« Manifestement les économistes m’atterrent ! »3/3 : « Europe ! Europe ! Europe !” dit le chœur des cabris


Par Dominique Guizien (D&E)

C. « Europe ! Europe ! Europe !” dit le chœur des cabris

8° fausse évidence : l’Union Européenne défend le modèle social européen

Mesure 16 : remettre en cause la libre circulation des capitaux et des marchandises entre l’UE et le reste du monde, en négociant des accords multilatéraux ou bilatéraux si nécessaire.

Mesure 17 : au lieu de la politique de concurrence, faire de « l’harmonisation par le progrès » le fil directeur de la construction européenne. Mettre en place des objectifs communs à portée contraignante en matière de progrès social comme en matière macroéconomique (des GOPS, grandes orientations de politique sociale)

Rocard l’avait déjà écrit en 1969 «  c’est le Marché Commun contre l’Europe. » Delors ne disait pas autre chose au moment de l’adoption scabreuse du Traité de Maastricht « maintenant, il va falloir mettre plus de social dans le Traité de l’Union. » Mais faute de l’avoir fait, nous avons eu les palinodies qu’on sait concernant l’adoption du « Traité » de Lisbonne

En ce qui concerne les propositions faites, qui ne sont pas mauvaises sur le principe mais plus ardues dans la mise en œuvre, il faudrait peut-être appeler un chat, un chat. La mesure 16, c’est bien réintroduire du protectionnisme. C’est à la mode puisque même la Chine parle de réintroduire des mesures protectionnistes (c’est un comble). Mais attention réintroduire à dose homéopathique ou aller dans le sens de Maurice Allais, faire cela à grande échelle ?

La mesure 17, c’est ouvrir un chantier institutionnel vaste. Cela revient à réformer fortement l’équilibre institutionnel de l’Union Européenne mais aussi changer la philosophie libérale qui le sous-tend. Pour une telle réforme, il serait illusoire de vouloir s’appuyer sur la Commission, dont les orientations doctrinales ne reflètent pas l’équilibre des forces démocratiques en Europe. Il serait également illusoire de vouloir s’appuyer sur le Conseil dont le mode de fonctionnement, jusqu’à la semaine dernière était celui d’un Club très consensuel. Reste donc le Parlement Européen, mais ceci nous mène un peu loin de l’économie, quoique…

9° fausse évidence : l’€uro est un bouclier contre la crise

Mesure 18 : assurer une véritable coordination des politiques macroéconomique et une réduction concertée des déséquilibres commerciaux entre pays européens

Mesure 19 : compenser les déséquilibres de paiement en Europe par une Banque de Règlement (organisant les prêts entre pays européens)

Mesure 20 : si la crise de l’Euro mène à son éclatement, et en attendant la montée en régime du budget européen (cf. infra), établir un régime monétaire intraeuropéen (monnaie commune de type « bancor ») qui organise la résorption des déséquilibres des balances commerciales au sein de l’Europe

10° fausse évidence : la crise grecque a enfin permis d’avancer vers un gouvernement économique et une vraie solidarité européenne

Mesure 21 : développer une fiscalité européenne (taxe carbone, impôt sur les bénéfices,…) et un véritable budget européen pour aider à la convergence des économies et tendre vers une égalisation des conditions d’accès aux services publics et sociaux dans les divers Etats membres sur la base des meilleures pratiques…

Mesure 22 : lancer un vaste plan européen, financé par souscription auprès du public à taux d’intérêt faible mais garanti et/ou par création monétaire de la BCE, pour engager la reconversion écologique de l’économie.

Ces deux points se traitent ensemble. Dire que  « l’Europe est plus durement et plus durablement affectée par la crises que le reste du monde »  et un peu rapide et fait peu de cas de la situation du continent africain. Ce qui est vrai par contre, c’est que la deuxième crise financière, celle de la dette souveraine a montré que la Zone €uro loin d’être le socle solide qu’on vantait, n’était en fait qu’une frêle coquille. L’Euro est un bouclier moins solide que le bouclier fiscal et la crise grecque n’a débouché sur aucune prise de décision politique. En matière de solution proposée, il aurait plus simple d’écrire : une monnaie commune signifie une politique économique commune, une politique fiscale commune et disposer des outils de toute bonne “policy mix” : une politique monétaire, c’est-à-dire une BCE très active et dotée de réels pouvoirs d’une part et d’autre part  une politique budgétaire c’est-à-dire d’un budget propre. C’est évidemment un chantier de très longue haleine, c’est pourquoi nos 4 barbus ont raison de faire ces propositions provisoires qui sont des étapes vers la convergence totale. Pour la suite, il est certain que le Parlement Européen peut être un allié de poids.

J’émettrais juste une objection sur la mesure 20 : il me paraît illusoire de penser que si l’Euro éclate, on va pouvoir recréer un régime monétaire . Sur quelle base refonder un nouveau SME puisqu’on aura plus ni panier, ni monnaies à mettre dans ce panier. Si l’€uro éclate, il faut avoir le courage de se dire qu’il n’y a pas de plan B, à la limite on aura un plan $ mais ça vaut ce que ça vaut.

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