Incendies en Russie : les risques nucléaires minimisés ?


Par Rachida Boughriet

Les incendies de forêts, qui sévissent depuis fin juillet en Russie, ont diminué d’intensité. Les autorités excluent tout risque de contamination radioactive alors que les parties prenantes dénoncent une rétention de l’information.

La canicule semble désormais toucher à sa fin en Russie faisant place aux orages. Des pluies qui s’avèrent être les bienvenues pour lutter contre les flammes qui ont fait à ce jour une cinquantaine de morts, d’après les autorités. Près d’un million d’hectares de forêts et tourbières ont été brûlés dans le pays depuis le début des incendies fin juillet. Des incendies qui, selon l’AFP, faisaient encore rage lundi 16 août, sur plus de 45.000 hectares notamment près de plusieurs sites nucléaires faisant redouter un risque d’accident. Des fumées toxiques planaient à nouveau dimanche dans la capitale russe avec pour conséquence un pic des concentrations en monoxyde de carbone, avant d’être dispersées hier par les vents.

Si les conditions climatiques sont en cause en Russie, de plus en plus de voix s’élèvent pour dire que les incendies sont dues à une mauvaise gestion des forêts. Le ministère des Situations d’urgence a annoncé ce 17 août que la surface des incendies a diminué ces dernières vingt-quatre heures passant de 45.800 à 22.700 hectares. Dans la région de Moscou, les feux ne s’étendraient plus que sur 33 hectares.

Une réelle menace ?

Les autorités ont aussi annoncé qu’elles réussissaient à venir à bout de l’incendie menaçant le centre nucléaire de Sarov, à 500 km à l’est de Moscou. L’un des responsables du ministère des Situations d’urgence, Igor Panchine, a réitéré toute absence de menaces pour le périmètre entourant le centre nucléaire et que  »la situation s’est stabilisée ». Les autorités russes démentent tout risque sanitaire liée à une pollution atmosphérique due aux particules radioactives générées par la combustion du bois. Dispersées par les vents, ces particules pourraient être inhalées par les populations. Les autorités ont aussi réaffirmé que le niveau de radiation dans le pays était  »normal ». De même qu’il  »n’y a pas de menace radioactive sur le territoire de Sarov », a assuré Sergueï Kirienko, le président du géant nucléaire russe Rosatom. Ce dernier a néanmoins reconnu que les matériaux sensibles avaient dû être évacués par deux fois du centre ces derniers jours.

Les autorités ont assuré que la situation était sous contrôle alors que les soupçons de censure enflent autour d’un risque nucléaire. D’autant que le site Internet de l’agence de surveillance des forêts, Roslesozachtchita, qui avait révélé que 4.000 hectares au total de territoires contaminés par des éléments radioactifs avaient brûlé en libérant des particules radioactives, est depuis vendredi inaccessible.

Si le danger semble notamment écarté, selon les autorités, autour du centre nucléaire de Sarov, dans la seule région de Byansk – particulièrement touchée par l’explosion de Tchernobyl en 1986 – pas moins de trois foyers d’incendie avaient été détectés, a observé l’organisation écologiste Greenpeace Russie. 270 hectares auraient brûlé dans la région de Briank, d’après l’agence de protection des forêts.
La situation resterait également préoccupante autour du centre de retraitement et de stockage de déchets nucléaires de Mayak. Le 13 août, l’organisation écologiste Réseau Sortir du nucléaire a alerté dans un communiqué  »d’un nouveau risque de contamination radioactive, lié à la sévère baisse des eaux dans la région contaminée de Mayak, touchée par la sécheresse et les incendies ». Pour Natalia Mironova, présidente de l’ONG russe Mouvement pour la Sûreté Nucléaire :  »Contre toute raison et au mépris des conséquences, les installations nucléaires de notre région continuent de déverser des déchets radioactifs dans des rivières et des lacs. Le centre d’assemblage de têtes nucléaires de Trekhgorny déverse ses déchets dans la rivière Yuryuzan. Le centre nucléaire de Snejinsk constitue une menace pour les lacs de Kasli. Quant au complexe de Mayak, il utilise quatre lacs comme site de stockage de déchets radioactifs à l’air libre : les lacs Karatchaï, Staroye Boloto, Kyzyltash et Tatysh ; il utilise également quatre des réservoirs de la cascade de Techenskom. Dans les chenaux qui bordent la cascade, comme dans les marais d’Asanovskie, les fuites sont potentiellement dangereuses, en particulier si le niveau de la nappe phréatique baisse ».

Ya-t-il un réel risque sanitaire ou faut-il croire le Kremlin ? Les écologistes pointent du doigt une censure. Le Réseau Sortir du nucléaire a pour sa part dénoncé  »la politique de déni des autorités russes et leur culture du secret, en particulier lorsqu’il s’agit de questions nucléaires. Il serait inconscient de prendre leurs affirmations rassurantes pour argent comptant ». A l’instar de l’ONG, la Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité (CRIIRAD) s’inquiète  »de l’absence totale de résultat d’analyse sur la Russie où le niveau de risque est bien entendu sans commune mesure. Cette opacité est d’autant plus préoccupante que les autorités russes disposent nécessairement de balises de surveillance de la radioactivité atmosphérique », a-t-elle souligné.

Pas de risques sanitaires, selon l’IRSN

Les experts russes et Greenpeace Russie se veulent toutefois plus rassurants. Les incendies dans les zones irradiées auraient conduit à une propagation minimale de la radioactivité et ne présenterait pas de danger sanitaire, selon eux. Une analyse que partage l’Institut français de Radioprotection et de Sûreté nucléaire (ISRN) :  »même si les territoires contaminés étaient touchés par les feux en Russie, la situation n’entraînerait pas de risques sanitaires pour la population, localement et dans les autres pays européens ».  »Une légère augmentation de la radioactivité due au césium 137 (particule radioactive ndlr) pourrait être mesurée dans l’environnement mais elle serait beaucoup plus faible que la radioactivité naturelle », conclut l’Institut le 12 août en soulignant que  »les résultats de telles mesures ne seraient pas disponibles avant plusieurs semaines après les événements ». Affaire à suivre…

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