Microsoft : y a-t-il péril en la demeure?


Par Dominique Lamy . (Les Affaires)

L’ancien vaisseau amiral du secteur de l’informatique est-il en train de sombrer ? De nombreuses brèches sont à colmater, disent les experts, mais la coque du navire est encore solide quoique le géant doive agir rapidement pour ne pas se faire déclasser.

Microsoft est bombardée de toutes parts. Lorsque ce n’est pas Google qui attaque en lançant de nouveaux produits,c’est Apple. Et lorsque ces titans offrent un répit au géant de Redmond, ce sont les plus petits acteurs de l’industrie, comme Adobe, Corel, Mozilla, Sony et Yahoo qui se dressent sur son chemin. À cette concurrence s’est ajoutée la récession de 2009.

Les investisseurs sont donc découragés, d’autant plus que Microsoft tarde à riposter. Depuis le début de l’année, l’action de Microsoft a plongé de 20 %, alors que l’indice Nasdaq a reculé de 4 %.

Bien placée pour profiter du redressement de l’économieMicrosoft sera bien placée pour augmenter ses revenus lorsque l’économie se sera redressée de façon durable, dit Gabriel Lancry, administrateur associé, Gestion de patrimoine, chez Scotia McLeod.

 » Microsoft est un titre phare du secteur de la technologie, et est tributaire de l’économie, comme l’est General Electric, par exemple. Certains facteurs seront à surveiller au cours des prochaines semaines, notamment l’évolution des ventes d’ordinateurs dans les entreprises européennes, et la capacité de Microsoft à bien gérer ses coûts « , souligne-t-il.

Au chapitre des dépenses, Microsoft a agréablement surpris à son quatrième trimestre clos le 30 juin dernier. Sa gestion efficace des coûts lui a permis d’afficher un bénéfice par action de 0,51 $ US, soit 0,05 $ US de plus que prévu par le consensus des analystes.Ce rendement a mené Brent C. Williams, analyste chez Benchmark, à relever sa recommandation sur le titre, qui est passée de  » conserver  » à  » acheter « . M. Williams établit sa cible d’un an à 32 $ US, et augmente de 7 % ses prévisions de revenus pour l’exercice 2011, qui passent ainsi à 68,2 milliards de dollars américains. Les revenus de Microsoft seraient alors de 17 % supérieurs à ceux de 2010, alors qu’ils avaient fléchi de 3 % au dernier exercice.

De leur côté, les analystes de Credit Suisse soulignent que le titre s’échange à un escompte de 13 % par rapport au cours- bénéfice du S&P 500. Ils maintiennent leur recommandation à  » surperformant « . En fait, le titre de Microsoft est tellement déprimé qu’il se négocie à moins de 10 fois le bénéfice prévu pour l’exercice en cours. Le titre demeure le premier choix des experts de Credit Suisse parmi les grandes capitalisations du secteur des technologies. Ils fixent leur cible à 40 $ US.François Rochon, président et gestionnaire de portefeuilles de Giverny Capital, est plus prudent.  » Le marché est tellement irrationnel qu’il est difficile de prévoir une cible d’ici un an, dit-il. Toutefois, je pense que le titre pourrait atteindre 55 $ US dans cinq ans. Le titre est clairement sous-évalué, comme le sont plusieurs grandes capitalisations américaines en ce moment. « Pour sa part, M. Lancry, établit une cible entre 32 et 35 $ US d’ici un an.  » Je ne m’attends pas à une explosion du titre d’ici la prochaine année, étant donné que les attentes face à l’entreprise sont élevées. « 

Cinq secteurs clés pour l’avenir

Dirigée depuis le 14 janvier 2000 par Steven A. Ballmer, Microsoft peine à répondre efficacement aux attaques de la concurrence. Il n’en demeure pas moins que de nouveaux produits sont appelés à générer des revenus importants et à rendre l’entreprise moins dépendante de ses produits-vedettes, Windows et Office.Alors que certains experts attendent avec impatience le lancement du Windows Phone 7 ou d’une éventuelle tablette tactile, le moteur de recherche Bing connaît un bon succès, et la console de jeux vidéo Kinect fait tourner les têtes. Par ailleurs, Microsoft occupe une position de chef de file dans le marché prometteur du cloud computing.

Voici les cinq secteurs dans lesquels Microsoft doit agir avec rapidité et efficacité pour ne pas se faire déclasser.

TÉLÉPHONIE SANS FIL

Un retard difficile à combler

Microsoft a subi un échec retentissant avec son téléphone sans fil Kin, qui devait faire concurrence au populaire iPhone d’Apple. En effet, des ventes anémiques ont forcé Microsoft à cesser la production du Kin deux mois seulement après sa mise en marché.Ce sans-fil a été l’objet de critiques virulentes, car il était impossible d’y installer des applications. L’entreprise planche maintenant sur Windows Phone 7, un système d’exploitation pour sans-fil.  » Cependant, Microsoft ne semble pas avoir une stratégie bien définie pour freiner le momentum de Google. Sa stratégie en téléphonie mobile pourrait s’avérer trop timide « , affirme Brent C. Williams, analyste chez Benchmark.

 

TABLETTE TACTILE

À quand une riposte ?

 » Nous devons faire bouger les choses pour offrir un tel produit [une tablette tactile] sous Windows 7 « , a indiqué le pdg Steven Ballmer aux analystes le 29 juillet dernier.Son empressement s’explique sans doute par le fait que l’initiateur de cette famille de produits, Apple, devrait vendre entre 3 et 4 millions d’iPad dès la première année de commercialisation, selon ABI Research.De leur côté, Piper Jaffray et Gartner Group prévoient que 9 millions de tablettes tactiles, toutes marques confondues, seront vendues en 2010. Selon eux, ce marché est appelé à devenir fort lucratif : ils estiment que les ventes annuelles atteindront 57 millions d’unités en 2015.Le temps presse pour Microsoft : outre Apple, de grands noms comme Acer, Hewlett-Packard, Research In Motion, Motorola, Cisco, Toshiba et Dell sont déjà entrés dans ce marché au potentiel immense.

BING

Encore petit, mais en croissance

L’objectif avoué de Microsoft, lors du lancement de Bing en juin 2009, était d’ébranler la suprématie de Google dans le secteur des moteurs de recherche. Bing innove en termes d’algorithmes, donnant des résultats plus pertinents, mieux organisés et classés en rubriques thématiques, affirme le géant de Redmond.Depuis le 9 juin, les plus récents gazouillis en provenance de Twitter et les mises à jour des statuts Facebook font partie des résultats de recherche présentés par Bing.La domination de Google est toujours écrasante dans le secteur de la recherche, mais tend à s’effriter aux États-Unis. Selon le spécialiste de la mesure d’audience Comscore, le populaire moteur de recherche a récolté 61,6 % des requêtes en juillet 2010, 3,1 points de pourcentage de mois qu’un an auparavant. Cette légère érosion profite à Yahoo et à Bing, les requêtes faites sur ce dernier ayant augmenté de 3,7 points de pourcentage sur un an, pour atteindre 12,6 % en juillet 2010. Yahoo, le concurrent le plus proche de Google, plafonne à 20,1 %.

KINECT

La console de jeu révolutionnaire

Le nouveau système Kinect surpasse la technologie utilisée depuis quelques années par la console Wii de Nintendo : les joueurs seront désormais en mesure d’interagir avec leurs jeux sans utiliser de manettes.Le Kinect est équipé d’une caméra, de senseurs audio et de détecteurs de mouvements. Plusieurs points de mouvements permettent de saisir les volontés du joueur. Semblable à une webcam, l’appareil se branche directement à la console Xbox 360.Le Kinect sera en vente en Amérique du Nord le 4 novembre prochain. Prix de détail : entre 150 et 300 $ US, puisque deux options seront proposées aux consommateurs. » Le Kinect pourrait générer des revenus de 900 millions de dollars dès la première année, en supposant que 15 % des 40 millions d’utilisateurs de la Xbox 360 se laisseront séduire par ce nouveau produit « , précise Sandeep Aggarwal, analyste chez Caris & Co.

LE CLOUD COMPUTING

Une voie de croissance prometteuse

Le marché du cloud computing (informatique dans les nuages), ou l’art d’accéder à de nombreux services en ligne sans avoir à gérer l’infrastructure sous-jacente, connaîtra une croissance impressionnante, selon Microsoft. Ce marché est évalué entre 200 à 300 millions d’utilisateurs dans le monde.Microsoft a annoncé récemment que eBay est un des premiers clients de son programme Azure. Si ce programme connaît un bon succès, l’entreprise pourrait, comme IBM, s’approprier une part importante du marché du cloud computing. » Microsoft semble être le fournisseur le mieux positionné pour l’informatique dans les nuages. En offrant ses produits existants dans le cloud computing, l’entreprise possède un avantage concurrentiel sur certains fournisseurs, tels qu’Amazon et Google « , disent les analystes de McAdams, Wright et Ragen.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :