Au secours l’industrie !


Par Jean Peyrelevade

Notre industrie subit sur longue période une grave perte de compétitivité. La comparaison n’est pas ici avec
la Chine, l’Inde ou le Brésil dont il est naturel que la place dans le commerce mondial s’élargisse, aux dépens des pays développés. Non, elle est par rapport à nos seuls concurrents européens qui sont logés à la même enseigne que nous ([1]).En dix ans, de 1998 à 2008, la part des exportations françaises de marchandises dans le total de celles de la zone euro est passée de 16,8% à 13,2%. Un tel recul de part de marché (3,6 points, soit un bon 20%) représente une perte de plus de 100 milliards d’euros d’exportations, soit plus de 5% du PIB. Ce premier indice s’accompagne de deux autres, de même signification : la part de la valeur ajoutée industrielle produite en France est tombée sur la même période de 17,1 à 14,6% du total de la zone euro, chiffres voisins des parts de marché à l’exportation, et le solde de la balance des opérations courantes est passé d’un excédent de 1,7% du PIB en 2000 à un déficit de 2,3% en 2008.

Mesurons bien le coût de cet affaissement. A compétitivité juste maintenue, nous aurions connu depuis dix ans une croissance supérieure de 0,5 points par an et nous aurions un gros million de chômeurs en moins ; le solde déficitaire des budgets publics serait réduit de 2,5 points de PIB (5,5% au lieu de 8% fin 2009) et la dette publique cumulée se monterait à 60% environ du PIB au lieu de 80%. En bref, les finances publiques seraient gérables alors que leur situation actuelle n’est pas soutenable. Bien entendu, cette perte de compétitivité relative s’est traduite aussi sur le pouvoir d’achat du Français moyen.Comment expliquer une telle dégradation ? La réponse est à la fois simple et terrifiante. L’industrie représente 80% de nos exportations, c’est donc elle qui nous permet de payer nos importations. De tous les secteurs d’activité, elle est la plus exposée à la compétition internationale. Or, voyez comme nous sommes intelligents, de tous les secteurs d’activité elle est aujourd’hui encore la plus taxée, ellei bénéficie proportionnellement le moins des allègements de charges sociales : c’est à l’industrie que le passage aux 35 heures a coûté le plus cher. 

Là où nos concurrents ont fourni les efforts nécessaires pour muscler leur appareil productif, nous avons peu fait et tard. Le crédit impôt-recherche,la réforme de la taxe professionnelle n’’interviendra qu’en 2010. Ne croyons pas que cela suffira : le retard à rattraper est considérable. De 2000 à 2008, la masse totale des marges brutes de l’industrie (EBE, excédent brut d’exploitation) a diminué en France de 0,4% par an, soit de 3,5% sur la période. Dans le même temps, elle augmentait de 3,7% par an dans la zone euro et de 6% en Allemagne, soit des progressions cumulées en niveau de respectivement +33% et +60%. En bref, l’industrie n’arrive pas à fabriquer sur notre territoire les ressources dont elle a besoin pour son développement, alors qu’elle y parvient chez nos concurrents de la zone euro.Pour investir, il faut de l’argent. De même, pour innover et lancer de nouveaux produits. L’insuffisance des chiffres français en matière de recherche vient aussi de là : elle ne tient pas au secteur public mais aux entreprises privées. Le montant des dépenses de R&D effectuées par les entreprises industrielles en France a tendance à baisser depuis quelques années et ne représentait plus en 2007 que 6,6% de leur valeur ajoutée. Il augmente en Allemagne où il atteint 9,9%. Résultat de ce mouvement de bascule, de 1999 à 2007 le ratio France / Allemagne est tombé de 45% à 30%. Ne nous faisons aucune illusion : nous ne rattraperons pas le terrain perdu tant que nos entreprises n’auront pas les moyens financiers de renouveler leurs gammes de produits. 

Il serait temps, grand temps, que chacun s’en convainque. A droite, où on l’a su mais oublié depuis longtemps. A gauche où on se refuse à le comprendre. Chez les Verts où reste à réaliser qu’un nouveau modèle de développement est hors de portée sans une industrie forte et innovante. La croissance, le pouvoir d’achat, l’emploi, l’équilibre des budgets publics et du modèle de protection sociale dépendent tous d’un même facteur, qui devrait être pour notre politique macroéconomique un objectif prioritaire : la compétitivité externe de notre appareil industriel.


 [1] Cf la dernière note de Coe-Rexecode – La compétitivité française en 2009 – décembre 2009

 

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