Le Krach de 2010 : La crise systémique


Par Paul Bara

La crise actuelle n’est pas une crise comme celles que nous avons connues depuis 1945. La croissance au quatrième trimestre 2009, en France et au Etats-Unis, n’est due (en partie) qu’a un facteur technique transitoire, le moindre déstockage des entreprises. Nous ne sommes pas dans un enchaînement cyclique normal.

Par bien des aspects celle- ci est plus grave que la crise de 1929, en ce qu’elle est doublement globale, affectant à la fois la planète entière et la sphère financière dans sa totalité. Le choc initial a été plus fort qu’en 1929.Pendant les neuf premiers mois, la chute de la production industrielle a été aussi violente qu’en 1929; la chute des cours de la bourse deux fois plus rapide, de même que le recul du commerce mondial.

L’éclatement de la bulle immobilière aux Etats-Unis a été amplifié par l’éclatement de la bulle des produits titrisés, ce qui a eu pour conséquence l’éclatement de la bulle de l’endettement des ménages. Des pertes énormes ont rendu le système financier international insolvable, il n’a pu être sauvé que grâce à l’aide des états, qui se sont endettés dans des proportions considérables.   

Un modèle de croissance basé sur l’endettement des ménages afin de stimuler la croissance a atteint ses limites extrêmes. Une répartition très inégale des richesses et des revenus a fait du crédit un substitut à l’augmentation de ces derniers.

La crise actuelle de l’endettement des états (notamment la Grèce) montre que le risque systémique (risque d’écroulement global du système financier) n’est que le symptôme d’une maladie plus grave : la crise systémique.

La crise de la dette publique montre que notre modèle de croissance est inadapté: La raison du plus fort est toujours la meilleure.

 La crise immobilière aux Etats-Unis a donc eu pour conséquence une crise financière et économique mondiale(1) . Afin de juguler la crise financière les états ont mis en œuvre des politiques monétaires très expansionnistes : intérêts à taux zéro, mesures de détentes quantitatives, nouvelles facilités de crédit, émission d’obligations d’état et rachat d’actifs privés non liquides et à risque, auquel s’ajoute la dépense de sommes colossales pour stabiliser le système financier. On a donc transformé les dettes des banques en dette publique (ou du moins une partie). Les états ont donc fait la pari risqué, que sauver les banques, c’était sauver aussi la croissance et les emplois, en s’endettant massivement.

Afin de lutter, en outre, contre la crise économique, ils ont mis en œuvre des politiques budgétaires expansionnistes afin de soutenir la demande globale. Ainsi selon le Fonds monétaire international (FMI), les pays du G20 ont consacré 17,6% de leur PIB au soutien direct du système bancaire et seulement, toujours en moyenne, 0,6% du PIB EN 2008, 1,5% en 2009 et 1% en 2010 en mesures budgétaires discrétionnaires.  Ajoutons à cela, que les pays de la zone Euro ont consacré 1,6% de leur PIB, sur les trois années considérées, alors que les Etats-Unis y ont consacré 5,2% de leur PIB.  On a donc caché le coût historique du sauvetage du système bancaire, qui constitue le plus gigantesque transfert de richesse, de l’histoire économique, du secteur public vers le secteur privé à l’échelle mondiale ainsi que ses conséquences en terme de perte de croissance(2).

Il importe donc de poser le problème de l’endettement public dans ce contexte très particulier. Les agences de notations qui ont fait preuve d’une rare incompétence, avant la crise, en notant AAA (aucun risque de faillite) les produits titrisés, essentiellement parce qu’elles ont été grassement rémunérées par les grandes institutions financières; s’attaquent aux états et leur font injonction de revenir à l’orthodoxie budgétaire.

Bien évidemment la Grèce est un pays en grandes difficultés: sa compétitivité est faible, la corruption fait partie des mœurs politiques. Elle a maquillé ses comptes afin d’intégrer la zone Euro (avec l’aide de Goldmann Sachs et un montage financier complexe qui reposait sur un swap de devises). Mais, après tout, les pays qui ont des problèmes de déficits budgétaires et de dettes publiques sont légion. Alors pourquoi la Grèce?. Essentiellement parce qu’il s’agit d’un petit pays et que les marchés envoient ainsi un message aux états, en leur indiquant qu’ils doivent restructurer leurs dettes sans attendre; alors que celles-ci résultent (comme nous l’avons vu), pour l’essentiel, du soutien direct apporté aux systèmes bancaires.bCela permettra aussi aux grandes institutions financières de dégager de juteux profits grâce aux credit default swap (CDS) qui sont une sorte d’assurance contre le risque de défaut d’Athènes sur sa dette souveraine.

La chose n’a rien de surprenant, dans un remarquable ouvrage (« This time is different : Eight centuries of financial folly ») Kenneth Rogoff explique que le phénomène récurrent, le plus significatif, est qu’une crise bancaire internationale est le plus souvent suivie d’une vague de défauts sur la dette souveraine qui a pour conséquence une restructuration de celle-ci.

En réalité le véritable problème de la crise de la dette publique, c’est le risque de la contagion, alors qu’il n’y pas de problème global de financement de la dette publique dans la zone Euro. A cause des CDS, on peut craindre que la crise ne s’étende en Espagne et au Portugal, puis en Irlande et en Italie, enfin au Royaume-Uni.

L’Europe risque donc une nouvelle récession.

Le problème de la zone Euro est qu’il ne s’agit pas d’une véritable zone monétaire(3). En effet selon le critère de Mundell, une zone monétaire doit non seulement avoir une politique monétaire commune, mais aussi une politique budgétaire et fiscale commune (ou du moins coopérative). C’est précisément ce qui lui manque, comme le montre le cas grec. Selon les traités constitutifs de l’Union Européenne, il n’existe pas de procédure d’aide entre états membres, et la BCE ne peut financer la dette publique d’un état membre. En outre le cas espagnol montre que si l’euro protège, dans un premier temps, l’économie dans le cas d’une grave récession; il empêche celle-ci d’en sortir rapidement.

En Espagne l’augmentation des prix de l’immobilier (la bulle) a entraîné un afflux de capitaux; alors qu’en Europe la balance courante allemande est devenue excédentaire, celle de l’Espagne s’est enfoncée dans un énorme déficit. L’augmentation de la demande de biens et services a eu pour conséquence une augmentation de l’inflation.

Lorsque la bulle a éclaté, l’Espagne a vu sa demande intérieure se réduire considérablement, et la hausse des prix et des coûts du travail, l’a rendue très peu compétitive dans la zone Euro. Si l’Espagne disposait de sa propre monnaie, celle-ci se serait appréciée durant le boom immobilier puis dépréciée à la fin de celui-ci. Comme cela n’a pas été le cas, elle semble condamnée à subir des années de déflation et de chômage massif (au environ de 20%). Le véritable problème, ce n’est pas la Grèce mais l’Espagne qui est la quatrième économie de la zone Euro.

Les grandes banques internationales spéculent donc sur la dette souveraine des états, cela même qui les ont sauvé de la faillite.

La crise de la dette publique montre que notre modèle de croissance est structurellement inadapté. Si on fait l’hypothèse que la répartition inéquitable des richesses et des revenus est la principale cause de la crise actuelle (croissance faible et chômage massif), la crise et les solutions apportées à celle-ci ont augmenté les inégalités, à l’intérieur de chaque état et entre les états (comme le montre la zone Euro), dans des proportions considérables et inconnues pour des sociétés démocratiques(4).

La crise systémique paraît inévitable.

La crise systémique paraît inéluctable : la mortelle randonnée des pays développés.

Les pays développés ne savent plus créer de la croissance que par l’endettement. On a construit des véritables « falaises de crédit », à la base de celles-ci se trouve l’endettement des ménages, le premier étage est constitué par l’endettement des entreprises et le dernier étage par l’endettement public. A peine a-ton consolidé les fondations que le dernier étage menace de s’écrouler.

La période antérieure à la crise a été marquée par l’envolée de l’endettement des ménages et de la dette globale : celle-ci représentait aux Etats-Unis 350% du PIB.

Si on s’intéresse au bilan de la FED, on se rend compte, que ces tendances n’ont pas été remises en cause.

Le total des crédits titrisés  des GSE (Fannie Mae et Freddie Mae) américains étaient de 4000 milliards de dollars en 2008. La Réserve fédérale aurait acheté, en 2009, prés du quart du portefeuille de créances anciennes titrisés. Cela n’a pas de sens! La crise immobilière n’a jamais atteint une telle virulence. On peut donc faire l’hypothèse que la FED rachète une partie des nouveaux  mortgage backed securities (MBS), postérieurs à la crise, émis par les GSE(5).

Il s’agirait par ce biais de stabiliser le marché immobilier et de relancer ainsi la consommation.

Dominique Srauss-Kahn, le directeur général du FMI, prévoyait une reprise au premier semestre 2010, en s’appuyant sur la stabilisation du marché immobilier américain.

Or d’après la note de conjoncture du Figaro du 21 janvier 2010, intitulé :  immobilier situation préoccupante, on serait loin du compte : « En terme de transactions, que ce soit dans le neuf ou l’ancien, les chiffres font état d’une situation préoccupante, avec des chutes en décembre qui n’ont jamais été atteintes depuis que les indices ont été créés ».

En outre, la Société Générale dans une étude intitulée : « Worst case debt scenario : Protecting yourself against economic collapse », fait état d’un risque de crise systémique. Elle part du constat que l’endettement américain est préoccupant à cause de l’écart croissant entre les dépenses et les recettes fiscales, creusant ainsi un déficit de 1600 milliards de dollars depuis 2009.

Dans les prochaines années, on peut faire l’hypothèse réaliste, que les recettes fiscales augmenteront moins vite que ne se creusera le déficit. Les auteurs mettent, en relief, à partir du cas japonais, la corrélation négative qui existe entre la croissance et le niveau de la dette publique. L’augmentation du chômage et le vieillissement de la population devrait accentuer, en Europe et aux Etats-Unis, la tendance à la hausse des dépenses publiques.

Elle fait aussi référence à l’accélération de la tendance au transfert de la richesse des économies développées vers les économies émergentes. Allons plus loin, on peut même supposer que la Chine va porter de moins en moins d’attention au marché américain et se recentrer sur son marché intérieur et sa zone d’influence (comme semble le montrer la récente baisse de ses achats de bons du trésor). Un tel revirement modifierait en profondeur le système économique et financier mondial, et forcerait les Etas-Unis à revoir, dans la douleur, leur problème de dette.

On peut donc dégager un élément clef de la crise systémique à venir :avant la crise, l’endettement des ménages a compensé les revenus que les pays riches ont perdus au fur et à mesure de leur désindustrialisation. Que va-t-il se passer maintenant, que ce mécanisme de compensation ne peut plus jouer ? La seule solution c’est que la dépense publique vienne compenser les pertes de revenus des pays riches qui s’accélèrent.  Un tel transfert de richesse amènera inéluctablement, à terme, au transfert de la recherche et développement et des emplois qualifiés vers les pays émergents.

EADS a signé un contrat avec la Chine afin d’installer une usine qui fabriquera des Airbus, les Chinois ont exigé que celui-ci contienne des clauses de transfert de technologies. Areva a été devancé par un groupe coréen dans l’attribution du marché du nucléaire à Singapour.

Enfin quant on lit le rapport de fin d’année d’IBM, on s’aperçoit que cette société n’a pas connu la crise grâce à la croissance des marchés émergents : IBM France représente 7800 personnes et IBM Inde 40.000 personnes.

On en revient donc au même point : un modèle de croissance inadapté basé sur la prédominance du secteur financier, qui nous oblige à substituer à l’endettement privé, l’endettement public.

La crise systémique pose donc le problème d’un secteur financier à la fois dominant et non viable.

Dominant parce que la crise a amené à la création de banques qui sont trop grosses pour faire faillite, elles bénéficient de ce que l’on appelle l’aléa moral : elles sont certaines en cas de crise grave d’être renflouées par l’état, autrement dit le contribuable.

Non seulement on n’a pas remis en cause le système d’incitations perverses qui a poussé, avant la crise, à des prises de risque démesurées, mais on a institutionnalisé celui-ci.  La crise a, en outre, mis en lumière la relation fonctionnelle qui existe entre les grandes banques américaines et l’élite politique. Difficile d’être élu aux Etat-Unis sans l’appui des grandes sociétés ou des grandes banques.

Les états du G20 ont consacré 17,6% de leur PIB au soutien direct du système bancaire, il y avait donc une contrepartie implicite : les banques devaient soutenir l’activité. Or elles ont détourné les sommes mises à leur disposition vers les marchés financiers afin de doper leurs profits de trading et ont contracté, parallèlement, leur encourts de crédit, de manière à restaurer leur rentabilité.

On touche, ici, à un autre ressort essentiel de la crise systémique : le système bancaire n’alloue pas le capital et les risques de manière efficiente, mais en fonction de ses intérêts propres. Il tend à imposer ses règles même si elles se révèlent destructrices pour le système économique et les nations. Il perd toute utilité sociale. Comme le faisait remarquer, non sans humour, Paul Volker (ancien patron de la fed ) : « La seule innovation financière dont l’utilité sociale est incontestable est le distributeur automatique de billets »(6). 

Il va falloir rajouter un nouveau chapitre à la crise : celui de la crise politique.  La crise politique va hâter le déclenchement de la crise systémique : 49éme parallèle.

Au vu de ce qui précède comment pourrait-on définir le secteur financier américain ? Comme un secteur qui jouit d’une rente de monopole car il est le seul à pouvoir assurer le financement de l’endettement global. La richesse passe par la détention d’actifs, qui sont comme le montre les CDS, la promesse de payer à quelqu’un une somme d’argent en cas de survenance d’un événement. La part de plus en plus importante dans le PIB, de Paris sur les fluctuations des prix (produits dérivés, produits structurés ..etc), tend à évincer les activités socialement utiles au profit d’activités parasitaires qui ne créent aucune valeur. Il s’agit d’un jeu à somme nulle.

Ce prodigieux pouvoir s’appuie à la fois sur une grande influence politique et sur une maîtrise de l’information stratégique grâce aux agences de notation.

Maîtrise de l’information stratégique,  dans le cas des marchés de produits titrisés  qui sont des marchés de gré à gré, où il n’existe pas de chambre de compensation officielle et d’instance de régulation. Il était donc impossible, à un investisseur de pouvoir connaître le risque réel associé à ce type de produit, d’autant plus que les agences de notations leur assuraient qu’il s’agissait de produits sans risque.

Quant à l’influence politique, elle s’appuie avant tout sur un fabuleux effort  de lobbying comme le montre une récente étude (« A Fistfull of dollars : lobbying and financial crisis » par Deniz Igan, Prachi Mishra et Thierry Tressel, Working Paper n° 287, FMI, 2009). Elle infirme l’idée selon laquelle, ce serait le gouvernement américain qui serait à l’origine de la création des subprimes, en obligeant les institutions financières à accorder des crédits aux classes défavorisés ainsi qu’aux minorités ethniques. Elle explique ainsi que : « les principales institutions impliquées dans les excès des « subprimes » sont également celle qui ont le plus dépensé d’argent dans le lobbying des députés américains. Entre 2000 et 2006; les institutions financières américaines ont investi de 60 à 100 millions de dollars pour faire du lobbying. La majeure partie de ces actions étaient ciblées sur les prêts immobiliers et leur titrisation. »

Il n’est pas exagéré d’en déduire que ces institutions ont largement influé sur la qualité des régulations qui ont été mise en oeuvre sur ces marchés. Ajoutons à cela que la finance américaine s’est engagée dans un lobbying forcené afin de limiter la régulation sur les produits dérivés et sur le marché des CDS en particulier afin de protéger leur rente de situation. Leur puissance de feu est énorme puisque leur profit représente 40% des profits de l’ensemble des sociétés américaines (alors qu’il n’avait jamais excédé 16% de 1973 à 1985).

A partir de ce qui précède, on comprend mieux pourquoi les états du G20  ont consacré 17,6 % de leur PIB au soutien de l’activité directe des banques, sans exiger de contreparties explicites.

Les institutions économiques (les règles) et les acteurs de l’économie mondialisée ont réduit les institutions politiques et les institutions sociales, qui ne se conçoivent qu’à une échelle nationale, à des rouages subalternes.

Les grandes institutions financières internationales contrôlent plus le monde politique, que celui-ci ne les contrôle. Dés lors la régulation est un leurre.

Les démocraties occidentales ont perdu ce qui faisait leur force : l’efficience adaptative, qui résultait d’un long processus historique qui a commencé au 10ème siècle. Des institutions économiques, politiques et sociales cohérentes, souples et adaptatives qui permettaient de rechercher des solutions pertinentes, tout en limitant le coût des erreurs(7).

Dans une récente étude réalisée par Globescan dans 22 pays, on apprend que pour la majorité des personnes interrogées, les gouvernements sont considérés comme les principaux responsables de la crise.  Le reproche qui leur est adressé porte-t-il sur le fait qu’ils n’ont pas agi assez tôt ou qu’ils auraient trop aidé les banques. Quoiqu’il en soit, il est certain que les populations considérées porteront au passif de leurs gouvernements les souffrances endurées.

Si on ajoute à cela que la situation grecque est le film en accéléré, de ce qui va se passer dans la plupart des pays : baisse de la dépense publique et augmentation des impôts.

Ce qui aura pour conséquence un démembrement de la protection sociale, un gel des salaires et des retraites; et une évolution similaire à celle du japon dans les années 1990, au mieux, et au pire, à une rechute dans la récession comme dans les années 1937-1938 au Etas-Unis(8). On comprend que la défiance des gouvernés vis à vis des gouvernants ne peut aller qu’en augmentant.

Taine,  « dans les origines de la France contemporaine »(9), expliquait la révolution française par le fait que les privilèges exorbitants de la noblesse et du clergé n’avaient pas de contreparties explicites; alors que ceux-ci comportaient initialement des contreparties : s’occuper de la santé, de l’éducation, des indigents.  Évidemment, nous ne sommes pas à la veille d’une révolution. Mais il faut, toutefois, remarquer que le mécanisme évoqué plus haut peut s’appliquer à la situation actuelle : le système financier jouit de privilèges exorbitants  (l’aléa moral par exemple) qui n’ont pas de contreparties explicites.

Prenons l’exemple de l’aléa moral(10). Il a été étudié par Joseph Stigliz en s’appuyant sur l’exemple du marché de l’assurance santé. Il repose sur l’asymétrie de l’information. En effet un individu peut avoir des conduites à risque à partir du moment où il a souscrit un contrat d’assurance contre ceux-ci, alors que l’assureur n’a aucun moyen d’être informé de celles-ci (conduites à risques).  La solution consiste donc à imposer des pénalités tellement fortes qu’elles compensent la faible probabilité d’être découvert.  Si on applique ce raisonnement au système financier, il aurait fallu mettre en place un système de pénalités qui décourage celui-ci d’avoir recours à l’aléa moral. Or l’état semble se comporter, comme un assureur, qui ne cherche pas à corriger le problème de l’aléa moral.  Au contraire il l’augmente en créant des mastodontes bancaires qui sont « too big to fall ». Autrement dit, on socialise les pertes et on privatise les profits.

L’existence de privilèges qui n’ont pas de contreparties explicites est un mécanisme destructeur pour tout système politique démocratique.  Quand les personnes interrogées (étude de Globalscan) rendent responsables les gouvernement de la crise actuelle, cela veut dire deux choses :

– Ils ne pensent pas que les gouvernements peuvent résoudre la crise et donc les problèmes auxquels ils sont confrontés.

– Il leur reproche surtout leur proximité avec le pouvoir financier, voit leur soumission à ce dernier.

La rupture de la relation mandants (électeurs) mandataires (élus) ne peut que se traduire par une crise politique. La crise a tracé une frontière infranchissable, un 49ème parallèle (d‘après le titre du très beau roman de John Dos Passos), entre les perdants (salariés, retraités, PME et à terme le système politique) et le grand gagnant de la crise : le système financier.

L’Amérique a évité une dépression, et les mesures de soutien adoptées par l’administration Obama y ont contribué, mais les rapporteurs du centre national du marché du travail constatent : « une véritable dépression de l’emploi touche ceux qui se situent en bas de la répartition des revenus( taux de chômage de 30,8%, supérieur de 5 points à celui de la grande dépression) , et une profonde récession prévaut dans les catégories situées au milieu de l’échelle de la répartition des revenus. »

On peut donc penser que la crise politique va faire passer la crise systémique d’un stade latent à un stade aiguë. En premier lieu parce qu’on n’a ébauché aucune solution aux problèmes de fond  : répartition très inégalitaire des richesses et des revenus, déficit structurel des pays riches vis à vis des pays émergents, croissance tirée par l’endettement, système financier dominant et inefficient.

Notre modèle de croissance basé, sur la séquence : crédit – consommation – dette, est obsolète. En second lieu parce que les systèmes politiques et les gouvernements semblent incapables de jeter les bases d’un nouveau modèle de développement.  La crise actuelle a deux phases. La première phase, marqué par l’éclatement de la bulle immobilière, a été amplifiée par l’éclatement de la bulle des produits toxiques, ce qui a entraîné l’éclatement de la bulle de l’endettement des ménages. 

Lors de la seconde phase, il y a un risque d’éclatement de la bulle de l’endettement public à cause de la crise politique qui parait inéluctable, ce qui pourrait entraîner l’éclatement de la bulle de l’endettement global et provoquer ainsi un véritable « tsunami financier ».

Un Krach parait donc inévitable en 2010 puisque comme l’explique Kenneth Rogoff (dans son dernier ouvrage cité plus haut), la défaillance d’un état (ou de plusieurs) paraît inévitable : se posera alors de manière aiguë le problème d’un modèle de croissance totalement inadapté (crise systémique).

La route 66 est la route du rêve américain. Immortalisée par « les raisins de la colère » de Steinbeck, elle traverse les Etats-Unis d’est en ouest, 3940 kilomètres de Chicago à Los Angeles. La misère est de retour : on y retrouve ceux qui s’étaient vu propriétaires d’une maison qui n’arrêtait pas de monter, et qui se retrouvent sans rien, même pas un toit sur la tête. Les victimes de la titrisation du rêve américain.

La route 66 risque d’être une voie sans issue, tant que certains ont des privilèges exorbitants qui n’ont pas de contrepartie explicites. 

 

Notes :

(1) Voir mon article « La crise actuelle est-elle plus grave que celle de 1929 », le blog de la finance et de l’économie.

(2) Jean-Paul Fitoussi : »Aprés la crise, un conte parfaitement immoral », le Monde du 4 janvier 2010.

(3) Il faudrait en réalité parler d’Union économique et monétaire.

(4) Voir mon article : « La cause essentielle de la crise », le blog de la finance et de l’économie. Je reprends l’hypothèse centrale de la Théorie Générale de J-M KEYNES.

(5) Escroquerie à la réserve fédérale : de Bernanke à à Bernankoff ?, par Onubre Einz.

(6) « Le lien ambigu entre la puissance des banques et croissance économique », Hélène Rey, les Echos du 6 janvier 2001.

(7) Le concept d’efficience adaptative a été forgé par le prix nobel d’économie Douglass North. On peut le trouver dans son remarquable dernier ouvrage « Le processus de développement     économique », Editions d’Organisation où il fait appel aux sciences cognitives afin de comprendre et d’analyser l’économie.

(8) John Kenneth Galbraith, « La crise économique de 1929 – Anatomie d’une catastrophe financière ». Petite Biblliothèque Payot.

(9) Hippolyte Taine, « Les Origines de la France Contemporaine », Robert Laffont.

(10) Arnott, R. and J.E Stiglitz, « Equilibrium in Competitive Insurance Markets with Moral Hazard, Priceton University.Discussion Paper 4, 1987.

 

Paul Bara est consultant en économie et finance internationale et il a enseigné à Paris X et à l’ENA.

 

Publicités

Une Réponse

  1. T2E[dNP]-E2S-la tierce économie étrange du non profit-l’économie sociale et solidaire

    le non profit veut dire que le profit ne doit pas etre un fin en soin,ce que le capitalisme est devenu pour l’individu,et ce que le communisme est devenu pour l’état

    nous vivons dans un système de tensions adaptatives,et l’état [intéret général] doit jouer le role de l’arbitre
    critique radicale de la valeur et du travail

    Antiéconomie
    Richesse et Rareté
    ——————————————————————————–
    Mis à Jour le : 30 octobre 2009 22:09
    Richesse et rareté, par Charles M. A. Clark
    30 octobre 2009Qu’est-ce que la richesse ? Celle des nations, étudiée par Adam Smith, ou la possession d’actions et actifs financiers, selon la conception en vigueur aujourd’hui ? Tirant le fil de cette question faussement naïve, l’économiste Charles M. A. Clark, qui se revendique de la tradition chrétienne, montre combien cette réduction, opérée par les néoclassiques, de la notion de richesse à celle d’actif, au détriment de la préoccupation du bien être de l’ensemble de la société, est lourde de conséquences. Dans des sociétés où l’industrie et l’innovation technique ont fait sauter la plupart des verrous qui limitaient la possibilité de produire des biens et des services, la contrainte majeure est désormais celle de la répartition des fruits du progrès humain. Les économies sont passées d’une pénurie structurelle de l’offre à une insuffisance structurelle de la demande, soumise à la nécessité de rémunérer le capital pour pouvoir se réaliser, et déployer ainsi les potentiels de l’esprit et de l’inventivité humaine. Cette problématique, centrale dans la réflexion de Keynes, a été simplifiée à outrance par un keynésianisme dégénéré, que le slogan aujourd’hui vide de sens « les investissements d’aujourd’hui sont les emplois de demain » résume à lui seul. Keynes pensait quant à lui cette question plus largement et voyait dans cette forme de malthusianisme qu’induit l’arbitraire de la rareté du capital – condition sine qua non de son pouvoir et de sa rémunération – une entrave dont il conviendrait de se défaire grâce aux progrès de la science et de la technique permettant d’envisager une transformation de la condition humaine. Hélas, cette leçon pourtant essentielle qui voyait dans la seule accumulation du capital – l’obsession de l’argent – un mal nécessaire des temps archaïques, voué à être dépassé par le progrès et l’instauration de plus hautes valeurs morales, a été oubliée. L’inefficacité intrinsèque d’un mode de production qui a substitué la création de « valeur » pour quelques uns à la recherche du bien être partagé, et qui requiert de recréer sans cesse la rareté au milieu de l’abondance – au prix du gaspillage des ressources – est aujourd’hui impensée. Et loin d’invalider cette thèse de la rareté artificielle, la crise actuelle montre à quel point l’accumulation à tout prix du capital et la maximisation de ses revenus, dissociée et antagoniste de la recherche du bien commun, peut engendrer d’effet pervers et balayer tous les critères moraux. Outre Keynes, Charles Clark s’appuie également sur les travaux de Thorstein Velben et souligne le rôle central des mécanismes mimétiques par lesquels les couches favorisées s’assurent l’adhésion du plus grand nombre en définissant par leurs usages la hiérarchie de ce qui apparaîtra au reste de la société comme valorisant et désirable, se garantissant du même coup la perpétuation d’un modèle de développement inefficace et injuste. Contre Info.
    Par Charles M. A. Clark, juin 2000 – (extrait)
    De Platon jusqu’à Adam Smith, la richesse a principalement été envisagée en tant que prospérité matérielle de la société dans son ensemble. Lorsque Smith parle de « la richesse réelle », il précise rapidement sa définition : « le produit annuel des terres et du travail de la société ». L’un des thèmes centraux de la « Richesse des Nations » est celui du combat contre la conception mercantiliste affirmant que la richesse tient à la possession d’or et d’argent. Selon Smith, les erreurs des mercantilistes provenaient de leur confusion entre les moyens les fins.
    L’objectif immédiat d’un commerçant peut effectivement consister à accumuler de l’or et de l’argent, mais pour la société dans son ensemble ce ne sont simplement que des moyens d’atteindre à ses fins, qui sont la production de biens et de services. Puisque la richesse est le produit annuel des terres et du travail, Smith consacre l’essentiel de ses travaux à examiner comment ce produit annuel peut être augmenté. Les principales méthodes pour ce faire sont l’augmentation des apports de la terre et du travail, en premier lieu grâce à la division du travail (qui conduit aux avancées technologiques).
    Smith est très clair sur le fait que la richesse doit être largement partagée. « Aucune société ne peut être assurée de la prospérité et du bonheur, lorsque la plus grande partie de ses membres sont pauvres et misérables. Ce n’est d’ailleurs que justice que ceux qui nourrissent, habillent et logent le corps social, reçoivent une part du produit de leur propre travail pour être eux-mêmes convenablement nourris, vêtus et logés ». Et « la juste récompense du travail, qui provient de l’augmentation de la richesse, est également la cause de l’augmentation de la population. S’en plaindre reviendrait donc à se lamenter sur les effets et les cause nécessaires à une plus grande prospérité publique ». Smith note également que la juste récompense du travail « augmente l’activité des gens du peuple. Les salaires versés au travail encouragent l’esprit d’entreprendre, qui, comme toute autre qualité humaine, s’améliore en proportion de l’encouragement qu’elle reçoit ».
    La naissance de la conception de la richesse en tant que rareté
    La transition entre la conception de la richesse en tant que bien-être résultant de la production matérielle à celle de la richesse en tant que rareté provient de la théorie économique qui a remplacé la théorie de la valeur « objective » par celle de la valeur « subjective ». Les années 1870 ont vu l’introduction du concept d’utilité marginale de la valeur dans la théorie économique, provoquant ce qui est communément appelé la « révolution marginaliste ». La révolution marginaliste a apporté de nombreux changements dans la théorie économique dont aucun, estime l’auteur de ces lignes, n’a été bénéfique à notre compréhension de l’économie. Les principales évolutions introduites par la révolution marginaliste incluent : la théorie de la valeur des marchandises, et la mesure ultime de la valeur dans l’économie par l’utilité et la rareté, (deux concepts qui avaient été rejetés par Adam Smith et l’école économique classique), la réduction du rôle du contexte historique et social dans notre compréhension de l’activité économique, puis son omission, et l’utilisation de la modélisation mathématique et du formalisme, qui sont devenus le langage usuel du discours économique.
    Le passage de la vision classique de la valeur (provenant de variations du coût de production) à la théorie de l’utilité marginale de la valeur, signifiait entre autres choses la fin programmée des comparaisons interpersonnelles au sein de la théorie économique. Cette position théorique a rejeté l’idée que l’on puisse évaluer le fait qu’une répartition particulière du revenu ou de la richesse était acceptable ou non. Voulant consolider cette position théorique, l’économie néo-classique a développé une démarcation rigide entre ses branches « positives » et « normatives », où seule la branche « positive » jouit d’une réelle légitimité théorique.
    La transition faisant de la « rareté » un concept fondamental dans la théorie économique a profondément modifié l’approche théorique de la richesse. Celle-ci devint alors directement assimilée aux problématiques de la pénurie et de la transférabilité, qualités qui étaient habituellement associées aux actifs financiers.
    « La richesse n’est pas un objectif économique, à moins qu’elle ne soit rare et transférable, et devienne si désirable que l’on puisse sacrifier quelque chose pour l’obtenir. » Walter Bagehot 1888.
    « [Richesses] .. Ces sources du bien-être humain qui sont matérielles, transférables et limitées en quantité. JB Clark, 1899.
    « La richesse n’est pas la richesse en raison de ses qualités substantielles. Elle est une richesse parce qu’elle est rare ». L. Robbins 1932.
    Dès lors que la richesse n’était plus directement liée à la production de biens et services, elle n’était plus liée à l’amélioration du bien-être de toute la population, en particulier au sort des pauvres.
    « Que l’humanité dans son ensemble soit devenue plus riche n’implique pas nécessairement une augmentation du bien-être de l’ensemble de la population » JB Clark, 1886.
    « L’accroissement de la richesse n’est pas du tout la même chose que la réduction de la pauvreté » Joan Robinson, 1972.
    Le développement de cette conception de la rareté des richesses est intervenu au même moment où la pénurie réelle cessait d’être le principal problème économique rencontré par les économies capitalistes. Lorsque Platon et Adam Smith voyaient dans la richesse la production de biens et services qui répondaient aux besoins matériels de la communauté, la préoccupation centrale était de satisfaire ces besoins. Autrement dit, le problème économique central était celui de produire suffisamment pour délivrer tous les biens et services nécessaires à la population existante.
    La révolution industrielle a apporté des solutions à ce problème, si bien que dans la seconde moitié du XIXe siècle, le problème économique central est devenu celui-ci : étant donné la répartition actuelle des revenus, comment consommer l’ensemble de la production potentielle que les entrepreneurs peuvent fournir, tout en leur procurant un taux de profit jugé acceptable. Les économies capitalistes occidentales qui étaient contraintes par l’offre se sont transformées en économies contraintes par la demande.
    Dans une économie contrainte par la demande, la notion de pénurie prend une signification nouvelle, car la rareté des économistes néo-classiques n’est pas une pénurie réelle. Elle n’est pas fondée sur l’incapacité de la nature à procurer les produits nécessaires à la vie de la population, mais plutôt sur une rareté « artificielle », qui est créée par le système économique afin de maintenir le taux de profit de la fortune et le pouvoir social qui s’attache à la « rareté » de la richesse.
    Thorstein Velben et John Maynard Keynes sont les économistes majeurs qui ont pleinement compris ces transformations survenues dans la société et l’économie. Veblen a souligné que la valeur de la richesse était maintenue par deux processus : la consommation ostentatoire et le sabotage industriel. Dans la « Théorie de la classe de loisir » [ Entendre : classe semi-oisive des possédants – ndt ] Veblen note le rôle important que jouent l’ostentation de la richesse et le pouvoir économique dans le contrôle social. L’analyse de Veblen rappelle à bien des égards la Théorie du Sentiment Moral d’Adam Smith, dans la mesure où il affirme que le rôle joué par la consommation ostentatoire dans le contrôle social est de permettre à la classe oisive de s’assurer l’adhésion des classes inférieures par la création de valeurs morales et sociales. En faisant de leur comportement – et en l’occurrence de leur consommation – la norme de ce qui est perçu comme convenable et respectable, la classe oisive s’assure la soumission des classes inférieures. Cette soumission est renforcée par les tentatives des classes inférieures pour imiter les modes de consommation de la classe oisive. Ainsi, leur préoccupation centrale n’est pas de se demander si « l’ordre social est juste et le meilleur possible », mais plutôt « comment puis-je devenir riche et rejoindre la classe oisive ? ». Veblen va ainsi au-delà Smith, car il relie le contrôle de la morale et des valeurs au pouvoir qu’exerce sur la société la classe oisive, alors que Smith limitait ce pouvoir à celui exercé sur les biens et le travail de la classe ouvrière.
    Bien évidemment, les possibilités d’entrer dans cette classe oisive sont strictement limitées en nombre, dès lors que son critère d’appartenance est la capacité de consommer à des niveaux beaucoup plus élevés que la moyenne des membres de la communauté. Avec l’accroissement de la capacité de produire des biens et services dans une telle société, il est nécessaire que les classes inférieures ne parviennent pas à imiter parfaitement les habitudes de consommation de la classe aisée. Si la consommation des plus riches était maintenue constante, les succès de la révolution industrielle finiraient par permettre à tous de bénéficier d’un tel niveau de consommation (ce qui est dans une certaine mesure l’espérance de Smith).
    Cependant, cet achèvement finirait par saper complètement la position de pouvoir des classes oisives, et conduirait à une transformation radicale de la société (représentant du même coup une menace pour le maintien de « la différence du rang social et l’ordre de la société »). Ce danger potentiel pour la structure du pouvoir est atténué :
    1) par la création artificielle de besoins illimités à la fois pour les riches et pour le reste de la société, afin que les riches continuent à élever la barre que les salariés luttent pour atteindre.
    2) En limitant artificiellement la production pour créer la pénurie.
    Les techniques de vente permettent d’atteindre le premier objectif (avec ce que nous appelons la publicité et le marketing) tandis que le second repose sur ce que Veblen nomme le « sabotage industriel », qui consiste en une limitation du potentiel de production de l’économie de manière à maintenir un taux élevé de rendement sur le capital (par le maintien de prix élevés).
    La concentration industrielle, ainsi que les nombreuses formes de planifications industrielle utilisées par les grandes entreprises (voir Galbraith, Le Nouvel État industriel 1967), sont les moyens par lesquels la production est limitée afin de maintenir la valeur de la richesse et son caractère exclusif, préservant ainsi son pouvoir social.
    John Maynard Keynes, dans le dernier chapitre de la Théorie Générale de l’Emploi de l’Intérêt et de la Monnaie (qui est à l’évidence l’ouvrage de théorie économique le plus important du 20ème siècle) souligne que « les défauts majeurs de la société économique dans laquelle nous vivons sont son incapacité à procurer le plein emploi, et la répartition arbitraire et inéquitable des richesses et des revenus ». Il poursuit en affirmant que ces deux problèmes sont reliés, que l’inégalité des richesses et des revenus est l’une des principales causes d’un chômage élevé. L’inégalité de la richesse et des revenus est maintenue artificiellement en faisant en sorte que le capital soit rare. Cette pénurie se manifeste au niveau macroéconomique par une insuffisance de l’investissement, ce qui, par le biais de mécanismes classiques, provoque un chômage involontaire.
    « Notre problème », écrivait-il dans son célèbre essai sur « La fin du laisser-faire », « est d’oeuvrer à une organisation sociale qui doive être aussi efficace que possible, sans contrevenir à nos conceptions concernant une manière de vivre jugée satisfaisante. » Keynes a souligné l’utilité du désir de posséder, en tant que caractéristique sociale et individuelle lorsque la société se trouve dans un état de faible développement économique. Mais lorsque la société a atteint un niveau de richesse suffisant, il convient de passer à des valeurs et à une exigence morale plus élevées.
    « lorsque du point de vue social, l’accumulation des richesses ne jouera plus le même rôle, on verra se modifier sensiblement le code de la morale. Nous pourrons nous débarrasser de nombreux principes pseudo-moraux qui nous hantent depuis deux cents ans, et qui ont contribué à faire passer pour les plus hautes vertus certains des penchants humains les plus méprisables. Le mobile de l’argent sera estimé à sa juste valeur. On verra dans l’amour de l’argent – non pour les joies et les distractions qu’il vous procure mais pour lui-même – un penchant plutôt morbide, une de ces inclinations plus ou moins criminelles, plus ou moins pathologiques, que l’on remet, non sans un frisson, entre les mains du psychiatre. Nous serons alors libres de rejeter toutes sortes de coutumes sociales et d’habitudes économiques, telles que certaines distributions de richesses, de récompenses ou d’amendes, auxquelles nous demeurons attachés malgré leur caractère injuste et honteux, pour les services qu’elles rendent en encourageant la formation des capitaux. ». Keynes, Perspectives économiques pour nos petits-enfants.
    Keynes, comme Smith, était un optimiste, car il pensait qu’une fois devenu évident que la répartition des richesses est un obstacle au plein emploi, la société engagerait les transformations nécessaires dans son organisation économique afin d’éliminer cet obstacle. « Notre argument », écrit Keynes « conduit vers la conclusion que, dans les conditions actuelles, la croissance de la richesse, loin de dépendre de l’épargne des plus aisés, comme on le croit communément, est plus susceptible d’être entravée par celle-ci. L’une des principales justifications de l’inégalité des richesses disparait donc. » Dans la Théorie Générale, Keynes propose quatre politiques visant à réduire la rareté des capitaux :
    1) Des politiques visant à générer une distribution plus égale des revenus (comme l’impôt progressif sur le revenu).
    2) Maintenir un faible taux d’intérêt sur l’argent et donc sur le retour sur patrimoine (ceci peut être obtenu grâce à une politique monétaire expansionniste, dont l’objectif est de réduire la rareté du capital).
    3) Alors que les deux mesures précédentes visent à réduire le rendement des patrimoines, la troisième est celle de « l’euthanasie de la classe des rentiers » (résultant des faibles rendements sur le capital qui contraignent finalement ces grandes accumulations de richesses à être dépensées en raison de l’impossibilité de vivre des revenus des intérêts).
    4) la socialisation de l’investissement, ce qui signifiait pour Keynes que, puisque la société dans son ensemble a un intérêt évident à maintenir un niveau élevé d’investissement en vue de parvenir au plein emploi, il convient, par l’intermédiaire de l’État, de faire tout ce qui est en son pouvoir pour atteindre un tel niveau d’investissement (les crédits d’impôt sur l’investissement en fournissent un bon exemple). En élargissant l’offre de capital afin de réduire sa rareté, Keynes considère que l’on peut conserver les aspects positifs du capitalisme concurrentiel, tout en éliminant progressivement le « pouvoir oppressif de bénéficier de la valeur que confère au capital sa rareté. L’intérêt ne rémunère aujourd’hui aucun sacrifice véritable, pas plus que la rente de ma terre. Le détenteur du capital peut obtenir un intérêt parce que le capital est rare, tout comme le propriétaire de la terre peut obtenir une rente parce que la terre est rare. Mais, alors que la rareté de la terre peut s’expliquer par une raison intrinsèque, il n’y a aucune raison intrinsèque justifiant la rareté du capital. » Les coûts sociaux du maintien de l’inégalité nécessaire pour maintenir un taux de rendement élevé pour le capital sont ceux d’un chômage élevé et du ralentissement de la croissance économique. Très concrètement, comme chez Platon, la richesse est une cause de pauvreté.
    L’optimisme de Keynes est fondé sur sa conviction que les idées, et non les intérêts individuels, l’emporteront sur le long terme. Veblen n’était toutefois pas du même avis, lui qui estimait que les classes aisées comprendraient clairement que leur pouvoir social est basé sur le maintien de la rareté du capital et de la richesse.
    La création de la richesse et de la pauvreté
    Il est clair aujourd’hui, à la fois dans l’imagination populaire et dans les théories économiques, que le concept de la richesse n’est plus celui de l’abondance matérielle de Smith et de Platon, mais plutôt celui de la rareté et de l’exclusion développé par l’école moderne néoclassique. C’est ce que Platon appelait « l’état de surabondance », ne reposant pas sur la satisfaction des besoins matériels de la communauté, mais sur les désirs illimités des plus riches.
    L’augmentation des productions matérielles pour la société dans son ensemble n’est qu’accessoire relativement à la création de richesse. Certes, il y a de nombreux exemples où la richesse nait en raison d’une augmentation de la production ou des innovations (augmentation de la qualité plutôt que de la quantité), mais ce n’est pas essentiel au processus de création de richesse.
    Aujourd’hui, on assimile la richesse à la propriété des actifs générant des revenus. Ces actifs sont nombreux et variés, mais les actions et les obligations en forment la majeure partie. De nombreux actifs que nous incluons dans les richesses, comme les habitations, ont un taux de rendement implicite, et un rendement réel uniquement lorsqu’elles sont louées. La richesse augmente (est créée) lorsque la valeur de ces avoirs augmente, soit en raison de l’accroissement de leur productivité, de leur rentabilité ou de leur rareté.
    L’augmentation de la productivité est clairement liée à la conception de la richesse chez Adam Smith, par l’augmentation du produit annuel des terres et du travail. Toutefois, une rentabilité ou une rareté accrue peuvent résulter, et résultent souvent, d’une limitation de la quantité produite, d’un monopole de la production et de la distribution, d’une manipulation des marchés, de l’influence du gouvernement et d’une longue liste d’agissements qui ne favorisent en rien le bien commun.
    L’une des méthodes les plus éprouvées pour créer de la richesse consiste à transférer les coûts induits sur autrui. Assurer un niveau de vie décent pour les salariés, créer un environnement de travail sécurisé, ne pas polluer l’environnement alentour, font partie des « coûts réels » de la production de tout bien ou service. Pourtant, la richesse est bien souvent créée en transférant une partie de ces coûts sur les salariés (en les rémunérant en dessous d’un salaire décent, ou en les exposant à la maladie ou aux accidents du travail) ou bien sur les consommateurs (en fabricant des produits dangereux ou nocifs) ou encore sur ceux qui vivent à proximité des installations de production (en polluant l’environnement).
    La délocalisation de la production des régions où la prise en compte complète de ces coûts est requise par la loi, en direction de celles où ces règlements n’existent pas, transfère sur d’autres une partie des coûts de production. Ajoutons à cela le chantage pratiqués sur les gouvernements afin d’obtenir divers avantages fiscaux (lorsque l’entreprise ne s’installe qu’à condition de bénéficier d’avantages fiscaux ou de subventions) et l’on peut ainsi créer des richesses considérables, sans pour autant promouvoir le bien commun.
    Le « sabotage » identifié par Veblen et la consommation ostentatoire contribuent aussi grandement à la création de richesses. La principale motivation derrière les fusions-acquisitions n’est pas celle des soi-disant synergies ou des économies d’échelle que les experts de Wall Street aiment à avancer lorsqu’ils paraissent à la télévision. En réalité, comme le démontrent pratiquement toutes les enquêtes économiques effectuées sur cette question, la motivation de ces fusions est d’accroitre le pouvoir de l’entreprise sur le marché, de limiter la concurrence, et non de réaliser des économies d’échelle. La preuve en est apportée lorsque l’on sait que le taux de rendement du capital après les fusions dépasse rarement le taux de rendement précédant celles-ci. Ces fusions ont pour la plupart l’objectif de réduire le nombre de concurrents et de limiter la concurrence sur les prix.
    Enfin, il nous faut également mentionner le rôle du vol, de la fraude et de l’emploi de la force dans la création de la richesse. Richard Twaney a écrit un jour que toutes les propriétés ne sont pas le résultat d’un vol, mais que tout vol devient une propriété. La même chose pourrait être dite au sujet de la richesse. L’énorme richesse de Bill Gates provient du monopole de Microsoft et de ses pratiques anticoncurrentielles (et parfois illégales). De ce fait, tout le monde doit transférer une partie de son revenu à Bill Gates. Aucune arme à feu n’a été utilisée, mais il s’agit néanmoins d’un vol. Lorsque l’on observe la situation dans son ensemble, la base de la richesse est souvent le vol, la fraude et le recours à la force. La richesse des États-Unis d’Amérique a été bâtie en premier lieu en volant ou en escroquant les terres des Américains autochtones, par l’enlèvement et l’asservissement des Africains qui allaient travailler cette terre (ce qui est une forme de transfert des coûts) et en exploitant des immigrants.
    La part de la création de richesse qui contribue au bien commun en permettant d’accroitre la production et les innovations technologiques est elle aussi monopolisée et contrôlée pour maintenir la rareté de la richesse. La richesse est créée non pas par le développement technologique, mais par le contrôle et la limitation de ce développement. Les principales innovations technologiques sont souvent présentées comme devant apporter une richesse illimitée, permettre la fourniture de biens très peu couteux. Cela s’avère pourtant impossible, étant donné la structure de pouvoir de notre société, fondée sur la création artificielle de rareté et qui ne pourrait pas survivre à une abondance universelle.
    Au risque de la redondance, répétons que la richesse ne reste une richesse que si sa rareté est maintenue et si la majorité est exclue de sa possession et de son contrôle. (Aux États-Unis, ont prétend souvent que la majorité des richesses sous forme d’actions sont détenues par la population. Mais c’est sous la forme de fonds de pension et d’assurances, et le peuple (les salariés) n’exercent aucun contrôle et ne peut légalement utiliser ce pouvoir à quoi que ce soit.) Si la richesse devient abondante, son taux de rendement chute, et donc sa valeur baisse. L’idée que chacun puisse devenir riche, au sens néo-classique actuel, est une absurdité, car cette richesse n’existe que si elle est limitée et que sa valeur est directement liée au maintien de sa rareté. L’idée que le marché boursier puisse faire de tout un chacun un millionnaire ne peut fonctionner que si le terme « millionnaire » perd tout son sens. Il serait tout aussi efficace de remplacer les billets de banque d’un dollar par des billets de mille dollars.
    Le résultat de cette croissance de la richesse, de cette forme de richesse qui est liée à la rareté et l’exclusion, c’est qu’elle n’a pas eu l’effet qu’avait espéré Adam Smith : la réduction de la pauvreté et l’élévation du niveau de vie de l’ensemble de la société.
    Une analyse économique récente de la croissance du patrimoine, a montré que « la création de richesses a été pour l’économie américaine l’un des thèmes dominants dans les années 1990. Entre fin 1989 et fin 1999, la valeur nette réelle du patrimoine des ménages américains a augmenté de près de 15 000 milliards de dollars, soit plus de 50%. Par habitant, la valeur nette patrimoniale fin 1999 était légèrement supérieure à 150 000 dollars. Au sommet, l’augmentation des grandes fortunes a incité certains observateurs à comparer les années 1990 à l’ « Age d’Or » de la fin du 19ème siècle, lorsque Carnegie, Rockefeller, Vanderbilt et autres ont bâti leurs empires financiers. En Octobre 1999, la liste des Forbes 400 incluait 267 milliardaires, 200 de plus que dix ans auparavant. … Plus de 60% de la création de richesse au cours des années 1990 vient de l’augmentation de la valeur des actions détenues par les ménages ». Poterba, 2000.
    Pourtant, le revenu par habitant et la productivité ont augmenté de moins de 20% durant cette même période, et les salaires moins encore. De 1988 à 1997 les salaires réels moyens horaires et hebdomadaires ont baissé à un taux annuel de -0,2%. Bien que cette tendance des salaires réels se soit retournée au cours des deux dernières années, elle ne reflète en rien la croissance de la production ou l’augmentation de la productivité, et elle reste loin en dessous de la croissance de la richesse. Cela donne à penser qu’une grande partie de cette augmentation de 50% de la richesse n’est pas attribuable à des facteurs qui favorisent le bien commun (selon la conception de la richesse d’Adam Smith), mais ont été plutôt dus à la redistribution des coûts, la création de la rareté et à l’augmentation de l’exclusion.
    questions
    sur la hausse du pouvoir d’achat?
    Sur la baisse des impôts?
    Sur le renforcement du rôle du Parlement?
    Sur l’impartialité de l’Etat?
    Sur l’emploi et le dialogue social?
    Sur l’indépendance de la justice?
    Sur la moralisation du capitalisme?
    Sur l’accession des Français à la propriété de leur logement?
    Sur la lutte contre l’échec scolaire?
    Sur la revalorisation du travail?
    comment tuer le capitalisme?contrainte : une seule régle à changer!
    reponse (d’un humble systemien): supprimer le profit!
    transformer les sa en sa à but non lucratif,developper les mutuelles,les cooperatives,suppression de la speculation puisque le profit est supprimer
    c’est simple,juste,republicain et çà élimine toutes les questions de croissance,décroissance,etc
    reponses
    Par Nassim Nicholas Taleb, Financial Times, 7 avril 2009
    1. Ce qui est fragile doit se briser rapidement avant que de pouvoir grandir. Rien ne doit jamais atteindre une taille telle que cela ne puisse faillir. Les processus de l’évolution à l’oeuvre dans la vie économique favorisent les êtres porteurs du maximum de risques dissimulés – et donc les plus fragiles – qui deviennent ainsi les plus gros.
    2. Pas de socialisation des pertes et de privatisation des gains. Quoi que ce soit qui doive être renfloué devrait être nationalisé ; quoi que ce soit qui ne nécessite pas de renflouement devrait être indépendant, de petite taille, et assumer ses risque. Nous avons réussi à associer les pires aspects du capitalisme et du socialisme. En France dans les années 1980, les socialistes ont pris le contrôle des banques. Aux États-Unis dans les années 2000, les banques ont pris le contrôle du gouvernement. C’est surréaliste.
    3. Les gens qui ont conduit un bus scolaire les yeux bandés (et ont eu un accident) ne devraient jamais se voir confier à nouveau un autobus. Les institutions et les élites du monde économique ( universités, organismes de régulation, banques centrales, responsables gouvernementaux, organisations diverses employant des économistes) ont perdu leur légitimité avec l’échec du système. Il est irresponsable et stupide de placer notre confiance dans la capacité de ces experts pour nous permettre de sortir de ce pétrin. Au contraire, il convient de rechercher des gens intelligents, ayant les mains propres.
    4. Ne pas laisser quelqu’un bénéficiant d’une prime de résultat gérer une centrale nucléaire – ou vos risques financiers. Il y a toute les chances qu’il rogne sur les sécurités pour faire état de « bénéfices » tout en affirmant agir de façon prudente. L’octroi de primes s’accorde mal avec les risques cachés de déflagration. C’est l’asymétrie [1] propre au système des bonus qui nous a conduit où nous en sommes. Aucune incitation sans mesures de dissuasion : le capitalisme est fait de récompenses et de punitions, et non seulement de récompenses.
    5. Compenser la complexité par la simplicité. La complexité de la mondialisation et de la vie économique fortement mises en réseau doit être contrée par la simplicité des produits financiers. La complexité de l’économie est déjà en elle même une forme d’effet de levier : celui de l’efficacité. De tels systèmes ne survivent que grâce à la répétition et la facilité ; l’ajout débridé de produits financiers basés sur la dette produit de dangereuses fluctuations ne laissant aucune place à l’erreur. Le capitalisme ne peut éviter les engouements des modes et les bulles : les bulles boursières (comme en 2000) se sont avérées être supportables ; mais les bulles de dettes sont délétères.
    6. Ne pas confier de bâtons de dynamite aux enfants, quand bien même ils seraient accompagnés d’un avertissement. Les produits dérivés complexes doivent être interdits parce que personne ne les comprend et que bien peu sont suffisamment compétents pour les maîtriser. Les citoyens doivent être protégés d’eux-mêmes, des banquiers qui leur vendent des produits spéculatifs, et d’autorités de régulations crédules qui prêtent l’oreille aux théoriciens de la finance.
    7. En dehors des escroqueries pyramidales, rien ne devrait être basé sur une entière confiance. Les gouvernements ne devraient jamais être confrontés à la nécessité de « restaurer la confiance ». Le mode de propagation en cascade des rumeurs est le produit de systèmes très complexes. Les gouvernements ne sont pas en mesure d’arrêter ces rumeurs. Nous devons tout simplement être capables d’ignorer les rumeurs, d’être suffisamment robustes pour y faire face.
    8. Ne pas donner de drogue à un toxicomane lorsqu’il est en manque. Le recours à l’effet de levier pour guérir les problèmes de l’excès de l’effet de levier ne relève pas de l’homéopathie, mais du déni. La crise de la dette n’est pas un problème temporaire, mais structurel. Nous devons nous désintoxiquer.
    9. Les citoyens ne devraient pas dépendre des actifs financiers ou des conseils d’ « experts » faillibles pour ce qui est est de leurs retraites. La vie économique doit être « définanciarisée » Nous devons apprendre à ne plus considérer les marchés comme des stocks de valeur : ils ne procurent pas le niveau de certitude dont les citoyens ont besoin. Les citoyens ne devraient ressentir d’anxiété qu’au sujet des circonstances de leurs propres affaires (celles qu’ils contrôlent), et non de leurs investissements (qu’ils ne contrôlent pas).
    10. Faire une omelette avec les oeufs cassés. Au bout du compte, cette crise ne saurait être surmontée par des expédients, pas plus qu’un bateau à la coque pourrie ne pourrait être remis à flot par des réparations de fortune. Nous devons reconstruire la coque avec des matériaux nouveaux (et plus forts) ; nous aurons à rebâtir le système avant qu’il ne le fasse par lui-même. Passons volontairement au capitalisme version 2.0, en faisant en sorte que de ce qui doive casser casse de lui même, en convertissant la dette en capital, en marginalisant l’etablishment économique des entreprises et des universités, en supprimant le « Nobel » d’économie, en interdisant les rachats financés par la dette (LBO), en cantonnant les banquiers à leur tâche, en récupérant les primes de ceux qui nous ont entrainés où nous en sommes, et en enseignant aux gens à trouver leur route dans un monde de moindres certitudes.
    Ceci accompli, nous disposerons d’une économie plus proche de notre milieu biologique : des entreprises de taille moindre, une écologie plus riche, pas d’effet de levier. Un monde dans lequel les entrepreneurs, et non les banquiers, prendront les risques et où les entreprises naissent et meurent chaque jour sans faire les gros titres.
    En d’autres termes, un monde plus résistant aux cygnes noirs. [2]
    ——————————————————————————–
    Publication originale Financial Times via Market Pipeline, traduction Contre Info
    ——————————————————————————–
    [1] asymétrie entre la qualité de l’information dont disposent les investisseurs et les gestionnaires. (ndt)
    [2] Le cygne noir est la métaphore de l’évènement jugé improbable ou impossible et dont la survenue infirme les hypothèses faites jusqu’alors. Dans le domaine des sciences, cette image fait référence à la notion de réfutabilité, développée par Karl Popper, qui conditionne la validité d’un modèle, d’une affirmation – comme par exemple « tous les cygnes sont blancs » – à la possibilité de les confronter au réel, à l’observation d’un « cygne noir ».
    Links
    Market Pipeline
    anti-reponses
    le j’accuse « V comme VISION »
    Le 11 septembre marque le triste anniversaire d’une catastrophe hautement symbolique pour l’humanité.
    Peu importe nos croyances ou nos idées politiques, le système mis en place dans notre monde libre repose sur l’accord tacite d’une sorte de contrat passé avec chacun d’entre nous, dont voici dans les grandes lignes le contenu:
    1) J’accepte la compétition comme base de notre système, même si j’ai conscience que ce fonctionnement engendre frustration et colère pour l’immense majorité des perdants,
    2) J’accepte d’être humilié ou exploité a condition qu’on me permette a mon tour d’humilier ou d’exploiter quelqu’un occupant une place inférieure dans la pyramide sociale,
    3) J’accepte l’exclusion sociale des marginaux, des inadaptés et des faibles car je considère que le prise en charge de la société a ses limites,
    4) J’accepte de rémunérer les banques pour qu’elles investissent mes salaires à leur convenance, et qu’elles ne me reversent aucun dividende de leurs gigantesques profits (qui serviront a dévaliser les pays pauvres, ce que j’accepte implicitement). J’accepte aussi qu’elle prélèvent une forte commission pour me prêter de l’argent qui n’est autre que celui des autres clients,
    5) J’accepte que l’on congèle et que l’on jette des tonnes de nourriture pour ne pas que les cours s’écroulent, plutôt que de les offrir aux nécessiteux et de permettre à quelques centaines de milliers de personnes de ne pas mourir de faim chaque année,
    6) J’accepte qu’il soit interdit de mettre fin à ses jours rapidement, en revanche je tolère qu’on le fasse lentement en inhalant ou ingérant des substances toxiques autorisées par les états,
    7) J’accepte que l’on fasse la guerre pour faire régner la paix. J’accepte qu’au nom de la paix, la première dépense des états soit le budget de la défense. J’accepte donc que des conflits soient créés artificiellement pour écouler les stocks d’armes et faire tourner l’économie mondiale,
    8) J’accepte l’hégémonie du pétrole dans notre économie, bien qu’il s’agisse d’une énergie coûteuse et polluante, et je suis d’accord pour empêcher toute tentative de substitution, s’il s’avérait que l’on découvre un moyen gratuit et illimité de produire de l’énergie, ce qui serait notre perte,
    9) J’accepte que l’on condamne le meurtre de son prochain, sauf si les états décrètent qu’il s’agit d’un ennemi et nous encouragent à le tuer,
    10) J’accepte que l’on divise l’opinion publique en créant des partis de droite et de gauche qui passeront leur temps à se combattre en me donnant l’impression de faire avancer le système. j’accepte d’ailleurs toutes sortes de divisions possibles, pourvu qu’elles me permettent de focaliser ma colère vers les ennemis désignés dont on agitera le portrait devant mes yeux,
    11) J’accepte que le pouvoir de façonner l’opinion publique, jadis détenu par les religions, soit aujourd’hui aux mains d’affairistes non élus démocratiquement et totalement libres de contrôler les états, car je suis convaincu du bon usage qu’ils en feront,
    12) J’accepte l’idée que le bonheur se résume au confort, l’amour au sexe, et la liberté à l’assouvissement de tous les désirs, car c’est ce que la publicité me rabâche toute la journée. Plus je serai malheureux et plus je consommerai: je remplirai mon rôle en contribuant au bon fonctionnement de notre économie,
    13) J’accepte que la valeur d’une personne se mesure à la taille de son compte bancaire, qu’on apprécie son utilité en fonction de sa productivité plutôt que de sa qualité, et qu’on l’exclue du système si elle n’est plus assez productive,
    14) J’accepte que l’on paie grassement les joueurs de football ou des acteurs, et beaucoup moins les professeurs et les médecins chargés de l’éducation et de la santé des générations futures,
    15) J’accepte que l’on mette au banc de la société les personnes agées dont l’expérience pourrait nous être utile, car étant la civilisation la plus évoluée de la planète nous savons que l’expérience ne se partage ni ne se transmet,
    16) J’accepte que l’on me présente des nouvelles négatives et terrifiantes du monde tous les jours, pour que je puisse apprécier a quel point notre situation est normale et combien j’ai de la chance de vivre en occident. je sais qu’entretenir la peur dans nos esprits ne peut être que bénéfique pour nous,
    17) J’accepte que les industriels, militaires et politiciens se réunissent régulièrement pour prendre sans nous concerter des décisions qui engagent l’avenir de la vie et de la planète,
    18) J’accepte de consommer de la viande bovine traitée aux hormones sans qu’on me le signale explicitement. J’accepte que la culture des OGM se répande dans le monde entier, permettant ainsi aux trusts de l’agroalimentaire de breveter le vivant, d’engranger des dividendes conséquents et de tenir sous leur joug l’agriculture mondiale,
    19) J’accepte que les banques internationales prêtent de l’argent aux pays souhaitant s’armer et se battre, et de choisir ainsi ceux qui feront la guerre et ceux qui ne la feront pas. Je suis conscient qu’il vaut mieux financer les deux bords afin d’être sûr de gagner de l’argent, et faire durer les conflits le plus longtemps possible afin de pouvoir totalement piller leurs ressources s’ils ne peuvent pas rembourser les emprunts,
    20) J’accepte que les multinationales s’abstiennent d’appliquer les progrès sociaux de l’occident dans les pays défavorisés. Considérant que c’est déjà une embellie de les faire travailler, je préfère qu’on utilise les lois en vigueur dans ces pays permettant de faire travailler des enfants dans des conditions inhumaines et précaires. Au nom des droits de l’homme et du citoyen, nous n’avons pas le droit de faire de l’ingérence,
    21) J’accepte que les hommes politiques puissent être d’une honneteté douteuse et parfois même corrompus. je pense d’ailleurs que c’est normal au vu des fortes pressions qu’ils subissent. Pour la majorité par contre, la tolérance zéro doit être de mise,
    22) J’accepte que les laboratoires pharmaceutiques et les industriels de l’agroalimentaire vendent dans les pays défavorisés des produits périmés ou utilisent des substances cancérigènes interdites en occident,
    23) J’accepte que le reste de la planète, c’est-à-dire quatre milliards d’individus, puisse penser différemment à condition qu’il ne vienne pas exprimer ses croyances chez nous, et encore moins de tenter d’expliquer notre Histoire avec ses notions philosophiques primitives,
    24) J’accepte l’idée qu’il n’existe que deux possibilités dans la nature, à savoir chasser ou être chassé. Et si nous sommes doués d’une conscience et d’un langage, ce n’est certainement pas pour échapper à cette dualité, mais pour justifier pourquoi nous agissons de la sorte,
    25) J’accepte de considérer notre passé comme une suite ininterrompue de conflits, de conspirations politiques et de volontés hégémoniques, mais je sais qu’aujourd’hui tout ceci n’existe plus car nous sommes au summum de notre évolution, et que les seules règles régissant notre monde sont la recherche du bonheur et de la liberté de tous les peuples, comme nous l’entendons sans cesse dans nos discours politiques,
    26) J’accepte sans discuter et je considère comme vérités toutes les théories proposées pour l’explication du mystère de nos origines. Et j’accepte que la nature ait pu mettre des millions d’années pour créer un être humain dont le seul passe-temps soit la destruction de sa propre espèce en quelques instants,
    27) J’accepte la recherche du profit comme but suprême de l’Humanité, et l’accumulation des richesses comme l’accomplissement de la vie humaine,
    28) J’accepte la destruction des forêts, la quasi-disparition des poissons de rivières et de nos océans. J’accepte l’augmentation de la pollution industrielle et la dispersion de poisons chimiques et d’éléments radioactifs dans la nature. J’accepte l’utilisation de toutes sortes d’additifs chimiques dans mon alimentation, car je suis convaincu que si on les y met, c’est qu’ils sont utiles et sans danger,
    29) J’accepte la guerre économique sévissant sur la planète, même si je sens qu’elle nous mène vers une catastrophe sans précédent,
    30) j’accepte cette situation, et j’admets que je ne peux rien faire pour la changer ou l’améliorer,
    31) J’accepte d’être traité comme du bétail, car tout compte fait, je pense que je ne vaux pas mieux,
    32) J’accepte de ne poser aucune question, de fermer les yeux sur tout ceci, et de ne formuler aucune véritable opposition car je suis bien trop occupé par ma vie et mes soucis. J’accepte même de défendre à la mort ce contrat si vous me le demandez,
    33) J’accepte donc, en mon âme et conscience et définitivement, cette triste matrice que vous placez devant mes yeux pour m’empêcher de voir la réalité des choses. Je sais que vous agissez pour mon bien et pour celui de tous, et je vous en remercie.
    Si vous êtes contre, vous pouvez toujours mettre en oeuvre les ressources de l’amitié et de l’amour, de la fraternité et de la responsabilité partagée, réfléchir, concevoir, oser et tisser, comme le permet l’Internet… tout retard rapproche du néant.
    quizz
    (1)pourquoi la banque de france ne preterait pas des prets à taux 0 à l’état et aux collectivités pour rembourser les dettes et pour investir?
    (2)pourquoi l’état ne nationalise pas 35% des entreprises?
    (3)pourquoi l’état ne propose pas un droit opposable au travail?(coopérative communale)
    (4)pourquoi le bénéfice des entreprises ne serait-il pas partagé en 3? benefice d’entreprise 1/3 état,1/3 salariés(soumis à taxes sécurité sociale)(sur la base d’objectif personnel,de groupe,…,d’entreprise),1/3 entreprise(investissements),0% actionnaires à cause de l’investissement
    (5)pourquoi ne pas avoir pour toute organisation non privée et privé,une grille des salaires flottante de 1 à 20 (25 échelons maximun) + une grille d’ancienneté correspondante et une formation permanente pour évoluer de métier tous les dix ans au moins?
    (6)pourquoi ne pas supprimer ISF compensée par impot de 0.1% à 99.9% sur héritage et sur tout expatrié?
    (7)pourquoi ne pas créer une 5eme branche securite sociale dependance et handicap basée sur l’élargissement de l’assiette csg?(rappelons si il n’y a plus d’exoneration ss sur les salaires,il n’y a plus de deficit ss et donc la dette sociale s’éstompe en quelques années))
    (8)pourquoi ne pas subventionner que l’agriculture biologique en liaison avec « réseau agriculture durable »?(l’agriculture s’en trouvera transformée)
    (9)pourquoi ne pas installer un grid de 1Petaflop en location pour évolution dans chaque region : gratuit pour universités,labo,entreprises de la region?(la fonction crée l’organe)
    (10)pourquoi l’état ne rachéte-t-il pas 35% des terres cultivables en fermage pour l’auto-suffisance alimentaire de sa population au fur et à mesure?
    (11)pourquoi l’état et les collectivités ne pourraient-ils pas déconnecter des dépenses d’investissements des dépenses de fonctionnements par rapport au déficit?
    (12)pourquoi ne pas definir géographiquement EU? (en intégrant la CEI)
    (13)pourquoi ne pas transformer le ministère de l’économie en ministère de bioéconomie?
    (14)pourquoi la rémunération d’un pdg n’est-elle pas plafonnée à celle du chef de l’état (eh oui,mais ils se rattrapperont à leur départ sur leur valeur ajoutée ce qui sera justifié,idem pour les directions,les traders et autres car là ,c’est de la valeur ajoutée sure et non virtuelle) pour recréer de la cohésion sociale?
    (15)pourquoi ne pas encadrer les marges des prix et le circuit des produits? (finalement à bien y réfléchir,çà résoud le problème de la mondialisation)
    quelle proposition résoud le problème du déficit public ?
    quelle proposition résoud le problème de la mondialisation ?
    étonnant,non ?!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :