JO de Sochi 2014 : les signaux sur les engagements  »verts » virent au rouge


Par Sophie Fabrégat

Sur le papier, le comité d’organisation des jeux olympiques de Sochi 2014 affiche des intentions résolument vertes mais le doute n’a pas tardé à s’installer quant à la véritable prise en compte de l’environnement par les organisateurs.


Après le retrait des ONG environnementales jugeant que leur avis n’était pas pris en compte et un rapport du PNUE pointant la lenteur des autorités russes à mettre en place des mesures propres à protéger l’environnement, c’est au tour de la Cour des comptes russe d’accabler le comité d’organisation des jeux olympiques de Sochi 2014.
Cette station balnéaire de la mer Noire ferait face à un grave problème de gestion des déchets, rapporte l’édition du 7 septembre dernier du quotidien Vedomosti. Aucune décharge légale n’existe dans cette ville de la mer Noire et la plupart des égouts se déversent dans la mer sans avoir été traités.
L’organisation de jeux olympiques dans cette région, déjà soumise aux pressions de l’industrie touristique (un million de visiteurs chaque année pour 400.000 habitants), devrait aggraver le problème. La future ville olympique va générer quelque 817.000 tonnes de débris de construction d’ici 2013, auxquels s’ajoutent les millions de tonnes de déchets ménagers qui posent déjà problème, note le rapport. Le président de la Cour des comptes aurait écrit au Premier ministre Vladimir Poutine, recommandant des mesures pour que les ordures soient évacuées de Sochi et retraitées ailleurs.
Si le comité d’organisation des JO n’est qu’indirectement pointé du doigt, celui-ci demeure néanmoins au centre des attentes. D’emblée les organisateurs de ces premiers jeux d’hiver en Russie ont affiché la couleur verte, mais celle-ci semble virer au rouge au fur et à mesure de l’avancement des travaux…
Pourtant, en octobre 2009, le Comité international olympique (CIO) indiquait que  »relevant les défis de développement durable, Sochi 2014 a développé une stratégie écologique et un Plan fonctionnel incorporant des normes vertes dans le développement des sites Olympiques, l’utilisation de sources d’énergie alternatives, la neutralité carbone et [ironie !] zéro déchets ».

Abandon de certains projets sous la pression du PNUE

Selon le CIO,  »les Jeux s’articuleront autour de deux noyaux : un noyau côtier pour les épreuves des sports de glace à Sochi et un noyau de montagne à Krasnaya Polyana. Ce schéma fera de cette édition l’une des plus compactes de l’histoire des Jeux, avec près de 30 minutes de temps de trajet entre chacun des deux noyaux ».
Le  »noyau montagne » a été dénoncé pendant des mois par les associations de protection de l’environnement. La piste de bobsleigh et le village olympique de montagne étaient en effet prévus sur une zone limitrophe à la réserve nationale du Caucase de l’ouest, une biosphère subtropicale classée par l’Unesco au Patrimoine mondial de l’humanité en 1999, comme  »l’une des rares grandes régions de montagne d’Europe qui n’ait pas subi d’importants impacts humains ».
Il aura fallu attendre un rapport critique du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), consultant du CIO pour les questions environnementales, pour que le Comité d’organisation recule. Publié le 16 mars, ce rapport, après qu’une mission s’est rendu sur place fin janvier, regrettait que  »la mise en oeuvre de décisions prises au niveau politique, afin de réduire et de compenser l’impact des projets olympiques et touristiques, prenne trop de temps ».
Réponse d’Eduard Mercey, un des responsables du département des relations extérieures de la ville de Sochi, lors de la venue de la délégation russe au Marché international des professionnels de l’immobilier à Cannes :  »les Jeux olympiques d’hiver de 2014 créent beaucoup d’emplois avec l’apparition de nouvelles infrastructures, notamment routières. C’est le plus important ». Le ton est donné ! Peu de temps après cependant, Vladimir Poutine a exigé une délocalisation de trois projets du  »noyau montagne ».

Un plan de gestion des déchets ambitieux sur le papier

Interrogé sur le rapport de la cour des comptes russe, via son attachée de presse, le comité d’organisation des JO renvoie à son plan environnemental  »visant à la fois à protéger l’environnement, à valoriser les ressources naturelles de la région, et à sensibiliser la population de tout le pays aux questions environnementales ». Tout un programme ! Et de rappeler les actions engagées :  »déjà 50 % des organisations impliquées dans la construction des sites Olympiques appliquent le système de gestion des risques environnementaux et sont certifiées ISO 14001, 10 sites Olympiques certifiés en conformité avec les standards « verts » internationaux LEED (système nord-américain de standardisation de bâtiments à haute qualité environnementale) et BREEAM (équivalent de la certification française haute qualité environnementale), des dispositifs de protection des rives mis en place sur une longueur de 3,5 km de la rivière de Mzymta, limitation de l’exploitation des rivières du bassin de la Mer Noire, 13 sites Olympiques disposent de systèmes autonomes d’alimentation en eau, 6% de zones naturelles protégées en plus par rapport à 2006, réduction d’un tiers de fuites d’eau par rapport à l’année 2007 grâce à la rénovation du réseau de canalisation… ».
Sur le plan des déchets, le comité affirme agir également via la mise en œuvre d’un  »nouveau système de transport et de recyclage des déchets à Sochi, de matériel et véhicules spéciaux pour la collecte, le transport et le stockage des déchets dans des déchetteries, d’une déchetterie pour un stockage sécurisé des déchets ménagers dans la confluence des rivières Boo et Kobza, d’une usine d’incinération et de la valorisation du tri, du recyclage et de la réutilisation des déchets… ».
Un rapport sur la durabilité des jeux de Sochi pour 2007-2008, a été publié en juin 2010, selon le modèle du Global reporting initiative (GRI), un référentiel mis à disposition des organisateurs d’événements et soutenu par le CIO. Celui-ci dresse un état des lieux de la gestion des déchets à Sochi (270.000 tonnes de déchets produits par an) et constate un manque d’infrastruture moderne de collecte, de tri et de valorisation des déchets. Et d’envisager la création d’une usine de tri des déchets sur le site de l’usine d’incinération de déchets anciens dans la région de Sochi Khosta, qui a été fermée en raison de préoccupations environnementales, sanitaires et hygiéniques. La capacité de la nouvelle usine est de 200.000 tonnes. L’installation comprend une partie recyclage des déchets domestiques solides et une partie compost des déchets organiques. Selon le rapport, un nouveau site d’enfouissement pour enterrer les parties non recyclables des déchets domestiques solides sera construite dans la région de Sochi Lazarevsky. La durée de vie du site de douze hectares est estimée à 15 ans.
Et de conclure :  »ces projets permettront de réduire considérablement le volume des ordures ménagères enfouies, de minimiser son impact sur l’environnement, et permettre le recyclage d’un maximum de 60-70 % des déchets (…). Organiser ces Jeux est une chance de résoudre les problèmes qui se sont accumulés ».
Simple déclaration de principe ou véritable volonté d’action ? En août dernier, Théodore Oben, chef de l’unité de sensibilisation du PNUE, semblait convaincu des bonnes intentions du comité d’organisation :  »je suis convaincu du succès de Sochi 2014 en matière de protection de l’environnement ». A suivre…

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