Semaine de l’investissement responsable : les critères « extra-financiers » ont le vent en poupe


Par Agnès Sinaï (Actu-Environnement)

Même si la part des encours ISR reste modeste (environ 3% de la gestion en France), le marché ne cesse de croître depuis les années 2000. Entre 2008 et 2009, il a connu une hausse de 70%, selon Novethic.

L’investissement socialement responsable est la réponse des marchés financiers aux enjeux du développement durable. Concrètement, il s’agit d’appliquer une analyse environnementale, sociale et de gouvernance en plus des critères financiers habituels dans la décision d’investissement. Lorsqu’on parle d’investissement socialement responsable (ISR), c’est généralement pour désigner les fonds distribués dans les réseaux bancaires qui intègrent dans leur sélection d’actions des critères environnementaux, sociétaux et de gouvernance.

Mais une nouvelle tendance s’affirme depuis 2006 : les grands investisseurs institutionnels que sont les fonds de pension, les assureurs et réassureurs, les fonds de réserve ou autres investisseurs institutionnels publics manifestent un intérêt croissant pour ces critères dits extra-financiers. Pourquoi ce soudain engouement ? Pression des ONG ? Recherche de bonne conscience face à la montée des préoccupations de l’opinion sur l’avenir de la planète ? Aspiration des bénéficiaires à changer le monde ?

La réponse est à rechercher du côté de la logique économique elle-même. La conviction est de plus en plus partagée sur le fait que les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance ont un impact sur la performance économique des entreprises. Les atteintes à l’environnement et la perspective d’une hausse du prix des énergies fossiles, de même que les risques réputationnels liés aux questions éthiques ou sociétales ne sont pas sans conséquences financières pour les entreprises.

C’est ce que confirme Peter Michaelis, responsable chez Aviva Investors de la gestion IDR (« Investissement durable et responsable »), qui constate qu’au cours des 20 dernières années,  »les difficultés d’entreprises comme Enron, General Motors, Parmalat, Lehman, BP ont été liées à des enjeux de gouvernance et à des enjeux sociaux et environnementaux. En revanche, les entreprises qui agissent dans l’intérêt public affichent de meilleures performances à long terme. C’est toute la différence entre Lehman et HSBC par exemple. »

Le changement climatique illustre l’évolution de la prise de conscience. Sujet de controverse entre scientifiques il y a quelques années, il est devenu une thématique économique majeure. Les émissions de gaz à effet de serre ont désormais un prix, qui affecte potentiellement le cours des actions des entreprises concernées par le système européen d’allocation de quotas. Les assureurs et réassureurs sont déjà confrontés à la multiplication de phénomènes climatiques extrêmes.

Il en résulte que l’intégration des critères ESG (Environnement, Social, Gouvernance) dans la gestion financière se développe. La prise en compte des questions sociales et environnementales se manifeste fortement dans le paysage français de l’ISR. Entre fin 2008 et fin 2009, le marché ISR des résidents français est passé de 30 milliards d’euros à près de 51 milliards d’euros, soit une croissance de +70%, bien supérieure à celle des années précédentes (+37% en 2008, +30% en 2007), selon une enquête de Novethic. De nouveaux acteurs comme les gestionnaires d’actifs immobiliers ou les spécialistes de l’investissement dans les entreprises non cotées commencent à mettre en place des grilles d’analyse extra-financière.

Une appellation controversée

C’est le cas d’Aviva Investors, qui a diversifié sa gamme de stratégies en matière d’ISR, selon une grille de critères liés à la nature de la production et à la qualité du management. Aviva Investors estime par exemple devoir attirer ses portefeuilles vers des entreprises telles que Teva, fabricant de médicaments génériques, ou le fabricant de pneus Michelin, qui va commercialiser des pneus à haute efficacité énergétique en 2012.

Pour le moment, les portefeuilles ISR représentent moins de 5% des activités d’Aviva Investors, mais le secteur est appelé à croître. Aviva Investors a annoncé le 13 septembre qu’une coalition d’investisseurs responsables allait écrire aux directeurs des autorités de cotation et des bourses pour réclamer l’intégration du reporting développement durable aux règles de cotation. L’objectif de cette initiative collective est de promouvoir un environnement boursier qui oblige les entreprises à évaluer le caractère plus ou moins responsable de leur modèle et qui les encourage à soumettre au vote de leur assemblée générale une stratégie volontariste en matière de développement durable.

Les Amis de la Terre ont étudié la composition des fonds ISR labellisés par Novethic en 2009. Parmi les 89 fonds analysés, pas moins de 71 contiennent dans leurs portefeuilles d’actifs au moins une des 15 entreprises controversées sélectionnées par les Amis de la Terre pour leurs pratiques sociales et environnementales critiquables : Total, BP, Areva, France Télécom, BNP Paribas, AXA, etc. Pour Soisic Rivoalan, rédactrice du rapport,  »l’appellation « ISR » est totalement illégitime pour une immense majorité des produits d’épargne ainsi nommés par les banques et les assurances elles-mêmes ».

Afin de guider les épargnants, les Amis de la Terre publient un guide éco-citoyen « Environnement : comment choisir mon épargne ? »1.  »Plutôt que d’investir en bourse, les Amis de la Terre conseillent aux épargnants les investissements solidaires, aux garanties sociales et environnementales nettement supérieures à celles de l’ISR », conclut Yann Louvel, en charge de la campagne sur la responsabilité des acteurs financiers privés aux Amis de la Terre.

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Une Réponse

  1. Il convient de distinguer deux types d’invstissement : l’investissement direct dans une entreprise et l’investissement via une institution financière.
    Le premier cas est simple à analyser : vous connaissez la boite, vous pouvez suivre ses performances et donc vous prenez le risque en connaissance de cause. Rien ne vous empêche si vous avez un doute d’intervenir en Assemblée Générale des actionnaires. C’est le type d’investisement que je préconiserai mais il faut avoir le goût du risque
    Maintenant quand vous passez par le truchement d’une institution financière, il s’ajoute fatalement le biais de la culture de telles institutions. Celles-ci sont rarement mues par d’autres motivations que l’intérêt (financier est-il besoin de préciser) . Ceci est fort bien exprimé dans cet article y compris quand l’analyse de l’intérêt prend des détours nouveaux.
    Mais il y a un point sur lequel cet article reste muet ou presque, c’est justement cette question du contrôle de la qualité « socialement responsable » de ces investissements.
    Il serait peut-être un peu naïf de croire que l’évaluation par une agence extérieure, ou des agences extérieures serait une garantie suffisante dès lors qu’au capital et au conseil d’administration de ces agences se trouveraient des représentants des entreprises mentionnées dans cet article. Quant au financement de ces agences, s’il est de même nature que celui des agences de notation financière, les résultats en terme de fiabilité seront les mêmes

    Il serait également illusoire de croire que la « bonne volonté » citoyenne des ONG serait un garde-fou suffisant.
    Par contre on pourrait les deux, approches c’est à dire que le premier investissement socialement responsable serait dans la capitatlisation de structures citoyennes, leur permettant d’acquérir le même niveau de technicité que les dites agences.
    Toutefois la question de la rémunération du service resterait quand même posée
    On pourrait également envisager de renforcer la norme ISO 26000 est en faire un critère premier mais pas unique de sélection.
    On pourrait enfin envisager de modifier la gouvernance de ces entreprises et la qualité de la participation des différentes parties prenantes aux décisions stratégiques ainsi que leur capacité à rendre compte de leurs observations seraient un également un bon critére de sélection.
    Ainsi bordé, l’ISR deviendrait véritablement l’investissement éthique qu’il prétend être .
    Mais sera-t-il encore suffisamment rentable car ne nous voilons pas non plus la face, la plupart d’entre nous sommes prêts à investir dans des entreprises dont nous n’aurions pas à rougir mais
    « il ne faut quand même pas d….., on ne peut pas se contenter du rendement du Livret A tout de même! »

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