L’inquiétant déclin industriel de la France


Par Marc Dupuis (D&E)

Le rapport intérimaire  remis au ministre de l’industrie le 5  janvier 2010 est un véritable cri d’alarme sur l’état de la France comme pays industriel majeur.

Les rapporteurs ont raison de souligner que la crise multi-facettes de 2008 a révélé les limites d’un modèle de développement en partie déconnecté de l’économie réelle, au contraire les écosystèmes basés sur le triptyque innovation- production services se révèlent plus solides que ceux qui réservent aux économies développées une spécialisation sur les seuls services.  

Le déclin industriel de la France n’est pas un constat nouveau, ce qui frappe c’est son ampleur face à un voisin comme l’Allemagne, c’est aussi le manque de volonté politique à long terme, au-delà des effets d’annonce de nos gouvernants face à cette situation.

Ce déclin industriel  se manifeste de multiples manières, d’abord l’emploi, au moment où nous atteignons les 10% de taux de chômage c’est 500.000 emplois industriels qui ont été perdu entre 2000 et 2008. Ce déclin touche la France d’avantage que la plupart des autres pays d’Europe, notamment l’Allemagne et l’Italie. Le déclin ne touche pas seulement les secteur à faible valeur ajoutée, mais concerne tout autant les industries à valeur ajoutée croissante, ce qui dément les affirmations illusoires de certains  économistes spécialisant les pays développés sur une plus grande valeur ajoutée alors que les pays « émergés » comme la Chine et l’Inde se positionnent dès à présent sur ces industries. Le paradoxe est que certains secteurs éprouvaient avant la crise des difficultés importantes de recrutement, c’est le cas de l’électricité électronique, de la mécanique, de l’industrie des métaux et de process.   Nettement moins bien placée que la moyenne de la zone euro en termes de part de l’industrie dans la valeur ajoutée (16% contre 22,4%), la France ne supporte plus la comparaison avec l’Allemagne (30%)

L’emploi n’est pas le seul élément de dégradation de la position française, sa balance commerciale se dégrade aussi, seules les industries agro alimentaires et les biens d’équipement  demeurent excédentaires  rapportée aux exportations allemandes la part des exportations françaises a baissé de 57% en 1999 à 37% en 2008 ! Où est la faute ?

L’un des éléments clés évoqué est évidement la taille insuffisante des grosses PME toujours en comparaison de pays comme la Grande Bretagne ou l’Allemagne que l’auto entrepreneuriat présenté comme solution miracle ne résout en rien, d’autre part une insuffisant effort en matière de R et D malgré une bonne position en terme de dépôts de brevet ( la France est numéro 2 en Europe) 

Certes tout n’est pas noir dans ce tableau, mais faute d’une volonté politique autre que de communication, le recul pourrait devenir irréversible. L’idée force d’excellence environnementale pourrait être une des clés de la renaissance de notre volonté industrielle encore faudrait-il ne pas laisser passer les fenêtres de tir qui lui sont liées

 

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Une Réponse

  1. Je m’interroge, je ne comprends pas votre insistance, à positionner comme paramètre incontournable du développement industriel, la grosse PME. J’ai lu certaines de vos notes vous en parlez souvent. A mon sens, il n’y a pas de génération spontanée, une PME ne naît pas grosse, une PME devient grosse, car il y a eu une politique d’accompagnement quelque part. C’est une photographie à un instant donné et d’ailleurs en Allemagne, la capitalisation de ces sociétés n’est-elle pas le fait d’engagements familiaux et régionaux inscrits dans le temps. Aussi avant d’être grosses il est probable qu’elle furent petites, mais elles ont connu une croissance régulière, l’environnement s’y prêtait sans doute.

    La grosse PME n’est pas la caractéristique de la France, les politiques d’accompagnement sont historiquement inexistantes pour ces structures. Nous sommes les héritiers d’une culture Jacobine et le Colbertisme industriel, vous le connaissez certainement mieux que moi, une attitude étatique ayant traversé bien des régimes. L’Allemagne est une République fédérale, nous une République centralisatrice. Les grosses structures ont toujours cannibalisées les petites chez nous. Il semblerait que la métaphore fonctionne même avec le TGV, les grosses villes cannibalisent les petites en France, à vérifier. Toutefois Vendôme vient travailler à Paris et non l’inverse.

    De par mon métier, je connais assez bien l’industrie électronique, à part quelques grands groupes de Défense et de télécommunication, cette industrie a essentiellement disparu de notre territoire. Les petites structures ont été mises en coupe réglée par les grands groupes. Ces derniers bénéficiant des marchés d’état, ne diffusaient rien en terme d’enrichissement technologique et attendaient une sous traitance servile fondée essentiellement sur les prix, d’où le désert aujourd’hui. C’est une vrai souffrance ce désastre.

    Par opposition à la France, où je connais deux sociétés de ce type dont Ecrin, pour une segment de marché très précis, les calculateurs temps réel, il existe tout en réseau en Allemagne et en Suisse alémanique de PME (<100 personnes) qui ont une capacité d'exportation mondiale. Sans doute le modèle existe pour d'autres secteurs. Pourquoi ? Je n'ai pas la réponse, mais je subodore que les politiques de cohésion régionale (les Länders) y sont pour quelque chose. Les instituts Fraunfhofer ont certainement leur importance dans les relations entre recherche publique et tissu industriel. Je manque de chiffres mais ce sont des pistes à examiner.

    Peut être en France avons nous des leçons à tirer de de cela ? Peut-on envisager de confier aux Régions de manière paritaire avec les CCI/CAM locales et les établissements publics de Recherche la mise en oeuvre d'établissement mixtes régionaux, capables de piloter la valorisation de la recherche locale jusqu'à un stade pré-compétitif avant de le reverser dans le tissu industriel ? La demande d'un « Small Business Act », n'est pas non plus une lubie. Comment admettre qu'un secteur qui emploie plus de 62% des salariés reçoive en commande directe de l'état un si faible volume et notamment en R&D. Les chiffres sont difficiles à obtenir et pour preuve le Ministère de la Défense, en 2007, publie son manuel « yakafaukon » « Améliorer les conditions d'accès des PME aux commandes de la Défense » sans un seul chiffre (Sans doute ils ne les connaissent pas eux mêmes : on ne sait pas d'où on part et surtout on ignore où on va), c'est symptomatique: une mesure de l'intérêt porté. Le chômage ce n'est pas leur problème et sans doute ignorent-ils la corrélation existant entre développement d'activités et l'emploi, triste à pleurer.

    Rappelons nous que si l'on reprend les définitions de la recommandation de la Commission n° 2003/361/CE du 6 mai 2003,  les micro, petites ou moyennes entreprises sont définies en fonction de leur effectif et de leur chiffre d'affaires ou de leur bilan total annuel (repris du site marché public.fr).

    Une moyenne entreprise est définie comme une entreprise dont l'effectif est inférieur à 250 personnes et dont le chiffre d'affaires n'excède pas 50 millions d'euros ou dont le total du bilan annuel n'excède pas 43 millions d'euros.

    Une petite entreprise est définie comme une entreprise dont l'effectif est inférieur à 50 personnes et dont le chiffre d'affaires ou le total du bilan annuel n'excède pas 10 millions d'euros.

    Une microentreprise est définie comme une entreprise dont l'effectif est inférieur à 10 personnes et dont le chiffre d'affaires ou le total du bilan annuel n'excède pas 2 millions d'euros.

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