Politique énergétique des Etats-Unis : le vent est-il en train de tourner pour l’or noir ?


Par Agnès Sinaï

De Nixon à Obama, de Carter à Bush, les présidents des USA clament depuis 40 ans leur volonté d’atténuer la dépendance au pétrole. A la rhétorique de la fin de l’addiction s’ajoute désormais un objectif climatique… qui semble rester inatteignable.

Barack Obama l’a lui-même rappelé dans son discours historique du 15 juin dernier sur la marée noire :  »Pendant des décennies, nous avons été conscients que les jours d’accès facile à un pétrole bon marché étaient comptés. Pendant des décennies, nous avons parlé et parlé encore de la nécessité d’en finir avec un siècle d’addiction pétrolière des Etats-Unis. Et pendant des décennies, nous avons échoué à agir avec le sentiment d’urgence que ce défi requiert. A chaque fois, la volonté d’aller de l’avant a été bloquée – non seulement par les lobbyistes de l’industrie pétrolière, mais aussi par un manque de courage et de franchise politique ».

Ce manque de leadership en matière de politique énergétique va-t-il se confirmer ? Les propos lucides du président Obama viendront-ils s’ajouter au catalogue rhétorique de ses prédécesseurs ? Ces questions sous-tendaient la rencontre franco-américaine organisée à l’université de Paris-Dauphine, en partenariat avec le Centre de géopolitique de l’énergie et des matières premières (CGEMP), le 22 juin dernier.

A l’issue de la conférence, un intervenant de marque, le professeur John M. Deutch du Massachussets Institute of Technology (MIT), éclaira dans une rétrospective lapidaire l’ensemble du débat.  »Dans les grands cycles de l’énergie, il y a toujours des surprises, l’inattendu peut faire irruption à tout moment. Songez aux chocs pétroliers, à l’accident de Three Miles Island, à la marée noire dans le Golfe : tous ces événements étaient inattendus, mais prévisibles… Et pourtant, rien n’a vraiment changé en 40 ans. Souvenez vous que Jimmy Carter, dès 1978, voulait lancer un programme d’énergies renouvelables, qui devaient produire 20% de l’électricité du pays en 2000. A l’époque, l’approche de l’énergie était plus exécutive qu’actuellement. Aujourd’hui, le président Obama privilégie le compromis. Il demande au Congrès de transcrire ses orientations en une loi, et ce sont plus de 1000 pages du projet Waxman-Markey, Kerry-Boxer, Kerry-Lieberman et que sais-je encore qui en ressortent. Résultat, on va se retrouver avec une législation ultra compliquée, qui n’a aucune chance d’être appliquée durant le mandat du président !  »< /i>. »aucune réalité sur le plan du changement climatique et sur le plan de la transition énergétique ». Le Golfe persique demeure d’une importance géopolitique cruciale pour l’approvisionnement des Etats-Unis, la gestion des sites d’enrichissement du nucléaire dans le monde semble hors de contrôle (Iran), et Obama a échoué à Copenhague parce que les Etats-Unis y sont allés sans avoir rien de concret à offrir à des pays émergents qui n’ont pas l’intention de restreindre leurs émissions.

Des laboratoires régionaux

En réalité, selon le professeur Deutsch du MIT, les Etats-Unis n’ont guère progressé : il n’y a pas encore de centre opérationnel de biocarburants à base de cellulose sur le territoire américain, les technologies solaires ne sont pas au point (de ce point de vue, on n’est pas beaucoup plus avancé qu’à l’époque de Carter), la législation américaine en cours sur le climat et l’énergie, qui prétend réduire de 80% les émissions étasuniennes de gaz à effet de serre d’ici à 2050, n’a pour le moment

La bonne politique, selon M. Deutsch, serait de privilégier une taxe carbone plutôt que de lancer un marché d’émissions aléatoire, qui ne rapportera pas d’argent à l’Etat et risque de se faire à l’avantage des industries européennes. Lancer un marché de CO2 sans vision de l’étape suivante démontrerait une absence de stratégie de politique nationale.

Les Etats-Unis restent le pays-continent des possibles. Malgré leur lente évolution globale sur le plan du paysage énergétique où les fossiles couvrent 80% des usages, l’efficacité énergétique s’est améliorée d’1,63% par an entre 1990 et 2007 (AIE/OCDE 2009). Pour Barry Smitherman directeur de la commission des services publics du Texas, deux priorités sont à retenir : investir massivement dans l’efficacité énergétique et fixer des normes sur les carburants. La Californie, la ville de New York et le Texas figurent parmi les laboratoires de stratégies énergétiques diversifiées. Le Texas, par exemple, est devenu le premier producteur d’énergie éolienne du pays. Plusieurs records de production électrique éolienne ont été enregistrés, jusqu’à 25% de l’alimentation du réseau le 28 octobre 2009. Le réseau de distribution est en pleine expansion pour desservir les centrales éoliennes, tandis que plus de 6 millions de compteurs intelligents seront installés au Texas d’ici à 2013. L’Etat texan met en ligne des tableaux comparatifs des prix de l’électricité pour que les particuliers aient  »le pouvoir de choisir »1. La ville de New York a fait de l’efficacité énergétique sa priorité. Son porte parole, Garry Brown, en charge des services publics, la décrit comme le laboratoire de l’avenir.

Selon une étude du CSIS (Center for Strategic and International Studies), les sources d’énergies renouvelables hors hydroélectricité couvriront 41% de la croissance de la production électrique entre 2008 et 2035. Ce qui n’empêchera pas les énergies fossiles de fournir 78% de l’énergie finale américaine en 2035, selon cette étude.

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