Grande distribution et marges : je t’aime moi non plus


Par Vincent Paes

Hier, Nicolas Sarkozy a menacé les grandes surfaces de les taxer si elles ne modèrent pas leurs marges sur les produits agricoles. Mais le problème n’est pas que conjoncturel. Sur le long terme, la tendance est impressionnante.

Selon une étude d’UFC-Que Choisir publiée en janvier 2009, les acteurs de la grande distribution s’en mettent plein les poches. Entre 1990 et 2009, les prix en magasin ont augmenté de 50 % tandis que, sur la même période, le prix de vente versé aux agriculteurs chute de 15 %. Ainsi, sur un rôti vendu 8,5 euros le kilogramme au consommateur, la marge nette du distributeur atteint 2,25 euros.

La baisse des prix affichée dans les hypermarchés se fait aux dépens des fournisseurs

Mais, la grande distribution touche également une marge arrière. Ce concept est encore plus sujet à polémique. Les fournisseurs doivent verser aux distributeurs une prime, le plus souvent de manière annuelle, pour rémunérer la dynamique commerciale que lui apporte le supermarché. Nous sommes, bien sûr, là dans une pratique assimilable à du racket. En effet, aujourd’hui, les grandes surfaces ont atteint une telle taille qu’il est pratiquement impossible pour un fournisseur d’exister sans être diffusé dans une grande surface. Autrement dit, les fournisseurs n’ont pas le choix : s’ils veulent entrer sur ce marché, ils sont obligés de payer.

Pire encore, plus le fournisseur est petit, plus il paiera cher la présence en rayon de ses produits. Plus le fournisseur est une grosse multinationale plus l’ « incontournabilité » de ses produits lui permettra de limiter la marge arrière qu’il donne aux enseignes.

Il est donc difficile d’estimer précisément la marge « réelle » des grands distributeurs. En réalité, la baisse des prix affichée dans les hypermarchés se fait aux dépens des fournisseurs. Le consommateur devient lui-même complice de ce système. En achetant moins cher, il favorise la pression sur les fournisseurs. A chacun de se rappeler qu’avant d’être des consommateurs, ils sont aussi des salariés.

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Une Réponse

  1. Grande distribution Eviter tout schématisme

    Il est clair que le partage des marges entre l’agriculture et la grande distribution est particulièrment inéquitable . toutefois il faut éviter de relayer l’antienne selon lequel le commerce serait « preneur de tout et faiseur de rien »
    De fait les marges correspondent à des fonctions de production, de transformation, de transport et de mise en détail elles sont aussi fonction de rapports de force entre les acteurs des filières
    La grande distribution ( surtout en période de guerre des prix) s’efforce de compenser des marges faibles sur des produits hautement comparables par des marges fortes sur des produits qui le sont moins , en sont victimes les fournisseurs les moins concentrés et les moins organisés
    Il faudrait donc pour être plus convaincant décortiquer ce phénomène et voir son évolution ,de même pour ce qui est des marges arrières , ce qui n’empêche pas de dénoncer des pratiques qui mettent en cause la survie de pans entiers de notre économie.

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