Après la santé, le nucléaire?

Par Richard Hétu

Un an plus tard, presque jour pour jour, le président américain devrait retourner dans la capitale tchèque pour signer avec son homologue russe Dmitri Medvedev un nouvel accord sur le désarmement nucléaire devant succéder au traité START arrivé à échéance le 5 décembre dernier. Un journal praguois a précisé que la cérémonie de signature pourrait avoir lieu aux alentours des 7 et 8 avril.

«L’ambassadeur de Russie Alexeï Fedotov a informé le président tchèque Vaclav Kaus de l’intention des présidents de Russie et des États-Unis de signer l’accord START sur le désarmement nucléaire à Prague», a annoncé le cabinet du président tchèque dans un communiqué mercredi. «Le président a exprimé au nom de la partie tchèque son accord avec la proposition russe et américaine.»

Ni la Maison-Blanche ni le Kremlin n’ont confirmé de manière officielle mercredi le rendez-vous à Prague des chefs d’État américain et russe. Les représentants des deux pays ont cependant indiqué qu’un accord sur un nouveau traité avait été conclu ou était sur le point de l’être. 

«Tous les documents requis pour la signature de START ont fait l’objet d’un accord», a dit un responsable du Kremlin à la presse sous le couvert de l’anonymat.«Nous sommes sur le point de signer un accord sur le traité START mais il n’y aura pas d’accord tant que le président Obama et son homologue Medvedev n’auront pas eu l’occasion de se parler», a pour sa part déclaré Robert Gibbs, porte-parole de la Maison-Blanche. «Ils vont sans doute se parler dans les prochains jours», a-t-il ajouté.

Les présidents Obama et Medvedev s’étaient entendus en juillet dernier sur l’objectif de réduire le nombre de têtes nucléaires dans la fourchette de 1500 à 1675 pour chacun des pays et le nombre de vecteurs capables de les transporter entre 500 et 1100. Les différends entre les ex-ennemis de la guerre froide portaient sur les arrangements de vérification et de contrôle qui doivent être inclus dans le traité.

Dans en entrevue au quotidien Rossïïskaïa Gazeta, le chef d’état-major russe, le général Nikolaï Makarov, a également évoqué la nécessité «d’obtenir l’accord des États-Unis pour inclure les questions de défense antimissile dans le traité».

Défense antimissile

Le président Obama a annoncé en septembre dernier une «nouvelle approche» du projet de défense antimissile américain en Europe, ayant abandonné celui élaboré par l’administration de son prédécesseur, George W. Bush, qui avait contribué à exacerber les tensions entre la Russie et les États-Unis.

La signature d’un nouveau traité START, aussi modeste soit-il aux yeux des experts, concrétiserait la volonté de l’administration Obama de relancer les relations entre les États-Unis et la Russie. Elle ouvrirait également la voie à d’autres négociations russo-américaines sur le désarmement nucléaire, tout en envoyant un signal aux autres pays.

Sur le plan politique, un tel accord permettrait à Barack Obama de revendiquer une réalisation importante en matière de politique étrangère peu après avoir promulgué sa réforme du système de santé, qui définira probablement sa présidence en matière de politique intérieure.

Le président américain avait prononcé son discours sur un monde dénucléarisé à Prague le 5 avril 2009. Se défendant d’être «naïf», il avait dénoncé le «fatalisme» de ceux qui prétendent qu’on ne peut rien faire contre «l’héritage le plus dangereux» de la guerre froide, à savoir les milliers d’armes atomiques aujourd’hui stockées.

Le président Obama avait également évoqué son souhait d’accueillir aux États-Unis «dans le courant de l’année à venir» un sommet mondial sur la sécurité nucléaire pour empêcher la prolifération des armes ou des matériaux dans ce domaine. Ce sommet doit se tenir les 12 et 13 avril.

En attendant, le président américain a rencontré mercredi à la Maison-Blanche les deux sénateurs les plus importants de la commission des Affaires étrangères du Sénat, le démocrate John Kerry du Massachusetts et le républicain Richard Lugar d’Indiana, histoire de faire le point avec eux sur les négociations sur le traité START.

Avant d’entrer en vigueur, un traité sur le désarmement nucléaire devrait être ratifié par le Sénat américain et le Parlement russe.

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Après les régionales, de nouvelles responsabilités pour le camp progressiste

Par D&E

Ayant nettement marqué son positionnement dans le camp progressiste, notre Association ne peut que se réjouir de sa nette victoire lors des régionales.

Cette victoire intervient, heureux  hasard, le jour où le parlement américain votre une réforme  de la santé, historique  dans un pays  où  l’intervention publique est considérée avec méfiance.

Le camp progressiste a compris que sa diversité était une condition clé de son succès, en même temps, son unité sur un projet commun  conditionnera  sa crédibilité pour porter et mettre en œuvre un modèle économique, écologique et social  crédible.

Beaucoup de questions demeurent en friche et devront trouver réponse dans les deux ans qui nous séparent de l’élection présidentielle seule à même de rendre possible l’alternance.

Tout d’abord il faudra trancher se positionner sur le rôle et la place de l’entreprise. Les régions détenues par la gauche ont montré leur souci d’être non seulement un bouclier social mais une aide pour les PME, dans un système qui privilégie les champions internationaux. Mais un gouvernement progressiste aura beaucoup à faire pour lever le voile de méfiance qui recouvre dans notre pays le rapport entre les citoyens et l’entreprise.

Le débat esquissé par Nicolas Sarkozy à propos de  la croissance industrielle, devant le constat patent du recul de la France,  devra rebondir  avec une synthèse  fructueuse entre économie et écologie et entre les forces qui les représentent. Le dossier de l’énergie  et la place relative du nucléaire et des autres énergies renouvelables  devra être marqué par une grande créativité pour dépasser des oppositions simplistes.

Un autre débat tout aussi important à nos yeux est celui de la Responsabilité Sociale des Entreprises  qui devra être couplé avec celui de leur mode de  gouvernance  pour enfin rendre crédible la participation de l’ensemble des parties prenantes aux décisions majeures et pas seulement des actionnaires comme c’est le cas aujourd’hui.

Non moins importants, alors que le déficit public devient gigantesque, sera celui sur  la fiscalité tant des entreprises que des ménages le rôle redistributif de l’Etat ayant failli avec, par exemple, un bouclier fiscal reconnu comme injuste par de très nombreux commentateurs. De ce point de vue le dossier des retraites  et des comptes sociaux joueront un rôle névralgique sur le climat social.

Sur ces dossiers et d’autres qui marqueront très probablement les discussions programmatique  au sein du camp progressiste, notre Association  devra contribuer avec ses moyens et des expertises et bonnes volontés qui voudront bien nous rejoindre afin de concilier l’entreprise et la démarche citoyenne  

Changer la Politique pour Changer de Politique !Suivi de Contre-appel du 22 Mars.

Par Daniel Cohn-Bendit

C’est un tournant historique. Des européennes aux régionales, l’écologie politique s’installe désormais comme un espace autonome dans le paysage politique français. Mais devant l’ampleur des défis auxquels doivent répondre nos sociétés, la consolidation est une nécessité absolue. Il faut nous inscrire dans la durée et honorer ce rendez-vous avec l’histoire sous peine de disqualifier notre critique de l’irresponsabilité de ceux qui ne font rien, à Copenhague ou ailleurs, parce qu’ils sont incapables de dépasser leur petits intérêts particuliers.
Nous avons besoin d’une structure pérenne et souple à la fois, capable d’élaborer des positions collectives et de porter le projet écologiste, sans s’abîmer dans la stérilité des jeux de pouvoir ou la folle tempête des égos en compétition.

Soyons clair : il est hors de question d’abandonner aux appareils de parti, cette dynamique de renouvellement politique et social. Cela reviendrait à nous installer au cimetière, déjà bien encombré, des espérances déçues. Je reconnais d’ailleurs que sous la pression des échéances électorales, nous avons trop longtemps repoussé la question de la forme de notre mouvement, au point de laisser le rêve en friche. Entre simple marque électorale et réseau purement virtuel, Europe Écologie est restée une projection, où chacun pouvait voir midi à sa porte. D’ailleurs, les résultats contrastés de nos listes au premier tour des régionales soulignent le succès de ceux qui ont respecté l’esprit du rassemblement face à ceux qui se sont contentés d’en appliquer formellement la lettre, le réduisant à une simple tactique d’ouverture. Sans en renier l’histoire récente, il est temps d’incarner l’écologie politique dans un corps nouveau, une forme politique largement inédite, décloisonnée, pour mener la transformation de la société

Abstention, populismes, clientélisme… Cette élection le prouve encore : depuis des décennies, le fossé n’a cessé de se creuser entre la société et le politique. Le divorce démocratique est profond entre des logiques partidaires complètement déracinées qui fonctionnent en hors-sol et une société active, diverse, créative mais sans illusion sur la nature et les formes du pouvoir qui s’exerce sur elle. Les partis politiques d’hier étaient de véritables lieux de socialisation et d’apprentissage de la cité. Mais aujourd’hui ils se réduisent le plus souvent à des structures isolées de la société, stérilisées par de strictes logiques de conquête du pouvoir, incapables de penser et d’accompagner le changement social, encore moins d’y contribuer.
Parti de masse caporalisé ou avant-garde éclairée de la révolution, rouge voire verte : ça, c’est le monde d’hier. Celui de la révolution industrielle et des partis conçus comme des machines désincarnées, sans autre objet que le pouvoir. Comme des écuries de Formule 1, ces belles mécaniques politiques peuvent être très sophistiquées et faire de belles courses entre elles, mais elles tournent en rond toujours sur le même circuit, avec de moins en moins de spectateurs.

Le mouvement politique que nous devons construire ne peut s’apparenter à un parti traditionnel. Les enjeux du 21e siècle appellent à une métamorphose, à un réagencement de la forme même du politique. La démocratie exige une organisation qui respecte la pluralité et la singularité de ses composantes. Une biodiversité sociale et culturelle, directement animée par la vitalité de ses expériences et de ses idées. Nous avons besoin d’un mode d’organisation politique qui pense et mène la transformation sociale, en phase avec la société de la connaissance. J’imagine une organisation pollinisatrice, qui butine les idées, les transporte et féconde d’autres parties du corps social avec ces idées. En pratique, la politique actuelle a exproprié les citoyens en les dépossédant de la Cité, au nom du rationalisme technocratique ou de l’émotion populiste. Il est nécessaire de « repolitiser » la société civile en même temps que de « civiliser » la société politique et faire passer la politique du système propriétaire à celui du logiciel libre.
Je n’oublie pas l’apport important des Verts pendant 25 ans pour défendre et illustrer nos idées dans la vie politique française. Néanmoins, non seulement la forme partidaire classique est désormais inadaptée aux exigences nouvelles de nos sociétés, mais je crois en outre que tôt ou tard, elle entre en contradiction avec notre culture anti-autoritaire, principe fondamental de la pensée écologiste. Ni parti-machine, ni parti-entreprise, je préférerais que nous inventions ensemble une « Coopérative politique » – c’est à dire une structure capable de produire du sens et de transmettre du sens politique et des décisions stratégiques. J’y vois le moyen de garantir à chacun la propriété commune du mouvement et la mutualisation de ses bénéfices politiques, le moyen de redonner du sens à l’engagement et à la réflexion politique.

Si cette Coopérative a évidemment pour objectif de décider collectivement aussi bien des échéances institutionnelles d’ici 2012 que des grandes questions de société, sa forme définitive n’est pas encore fixée. Il reviendra à ses membres d’en définir les contours, la structure et la stratégie. Ce débat doit être ouvert. Pour cela, j’appelle à la constitution de Collectifs Europe-Ecologie-22-mars. Constitués sur une base régionale ou locale pour éviter tout centralisme anti-démocratique, ces collectifs seront de véritables Agoras de l’écologie politique, modérées sur www.europeecologie22mars.org.

Leur principale mission étant de penser la structuration du mouvement, ils resteront une étape transitoire, qui devra céder la place à la Coopérative qu’ils auront contribué à construire. Pendant toute la durée de leur existence, ils respecteront un principe de double appartenance, pour les associatifs, les syndicalistes et même ceux qui sont encartés dans un parti politique. Parce qu’on peut être vert, socialiste, cap21, communiste, que sais-je encore, et partie prenante de cette dynamique collective. Encore une fois, l’important est moins d’où nous venons, mais où nous voulons aller, ensemble. C’est l’esprit même du rassemblement qui a fait notre force, cette volonté de construire un bien commun alternatif.
Le moment venu, chaque membre de la Coopérative votera pour en consacrer démocratiquement la naissance. Jusqu’ici, Europe Écologie s’est contenté d’être un Objet politique assez inclassable. L’enjeu de la maturité, c’est sa métamorphose en véritable Sujet politique écologiste autonome, transcendant les vieilles cultures politiques.

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Contre-appel du 22 Mars

 

Par Paul Jorion et François Leclerc

 

Il y a eu le vote protestataire, où l’on n’accorde pas sa voix en faveur d’un parti mais contre un autre. Il y a eu le vote blanc ou le vote nul, où l’on déverse sur le bulletin la rage que l’on a au cœur. Il y a eu enfin l’abstention, quand le pire ennemi de mon pire ennemi m’est lui aussi devenu à ce point indifférent, que lui non plus ne mérite plus que je me dérange.

Comment en arrive-t-on là ? Quand dans son ensemble la classe politique parle d’un monde qui a cessé d’exister. Nous aimerions tant qu’un de ses membres dise en public – et non comme aujourd’hui en privé, dans le creux d’une oreille – « La machine est cassée ! » Mais non, on demande aux vieilles recettes de continuer à servir, non sur la foi de leurs succès passés mais par simple habitude. En changeant, dans le meilleur des cas, les proportions de divers ingrédients rassis, rancis, voire franchement frelatés. Le monde a changé et la classe politique poursuit imperturbablement le bavardage d’une conversation qui n’évoque plus que l’ancien temps.

Nous vivons une période que l’on peut sans emphase qualifier d’historique : le capitalisme meurt sous nos yeux et nous entraîne dans sa perte. Toute tentative de rafistolage du système épuisé ayant implosé sous nos yeux, sera certainement douloureuse et plus que certainement, vaine. Une finance fondée sur des paris sur les fluctuations des prix s’est nourrie sur le corps affaibli d’une monde ayant cessé de compter sur la richesse pour vivre à crédit, et s’est – comme il était à prévoir – effondrée. Après un temps de latence, elle entraîne désormais à sa suite les États qui s’étaient portés à son secours. Les peuples sont appelés à régler l’addition : il n’est question que de plans de rigueur et de luttes contre les déficits publics ; la protection sociale conquise sur un siècle, n’aura pas duré davantage.

On parle encore avec emphase de croissance, porteuse d’abondance et chargée de tous les bienfaits, mais ceux ayant ces mots à la bouche savent qu’elle s’alimente depuis toujours à la gabegie d’une planète pillée sans répit. La recette en est de toute manière perdue. À la place, la précarité et le chômage progressent d’une marche inexorable : les emplois perdus, le sont à jamais.

Cette fin d’un monde qui s’est cru éternel exige des actes, dès aujourd’hui. Le manque d’imagination, le manque de courage ne sont plus de mise désormais. Si rien n’est fait – et l’encommissionnement est une forme du rien – il n’y aura plus bientôt ni planète viable pour notre espèce, ni économie qui ne soit simple rapt par la finance de toute richesse créée, ni même aucun revenus, car les nations vieillissent, et les vieillards qui occupent les postes s’y accrochent à mesure que fondent leurs retraites, monopolisant la ressource devenue rare qu’est le travail humain.

Quelle initiative alors prendre ?

L’ Appel du 22 mars annonça le Joli Mai et le dépoussiérage que celui-ci opéra d’une société en voie de fossilisation avancée. Mais rien ne sert de convoquer les symboles au titre de fleurs ou couronnes : la soupe refroidie n’est au goût de personne. Nul n’a le droit de les évoquer s’il n’est digne d’eux : à la hauteur aujourd’hui de ce qu’il furent en leur temps.

Il n’est question ici ni de nouveaux slogans, ni d’un nouveau parti : le cimetière des espérances déçues déborde de tous ces lendemains qui nous firent déchanter. Il s’agit au contraire de mettre en mots, en images et en actes, les prémices du monde nouveau qui se dessine à nos yeux. Toutes les mesures à prendre ne sont pas encore connues, certaines n’existent encore qu’à l’état d’ébauches à peine esquissées, mais qu’importe ! Le monde auquel nous aspirons est l’inverse de celui qui, petit à petit, s’est installé dans nos vies et pire encore, se trouve maintenant logé à demeure dans nos têtes. À l’égard de celui-ci, nous sommes déjà, au plus profond de nous-mêmes, des insoumis. C’est cette insoumission-même qui émerge aujourd’hui sous sa forme collective.

Le bourgeois a perdu son Dieu et l’a remplacé par l’argent. L’argent a tout envahi. Le « capital humain », un lobe de foie ou un rein, tout a désormais un prix : tout se vend, tout s’achète. On évoque aujourd’hui la « loi du marché » comme on parlait auparavant de la « gravité » : inscrites toutes deux désormais au même titre sur des tables d’airain. La plus grande richesse créée par les machines aurait dû signifier notre libération, mais aussitôt créée, elle se trouve confisquée et disparaît dans des comptes secrets.

Le temps n’est-il pas venu de désamorcer la machine infernale ? D’affirmer que le commerce humain n’est pas nécessairement celui de l’argent ? De faire advenir la solidarité là où la rivalité règne aujourd’hui en maître ? De promouvoir un double respect : celui des humains dans leur diversité, les uns vis-à-vis des autres, et celui d’eux tous réunis, envers la planète qui les accueille et leur dispense ses bienfaits ? « Penser global pour agir local » ont dit à juste titre, les écologiste. Le moment est venu d’agir aussi globalement : local et global, l’un ne va pas sans l’autre.

La démocratie se voit chaque jour un peu plus menacée par les manifestations d’un contrôle social envahissant. Les moyens qui s’offrent à nous pour la faire progresser, pour qu’elle s’approfondisse sur le plan politique et pour qu’elle s’instaure enfin au sein de l’économie, par le biais d’une constitution pour l’économie, définissent le monde nouveau qui pourrait être le nôtre.

Bien sûr, nous savons faire la part du rêve mais c’est pour mieux l’affirmer d’abord comme ce but auquel nous ne saurions renoncer. Nous nous inscrivons, de cette manière, dans la lignée de tous les résistants, « dissidents » de toutes les époques, dont on découvre plus tard qu’ils eurent raison d’avoir si longtemps tort, sans jamais renoncer.

Il y aura toujours de « prochaines élections », même s’il existe pour nous Dieu merci d’autres moyens d’exprimer nos espoirs. La manière optimale de les préparer – l’action politique sous son jour le meilleur – est de commencer par rêver à voix haute. Nous associons à notre rêverie partagée, un programme immédiat pour être sûrs qu’elle ne sera pas abandonnée aussitôt évoquée : les dix, cent, mille mesures qui devront être prises pour que les idées généreuses se traduisent en des réalités qui ne le seront pas moins. Ce catalogue, livre de doléances ou quel que soit le nom qu’on veuille bien lui donner, ne sera pas l’aboutissement de tractations entre partis, mais le produit d’une élaboration « apartidaire », fruit de la tenue d’États généraux, témoignage que les temps difficiles sont ceux où s’entend la voix des sans grade, guidés seulement par leur foi en la lumière et leur bonne volonté !

 

Les différends entre Pékin et Washington pourraient miner le G20

Par D&E

Les différends qui opposent la Chine et les Etats-Unis pourraient miner le sommet du G20 qui se tiendra au Canada, l’été prochain, et remettent en question l’existence même de cette nouvelle association de pays.

A titre d’hôte du sommet et aussi parce qu’il est perçu comme un négociateur honnête, plusieurs pays du G20 se tournent vers le Canada pour tenter d’aplanir ces divergences, qui se font de plus en plus nombreuses.C’est du moins ce que pensent plusieurs spécialistes de la question, qui reconnaissent toutefois que cela est plus facile à dire qu’à faire.

Selon la codirectrice de l’Ecole de gestion Rotman de l’Université de Toronto, Wendy Dobson, le G20 fonctionnait bien tant et aussi longtemps que son seul but était d’éviter des catastrophes. Il croit que maintenant, c’est la partie difficile du travail qui commence.M. Dobson croit que les dirigeants ne doivent pas perdre de vue les réformes à moyen terme et les mener à terme. S’ils échouent d’ici deux ans, on pourra se poser la question à savoir si le G20 peut survivre à une crise financière mondiale.

Le but ultime du G20 qui se tiendra en juin à Toronto est de stabiliser l’économie mondiale pour les années à venir. C’est du moins ce qu’a affirmé le premier ministre du Canada, Stephen Harper, lors d’une allocution prononcée la semaine dernière devant les négociateurs des pays membres du groupe, à Ottawa. Le coeur de cet objectif est de trouver des moyens pour que la Chine vende à moins grande échelle et que les Etats-Unis, au contraire, achètent et empruntent moins. Ainsi, selon Mme Dobson, l’avenir de l’économie mondiale est incertain à moins que la Chine laisse sa monnaie s’apprécier et que les Etats-Unis diminue son taux d’endettement.

Mais les deux puissances mondiales refusent de mettre de l’eau dans leur vin et s’entêtent à se tourner le dos.

Certains observateurs nord-américains ont dit espérer voir tous les pays du G20 se liguer contre la Chine pour la forcer à rendre son taux de change plus flexible. Mais les pays asiatiques espèrent une approche moins confrontante. Ce conflit ne représente que la pointe de l’iceberg des difficultés à trouver un consensus au sein du G20, un groupe qui comprend à la fois des pays émergents mais également des nations parmi les plus riches de la planète.

Plus de femmes dans les conseils d’administration ?

Par Franck Stassi

Faudra-t-il en passer par la loi pour féminiser davantage les conseils d’administration ? La proposition déposée conjointement par les députés UMP Marie-Jo Zimmermann et Jean-François Copé permet d’ouvrir le débat.

Le texte, adopté en première lecture à l’Assemblée nationale le 20 janvier, donne un délai de six ans aux sociétés cotées pour parvenir à l’objectif d’au moins 20 % de femmes dans leurs conseils d’administration et de surveillance. Les entreprises du CAC 40 ne comptent que 10,5 % de femmes dans leurs conseils, un chiffre qui tombe à 8 % si on élargit cette base aux 500 premières sociétés françaises.

« La proportion de 40 % est tellement élevée que cela va obliger les sociétés à chercher des profils différents, mais ce serait rendre un mauvais service aux femmes que d’aller recruter de mauvaises candidates. Il faudra aller chercher dans tous les milieux, et pas seulement dans le milieu des entreprises », explique aux Echos Dominique Reiniche, présidente Europe de The Coca-Cola Company et administratrice d’AXA. L’enjeu de l’application d’une telle loi résiderait moins dans l’accroissement du nombre de femmes dans les conseils que dans les conditions d’application du texte et sa réception par les entreprises.

Des performances éthiques et financières

Les défenseurs d’un recours au législateur pour féminiser les boards se réfèrent notamment à l’exemple norvégien, pays au sein duquel un quota de 40 % de femmes dans les conseils d’administration des sociétés anonymes cotées en Bourse doit être respecté depuis 2006. L’Espagne se pliera à la même contrainte à compter de 2015. Une progression à laquelle répondent des performances financières : selon Valéry Lucas-Leclin, coresponsable de la recherche ISR à la Société Générale, les firmes dirigées par des femmes superforment en moyenne chaque année leur secteur de 4 % à 5 %. Un exemple et des données chiffrées sources de nouveaux arguments.

La mixité au sein des conseils d’administration permettrait également de responsabiliser ces derniers. « Les entreprises dont le C.A. est plus mixte auraient une culture éthique plus développée en ce qu’elles manipulent moins leurs états financiers, fléau mainte fois décrié depuis l’affaire Enron » analysent des chercheurs d’HEC Montreal dans la présentation d’une récente étude menée sur le sujet. Le courage des femmes face à des défis complexes en termes professionnels est également mentionné ! Si ce n’est pas un signe de ces vertus, ça y ressemble : de grands groupes viennent d’officialiser l’arrivée de femmes dans leurs conseils. Vivendi, Vallourec, Sanofi-Aventis, Bouygues et AXA passent notamment à l’action.

Cet encouragement au vote d’une loi est toutefois contrecarré par une voix dissonante, celle de Nicolas de Malézieux, gérant chez AMM Finance : « les sociétés ne doivent pas se sentir obligées de féminiser leur comité de direction. Cette mixité doit venir naturellement afin de mettre en lumière leurs compétences, et non pas par la force d’une loi », estime-t-il dans un entretien accordé au Figaro.fr. Un chemin qui semble, à l’heure actuelle, particulièrement long.

Quand Grande Distribution et développement durable se rencontrent…

Par Sophie Fabrégat

Dans les modes de consommation actuels, la grande distribution est l’intermédiaire entre les producteurs et les consommateurs. Elle joue donc un rôle important et peut, en travaillant avec les différents acteurs, impulser un changement des pratiques. En encourageant les producteurs et fournisseurs à produire des produits plus respectueux de l’environnement, en mettant à disposition des consommateurs des produits vertueux et en favorisant leur accessibilité mais aussi en travaillant sur l’ensemble des activités générées par le commerce, la grande distribution peut contribuer à rendre les modes de production et de consommation plus durables.
C’est dans cet objectif que le ministère en charge de l’Ecologie et l a Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD) ont signé une convention en janvier 2008. Deux ans après cet engagement, les parties prenantes ont dressé un bilan des actions entreprises dans ce cadre. Des évolutions positives ont été constatées, de nouveaux objectifs pourraient donc être fixés.

Information environnementale, une démarche à poursuivre

En vue de la généralisation d’ici 2011 de l’affichage environnemental pour les produits et services (lois Grenelle 1 et 2), la FCD s’est engagée à mener une expérimentation de ce dispositif sur 300 produits. Il s’agissait d’évaluer la faisabilité d’une évaluation environnementale multicritères (impact carbone et un ou plusieurs autres indicateurs) et les attentes des consommateurs sur ce sujet.
En partenariat avec l’Association nationale des industries alimentaires (ANIA), la FCD a mobilisé en 2009, 10 distributeurs et 120 industriels pour mener cette expérience. 300 références, alimentaires et non alimentaires (produits frais, épicerie, droguerie, textiles…) ont ainsi été analysées. Cette initiative a permis de mettre en lumière les difficultés de mise en œuvre d’un affichage environnemental multicritère. Sur 300 références retenues, 232 ont pu faire l’objet d’une évaluation environnementale au moins partielle (gaz à effet de serre et un ou plusieurs autres impacts). Les données nécessaires pour l’évaluation de l’ensemble du cycle de vie des produits ne sont pas toujours disponibles. Les données liées à la production et à la logistique notamment sont particulièrement difficiles à collecter (cela tient en partie du fait que la démarche était volontaire et non obligatoire comme le prévoit le Grenelle à partir de 2011) ou à distinguer. La FCD estime donc qu’il est indispensable de disposer de données génériques (moyennes) publiques. L’ADEME travaille actuellement à la mise en place d’une base de données publiques pour faciliter la généralisation du dispositif et limiter les coûts (une ACV complète coûte jusqu’à 100.000€). Après expérimentation, il apparaît que l’écotoxicité, l’impact sur la biodiversité sont difficiles à mesurer aujourd’hui.
Enfin, la FCD note que le niveau d’incertitudes ne permet pas de distinguer aujourd’hui les références au sein d’une même famille de produits en fonction de leurs impacts. Les données actuelles ne permettent pas un degré de précision suffisant. L’organisation professionnelle s’interroge donc sur la pertinence d’un affichage par référence plutôt que par famille de produit, étant donné les moyens mobilisés et les coûts inhérents.
L’opération devrait se poursuivre selon Jérome Bédier, président de la FCD, avec  »des simulations opérationnelles sur quelques produits comme la viande, les produits transformés ou les fruits et légumes, en partenariat avec les industriels et les agriculteurs ».
Face aux difficultés rencontrés, Chantal Jouanno a précisé que la généralisation du dispositif prévu dans le Grenelle se ferait progressivement,  »en commençant par les produits non alimentaires où la démarche pose moins de difficultés ».

Ecolabels : 10 % d’augmentation du volume des ventes

La FCD s’était également engagée à accroître le nombre de références et la visibilité des produits bénéficiant d’un écolabel. Selon elle, l’accroissement du nombre de références (100 références nouvelles) conjugué à la mise en avant de ces produits (notamment au travers d’opérations promotionnelles) a permis une augmentation des ventes d’environ 10 %.

Des efforts de réduction des emballages

La convention engageait également les distributeurs à réduire les emballages et à favoriser l’intégration de matériaux recyclés. Sur 25 cas documentés, 72.886 tonnes de matériaux ont été économisées, pour une réduction à la source de 9,4 %. Pot thermoformé et suppression du carton d’emballage pour des yaourts (49 t évitées), suppression des emballages individuels pour dosettes à café (91 % de matériaux économisés), optimisation de la forme d’une bouteille en plastique (27 % de matériau économisé) font partie des actions développées par les adhérents de la FCD et leurs partenaires industriels. Si ces réductions sont la preuve qu’il est possible de diminuer les déchets à la source, la FCD estime que  »la marge de progression s’avère, avec le temps, de plus en plus étroite et les efforts buttent aujourd’hui sur diverses limites, notamment technologiques et comportementales ».

20 % de croissance annuelle sur les produits bio

Sur les produits bio, la convention précisait que les enseignes de la FCD devaient augmenter d’au moins 15 % par an la part des produits bio dans le total des ventes alimentaires. Pour la deuxième année consécutive,  »les produits bio ont affiché une croissance annuelle de plus de 20 %, avec des pics de 50 à 70 % dans certaines enseignes ». Le communiqué précise que  »toutes les enseignes, y compris le maxidiscompte, misent sur le développement de ce marché et élargissent leur gamme à marques distributeurs ».
Chantal Jouanno a souligné l’importance de poursuivre cet engagement en mettant l’accent sur la  »saisonnalité et la proximité ». Les importations sont en effet courantes dans le bio pour répondre à la demande mais aussi pour limiter les coûts.

Diminuer l’impact de l’activité de distribution

Enfin, la FCD s’est engagée à réduire les consommations énergétiques et les émissions de gaz à effet de serre du secteur. En 2009, les consommations énergétiques des magasins auraient baissé de 6 % par rapport à l’année précédente, en travaillant notamment sur les postes froid, climatisation et éclairage (pilotage à distance, récupération de chaleur et de froid, équipements performants…). Quant aux énergies renouvelables (le potentiel photovoltaïque des grandes et moyennes surfaces représenterait 20 millions m2), l’organisation précise que  »tous les projets de construction de sites nouveaux et la plupart des grosses rénovations intègrent désormais l’utilisation des énergies renouvelables ».
Enfin, les enseignes travaillent aussi à réduire les émissions liées au transport, en optimisant le remplissage des camions et en rationalisant leurs trajets, en renforçant les modes de transports alternatifs à la route (ferroviaire, fluvial).

La remise en question nécessite un retour du courage politique

Par Homard

Christine Lagarde a critiqué en début de semaine la politique économique allemande. La ministre reproche à l’Allemagne sa stratégie fondée sur la compétitivité de sa production de biens et services à l’export. Les Allemands ont gagné de nombreuses parts de marché en modérant leurs coûts salariaux ces dernières années. Ce dumping social, que les Européens critiquent tout bas, a été remis en cause de façon judicieuse par C. Lagarde.

Cette attaque en règle a fait la une du Financial Times en début de semaine. En France, le premier réflexe a été d’incendier la ministre. Au lieu de critiquer et jalouser nous dit-on, notre pays ferait mieux de s’inspirer du modèle allemand et d’améliorer sa compétitivité afin d’en finir avec une balance commerciale déficitaire. Alors oui, les Allemands déposent plus de brevets que nous, consacrent une plus grande part de leur PIB à la recherche, dépensent plus pour l’éducation et disposent d’un tissu industriel de PME solides et innovantes. Mais alors pourquoi les écarts se sont-ils creusés à partir de 2002 quand l’Allemagne a clairement modifié sa politique en comprimant les salaires ? Soyons honnêtes, il n’est pas contestable que l’Allemagne bénéficie d’avantages structurels, mais ces atouts n’expliquent en aucune façon l’écart considérable, qui se creuse sans cesse, entre les déficits de la balance commerciale de la grande majorité des pays de la zone euro et l’excédent de notre voisin d’outre Rhin.

La critique est d’autant plus ardue que les salaires allemands ne sont pas spécialement faibles dans l’industrie. Mais ils stagnent depuis longtemps alors que les coûts salariaux ont augmenté de plusieurs dizaines de points de % dans les autres pays de la zone euro depuis 1995. De plus, les Allemands, en exportant massivement, ont aujourd’hui l’économie probablement la plus solide du monde, même si comme partout ailleurs l’endettement public s’envole. Cette stratégie s’est donc révélée payante pour l’Allemagne, jusqu’à maintenant, et au prix de l’affaiblissement des autres pays de la zone euro. Certains ont compensé, comme la Grèce et l’Espagne, en ouvrant les bras à l’endettement et à une croissance artificielle dopée par l’envolée des prix immobiliers. Certes, ces pays n’ont pas fait preuve de la plus grande rigueur budgétaire. L’écart croissant entre la France et l’Allemagne au sujet des déséquilibres de la balance commerciale est plus révélateur. Selon une étude de Natixis, au moins 30% de cet écart vient du « dumping social » provoqué par l’Allemagne. Il faut également mentionner qu’en délocalisant dans les pays à bas coûts, les Allemands ont accru leur compétitivité au détriment de l’emploi domestique, aussi faible qu’en France. Pour un pays aussi fortement exportateur, on aurait pu penser que le taux de chômage serait mieux orienté qu’il ne l’est, à l’instar du Japon ou de la Chine qui ont peu de chômeurs grâce à la vigueur de leurs exportations.

De plus, la politique de l’euro fort, encouragée par l’Allemagne, a l’avantage de rendre peu coûteux les achats de matières et de biens intermédiaires dont l’industrie allemande a besoin. Oui mais voilà, cette politique est néfaste aux autres pays européens qui perdent alors en compétitivité quand il s’agit d’exporter hors de la zone euro.

Si nous suivons les détracteurs de C. Lagarde, la France doit donc réduire ses coûts salariaux et devenir aussi vertueuse que l’Allemagne en réduisant les charges qui pèsent sur ses entreprises afin de redresser sa compétitivité. Quel argument dangereux !

Faisons cela, et les autres pays de la zone euro aussi, et nous exporterons plus vers l’Asie mais nos salaires seront plus faibles et les inégalités salariales continueront de croître. Cette course aux débouchés extérieurs est néfaste économiquement en raison de la pression exercée sur le niveau des salaires. Peu à peu, la mondialisation encourage à modérer les salaires, ce qui limite l’inflation mais accroit surtout les écarts entre part des profits et des salaires dans la valeur ajoutée. Et des pays qui ne souffraient pas d’un recul du pouvoir d’achat de ses citoyens sont désormais confrontés à cette difficulté.

Le problème, et j’espère que plusieurs médias feront la même analyse, vient de l’idéologie en vigueur depuis 30 ans et qui consiste à libéraliser tous les échanges, de biens et services, mais aussi à réduire au maximum les contraintes qui pèsent sur la circulation des flux de capitaux. Résultat des courses : un nivellement par le bas des conditions salariales partout sur la planète et une fragilisation d’un grand nombre de pays à l’avantage d’un ou 2 autres (essentiellement la Chine et l’Allemagne).

Or, aujourd’hui, des voix s’élèvent. Celle de C. Lagarde comme nous venons de le voir mais aussi celles de sénateurs américains qui viennent de déposer un projet de loi visant à pénaliser l’excessive compétitivité des pays ne laissant pas leur monnaie s’apprécier et qui tirent donc profit de la faiblesse des coûts salariaux. La Chine est bien sûr visée par ce projet de loi, que T. Geithner a immédiatement critiqué. Paul Krugman va même jusqu’à réclamer une taxation de 25% sur tous les produits chinois importés. C’est la seule solution dit-il car la Chine refuse toujours de réévaluer le yuan.

Si demain, de telles mesures voient le jour (il ne faut cependant pas trop y compter), il ne fera pas bon être Allemand ou Chinois. La faiblesse de leur marché intérieur sera un frein à l’absorption des produits qui ne seront plus exportés, sans compter le fort risque de déflation avec les capacités inutilisées qui ne manqueraient pas d’apparaître dans l’industrie. Contrairement aux idées reçues, la Chine ne fera pas le poids face à Washington. L’empire du milieu brandit régulièrement la menace d’une vente des tombereaux d’obligations américaines qu’il détient, ce qui provoquerait une hausse des taux aux Etats-Unis, mais aussi et surtout une réévaluation violente du yuan et de lourdes pertes sur les investissements libellés en dollars que possèdent les Chinois. Or, si les exportations chinoises plongent alors même que de nombreuses entreprises sont déjà en perte actuellement en Chine malgré les subventions étatiques, le perdant ne sera pas celui qu’on croit.

Cette constatation que les pays exportateurs sont plus faibles qu’on ne veut bien l’admettre a fait dire à Moody’s, mardi 16 mars, que l’économie française était plus solide que celle de l’Allemagne.

Résumons la situation : des pays à consommation élevée comme les USA et la France critiquent ouvertement la politique exportatrice des pays à demande intérieure faible que sont la Chine et l’Allemagne. En toile de fond, le débat porte donc sur la pertinence des politiques de libre-échange implémentées ces dernières décennies.

Conséquence logiques : les pays « victimes » de ces politiques vont réfléchir à la mise en place de taxes, puisque la compétitivité ne peut être redressée via la baisse des taux de change (zone euro oblige et entêtement chinois). Le mot protectionnisme sera sur toutes les lèvres et on criera au scandale. Jusqu’à ce qu’on se rende compte qu’un contrôle des flux de capitaux et la mise en place de certaines barrières à l’importation ont des vertus, notamment celles de rééquilibrer les balances commerciales et au final de réduire les inégalités. Le gros inconvénient, c’est que les pays émergents devront changer de modèle et risquent une transition bien difficile.

Il faut noter que, dans une note publiée en février, le FMI a, pour la première fois depuis plus de 20 ans, admis que le contrôle des flux de capitaux n’a pas que des désavantages et permettrait d’éviter que les pays émergents ne coulent si demain les pays à consommation intérieure élevée se décident à changer les règles du jeu. La crise asiatique de 1997 est là pour nous le rappeler, les capitaux injectés en Asie avant cet épisode douloureux ont été rapatriés très rapidement, plongeant ces nations dans le désarroi.

N’a-t-on donc rien appris de la crise ? Aucune réforme sérieuse n’est passée (l’Europe vient d’abdiquer sur la question de la réforme du cadre réglementaire des hedge funds, pour faire plaisir à Londres et il y a fort à parier que les discussions en cours sur le contrôle des CDS souverains ne tournent court). Rien n’est fait pour réduire les inégalités (les Grecs vont payer un lourd tribut au plan d’austérité imposé par l’Europe) et les mêmes recettes sont appliquées comme avant.

Des solutions existent pourtant. En France, il suffirait de supprimer toutes les niches fiscales, ainsi que le bouclier fiscal et introduire de nouveau une taxation croissante pour les plus hauts revenus (qui ont des excédents qui peuvent dormir des décennies). Et en second lieu, il conviendrait de partager de façon plus équitable la valeur ajoutée. Les profits sont trop élevés comparés aux salaires. Ces mesures ne sont même pas discutées. La remise en question du fonctionnement de nos économies mondialisées est l’occasion d’en parler de nouveau. Ce qui nécessite un retour du courage politique.

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