Crise économique : les PME sont encore dedans

Par Julien VANDERFEER

Près de deux entreprises sur trois ressentent une baisse de leur chiffre d’affaires en mars 2010. Parallèlement, 68 % d’entre elles déclarent avoir au moins un besoin de financement. C’est ce qu’indique le cinquième baromètre KPMG/CGPME.

La crise économique est derrière nous ? Pas pour les PME, en tout cas. De fait, 62 % des PME françaises ressentent une baisse de leur chiffre d’affaires en mars 2010, soit 4 points de plus qu’en janvier. C’est ce qu’il ressort de la cinquième édition du baromètre KPMG/CGPME* réalisé par l’Ifop et publié mardi 13 avril.

Des difficultés qui se reflètent au niveau du moral des dirigeants. Ils sont 80 % à se déclarer inquiets pour l’économie française, contre 72 % trois mois plus tôt. À titre de comparaison, en février 2009, en pleine crise économique, ils étaient 87 % à se dire pessimiste. 

Les besoins de financement explosent
Dans ce contexte, 68 % (+8 points) des PME déclarent avoir au moins un besoin de financement. C’est le niveau le plus haut depuis la création du baromètre il y a un an. « Les besoins liés à des financements de trésorerie et d’exploitation ont particulièrement augmenté et concernent désormais 40 % des PME (contre 32 % il y a trois mois) », indique l’Ifop.

Parallèlement, 44% des dirigeants avouent se retreindre dans leurs investissements et leurs demandes auprès des banques. Cette autocensure est plus fortement ressentie dans les entreprises de 20 à 49 salariés (51%). 

Les banques de plus en plus exigeantes sur l’accès au crédit…
Plus des trois-quarts des PME déclarent être confrontées à au moins une mesure de durcissement d’accès au crédit de la part de leur banque. Un niveau stable depuis six mois, mais en hausse de 17 points en un an.

Ainsi, une PME sur deux doit présenter des cofinancements ou des cautions ; 46 % (+ 4 points) des entreprises obtiennent des crédits à des taux ou des frais élevés, ou pour des montants plus faibles que souhaités ; 42 % (+ 4 points) doivent fournir des garanties supplémentaires. Enfin, les délais d’acceptation tendent à s’allonger pour 33 % des PME (contre 30 % en janvier). 

…ce qui impacte leurs relations avec les PME
Conséquence de ce durcissement ? Les dirigeants sont de moins en moins satisfaits de leur relation avec leur banque (-5 points depuis janvier 2010). 85 % des chefs d’entreprise se déclarent toutefois encore satisfaits.

Logiquement, les PME sont désormais 59 % à envisager d’examiner les conditions des banques concurrentes (contre 49 % il y a un an). 58 % souhaitent demander plus d’informations à leur banque et près de la moitié (48 %, -2 points) pourraient réexaminer leurs placements, trésorerie ou lignes de crédit.

Enfin, plus d’un dirigeant sur deux (51 %, +2 points) se dit prêt à recourir au médiateur du crédit ou à un tiers de confiance en cas de litige ou de problème de financement.

 

* Pour la cinquième édition de ce baromètre, l’Ifop a interrogé en mars 2010, à la demande de KPMG et de la CGPME, plus de 400 dirigeants d’entreprises françaises de 10 à 500 salariés sur leur financement et leur accès au crédit.

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RSE : les entreprises gagnent à s’engager dans le social

Par Céline Tridon

Au-delà des intérêts économiques, les entreprises prennent désormais conscience de leur fonction sociale. Elles sont de plus en plus nombreuses à s’engager en faveur de la RSE : neuf entreprises sur dix exactement, selon le baromètre de la fondation Face.

De plus en plus d’entreprises jouent la carte de la RSE. La responsabilité sociale de l’entreprise, c’est l’occasion pour toute entreprise, petite ou grande, de s’engager en recherchant une performance non seulement financière, mais aussi sociale et environnementale. La fondation Face, qui promeut l’inclusion sociale et l’égalité des chances, a publié son premier baromètre*, le 13 avril 2010, pour mesurer l’engagement social et sociétal des entreprises. Le résultat est sans équivoque: 90 % des sondés affirment que leur entreprise a pris conscience des enjeux de la RSE. Les entreprises sont convaincues du bien-fondé de leur démarche, pour laquelle elles s’estiment « volontaires ».
La crise n’a en effet pas freiné les bonnes volontés: 7 entreprises sur 10 assurent n’avoir rien changé à leur engagement (11% d’entre elles l’ayant même renforcé ou accéléré). La principale limite de l’engagement des dirigeants? Le manque de temps.
Mais une fois lancée, la pratique sociale apparaît, de l’avis général, comme un bon vecteur de performance. Les interrogés s’accordent aussi à dire qu’elle valorise l’image externe de l’entreprise et l’intégration dans l’environnement local, et favorise un bon climat interne et une cohésion sociale. Le champ d’action principal? L’insertion par l’emploi. Pour 84% des entreprises, l’égalité professionnelle homme/femme demeure la préoccupation principale, à égalité avec l’emploi des seniors. La RSE redynamise même l’image de l’entreprise en interne, puisque la quasi-totalité des salariés interrogés se déclarent fiers de travailler dans une entreprise qui lutte contre les discriminations.

 

* Enquête réalisée du 15 février au 12 mars 2010, auprès de 540 entreprises françaises

La solidarité internationale, dernier rempart à la contagion ?

Par Vincent Paes

« Nous sommes là pour aider les Grecs. Si on ne les aide pas, ils vont être dans une situation insoutenable. Je ne dis pas que si on les aide, ce sera facile. Ce sera difficile. Il faut que les Grecs aient présent à l’esprit que le redressement de leurs comptes publics, après plusieurs années de dérapages inconsidérés, va être pénible et difficile. Mais il n’y a pas d’autre solution pour en sortir. Croire qu’il suffit de congédier le médecin, lorsqu’il prescrit des remèdes désagréables, pour ne plus être malade, serait une illusion totale.

J’ajoute que les ressources prêtées proviennent des contributions des autres pays. Si nous prêtons à la Grèce, il y aura ainsi une contribution de très nombreux pays, y compris de pays assez pauvres. La solidarité internationale repose sur l’idée que chacun des membres de la « coopérative » fait les efforts nécessaires, à la demande des autres. Dans les pays où l’opinion publique est plus consciente de cela, les programmes du FMI (Fonds monétaire international) se déroulent bien, et ils sont plus efficaces » a déclaré Dominique Strauss Kahn, le président du FMI lors d’un entretien accordé à La Tribune.

Après les banques, les Etats

Alors que la situation sociale et politique se durcit en Grèce, les marchés financiers craignent que la crise de la dette se propage aux autres pays du PIIGS (Portugal, Irlande, Italie, Portugal et Espagne). Première victime, le Portugal, sa note à long terme a été abaissée de deux crans, de A + à A -.

Une décision qui devrait ajouter à la pression que subit le pays sur le marché de la dette. Jusqu’alors jugés intouchables, les États commencent à trembler. Après les banques, c’est à leur tour de craindre un effet domino. Malgré ses tentatives, le FMI semble impuissant à régler le problème sans le soutien de l’Europe et de l’Allemagne. Comme pour les banques, la solution est de renflouer le système. Mais qui pourra le faire ? C’était les États qui avaient soutenu les banques. C’est peut être au tour des banques de jouer les héros. Un juste retour des choses et une manière de redorer leur blason. On peut toujours rêver.

Crise économique : Il n’y a pas qu’en Grèce que ça grince

Depuis huit semaines, la crise de l’Etat grec domine la discussion publique avec l’ar­rière-pensée que celle-ci risque d’entraîner une crise de l’euro.

Les deux sont exagérés. Le produit social brut de la Grèce n’est pas plus élevé que celui du Land de Basse-Saxe, elle est donc marginale pour l’espace euro. Et la Grèce ne mettra en danger l’euro que si les eurocrates ne laissent pas la Grèce s’assainir elle-même et se précipitent au secours de la Grèce en toute hâte et avec trop de zèle. Dans ce cas la Grèce deviendrait un modèle pour d’autres pays faibles, tels l’Espagne, le Portugal, la Lettonie, l’Italie et la France et constituerait en fait un danger substantiel pour l’euro.

Ce n’est pas par un hasard que les USA crient que la Grèce représente une menace pour l’euro. Cela pourrait être une manœuvre de diversion pour que les investisseurs de fonds du monde entier cessent de fuir le dollar, qui est en déclin, pour aller vers l’euro parce que celui-ci leur semble plus stable.

Le cas de la Grèce représente quand même un tournant pour l’Europe: l’excès d’argent qui est parti des Etats-Unis par le raz-de-marée financier de la FED et l’augmentation de placements toxiques, auraient dû entraîner l’effondrement des banques fautives, mais l’agent principal Paulsson, ancien directeur de banque et ministre des finances américain, a provoqué la crise des fi­nances d’Etat en injectant aux banques la plus grande somme de tous les temps. Tout ceci est dissimulé et caché actuellement, rien que parce que la FED submerge le marché d’argent bon marché à 1% et maintient ainsi la liquidité des banques et des Etats risquant la faillite.

La soi-disant solution de la crise des fi­nances privées ressemble à la tentative de guérir un toxicomane en lui fournissant sans limite de la drogue.

Et malheureusement, en cédant à la pression américaine, les pays européens ont commis la même faute. En reprenant à leur compte la crise des banques jouant à la roulette, ils ont entraîné l’endettement et la crise financière de l’Etat.

Actuellement on devrait évidemment réduire l’envahissement financier des marchés des capitaux par une hausse des taux d’intérêt. Mais cette augmentation des taux d’intérêt ruinerait les Etats qui se trouvent déjà au bord de la faillite et aggraverait encore la crise conjoncturelle par des difficultés de paiement de l’économie privée. Actuellement aucune banque centrale n’ose récupérer l’argent prêté à la légère.

Comme une vraie correction n’est en­core ni arrivée ni n’est voulue, la crise per­siste et se propage comme une métastase vers d’autres secteurs. De la crise financière privée vers la crise des finances de l’Etat, vers la crise réelle de notre économie, vers la crise de nos systèmes sociaux jusqu’à l’appauvrissement et aux troubles sociaux.

La Grèce n’avance en tête dans cette situation de crise que parce qu’elle est contrainte de faire des économies. Mais faire des économies fera grimper plus sûrement la spirale de la crise. Tous les autres pays qui voudraient faire des économies et qui doivent faire des économies, devront suivre l’exemple de la Grèce; même les USA en tant que pays le plus endetté au monde.

Il n’y a qu’une seule issue: des mesures d’éco­nomies drastiques pour empêcher la crise économique et sociale, c’est-à-dire l’inflation.

En pratique, les banques centrales ont déjà jeté les fondements de l’inflation par la submersion de l’argent. Réduire la masse d’argent, c’est comme un sevrage. Celui qui ne peut pas supporter les conséquences d’une désintoxication doit réduire lentement sa consommation, mais cela veut dire qu’il accepte encore plus longtemps sa toxicomanie.

Pour le dire encore une fois: La crise du dollar et de l’euro a déjà commencé, il y a plusieurs années, par une hausse effrénée de la masse monétaire. Depuis plusieurs années, la FED n’a même plus avoué à quel point elle avait augmenté la masse monétaire chaque année, c’était en tout cas plus de 20%, dernièrement plus de 100%. L’inflation est donc voulue et au fond inévitable.

Le problème des monnaies soumises à l’inflation, c’est juste de savoir quelle monnaie perdra plus vite sa valeur. Il y a une course internationale à la dévaluation. Dans ce processus, l’euro pourrait en tout cas rester plus stable que le dollar.

L’inflation résout bien des problèmes:

•    Le gagnant de toute inflation, c’est le débiteur. Tous les Etats sont surendettés, donc ils sont les gagnants.

•    L’inflation peut aussi corriger les dettes bancaires et les investissements toxiques, elle est donc également utile pour le système financier qui joue avec l’argent.

•    L’inflation stimule l’économie parce qu’il y aura de faux profits et une fuite vers les biens réels et les investissements.

•    Mais l’inflation sert avant tout les politiciens sociaux. Les prestations sociales sont dévaluées, et il n’y a pas besoin de les réduire formellement. Cela a déjà été prévu par le Bundestag allemand, qui a décidé une garantie du montant de la retraite, sachant que les retraites pourront de moins en moins être payées. Il s’est décidé pour la dévaluation au lieu de la réduction.

On continuera à nous raconter le conte de fées des économies publiques, mais nous vivrons en réalité l’inflation à des taux à deux chiffres. Les perdants sont ceux qui possèdent des valeurs monétaires, comme les actions, les titres de rente, les droits d’assurances, les fonds etc. Mais ceux qui ont un revenu stable ou qui reçoivent des allocations sociales, vont aussi y perdre à cause de la dévaluation. Les propriétaires de biens réels par contre seront gagnants, à moins qu’on ne leur présente la facture par des impôts qui augmentent.

Une chose est sûre: Nous avons joui d’une fausse prospérité durant les décennies passées. Celle-ci se réduira forcément et laissera des perdants sur le carreau. Les secteurs de la crise les plus touchés seront les systèmes sociaux avec ses allocations et avec ce que l’Etat pourra encore distribuer. La lutte entre les fournisseurs pour leurs prestations et les bénéficiaires pour ce qu’ils reçoivent s’aggravera. Westerwelle a été le premier qui a osé aborder ces problèmes du futur. Dans les années à venir, cela deviendra le principal sujet de la politique.

 

FMI :Trois petites taxes et puis s’en va…

Par Vincent Paes

 

Alors que Goldman Sachs est en plein combat judiciaire, le secteur financier s’enfonce un peu plus dans une crise existentielle. Une remise en cause du système devient de plus en plus nécessaire. Malheureusement, pour le moment, les gouvernements et les institutions ne semblent connaître que le mot « taxe » alors qu’une meilleure régulation serait tout aussi efficace.

Le coût des aides bancaires s’élève à 3 % du PIB

Après la France, l’Angleterre et les Etats-Unis, c’est au tour du Fonds monétaire international (FMI) de mettre la pression sur le secteur banquier. Dans un rapport remis aux ministres des Finances du G20, l’institution internationale propose l’instauration de deux taxes afin de renforcer la stabilité du système financier et de soutenir le remboursement des aides accordées aux banques par les gouvernements durant la crise.

Aujourd’hui, l’heure est aux comptes. A l’heure où tout le monde se demande qui devra payer l’addition, le FMI souhaite que les banques contribuent à l’effort collectif. Un effort pas si collectif que ça, puisque, selon le FMI, le coût budgétaire du soutien apporté au système financier s’est élevé, en moyenne, à 3 % du Produit Intérieur Brut (PIB) des pays du G20. Ce montant est même monté jusqu’à 5 % pour les pays les plus touchés.

Les taxes proposées par le FMI ne résolvent rien

La première taxe, appelée « contribution de stabilité financière », aurait pour objectif de couvrir le coût d’un nouveau sauvetage en cas d’une nouvelle crise. Le taux n’a pas été encore déterminé. Le FMI estime que cette taxe devrait être calculée sur le bilan des institutions. Les sommes seraient versées dans un fonds spécifique créé à cet effet ou directement au budget de l’Etat. Autrement dit, cette taxe n’est rien d’autre qu’une assurance. Mettez de l’argent de côté ; en cas de coup dur, on vous le donnera. En d’autres termes, cela incitera les banques à prendre des risques puisqu’elles se savent couvertes.

Par la suite, l’institution multilatérale veut mettre en place une seconde taxe sur les activités financières. Cette dernière serait basée sur le montant des profits et des revenus des institutions financières. Selon le rapport, une taxe de 2 % pourrait rapporter, au Royaume-Uni, 0,2 % de PIB.

Paroles, paroles, encore et toujours des paroles

Malheureusement, le FMI a indiqué qu’il était contre la taxe Tobin. Il estime que « ce n’est pas le meilleur instrument pour financer un mécanisme de résolution des crises bancaires. Cette taxe n’affecte pas la source principale de l’instabilité financière ». Pourtant, les chiffres qu’il avance sont plutôt persuasifs. Ainsi, un simple point de base sur les transactions d’actions, d’obligations et de produits dérivés rapporterait 200 milliards de dollars par an. Une taxe de 0,5 point de base sur les transactions au comptant et à terme sur les quatre devises principales permettrait de lever entre 20 et 40 milliards de dollars par an.

Mais que les financiers se rassurent, ces taxes sont encore loin de voir le jour. En effet, pour qu’elles soient mises en place, il faudra d’abord arriver à un consensus entre les différents pays. Encore une fois, ce ne sont rien que des mots.

 

Cellule solaire : du carbone à la place du silicium !

Par Enerzine

Des chercheurs de l’Université de l’Indiana dirigés par le chimiste Liangshi Li, ont trouvé un moyen d’incorporer des feuilles de carbone dans les modules solaires, un procédé efficace pour fabriquer des panneaux solaires à bas coûts et également non toxiques.

Le carbone est en effet une matière abondante et bon marché, qui sous la forme de graphène serait en mesure d’absorber une large gamme de fréquences de lumière. En gros, le graphène est matérialisé par une simple feuille de carbone, d’un atome d’épaisseur. Sachez qu’un empilement de graphène constitue en réalité, le graphite, une matière bien connue des sportifs.

La taille de la feuille de graphène aurait son importance dans la constitution du panneau solaire. Cette dernière doit être assez grande pour pouvoir recueillir des photons, sans pour autant l’être en excès. En effet, l’utilisation de trop grandes feuilles de graphène fait qu’elles deviennent collantes et se soudent entre elles, bloquant au passage le flux d’électricité.

Pour résoudre ce problème, M. Li et ses collègues ont enfermé les atomes de la couche de graphène dans une cage hexagonale constituée de carbone et d’hydrogène, empêchant du coup les feuilles de se toucher.

Pour tester l’efficacité de leurs panneaux solaires à base de graphène, l’équipe de recherche a utilisé du dioxyde de titane, une substance où les électrons peuvent circuler et donc être transférés. Les résultats ont montré que les feuilles absorbent une quantité importante de lumière dans le visible jusqu’à proche de l’infrarouge, soit de 200 à 900 nanomètres, avec une absorption maximale à hauteur des 591 nanomètres.

Maintenant que les scientifiques ont réussi à collecter de l’énergie au moyen de panneaux solaires à base de carbone, ils vont tenter de reconstituer des feuilles de graphène dont les extrémités seront pourvues de dioxyde de titane. Cette combinaison qui améliorera l’efficacité des cellules solaires permettra par la suite de convertir l’énergie récoltée en électricité.

Cependant, cette deuxième étape n’a pas encore été validée et reste soumise à de nombreuses interrogations. « L’absorption de l’énergie du soleil est une étape préalable obligatoire« , a déclaré M. Li. « La phase de conversion de l’énergie en électricité en est une autre. Nous pensons avoir un bon départ. » a t’il ajouté.

L’entreprise et les chiffres : les vagabondages de Pythagore

Par Hubert Landier

Les entreprises sont de plus en plus nombreuses à être dirigées sur la base plus ou moins exclusive de chiffres comptables.

L’exigence de résultats chiffrés conduit à la définition d’objectifs chiffrés, qui se déclinent par activité, par « business unit », par équipe et jusqu’à chacun des salariés. Il en résulte alors un reporting serré, chacun des responsables, à chaque niveau, étant tenu de faire état de statistiques précises sur l’évolution de son activité.

Il ne s’agira pas ici de nier la nécessité d’outils de gestion. La question qui se pose est en fait la suivante : existe-t-il une réalité en dehors des chiffres ? Autrement dit, le modèle sur lequel ils se fondent rend-il compte fidèlement des différents aspects de la vie de l’entreprise, qui ne sont pas seulement financiers et économiques, mais également sociaux et techniques ? Et n’y a-t-il pas un danger à ne considérer que les seuls indicateurs chiffrés au point de vouloir ignorer tout le reste ? Les chiffres eux-mêmes sont-ils fidèles à ce qu’ils prétendent mesurer ?

Une réponse sérieuse à ces différentes questions nécessite un détour en termes d’épistémologie scientifique. Les chiffres, l’arithmétique, les mathématiques ont acquis dans nos sociétés un statut privilégié. Il en résulte en termes de management, comme l’affirmait Peter Drucker, que « ce qui n’est pas chiffrable n’existe pas ». Autrement dit, ce qui ne correspond pas aux normes comptables admises par la communauté financière serait dénué d’intérêt. Affirmation audacieuse et lourde de conséquences.

Le modèle et le réel : l’erreur de Galilée

Les sciences contemporaines se sont développées telles que nous les connaissons au XVIIe siècle sur la base des travaux, notamment, de Galilée, de Kepler et de Newton. L’un des problèmes qui les préoccupait alors était celui de l’orbe des astres. Il était entendu depuis Ptolémée que le soleil tourne autour de la terre. Cela allait de soi considérant par ailleurs que Dieu avait placé l’homme au centre de la Création.

Voici pourtant que les perfectionnements de la lunette astronomique conduisirent à des mesures d’une plus grande précision que celles dont on disposait jusqu’alors. Le résultat en fut que le modèle géocentrique cessait de rendre compte correctement des observations que l’on pouvait désormais faire et des mesures que l’on pouvait en tirer. Le premier réflexe fut de perfectionner le modèle géocentrique par le jeu de complexes « parallaxes ». Cela revenait à le perfectionner dans l’intention d’en préserver coûte que coûte la pertinence par rapport à la réalité sensible telle qu’elle pouvait désormais être observée.

Moyennant quoi, Copernic, sans prétendre vouloir remettre en quoi que ce soit en cause le modèle ptoléméen, se livra à une sorte de jeu de l’esprit : que se passerait-il mathématiquement si on admettait (pure fantaisie !) que c’est la terre qui tourne autour du soleil et non l’inverse ? Le résultat de cette spéculation était mathématiquement élégant.

Moyennant quoi Galilée se permit d’aller un peu plus loin en affirmant, lui, que c’est effectivement, dans la réalité, la terre qui tourne autour du soleil et non pas l’inverse. Ceci nous semble aujourd’hui aller de soi, mais lui valut à l’époque quelques difficultés avec les autorités religieuses.

Il est de bon ton de tourner aujourd’hui celles-ci en ridicule, et pourtant, la question vaut qu’on s’y attarde dans la mesure où elle a une relation directe avec le management des entreprises contemporaines. Ce que la Sainte Inquisition reprochait à Galilée, ce n’étaient pas ses calculs, c’était d’affirmer que la réalité était telle que le prétendaient ceux-ci et non telle qu’elle apparaissait en tant que réalité sensible. La réalité mathématique, autrement dit, serait plus réelle que la réalité sensible. Celle-ci pourrait se révéler être une illusion par rapport à la réalité mathématique.

Ici, il convient d’observer que c’est toute la logique, d’Aristote à la scolastique médiévale, qui se trouvait écartée ; il ne faut pas confondre, affirmait par exemple St Thomas d’Aquin, les distinctions qui tiennent à la nature des choses à celles qui tiennent à notre manière de les comprendre.

Pour Galilée, c’est notre manière de comprendre les choses (le modèle) qui préjuge de la nature du réel. Autrement dit, nous « savons » que la terre tourne autour du soleil parce que les calculs effectués sur cette base confirment le modèle héliocentrique. Popper ajoutera par la suite : ce modèle, pourtant, ne vaut que pour autant que des calculs plus fins n’aboutissent pas à la présentation d’un modèle plus pertinent.

Les scientifiques contemporains n’étant pas nécessairement philosophes (non plus que les comptables de Wall Street), les mathématiques, depuis lors, en ont pris à leur aise. Nombre d’objets dont l’existence est considérée par les physiciens comme « allant de soi » n’ont d’autre réalité que mathématique. Le « big bang », par exemple, est tenu pour une réalité historique pour autant qu’il confirme le modèle qui postule son existence. La réalité de la réalité serait donc mathématique, tout le reste étant suspect de n’être qu’illusion liée à l’imperfection de nos sens.

Pour l’instant, on retiendra donc que le modèle chiffré préjuge de la réalité qu’il décrit. Sa valeur descriptive est supérieure à celle que suggèrent nos sens. Tout ce qui n’est pas chiffré ou chiffrable est donc nul et non avenu. Ce qu’il faut souligner ici, c’est qu’il s’agit là d’un fait culturel, exprimé dans nos langues occidentales, résultant de la capacité de celles-ci à exprimer des syllogismes, puis à exprimer ceux-ci en langage mathématique. La science, vont jusqu’à exprimer certains auteurs, serait le mythe dominant de notre culture. Autrement dit, la réalité scientifique aurait pris la place de Dieu (Galilée y étant pour quelque chose). Mais venons-en à l’entreprise.

De Galilée au reporting comptable : le réel ne se limite pas au modèle

La gestion de l’entreprise se trouve étroitement subordonnée à des normes comptables. Les normes comptables ont été élaborées par des financiers, en fonction des considérations qui importent à leurs yeux. Les financiers sont souvent des ingénieurs aux yeux desquels la réalité doit être réduite en chiffres, les chiffres étant considérés ensuite comme une image fidèle de la réalité, au même titre que les ombres s’affichant sur la caverne de Platon. Il en résulte, dans la salle des marchés, l’existence d’une sorte de réalité virtuelle de l’entreprise.

Cette réalité virtuelle a pour effet de considérer qu’est nul et non avenu tout ce qui ne s’intègre pas dans le modèle mathématique sur lequel elle se fonde. Le trader est un pythagoricien aux yeux duquel la réalité se limite aux colonnes de chiffres qui s’affichent sur son écran, tout le reste n’étant qu’illusoire ou anecdotique – en tout cas sans intérêt.

On en sait trop les conséquences. Exigence de résultats chiffrés, cascades d’objectifs, exigences de reporting, et ainsi de suite. Ce mode de « gouvernance » a pour conséquence que tout ce qui ne rentre pas dans le cadre des tableaux Excel de reporting est sans importance car n’ayant pas d’existence aux yeux de leurs destinataires finaux, prisonniers qu’ils sont non pas tant de leur « recherche effrénée du profit » que du paradigme scientifique sur lequel ils se fondent tel qu’il leur a été enseigné depuis leur première table d’addition (une carotte plus un navet égale deux).

Si ces considérations sont justes, elles sont très graves de conséquences. Celles-ci vont beaucoup plus loin que les considérations habituelles sur le caractère malfaisant des financiers. Ce qui est en cause, ce sont les fondements épistémologiques de ce que nous croyons savoir, de l’entreprise comme du réel en général.

Nous nous plaisons à imaginer que celui-ci peut, pour l’essentiel, s’exprimer en chiffres. Mais il s’agit là d’une vision réductionniste susceptible de nous conduire à négliger certains de ses aspects qui peuvent ne pas être moins importants.

Quand le scientifique use d’un modèle mathématique, il doit s’assurer que celui-ci rend compte correctement de la réalité. Pour reprendre le principe de falsifiabilité tel que défini par Popper, il ne doit le considérer pour « vrai » que pour autant que des faits nouveaux ne viennent pas le contredire.

Le modèle de l’héliocentrisme n’a, à ce jour, été mis en défaut par aucun fait nouveau ; il s’agit d’un modèle que l’on peut considérer comme tout à fait « robuste » et il est probable, sinon certain, qu’il ne sera pas remis en cause de sitôt. Mais il en est d’autres qui sont plus ou moins rapidement abandonnés parce qu’ils ne résistent pas bien longtemps à la présentation de faits nouveaux. Le scientifique, autrement dit, ne doit pas oublier que la réalité n’est pas réductible au modèle par lequel, à un moment donné, il cherche à la comprendre.

S’agissant du modèle quantitatif par lequel les financiers se représentent l’entreprise, il est permis de se poser la même question. Ce modèle est-il robuste en tant que moyen d’interprétation de la réalité ? Or, il est à craindre que cette invitation à l’interrogation et à l’autocritique ne soit pas à l’ordre du jour. C’est que la représentation chiffrée de l’entreprise répond, en fait, à un certain système de valeurs. Elle postule implicitement que la réalité concrète de l’entreprise peut être décrite, au moins pour l’essentiel, c’est-à-dire pour ce qui importe, par un modèle chiffré, et que rien d’extérieur à celui-ci ne mérite d’être retenu. Or, il s’agit là d’un point de vue qui, pour être socialement partagé par la communauté financière, n’en est pas moins particulier et pourrait ne pas l’être selon d’autres points de vue.

Pour sortir d’une telle bulle intellectuelle, il conviendrait à l’ingénieur-financier d’accepter le fait qu’il peut y avoir différentes façons d’appréhender le réel.

Les informations chiffrées en sont une ; mais il en est d’autres, qui ont tout autant de valeur descriptive et explicative. Comprendre le réel, ce n’est pas le réduire à un ensemble d’équations ; c’est le suivre sur la durée et accepter l’existence de faits irréductibles, en l’état actuel des mathématiques, à des colonnes de chiffres. C’est accepter que celles-ci ne contiennent pas le monde, mais en constituent une interprétation toujours fragile. C’est accepter de s’interroger en permanence sur la pertinence de notre outillage intellectuel et la réalité que nous cherchons à comprendre. Ce qui conduit toutefois à cette autre question : comprendre, mais dans quel dessein ?

S’agissant de la vision financière de l’entreprise, la réponse est évidente. Il est permis cependant de se demander si celle-ci ne va pas à l’encontre même des intentions de ceux-là qu’elle anime. Il est des choses qui ne s’expriment pas en chiffres et qui peuvent cependant peser sur les choses au point de les détourner de leur cours prévisible. La récente crise financière en fournit l’illustration. Admettre cela, toutefois, revient à douter de la pertinence du modèle, et au-delà du modèle, du mode de pensée dont il est l’expression. La tentation sera, comme les tenants du géocentrisme, de le perfectionner. A moins d’admettre la nécessité de passer à un modèle autre, qui sera plus pertinent dans la lecture qu’il propose de la réalité et de ses exigences.

Telle est probablement la bifurcation, au sens de Prigogine, à laquelle la vision de l’entreprise se trouve aujourd’hui arrivée. C’est peut-être un tel modèle que désignent les expressions « développement durable » ou « entreprise socialement responsable ». Reste à lui donner une consistance au moins équivalente à celui qui nous a récemment montré ses limites.

Hubert Landier est consultant, spécialiste des relations et du climat social dans l’entreprise.www.management-social.com

- Cet article a été publié dans « la lettre d’Hubert Landier », n° 32 du 11 mars 2010.

 

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