l’économie sociale et solidaire à la croisée des chemins


Edito par Dominique Guizien (D&E)

Novembre 2010 : mois de l’économie sociale et solidaire. C’est le moment de faire un peu le point sur ce que cela représente réellement.

D’abord pour planter le décor, il y a cette réflexion http://biwako.skynetblogs.be/archive/2010/10/31/il-faut-faire-place-a-un-service-public-renove-partenaire-d.html 

 inspirée d’une segmentation proposée par Jean-Louis Laville, grand connaisseur du tiers secteur s’il en est,

*entrepreneur social, entrepreneur dont les motivations sont au moins autant sociales qu’entrepreneuriales,

*entreprises d’économie sociale, qui fondent leur légitimité sur leurs statuts et les principes fondamentaux issus du mouvement de Rochdale

 *et les initiatives d’économie solidaire, qui fondent leur légitimité sur l’engagement citoyen dans ce qu’on appelle la société civile.

Le premier a peut-être créé son entreprise sous un régime social qui privilégie le droit de propriété mais les objectifs qu’il poursuit trouvent des résonnances dans les revendications de justice sociale, de consommation responsable ou d’inoccuité environnementale que porte la société civile

Les secondes  ont été créées sur une utopie de révolte contre cette organisation économique qui fondait tout son fonctionnement sur le primat du droit de propriété, le capitalisme,  mais qui dans le quotidien semblent parfois accepter les mécanismes financiers que cette société a généré

Les troisièmes enfin essayent de survivre entre des militants motivés mais sans moyens et un Etat qui se désengage

N’y a-t-il pas au fond une très grande ambigüité dans cet engouement de beaucoup pour l’Economie sociale? Et encore pour éviter d’embrouiller encore un peu plus les choses, j’éviterai de rajouter la piste ouverte par Mohamed Yunus aves son capital social. Trois articles parus dans trois publications très différentes posent bien toutes les illusions que peut véhiculer cette réalité hybride

http://calenda.revues.org/nouvelle17791.html

http://www.mediapart.fr/club/blog/vincent-verschoore/291010/de-l-economie-sociale-et-solidaire

http://lecercle.lesechos.fr/economie-societe/social/221131645/economie-sociale-economie-durable

Entre le vieux rêve autogestionnaire qui reparaît chaque fois qu’une crise pointe son nez avec son cortège de souffrances, de licenciements et de faillites d’entreprise, la tentative de certains de faire passer le modèle d’économie sociale comme une forme aboutie du capitalisme assagi et la tentation de transférer sur la bonne volonté des uns et des autres ce que la solidarité nationale incarnée par un Etat redistributeur ne peut plus ou ne veut plus assumer, il y en a pour tous les goûts. Mais tout le monde n’a pas également raison pour autant.

La façon dont se sont lancés les Etats Généraux de l’Economie Sociale et Solidaire n’a pas permis de lever cette ambigüité. En effet, s’agit-il de renforcer la place institutionnelle de l’Economie Sociale ou de renforcer le mouvement social autour de l’idée qu’il existe une autre façon d’organiser les rapports économiques ?

A sa façon le gouvernement a répondu à cette première question en désignant les représentants de l’Economie Sociale et Solidaire au Conseil Supérieur de l’Economie Sociale et Solidaire. En effet, à la lecture de l’arrêté de nomination, on est frappé de constater que les énarques y sont quasiment plus nombreux que les militants associatifs qu’une forte minorité pour ne pas dire une petite majorité gravitait déjà dans les sphères dirigeantes, il y a un quart de siècle.

Le MOUVES, qui s’est créé un peu par insatisfaction de la situation actuelle au sein de l’économie sociale, tente d’apporter une réponse différente , la voix de ceux qui pensent sincèrement que l’entreprise, c’est aussi un lieu de création sociale et que peu importe le statut pourvu qu’on aille jusqu’au bout de son rêve. Ceux-là se font peut-être des illusions sur la pérennité de leur expérience mais pour l’instant, ils prouvent à force de ténacité, de force de persuasion, de privation parfois  que ça peut fonctionner. C’est ce qu’exprime l’un d’entre eux ici

http://neowei.wordpress.com/2010/10/31/le-mouves-comme-lieu-de-rencontre-du-genie-solitaire-et-du-genie-solidaire/

D’un autre côté, les appels du pied du gouvernement sont parfois un peu lourds comme celui que vient de faire Le ministre en charge de cette question auprès de la jeunesse dont la soif d’utopie semble trouver une réponse dans les principes généreux que ce label sous-entend

http://pro.news-assurances.com/2010/10/31/initiatives-assurance-lancement-du-fonds-jeun%E2%80%99ess-pour-developper-l%E2%80%99economie-sociale-et-solidaire-chez-les-jeunes/

Et parfois on tombe carrément dans la confusion mentale. C’est le cas par exemple  des Juniors Entreprises qui organisent un débat le 17 novembre sur le thème “l’économie sociale : une alternative durable?” . Pour eux au moins les choses sont apparemment claires : le statut (coopérative, mutuelle ou association) ne fait pas l ‘entreprise d’économie sociale puisque trois personnes vont intervenir, l’une intervient au nom de Max Havelaar, l’autre est un patron d’un entreprise classique mais sociale par son objet, Mozaïk RH etla troisième est un ministre, M-Ph. Daubresse remplaçant au pied levé Martin Hirsch indisponible. Il sera du coup intéressant de savoir ce que ces” baby-managers” entendent pas économie sociale (vous avez remarqué qu’au moins, elle n’est pas solidaire), surtout si je vous précise que cette réunion a lieu dans les locaux du MEDEF.

Bref entre les Etats Généraux de l’ESS autour du Labo d’Alphandery, le mois de l’ESS avec des centaines et des centaines d’initiatives qui partent dans tous les sens, le rapport parlementaire de VERCAMER, les premières propositions qui émanent aussi des Etats Généraux de l’emploi et de l’Ecologie,  il y a matière à développer des réflexion qui nous permettront peut-être dans quelques semaines de répondre à ces questions:

l’économie sociale et solidaire est-elle une alternative crédible au capitalisme?

Ou  

N’est-elle qu’un refuge possible pour ceux qui veulent vivre et produire en dehors d’un système qu’ils n’approuvent pas?

Est-elle un laboratoire managerial où le capitalisme pourrait venir ressourcer ses méthodes pour se pérenniser? 

ou

N’est-elle finalement qu’une façon comme une autre qu’un système vicié a trouvé pour se refaire une petite vertu?

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :