Chine : la ruée vers les terres rares


Par Stéphane Pambrun (Novéthique)

Dysprosium, terbium ou encore neodimyum… Ce sont quelques unes des « terres rares », un groupe de minerais et de métaux que l’on trouve partout, dans les lasers, les téléphones portables, les écrans à cristaux liquides, ou encore les batteries des véhicules électriques. La Chine en produit la quasi-totalité et vient d’annoncer son refus de les exporter. (voir article précédent :http://wp.me/pFwEb-iC)

Les terres rares sont au 21ème siècle ce qu’était le pétrole au 20ème et le charbon au 19ème siècle : le moteur d’une nouvelle révolution industrielle. Problème : la Chine produit 97% de ces terres rares et vient d’annoncer en toute discrétion qu’elle refuserait désormais de les exporter pour se concentrer sur son marché intérieur. La nouvelle est restée discrète dans les médias où l’on ignore presque tout de ces poussières au nom compliqué. Mais du côté des industriels et des hommes politiques, en revanche, c’est un tollé.

Aux Etats-Unis, le Congrès est déjà vent debout et demande la mise en place d’un organisme de contrôle international sur le modèle de l’OPEP pour le pétrole. Le mois dernier, la Chambre a présenté dans l’urgence un texte rappelant le rôle indispensable de ces terres rares pour l’économie américaine. Sur le site Internet du Congrès, on peut ainsi lire que « les terres rares sont indispensables au développement des technologies  produisant des énergies renouvelables. Les moteurs électriques, les ampoules à basse consommation, les panneaux solaires et les turbines éoliennes. Ces technologies permettent aux Etats-Unis de réduire leur dépendance au pétrole et de réduire ses émissions de gaz à effet de serre. La volonté chinoise de limiter ses exportations va poser un problème de compétitivité aux Etats-Unis et nous devons d’une part assurer notre approvisionnement et d’autre part permettre le développement des mines de terres rares sur notre sol. Les Etats-Unis ne peuvent plus dépendre à 100% des importations chinoises ».

Marché noir

Le Congrès tire le signal d’alarme et, du côté des industriels, on prend déjà ses précautions. Toyota a besoin de 10 000 tonnes de terres rares par an pour les batteries de ses modèles hydrides Prius et, selon certaines sources, se fournirait actuellement sur le marché noir pour contourner la décision de Pékin. Mais déjà la production des batteries marque le pas. Du côté de General Motors, la décision de déplacer la direction des opérations internationales de Detroit à Shanghai coïncide avec cette décision chinoise. En fabriquant ses Chevrolet électriques et ses batteries en Chine, le constructeur américain échappe en effet à la nouvelle réglementation chinoise. Dans un mouvement pour récupérer cette boulimie pour ses terres rares, la Chine a en effet autorisé les usines étrangères produisant sur son territoire à se fournir dans ses mines. La décision de fabriquer les Ipods, Iphones et autres Ipads d’Apple en Chine n’y est sans doute pas étrangère. Mais cette politique chinoise n’est pas seulement intéressée : « Je pense que d’ici 2011 ou 2012, la demande intérieure chinoise en terres rares va dépasser la capacité de production. De toute façon cela aurait obligé la Chine à interdire les exportations et les ventes à l’étranger », explique Jack Lifton, un spécialiste de ces questions.

La demande en terres rares devrait croître de 10% cette année et cette nouvelle donne chinoise devrait donner le coup d’envoi d’une réorientation de l’économie et notamment des technologies vertes. Ce n’est sans doute pas un hasard si, depuis cette année, la Chine est devenue le premier fabriquant de panneaux solaires et de turbines éoliennes au monde, deux industries grosses consommatrices de ces éléments. Toutes ces énergies vertes ont besoin en effet d’au moins 17 terres rares pour fonctionner. Leur valeur dépasse les 3 000 millions d’euros aux cours actuels. Un marché considérable dont la Chine entend bien profiter. « Le Moyen-Orient a du pétrole mais la Chine a des terres rares », avait dit de façon prémonitoire Deng Xiaoping il y a 20 ans.

Pas d’exploitation aux Etats-Unis avant 2014

Les pays importeurs fourbissent déjà les armes. Washington prépare une loi pour soutenir l’exploitation des terres rares aux Etats-Unis et plusieurs miniers se préparent à lever des fonds en bourse. Au Canada, on explore le sud du Témiscamingue qui pourrait regorger d’yttrium, de praséodyme et de terbium. Même chose en Australie et au Brésil où des gisements ont été identifiés. Mais aucune nouvelle exploitation ne devrait voir le jour avant 2014. Car le problème est moins la rareté de ses terres que la difficulté de leur extraction. Les coûts des gisements sont parfois rédhibitoires à moins d’accepter de voir s’envoler les prix des technologies vertes…

 Mais la Chine a pour elle l’immensité de son territoire et surtout, les plaines de Mongolie intérieure. Dans ces espaces désertiques du Nord est de la Chine sortent en effet les deux tiers des terres rares utilisées dans le monde. La mine de Bayan Oto notamment a vu sa production tripler en dix ans pour atteindre les 125.000 tonnes cette année. Les paysans locaux se frottent les mains qui ont vendu leurs terres à prix d’or au gouvernement quand ils n’exploitent pas illégalement leur sous-sol. Les deux plus importantes mines du pays, et donc du monde, sont contrôlées par le géant minier Baotou Steel Rare Earth, une société à capitaux publics. Les coûts d’exploitation y sont dérisoires. Les mineurs ne gagnent que 150 euros par mois et se relaient 24 heures sur 24. Les techniques  utilisées aussi sont controversées. Des produits chimiques toxiques servent en effet au raffinage. Une entorse à la protection de l’environnement qui doit permettre à la Chine de s’assurer une bonne longueur d’avance. A Pékin, on ne badine pas avec ce nouvel Eldorado.

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