notation leur auront involontairement joué un sale tour. En effet, la dégradation des notes de la Grèce plonge ce petit monde dans les affres de pertes financières importantes si, pour les banques, la valeur de leurs prêts à la Grèce se trouve diminuée d’autant ou si leurs paris contre l’Euro ne fonctionnent pas à terme .

Comparaison 2009 des déficits et des parts du PIB de la zone Euro du Portugal, de l'Irlande, de la Grèce, de l'Espagne, de la France et de l'Allemagne - Source : Spiegel / Commission européenne, 02/2010
Comparaison 2009 des déficits et des parts du PIB de la zone Euro du Portugal, de l’Irlande, de la Grèce, de l’Espagne, de la France et de l’Allemagne – Source : Spiegel / Commission européenne, 02/2010
 
Goldman Sachs comme acteur de tragédie grecque … et des prochaines faillites souveraines

Dans le « cas grec », comme dans toute aventure à suspens, il faut un « méchant » (ou pour reprendre la logique de la tragédie antique, un « deus ex machina »). Or, dans cette phase de la crise systémique globale, le rôle du « méchant » est en général tenu par les grands banques d’investissement de Wall Street, et plus particulièrement par leur chef de file, Goldman Sachs. Et le « cas grec » n’échappe pas à la norme puisqu’il apparaît que la banque d’affaire new-yorkaise a été directement impliquée dans le tour de passe-passe budgétaire qui a permis à la Grèce de se qualifier pour entrer dans l’Euro alors que ses déficits budgétaires réels auraient dû la disqualifier. Et oui ! C’est Goldman Sachs qui, en 2002, a mis sur pieds un de ces montages financiers astucieux dont elle a le secret  et qui, de manière presque systématique désormais, se retournent quelques années plus tard contre le client lui-même. Mais, qu’importe du moment que GS (Goldman Sachs) a pu accroître son profit !

Dans le cas grec, ce que la banque d’affaire a proposé était très simple : monter un prêt invisible du point de vue budgétaire (accord Swap qui permettait de réduire fictivement l’ampleur du déficit public grec) .La responsabilité des dirigeants grecs de l’époque est bien entendu totalement engagée et ils devraient, selon LEAP/E2020, être soumis à des enquêtes politiques et judiciaires grecques comme européennes pour avoir trompé l’UE et leurs propres citoyens dans le cadre d’un processus historique majeur, la création de la monnaie unique européenne.

Mais, soyons très explicite, la responsabilité de la banque d’affaire new-yorkaise (pour complicité) l’est tout autant, surtout quand on sait que le vice-président pour l’Europe de Goldman Sachs à l’époque était un certain Mario Draghi ,actuel président de la Banque Centrale d’Italie et actuel candidat  à la succession de Jean-Claude Trichet à la tête de la Banque Centrale Européenne .

Sans préjuger du rôle de M. Draghi dans l’affaire du prêt manipulateur de statistiques à la Grèce ,on peut se demander s’il ne serait pas utile de le questionner sur ce sujet .En démocratie, la presse  comme les parlements (en l’occurrence, grec et européen) sont censés se charger de cette tâche. Etant donnée l’importance prise par GS dans les affaires financières mondiales ces dernières années, rien de ce que cette banque fait ne devrait laisser indifférents les gouvernements et les législateurs. C’est d’ailleurs Paul Volcker, l’actuel patron des conseillers économiques de Barack Obama, qui est devenu l’un des censeurs les plus stricts des activités de Goldman Sachs .Or, comme nous avions déjà eu l’occasion de l’écrire au moment de l’élection de l’actuel président américain, c’est la seule personne dans son entourage qui possède une expérience et une aptitude à prendre les mesures difficiles  et qui, en l’occurrence, sait de quoi, ou plutôt de qui, il parle.

Dans cette même logique, et avec l’illustration du rôle néfaste de Goldman Sachs et des grandes banques d’affaires en général, en matière de transparence des activités financières et budgétaires publiques, LEAP/E2020 estime qu’il serait très utile à l’Union Européenne et à ses cinq cents millions de citoyens, d’interdire l’accès de toutes les fonctions dirigeantes financières, budgétaires et économiques (BCE, commission, banques centrales nationales) aux anciens responsables de ces mêmes banques d’affaires .La confusion des genres ne peut mener qu’à une plus grande confusion des intérêts publics et privés, qui ne peut se faire qu’au détriment de l’intérêt public européen.

Pour commencer, la zone Euro pourrait d’ailleurs demander dès aujourd’hui au gouvernement grec d’arrêter de recourir aux services de Goldman Sachs puisque d’après le Financial Times du 28/01/2010, Athènes continue toujours à recourir à leurs services.

Si le patron de Goldman Sachs se prend pour « Dieu » comme il l’a dit dans une récente interview , il est sage de supposer que sa banque et ses homologues peuvent se comporter comme des diables, et donc de se prémunir en conséquence. Ce conseil, selon notre équipe, est valable pour l’Europe mais aussi pour tous les autres continents. Il y a des « services privés » qui vont contre l’ « intérêt collectif » : demandez aux citoyens grecs et aux propriétaires américains de maisons saisies par les banques !

En conclusion, notre équipe propose un jeu édifiant à ceux qui veulent savoir où se trouve la prochaine crise de dette souveraine : cherchez quel état a eu recours à Goldman Sachs ces dernières années, et vous aurez une piste sérieuse  !

* LEAP est un think-tank européen indépendant

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