« Manifestement les économistes m’atterrent ! »1/3 : les marchés marchent-ils ?


Par Dominique Guizien (D&E)

A. Les marchés marchent-ils ?

1° fausse évidence : Les marchés financiers sont efficients

Mesure 1 : cloisonner strictement les marchés financiers et les activités des acteurs financiers, interdire aux banques de spéculer pour leur compte propre, pour éviter la propagation des bulles et des krachs.

 Mesure 2 : réduire la liquidité et la spéculation déstabilisatrice par des contrôles sur les mouvements de capitaux et des taxes sur les transactions financières

Mesure 3 : limiter les transactions financières à celles répondant aux besoins de l’économie réelle (ex. : CDS uniquement pour les détenteurs des titres assurés, etc.)

Mesure 4 : plafonner la rémunération des traders

C’est vrai qu’après avoir subi en moins de 10 ans 3 crises financières  dont la dernière a failli nous emporter tous, continuer à affirmer que les « marchés sont efficients » est atterrant et suppose à tout le moins que ceux qui le dise nous donne leur définition de l’efficience.

Mais enfin, la littérature économique de ces derniers est assez riche en la matière pour qu’on n’ait  pas besoin d’énoncer cette évidence « Non, les marchés financiers ne sont pas efficients ! ».

Autant la littérature économique est riche autant les 4 réponses apportées par les 4 mousquetaires sont pauvres. Ou peut-être nous paraissent-elles telles parce qu’on les a déjà entendu maintes et maintes fois, notamment lors de déclarations fracassantes pré-G 8/G20. Mais pour autant répondent-elles au problème ? Parfois, on a l’impression qu’on nous dit « Evitez d’ouvrir les fenêtres si vous ne voulez pas que votre grippe empire ! » ce qui est du bon sens mais pour ce qui de vous soigner de votre grippe, bernique !

En effet, il n’y a rien sur la transparence des produits et sur la nocivité constitutive des produits dérivés. Or c’est justement cela qui  rend les marchés financiers inefficients : l’absence de transparence et la vente de produits frelattés.

2° fausse évidence : Les marchés financiers sont favorables à la croissance économique

Mesure 5 : renforcer significativement les contre-pouvoirs dans les entreprises pour obliger les directions à prendre en compte les intérêts de l’ensemble des parties prenantes

Mesure 6 : accroître fortement l’imposition des très hauts revenus pour décourager la course aux rendements insoutenables

Mesure 7 : réduire la dépendance des entreprises vis-à-vis des marchés financiers, en développant un politique publique du crédit (taux préférentiels pour les activités prioritaires au plan social et environnemental)

Là, je suis intrigué : où ces économistes sont-ils allés chercher cette « évidence » pour dire aussitôt qu’elle était fausse ? Sans doute ont-ils confondus « croissance de l’économie » et « croissance des entreprises ». Et puis écrire « Ce sont les entreprises qui financent les actionnaires et non le contraire. » C’est quand même faire preuve d’angélisme. Il n’y a que Muhammad Yunus, quand il en « tape cinq » avec Franck Riboud, pour penser que le capital va dans l’entreprise pour la financer sans attente de retour. Il va dans l’entreprise pour SE financer, S’arrondir, croître et prospérer. Je veux bien croire en l’image de l’entrepreneur qui entreprend par goût de bâtir quelque chose mais à partir du moment où il va sur ce qu’on appelle « les marchés financiers » pour réaliser son projet, ceux-ci se battent l’œil du projet et regardent avant tout Sainte EBITDA.

Mais le raisonnement est subtil ensuite : à partir du moment où il y a alliance entre l’actionnaire et les cadres dirigeants pour capter le maximum de la richesse créée, il est clair que cela va à l’encontre de l’économie car c’est le reste de la richesse créée, notamment les salaires qui font tourner la machine marchande. Mais cela on le sait depuis….Henry Ford. Cela dit les conséquences qu’en tire nos 4 compères sont justes. Il suffirait peut-être qu’ils nous disent un peu plus comment.

Mais je prends tout de suite si on me dit « refonte du droit de l’entreprise avec introduction de nouvelles règles de gouvernance des entités de production en parallèle d’une réforme du droit des sociétés proprement dit. »

Mais je prends toujours si on me dit « refonte du système fiscal avec une moindre taxation du travail et plus des revenus quelle que soit leur origine, avec écrêtement draconiens des revenus disponibles et solidarité entre génération via la taxation des successions ».

Par contre je reste dubitatif sur une politique publique du crédit : nos banques ne sont pas des bisoubanques et faute d’avoir exploité un court moment de faiblesse de ces banques pour leur imposer ces règles, nous n’avons que nos yeux pour pleurer. A l’époque du Franc, la Banque de France avait cette capacité : la BCE ne l’a pas et voilà pourquoi le banques sont seules maîtresses de financer l’économie comme elles l’entendent

3° fausse évidence : les marchés sont de bons juges de la solvabilité des Etats.

Mesure 8 : les agences de notation financière ne doivent pas être autorisées à peser arbitrairement sur les taux d’intérêt des marchés obligataires en dégradant la note d’un Etat : on devrait réglementer leur activité en exigeant que cette note résulte d’un calcul économique transparent

Mesure8bis : affranchir les Etats de la menace des marchés financiers en garantissant le rachat des titres publics par la BCE

Cette assertion n’est pas une fausse évidence, n’en déplaise à la “bande des 4″ : en tant que financiers, les marchés financiers sont de bons juges de la solvabilité des Etats. Je m’explique : la finance, c’est 10% de gros sous et 90% de confiance (ça vient d’où d’après vous le mot « crédit » ?). Partant de là, il est clair que si les marchés pensent que les Etats ne sont pas solvables, ils vont effectivement devenir insolvables. La question est donc bien celle des agences de notation. La proposition n° 8 vaut son pesant d’efficacité : ce « on devrait réglementer… » est un grand retour en force du grand Faucon accompagné du grand Yaka. La proposition 8bis (tiens pourquoi pas 9 ?) qui revient à dire que la BCE devient le prêteur en dernier ressort gagnerait à être formulée ainsi parce que cela a quelques conséquences sur l’organisation générale de la zone €uro. A vouloir édulcorer son propos , on finit par l’émasculer.

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