Face à la concurrence internationale, les entreprises occidentales tremblent

Par Vincent Paes

Il est fini le temps où les entreprises des pays en développement se contentaient de produire pour les pays développés. Aujourd’hui, elles souhaitent faire jeu égal. En seulement quelques années, elles ont réussi à mettre en place une stratégie agressive pour monter en gamme. Elles ne sont plus de simples fournisseurs. Elles souhaitent désormais capter le maximum de valeur ajoutée dans la chaîne de production.

Pour cela, les entreprises des pays en développement n’ont pas hésité à investir massivement. Et elles ont pu profiter de leur marché national, plus résistant face à la crise, pour accélérer le mouvement. Face aux sociétés occidentales en perte de vitesse, elles ont appuyé sur l’accélérateur. À tel point qu’elles ne font qu’une bouchée de nos sociétés en difficulté.

Les entreprises du « Sud » font leurs soldes

Dernière exemple en date. Volvo. La société suédoise, qui a produit, en 2009, 335 000 voitures, vient d’être rachetée par le constructeur chinois Geely, troisième marque automobile sur son marché domestique en 2009. Il s’agit de la plus grosse acquisition jamais réalisée à l’étranger par un constructeur automobile chinois. Pour ce faire, Geely a pu compter sur le support de grandes banques occidentales et chinoises. Après avoir vu Goldman Sachs investir 334 millions de dollars en 2009, les banques d’Etat chinoises se sont pressées de participer au financement du rachat de Volvo.

La mauvaise santé économique de certaines sociétés occidentales permet aux entreprises des pays en développement de faire leurs soldes. Geely n’a ainsi dû débourser que 1,8 milliard de dollars pour acquérir Volvo alors que Ford avait dû dépenser 6,4 milliards de dollars en 1999. Symbole de cette nouvelle domination, le drapeau chinois flottait au siège de Volvo, en Suède, avant même l’annonce de l’acquisition. Cette transaction permet néanmoins à Ford de récupérer du cash et de souffler un peu.

Grâce à sa nouvelle marque, Geely espère obtenir la respectabilité qu’il cherche. Cette prise de contrôle doit permettre au groupe chinois d’acquérir de nouvelles technologies, un réseau de distribution en Europe et aux États-Unis mais également de progresser en termes de management, de contrôle qualité, de gestion de l’après-vente et de crédits auto. Vaste programme.

Et bien innovez maintenant !

L’objectif est clair : faire croître ses ventes de voitures sur le Vieux continent et aux États-Unis. En 2017, Geely compte vendre pas moins d’un million de voitures à l’étranger. Les constructeurs européens, longtemps épargnés par la concurrence des pays en développement sur leur propre marché vont souffrir de cette nouvelle concurrence. Spécialisé dans les voitures low cost, le constructeur chinois pourrait rapidement s’imposer sur le marché européen grâce à des voitures moins chères et tout aussi compétitive.

Faut-il s’inquiéter de cette tendance ? Oui. Si les entreprises européennes n’arrivent pas à se démarquer par l’innovation, les entreprises des pays en voie de développement seront rapidement aussi compétitives. Ce qui nous a sauvés pendant de longues années était notre avantage technologique. Mais, au fil des années, ce fossé s’est resserré. La fourmi du Sud est en train de prendre sa revanche sur la cigale du Nord. Et si la cigale veut traverser l’hiver, il lui faudra innover.

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Chine : 1er investisseur mondial dans les Energies Renouvelables en 2009

 

En 2009 et pour la première fois, la Chine s’est placée au premier rang mondial des investisseurs dans les énergies renouvelables, largement devant les Etats-Unis avec 25,8 milliards d’euros, contre 13,9 milliards pour ce dernier.

Toujours en 2009, les investissements mondiaux dans les énergies renouvelables ont atteint 121 milliards d’euros, en baisse de 6,6% par rapport à 2008. Toutefois, ce taux est à relativiser compte tenu du ralentissement économique et du fait que les investissements avaient très fortement augmenté au cours des deux derniers trimestres, comparativement à la même période de l’année 2008.

Plusieurs signes montrent qu’une croissance importante aura de nouveau lieu en 2010, avec un chiffre d’affaires prévisionnel de 150 milliards d’euros (soit +25%). Cette information est relayée dans un rapport intitulé « Qui sont les gagnants de la course aux énergies renouvelables ? Croissance, Compétition et Opportunités dans une économie mondialisée« , et rédigée par l’association à but non lucratif « Pew Charitable Trust » en collaboration avec Bloomberg, New Energy Finance.

L’étude effectue une analyse approfondie des informations concernant différents pays. En 2009, les investissements italiens ont atteint 1,94 milliards d’euros, devant des pays comme l’Australie, la France, le Japon et l’Inde, mais derrière d’autres pays européens mieux placés : le Royaume-Unis (8,4 milliards d’euros), l’Espagne (7,8 milliards) et l’Allemagne (3,2 milliards). L’Italie a investi essentiellement dans l’énergie éolienne (61,6%)  et l’énergie solaire (20,3%).

La Chine est quant à elle devenue un pays leader sur le marché de l’éolien en 2009, grâce non seulement aux 13,75 gigawatts (GW) de nouvelles capacités installées, mais aussi à 3 de ses fournisseurs** qui se classent parmi les 10 plus grands fabricants de turbines.

« Les nouvelles capacités de la Chine ont représenté plus du tiers de la capacité totale mondiale en énergie éolienne (soit 38 GW) l’année dernière, un record malgré la crise financière« , a indiqué le cabinet de conseil danois BTM. « A 447 gigawatts (GW), la capacité d’énergie éolienne mondiale devrait presque tripler au cours des cinq prochaines années et pourrait s’élever à près de 1.000 GW d’ici 10 ans« .

l’éolien sous le joug d’un renforcement du cadre réglementaire et juridique

Par Florence Roussel

Dans le cadre de l’examen du projet de loi Grenelle 2, les parlementaires sont invités à débattre ce mercredi du rapport de la mission d’information sur l’éolien créée à l’initiative des Commissions des affaires économiques et du développement durable de l’Assemblée nationale. Un débat qui s’annonce particulièrement houleux au regard des conclusions du document qualifiées  »d’anti-éolien » il y a quelques jours par l’un de ses co-rapporteurs le député Philippe Plisson (PS).

Rendue publique par Arnaud Gossement, Avocat en droit de l’environnement, la version provisoire du rapport dresse un état de la filière et surtout des principales questions économique, sociale et environnementale soulevées dernièrement que ce soit par les défenseurs ou les détracteurs de la filière : coût de l’électricité d’origine éolienne, atteinte aux paysages, équilibrage du système électrique, bruit… Afin d’orienter les parlementaires, la mission d’information a étudié les dispositions prévues par le Grenelle 2 et juger de leur capacité à résoudre ces problèmes.

Ainsi pour limiter les effets d’aubaine liés à l’existence d’un prix de rachat garanti, la mission propose de ramener la durée globale de contractualisation de 15 à 10 ans et de n’accorder, au titre de nouveaux contrats, le bénéfice du prix maximum (8,1 centimes d’euro le kwh) qu’au cours de 5 premières années d’exploitation d’un parc contre 10 actuellement. Une modification en cours de route qui n’est pas sans rappeler celle des tarifs de rachat du photovoltaïque…
Par ailleurs, pour planifier plus précisément le développement des éoliennes sur le territoire, le rapport encourage le recours aux Schémas régionaux du climat, de l’air et de l’énergie prévus par le projet de loi et propose que ces schémas soient opposables.
De même que pour l’éolien terrestre, la mission d’information conseille la planification pour l’éolien off-shore mais préconise un  »régime spécifique » et  »adapté » : pas de Zone de Développement de l’Eolien mais des  »zones propices » et procédure du permis de construire remplacée par celle de l’occupation du domaine public maritime qui exigera une étude d’impact et une enquête publique.

Réalisation d’un bilan d’activité

La mission s’interroge en revanche sur l’intégration des éoliennes terrestres à la réglementation des installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE).  »Ce régime n’a pas précisément vocation à réguler le secteur dans le sens souhaité par la mission d’information commune qui vise d’abord à mettre un terme au mitage du territoire résultant d’un éparpillement des parcs sans véritable planification », peut-on lire dans le rapport. La mission estime toutefois que les activités éoliennes doivent être soumises à des contrôles économiques, technique et, le cas échéant, sanitaires. Elle préconise par conséquent de soumettre les exploitants à d’autres obligations applicables à tous les parcs et évoque notamment la réalisation d’un bilan d’activité au terme de la première année de mise en production, puis tous les deux ans. L’exploitant devrait alors communiquer sur sa production et ses recettes d’exploitation et sur  »toutes mesures ou relevés estimés nécessaires au respect des paysages, de la qualité de vie des riverains et de la biodiversité ».

La mission propose par ailleurs de renforcer la consultation des populations afin de permettre une plus grande adhésion des projets mais ne statue pas sur une méthode précise :  »faut-il définir un cadre général pour les consultations ou les définir au cas par cas », s’interroge-t-elle. Le rapport évoque aussi la possibilité d’imposer l’actionnariat ou la réalisation d’un plan de développement local.

Un contrôle sonométrique permanent

Concernant la question du bruit, la mission d’information propose la mise en oeuvre d’une procédure permettant l’enregistrement sur de longues périodes des bruits induits par les parcs éoliens en production.  »Cette enquête qui pourrait s’inscrire dans le cadre du 2ème Plan national Santé Environnement devrait également considérer les phénomènes d’ombres portées sur de longues distances ainsi les éventuelles stimulations stroboscopiques à partir du champ visuel », ajoute la mission. En attendant, le rapport préconise de respecter scrupuleusement la distance minimale de 500 mètres entre toute installation éolienne et les lieux de vie. La mission estime également qu’il faudrait exiger de l’exploitant d’un parc un contrôle sonométrique permanent (diurne : 7 h/22 h et nocturne : 22 h/7 h) sur un délai d’au moins trois mois à compter de la date d’entrée en exploitation et de prévoir un mode de vérification du caractère effectif de cet enregistrement.

Renforcer les obligations de démantèlement

Estimant que le démantèlement d’un parc éolien reste insuffisamment précisé par les textes en vigueur, la mission d’information propose de fixer au plus vite un cadre juridique précis pour les exploitants et les propriétaires de parcs, afin qu’ils présentent des garanties financières dès qu’ils ont obtenu l’autorisation de construire un parc. »Cette intervention législative et réglementaire relève de l’urgence », explique la mission.

L’ensemble de ces préconisations visent à orienter les débats des parlementaires qui prévoient d’étudier à partir de mercredi l’article du projet de loi Grenelle 2 dédié à l’éolien. Mais pour le parti des Verts, ce rapport fait la part belle aux anti-éoliens.  »Le Parlement français est depuis longtemps le lieu d’une sourde bataille où des députés s’acharnent à mettre en place des entraves administratives pour empêcher le développement de la filière éolienne et de tout autre mode de production d’énergie alternatif en France… dans le seul but de protéger le monopole du secteur nucléaire », estiment Djamila Sonzogni et Jean-Louis Roumégas, Porte-parole du parti.  »Après l’abandon de la taxe carbone, ce nouveau coup porté aux énergies renouvelables confirme que pour la majorité gouvernementale le Grenelle de l’environnement est bel et bien enterré », ajoutent-ils.

L’écart entre le taux d’imposition des grandes entreprises et des PME n’est pas sain »

Par Vincent Paes

Il existe en France un écart significatif entre le taux d’imposition facial des bénéfices des entreprises, qui est de 33,3 %, et le taux réel qui est de l’ordre 22 %. La première raison à cela est l’existence en France de nombreuses exonérations ou taux réduits dont les grands groupes savent tirer parti, plus que les PME. Je ne trouve pas très sain qu’il y ait un tel écart entre taux facial d’imposition sur les bénéfices et le taux réel. Nous réfléchissons à la meilleure manière d’y remédier.

(…)Les grandes entreprises ont également la possibilité de jouer sur les prix de transfert pour localiser leurs bénéfices, autrement dit les prix appliqués aux produits et services facturés entre les différentes filiales d’un même groupe. La dernière loi de finances rectificative contraint les entreprises à expliquer de manière documentée les relations qu’elles entretiennent avec des sociétés situées à l’étranger et qui leur sont apparentées, avec des exigences accrues lorsqu’il s’agit de sociétés situées dans des territoires non coopératifs » a déclaré Christine Lagarde, ministre de l’Economie, lors d’un entretien accordé à La Tribune.

Pareil pour les particuliers

Bien qu’elles soient les premières à se plaindre des prélèvements obligatoires, les grandes entreprises sont en réalité celles qui paient le moins d’impôt. En effet, elles savent profiter pleinement des exonérations de toutes sortes. Résultat, les entreprises du CAC 40 ne sont imposées qu’à 8 %, selon un rapport du Conseil des prélèvements obligatoires. C’est trois fois moins que les PME.

Mais ces inégalités se retrouvent également chez les particuliers. Contrairement à ce que l’on nous dit, ce sont les plus pauvres, moins informés, qui payent le plus d’impôts. Les plus riches connaissent les moyens pour entrer dans une niche fiscale ou pour profiter d’exonération d’impôt. Résultat, ce sont les classes défavorisées qui, proportionnellement à leur revenu, contribuent le plus au financement de l’Etat. Chercher l’erreur.

 

 

Les entreprises face à la corruption

Par Franck Stassi

Près de 800 sociétés viennent d’être passées au crible en matière de lutte contre la corruption. De nombreux efforts restent à faire, même si certaines voix se font entendre.

Passe-droits, avantages obtenus illégalement : les symptômes de la corruption affectent les entreprises mondiales de manière plus répandue qu’on ne le croît. La loyauté des échanges commerciaux et la qualité du développement économique dépendent d’un système où chaque acteur accède en toute transparence, sans monnayer quelle personne ou quelque organisme que ce soit, à ses droits de manière légitime et dans les délais prévus. Il n’en reste pas moins que cette théorie, si parfaite soit-elle, ne trouve pas vraiment d’application concrète.

Une étude menée par le cabinet Vigeo permet d’aborder cette question passée sous silence par les firmes. Un panel de 772 sociétés cotées à New York, représentant 20 pays et 28 secteurs, a servi de base à cette société spécialisée dans la notation extra-financière, sert de base à cette enquête. La moyenne générale attribuée à l’ensemble des firmes en matière d’efforts contre la corruption plafonne à 4,7 sur 10, les notes les plus hautes revenant à BHP Biliton (exploitation minière) et Allianz (assurances).

Les firmes évoluant dans l’univers des matières premières constituent les plus exposées à des actes de corruption, l’octroi de marchés constituant un élément particulièrement sensible au niveau étatique dans de nombreux pays. Des fonctionnaires isolés qui tentent d’arrondir leurs fins de mois aux véritables actions politiques, nombreux sont les obstacles qui se posent aux entreprises. Le pétrole, le gaz, les métaux ou les mines sont de plus en plus la chasse gardée des Etats, de récents exemples de nationalisations suffisant à s’en convaincre.

L’informatique et le commerce aussi affectés

Moins sensible mais amené à être toujours plus exposé en raison de son importance grandissante, le secteur IT fait l’objet d’une attention particulière. Deux branches ont été étudiées par Vigeo : les logiciels et services, d’une part, obtenant une note globale de 45 sur 100 dans les efforts fournis, et les matériels et équipements informatiques d’autre part, doté d’une note de 53 sur 100.

Les cadeaux d’affaires figurent parmi les marques les plus visibles de la corruption en matière d’informatique, mais pas seulement. Pour se prémunir contre ce risque, la SSII (société de services en ingénierie informatique) française Steria a mis en place un système d’alerte éthique, permettant notamment à chaque salarié de rapporter des faits de divulgation d’informations confidentielles ou de délits d’intitié.

Les pratiques ayant cours dans de nombreux pays sont timidement dénoncées, les entreprises risquant de perdre leurs positions ou des problèmes avec les services fiscaux dans leur pays d’origine. En Russie, Etat classé au 146ème rang du classement dressé par l’ONG Transparency International (sur 180 pays), une voix détonne toutefois, celle du géant du meuble Ikea. L’enseigne y a gelé ses projets de développement compte tenu des difficultés administratives éprouvées, mais elle semble bien seule. Selon le groupe, les comptes de ses établissements auraient été trafiqués faute d’avoir versé des pots-de-vin. 11 magasins y ont été implantés en l’espace de dix ans.

L’expansion de ces pratiques masque l’activisme de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) dans ce domaine, une Convention destinée à lutter contre la corruption dans les entreprises transfrontalières ayant été ratifiée en 1999. 38 Etats l’ont aujourd’hui adopté, dont huit pays non-membres de l’institution. Ce document affirme l’interdiction de la corruption d’un fonctionnaire étranger, et ce même si la firme était la mieux positionnée pour décrocher un contrat.

Un enjeu de taille : les marchés publics représentent entre 10 % et 15 % de l’activité économique de la majorité des pays de l’OCDE.

Les cinq séquences de la phase de dislocation géopolitique globale

Par LEAP

En cette fin de premier trimestre 2010, au moment où sur les fronts monétaires, financiers, commerciaux et stratégiques, les signes de confrontations se multiplient au niveau international, tandis que la violence du choc social de la crise se confirme au sein des grands pays et ensembles régionaux, LEAP/E2020 est en mesure de fournir un premier séquençage anticipatif du déroulement de cette phase de dislocation géopolitique mondiale.

Nous rappelons que cette phase ne peut être un prélude à une réorganisation pérenne du système international que si, d’ici le milieu de cette décennie, les conséquences de l’effondrement de l’ordre mondial hérité de la seconde guerre mondiale et de la chute du Rideau de Fer, sont pleinement tirées. Cette évolution implique notamment une refonte complète du système monétaire international pour remplacer le système actuel fondé sur le Dollar américain par un système basé sur une devise internationale dont la valeur dérive d’un panier des principales monnaies mondiales pondérées par le poids respectif de leurs économies.

En publiant l’année dernière à la même époque un message en ce sens sur une pleine page du Financial Times, à la veille du sommet du G20 à Londres, nous avions indiqué que la « fenêtre de tir » idéale pour une telle réforme radicale se situait entre le printemps et l’été 2009, faute de quoi le monde s’engagerait dans la phase de dislocation géopolitique globale à la fin 2009 (1).

L' « Anneau de Feu » des dettes souveraines - Répartition graphique des Etats en fonction de leur dette et de leur déficit publics (en % PIB) - Source : Reuters Ecowin, 02/2010

L’ « Anneau de Feu » des dettes souveraines – Répartition graphique des Etats en fonction de leur dette et de leur déficit publics (en % PIB) – Source : Reuters Ecowin, 02/2010
L’échec du sommet de Copenhague en décembre 2009, qui met fin à près de deux décennies de coopération internationale dynamique sur ce sujet, sur fond de conflits croissants entre Américains et Chinois, et de division occidentale sur la question (2), est ainsi un indicateur pertinent qui confirme cette anticipation de nos chercheurs. Les relations internationales se dégradent dans le sens d’une multiplication des tensions (zones et sujets) tandis que la capacité des Etats-Unis à jouer leur rôle d’entraînement (3), ou même tout simplement de « patron » de leurs propres clients, s’évanouit chaque mois un peu plus (4).

En cette fin de premier trimestre 2010, on peut notamment souligner :

. la dégradation régulière des relations sino-américaines (Taiwan, Tibet, Iran, parité Dollar-Yuan (5), baisse des achats de Bons du Trésor US, conflits commerciaux multiples, …)
. les dissensions transatlantiques croissantes (Afghanistan (6), OTAN (7), contrats ravitailleurs US Air Force (8), climat, crise grecque, …)
. la paralysie décisionnelle de Washington (9)
. l’instabilité sans répit au Moyen-Orient (10) et l’aggravation des crises potentielles Israël-Palestine et Israël-Iran
. le renforcement des logiques de blocs régionaux (Asie, Amérique latine (11) et Europe en particulier)
. la volatilité monétaire (12) et financière (13) mondiale accrue
. l’inquiétude renforcée sur les risques souverains
. la critique croissante du rôle des banques US associée à une réglementation visant à régionaliser les marchés financiers (1)
. etc…

 Parallèlement, sur fond d’absence de reprise économique (15), les confrontations sociales se multiplient en Europe tandis qu’aux Etats-Unis le tissu social est purement et simplement démantelé (16). Si le premier phénomène est plus visible que le second, c’est pourtant le second qui est le plus radical. La maîtrise de l’outil de communication international par les Etats-Unis permet de masquer les conséquences sociales de cette destruction des services publics et sociaux américains sur fond de paupérisation accélérée de la classe moyenne du pays (17). Et cette dissimulation est rendue d’autant plus aisée que, à la différence de l’Europe, le tissu social américain est atomisé (18) : faible syndicalisation, syndicats très sectorisés sans revendication sociale générale, identification historique de la revendication sociale avec des attitudes « anti-américaines » (19), … Toujours est-il que des deux côtés de l’Atlantique (et au Japon), les services publics (transports en commun, police, pompier, …) et sociaux (santé, éducation, retraite, …) sont en voie de démantèlement, quand ils ne sont pas purement et simplement fermés ; que les manifestations (20), parfois violentes, se multiplient en Europe tandis que les actions de terrorisme domestique ou de radicalisation politique (21) sont de plus en plus nombreuses aux Etats-Unis.

En Chine, le contrôle croissant de l’Internet et des médias est avant tout un indicateur fiable de la nervosité accrue des dirigeants pékinois en ce qui concerne l’état de leur opinion publique. Les manifestations sur les questions de chômage et de pauvreté continuent à se multiplier, contredisant le discours optimiste des leaders chinois sur l’état de leur économie.

En Afrique, la fréquence des coups d’Etat s’accélèrent depuis l’année dernière.

Et en Amérique latine, malgré des chiffres macro-économiques plutôt positifs, l’insatisfaction sociale nourrit les risques de changements de cap politique radicaux, comme on l’a vu au Chili.

Evolution de la dépense nominale (22) dans l'OCDE (en % du PNB de l'année précédente) - Source : MacroMarketMusings / David Beckworth, 11/2009

Evolution de la dépense nominale (22) dans l’OCDE (en % du PNB de l’année précédente) – Source : MacroMarketMusings / David Beckworth, 11/2009
L’ensemble de ces tendances est en train de former très rapidement un « cocktail socio-politique explosif » qui conduit directement à des conflits entre composantes de la même entité géopolitique (conflits états fédérés/état fédéral aux Etats-Unis, tensions entre Etat-membres dans l’UE, entre républiques et fédération en Russie, entre provinces et gouvernement central en Chine), entre groupes ethniques (montée des sentiments anti-immigrés un peu partout) et recours au nationalisme national ou régional (23) pour canaliser ces tensions destructrices. L’ensemble se déroulant sur fond de paupérisation des classes moyennes aux Etats-Unis, au Japon et en Europe (en particulier au Royaume-Uni et dans les pays européens et asiatiques (24) où les ménages et les collectivités sont les plus endettées).

Dans ce contexte, LEAP/E2020 considère que la phase de dislocation géopolitique mondiale va se dérouler selon cinq séquences temporelles, à savoir :

0. Initiation de la phase de dislocation géopolitique mondiale – T4 2009 / T2 2010
1. Séquence 1 : Conflits monétaires et de chocs financiers
2. Séquence 2 : Conflits commerciaux
3. Séquence 3 : Crises souveraines
4. Séquence 4 : Crises socio-politiques
5. Séquence 5 : Crises stratégiques

Par ailleurs,  notre équipe présente les huit pays qui lui paraissent plus dangereux que la Grèce en matière de dette souveraine, tout en présentant son analyse de l’évolution post-crise de l’économie financière par rapport à l’économie réelle. Enfin, LEAP/E2020 présente ses recommandations mensuelles (devises, actifs, …), y compris certains critères pour une lecture plus fiable des informations dans le contexte particulier de la phase de dislocation géopolitique mondiale.

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Notes:

(1) Joseph Stiglitz et Simon Johnson ne disent désormais pas autre chose quand ils estiment que la crise est en train de devenir une occasion ratée de réforme du système financier mondial qui va conduire rapidement à de nouveaux chocs. Source : USAToday, 12/03/2010

(2) Américains et Européens ont des positions diamétralement opposées sur ce sujet et l’arrivée au pouvoir de Barack Obama n’a fait que rendre plus compliqué le positionnement public des Européens (puisqu’ils se sont affirmés d’emblée « Obamaphiles ») sans changer la donne sur le fond.

(3) Même dans le domaine de la recherche, la place des Etats-Unis recule très rapidement. Ainsi le classement mondial des meilleures institutions de recherche ne compte plus que six institutions américaines sur les quinze premières contre quatre européennes et deux chinoises; et aucune dans les trois premières places. Source : Scimago Institutions Rankings 2009, 03/2009

(4) Comme l’illustre l’attitude d’Israël qui agit dorénavant de manière presque injurieuse vis-à-vis de Washington. C’est un indicateur important car personne mieux que les alliés les plus proches n’est en mesure de percevoir le degré d’impuissance d’un empire. Les ennemis ou bien les alliés récents ou éloignés sont incapables d’une telle perception car ils n’ont pas un accès aussi intime au pouvoir central, ni un recul historique suffisant pour pouvoir déceler une telle évolution. L’éditorial de Thomas Friedman dans le New York Times du 13/03/2010 illustre bien le désarroi des élites américaines face à l’attitude de plus en plus désinvolte de leur allié israelien, et également l’incapacité de l’administration américaine à réagir fermement à cette désinvolture.

(5) Le ton monte considérablement sur cette question qui devient un enjeu de pouvoir symbolique autant qu’économique pour Pékin comme pour Washington. Sources : China Daily, 14/03/2010 ; Washington Post, 14/03/2010.

(6) Le repli probable d’un grand nombre de troupes de l’OTAN hors d’Afghanistan en 2011 conduit ainsi la Russie et l’Inde à développer une stratégie commune, notamment avec l’Iran, pour prévenir un retour des Talibans au pouvoir! Source : Times of India, 12/03/2010

(7) Outre la chute du gouvernement néerlandais sur la question de l’Afghanistan, c’est maintenant d’Allemagne que vient l’idée d’intégrer la Russie à l’OTAN, une bonne vieille idée russe, au prétexte que l’OTAN n’est plus pertinente dans sa forme actuelle. Source : Spiegel, 08/03/2010

(8) Les Européens sont tous très remontés suite à la décision de Washington d’éliminer de facto l’offre européenne du grand contrat de renouvellement des ravitailleurs de l’US Air Force. Cette décision marque probablement la fin du mythe (en vogue en Europe) d’un marché transatlantique des armements. Washington ne laissera pas d’autres compagnies que les siennes gagner de tels grands contrats. Les Européens vont donc devoir envisager sérieusement de se fournir essentiellement eux aussi auprès de leur industrie de défense. Source : Financial Times, 09/03/2010

(9) Même le Los Angeles Times du 28/02/2010 se fait l’écho des inquiétudes de l’historien britannique Niall Ferguson qui estime que l’ « empire américain » peut désormais s’effondrer du jour au lendemain comme ce fut le cas pour l’URSS.

(10) Et le fait que l’ensemble du monde arabe est désormais fortement affecté par la crise économique mondiale va ajouter à l’instabilité régionale chronique. Source : Awid/Pnud, 19/02/2010

(11) Le Vénézuela s’équipe ainsi d’avions de chasse chinois. Une situation de scénario de politique fiction il y a seulement cinq ans. Source: YahooNews, 14/03/2010

(12) Comme nous l’avions anticipé dans les précédents GEAB, la « crise grecque » se dissipant, on retourne aux réalités des tendances lourdes de la crise et comme par hasard, depuis quelques jours on commence à voir à nouveau des analyses qui mettent en perspective la perte par les Etats-Unis de leur notation AAA concernant leur dette; et la fin du statut de monnaie de réserve du Dollar. Sources : BusinessInsider/Standard & Poor’s, 12/03/2010

(13) Le graphique ci-dessous illustre la volatilité toujours plus forte qui caractérise les places financières et qui, selon LEAP/E2020, est un indice de risque systémique majeur. Si on regarde la rentabilité du New York Stock exchange sur plus de 180 ans, on constate que les années de la décennie passée (2000-2008 et on pourrait certainement y ajouter 2009) montre des évolutions aux extrêmes des meilleurs et des pires résultats. La taille des ordres passés sur les marchés financiers mondiaux s’est ainsi réduite de 50% en cinq ans, sous l’effet de l’automatisation et des méthodes à « haute-fréquence », accroissant donc leur volatilité potentielle. Source : Financial Times, 21/02/2010

(14) Le récent avertissement du Secrétaire d’Etat au Trésor US, Thimoty Geithner, concernant les risques de dérive transatlantique en matière de réglementation financière n’est que le dernier indice de cette évolution. Source : Financial Times, 10/03/2010

(15) Dernier exemple en date, la Suède qui pensait avoir traversé la crise se retrouve à nouveau plongée dans la récession au vu des très mauvais chiffres du 4° trimestre 2009. Source : SeekingAlpha, 02/03/2010

(16) Le taux de chômage US est désormais voisin de 20%, avec des pics à 40%-50% pour les classes sociales défavorisées. Pour éviter de faire face à cette réalité, les autorités américaines pratiquent à très grande échelle une manipulation des chiffres de la population active et de la population à la recherche d’emploi. L’article de Steven Hansen publié le 21/02/2010 sur SeekingAlpha et intitulé « Which economic world are we in? » offre une perspective intéressante à ce sujet.

(17) Une analyse certes radicale mais très bien documentée et assez pertinente de cette situation est développée par David DeGraw sur Alternet du 15/02/2010.

(18) Source (y compris les commentaires) : MarketWatch, 25/02/2010

(19) C’est la suspicion du « Rouge », du « Coco », qui dormirait dans chaque syndicaliste ou manifestant pour des causes sociales.

(20) Même aux Etats-Unis où les étudiants manifestent contre les hausses des droits d’inscription et où la population s’inquiète de la fermeture de la moitié des écoles publiques dans une ville comme Kansas City, tandis qu’à New York ce sont 62 brigades de pompiers qui vont être supprimées. Sources : New York Times, 04/03/2010 ; USAToday, 12/03/2010 ; Fire Engineering, 11/03/2010

(21) De Joe Stack aux Tea Parties, la classe moyenne américaine tend à se radicaliser très rapidement depuis la mi-2009.

(22) La dépense nominale est la valeur totale des dépenses dans une économie non corrigée de l’inflation. C’est en fait la valeur de la demande totale. On constate sur ce graphique que la crise marque un effondrement de la demande.

(23) Le terme régional est utilisé ici au sens géopolitique, d’ensemble régional (UE, Asean, …).

(24) Ainsi en Corée du Sud, l’endettement des ménages continue de s’aggraver avec la crise tandis que les entreprises accumulent des réserves de liquidités au lieu d’investir car elle ne croit pas à la reprise. Source : Korea Herald, 03/03/2010

 

 

Bill Gates s’intéresse aux mini-réacteurs nucléaires !

Par Enerzine

Lundi, on apprenait que la firme nippone Toshiba était en discussion avec TerraPower, une société dont le milliardaire Bill Gates est actionnaire, pour développer des réacteurs nucléaires de nouvelle génération.

Le concept repose sur l’utilisation d’uranium appauvri capable de faire fonctionner des réacteurs de type « travelling-wave » (TWR), pendant 100 ans, sans nécessité de ravitaillement périodique. « Bill Gates pourrait investir plusieurs centaines de milliards de yens (plusieurs milliards d’euros) dans le projet, dont la commercialisation n’est pas prévue avant dix ans » a révèlé le quotidien Nikkei.

Il y a plus de 2 ans, Enerzine avait eu la confirmation de l’existence d’un « réacteur nucléaire miniature« , élaboré par le géant industriel connu sous le nom de 4S (super-sûr, petit et simple [Super-safe, Small and Simple] ), et conçu pour fonctionner sans interruption pendant 30 ans.

Le 4S , développé conjointement par Toshiba et l’Institut Central de Recherche du secteur de l’industrie de Electrique (CRIEPI), un institut de recherche et développement japonais sur l’énergie électrique, est un nouveau type de système de génération d’énergie nucléaire très compact avec une puissance de sortie d’environ 10 Mégawatts (MWe).

Le 4S peut fonctionner sans ravitaillement pas moins de 30 ans, ce qui permet de réduire largement les coûts d’exploitation et d’entretien tout en améliorant la sécurité de son fonctionnement.

Ces capacités placent le 4S en position d’offrir une solution alternative prometteuse pour la production, en vue de répondre aux besoins de populations géographiquement dispersées, dans des régions qui disposent de peu ou pas de capacités de transmission, et à une relativement petite échelle.

Le groupe japonais prévoit de commencer la construction de son premier réacteur 4S aux Etats-Unis en 2014 après avoir obtenu les autorisations nécessaires.

Toshiba estime que 80% des technologies utilisées dans son réacteur 4S peuvent être appliquées aux TWR.

Les inconvénients du TWR ?  pour fonctionner pendant plusieurs décennies, d’énormes quantités de combustible seraient nécessaires. Et l’autre soucis réside dans l’usure des matériaux du réacteur face à une irradiation de longue durée…

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