L’image “verte” de BP en prend un coup…


Par A.C.Husson-Traore (Novethique)

Depuis le naufrage de la plate forme pétrolière exploitée par le groupe BP au large de la Louisiane le 22 avril 2010, 800 000 litres de fioul s’en échappent quotidiennement provoquant des dommages incommensurables dans le golfe du Mexique. Plus de 20 jours après la catastrophe, l’impuissance de la compagnie à arrêter la marée noire est une des raisons qui alimentent les mises en cause de plus en plus violentes de celle qui avait été l’une des premières compagnies pétrolières à vouloir se donner une image verte.

Devenue BP pour Beyond Pétroleum (au delà du pétrole), la compagnie pétrolière britannique a très tôt adopté une stratégie  de financement des énergies renouvelables et de réduction de son empreinte environnementale sous l’impulsion de celui qui l’a dirigée de 1995 à 2007, Lord Browne. Mais cette politique liée à la prise de conscience du réchauffement climatique, a toujours trouvé ses limites aux Etats-Unis. Au Texas où le pétrole est roi, une raffinerie de BP a connu deux accidents dramatiques, en 2005 et 2008, et les problèmes de corrosion de son pipe line en Alaska ont provoqué des fuites en 2006. Mais avec la marée noire du golfe du Mexique, BP change d’échelle et peut difficilement limiter les dégâts au seul continent américain, en termes de coûts, d’image et de valorisation boursière. Les stations services vertes ne pourront pas compenser les ravages d’image d’une ampleur telle que certains suggèrent au groupe britannique d’abandonner la marque BP.
Le modèle d’analyse des entreprises sur des enjeux environnementaux et sociaux pratiqués par les investisseurs responsables, adeptes de l’ISR, consistent à évaluer pour chaque entreprise, quel que soit son secteur, la façon dont elle anticipe et gère ses risques sociaux et environnementaux et quelle est la qualité de sa stratégie développement durable. Les spécialistes anglo-saxons  de l’investissement responsable se sont donc penchés avec attention sur le cas BP depuis la catastrophe que la compagnie ne parvient pas à arrêter.

Pour la version anglaise, on peut citer Catherine Howarth. Elle dirige Fair  Pensions, organisation qui milite pour une plus grande responsabilité des investisseurs et a lancé une campagne d’actionnaires concernant l’exploitation des sables bitumineux canadiens sur lesquels  BP a été interpelé (voir article lié). Pour la marée noire du Golfe du Mexique, elle rappelle que «les actionnaires  doivent disposer de l’information la plus transparente possible sur les politiques de gestion des risques liés à l’extraction pétrolière par des moyens non conventionnels.»  Pour elle, cette catastrophe est un cas d’école des dommages environnementaux, sociaux et financiers que provoque une sous estimation de ces risques et des investissements destinés à les prévenir : «Ravages écologiques, dommages sociaux, coûts faramineux de nettoyage…tout cela sera à la charge de BP qui a déclaré vouloir payer tous les coûts induits par la catastrophe.» Le 13 mai 2010, la compagnie annonçait avoir déjà dépensé 450 millions de dollars et si personne ne sait à combien pourrait s’élever le coût global de ce désastre, le chiffre de 32 milliards de dollars a été évoqué.
Catherine Howarth rappelle que les accidents précédents dans les raffineries américaines ont conduit de nombreux acteurs à se demander si les investissements de BP sur la santé et la sécurité de ses salariés ainsi que l’entretien de ses équipements étaient suffisants. Elle insiste sur le coût de plus en plus élevé des nouveaux modes d’extraction, qu’ils soient « off shore » ou à partir des sables bitumineux et appelle les actionnaires à demander tous les éléments, y compris les conséquences environnementales d’un éventuel accident, avant de soutenir des politiques d’investissement dans des technologies de ce type. 

Politique de sécurité insuffisante

Pour la version américaine, Risk Metricks, spécialiste de l’évaluation des risques qu’ils soient environnementaux, sociaux ou financiers, témoigne de ses interrogations concernant BP sur Face Book. Ce spécialiste y répond indirectement au dirigeant de BP qui a affirmé dans les médias « ne pas avoir mérité une telle tragédie » . Risk Metrics souligne donc que la question n’est pas la qu’il aurait fallu plutôt pouvoir éviter la dite tragédie en offrant des garanties plus solides de prise en compte des problématiques de sécurité dans ses installations américaines. Les révélations du Wall Street Journal, le 13 mai, sont venues renforcées cette thèse. Selon le journal, BP aurait négligé des conditions de sécurité en continuant le forage sur la plate-forme malgré une fuite de gaz qui lui a été signalé. Or ce problème pourrait être à l’origine  de cet accident qui a coûté la vie a 11 personnes et déverse 800 000 litres de fioul par jour dans le Golfe du Mexique.

La compagnie BP continue elle à afficher sa combattivité. Sur le site dédié à la crise du Golfe du Mexique, intitulée très positivement : « Golfe du Mexique, la riposte »  on ne trouve pas une image de la marée noire mais de très nombreuses photos des solutions techniques imaginées pour la résoudre, ou des volontaires mobilisés pour nettoyer.  En ce qui concerne l’équation économique, le dilemme est le suivant. Sachant que le Golfe du Mexique représente un quart de la consommation pétrolière américaine, que l’industrie de la pêche dans cette région, déjà éprouvée par l’ouragan Katrina,  rapporte 2 milliards de dollars par an, quel peut être l’avenir de la Louisiane ? Selon l’écrivain James Lee Burke, il est sombre. Interviewé par Télérama, il  déclaré  : « Le pétrole ici est envoyé  en Floride et en Californie qui ne veulent pas de forage off shore au large de leurs belles côtes ! La Louisiane est la poubelle de l’Amérique, son histoire est une tragédie. Pour moi c’est comme être témoin chaque jour d’un crime dont je sais, que de mon vivant, il ne sera pas puni.»

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