Plus de femmes dans les conseils d’administration ?


Par Franck Stassi

Faudra-t-il en passer par la loi pour féminiser davantage les conseils d’administration ? La proposition déposée conjointement par les députés UMP Marie-Jo Zimmermann et Jean-François Copé permet d’ouvrir le débat.

Le texte, adopté en première lecture à l’Assemblée nationale le 20 janvier, donne un délai de six ans aux sociétés cotées pour parvenir à l’objectif d’au moins 20 % de femmes dans leurs conseils d’administration et de surveillance. Les entreprises du CAC 40 ne comptent que 10,5 % de femmes dans leurs conseils, un chiffre qui tombe à 8 % si on élargit cette base aux 500 premières sociétés françaises.

« La proportion de 40 % est tellement élevée que cela va obliger les sociétés à chercher des profils différents, mais ce serait rendre un mauvais service aux femmes que d’aller recruter de mauvaises candidates. Il faudra aller chercher dans tous les milieux, et pas seulement dans le milieu des entreprises », explique aux Echos Dominique Reiniche, présidente Europe de The Coca-Cola Company et administratrice d’AXA. L’enjeu de l’application d’une telle loi résiderait moins dans l’accroissement du nombre de femmes dans les conseils que dans les conditions d’application du texte et sa réception par les entreprises.

Des performances éthiques et financières

Les défenseurs d’un recours au législateur pour féminiser les boards se réfèrent notamment à l’exemple norvégien, pays au sein duquel un quota de 40 % de femmes dans les conseils d’administration des sociétés anonymes cotées en Bourse doit être respecté depuis 2006. L’Espagne se pliera à la même contrainte à compter de 2015. Une progression à laquelle répondent des performances financières : selon Valéry Lucas-Leclin, coresponsable de la recherche ISR à la Société Générale, les firmes dirigées par des femmes superforment en moyenne chaque année leur secteur de 4 % à 5 %. Un exemple et des données chiffrées sources de nouveaux arguments.

La mixité au sein des conseils d’administration permettrait également de responsabiliser ces derniers. « Les entreprises dont le C.A. est plus mixte auraient une culture éthique plus développée en ce qu’elles manipulent moins leurs états financiers, fléau mainte fois décrié depuis l’affaire Enron » analysent des chercheurs d’HEC Montreal dans la présentation d’une récente étude menée sur le sujet. Le courage des femmes face à des défis complexes en termes professionnels est également mentionné ! Si ce n’est pas un signe de ces vertus, ça y ressemble : de grands groupes viennent d’officialiser l’arrivée de femmes dans leurs conseils. Vivendi, Vallourec, Sanofi-Aventis, Bouygues et AXA passent notamment à l’action.

Cet encouragement au vote d’une loi est toutefois contrecarré par une voix dissonante, celle de Nicolas de Malézieux, gérant chez AMM Finance : « les sociétés ne doivent pas se sentir obligées de féminiser leur comité de direction. Cette mixité doit venir naturellement afin de mettre en lumière leurs compétences, et non pas par la force d’une loi », estime-t-il dans un entretien accordé au Figaro.fr. Un chemin qui semble, à l’heure actuelle, particulièrement long.

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3 Réponses

  1. La politique des quotas reste contestée dans notre société. Je trouve cela étrange que le pourcentage proposé soit celui de 40%, alors que les femmes représentent 50% de la population. Même si certains répondront que 50% est trop difficile à atteindre, je trouverais intéressant que le quota imposé corresponde à la proportion du groupe ciblé dans la population totale.

  2. Je pense que les « quotas », quels que soient leur domaine d’application (commerce, immigration, éducation, politique, etc), sont toujours une réponse misérable a une difficulté d’ajustement d’un système qui n’arrive pas a s’auto-reguler spontanément.

    Je préfère alors les régulations par une approche de contraintes modulables telles que la taxation. Par exemple si on appliquait des taux de charges patronales différentes selon le sexe, l’âge, le niveau d’études, l’origine ethnique, tel que c’est déjà le cas dans le rapport (obsolète?) cadres/employés, on n’aurait pas de mal a motiver l’emploi de « classes manifestement défavorisées ».

  3. On peut imaginer les deux : un « encouragement » à la parité sans sanction et, parallèlement, un taux de charge plus faible…

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