La destruction de la démocratie n’est pas nécessaire


Par Pierre Sarton du Jonchay

Financièrement, banques et États ont tellement d’engagements réciproques douteux qu’ils constituent un même paquet de risques inextricables non mesurables. Les pertes sont certaines et massives et il est impossible de dire qui en est responsable et qui doit les assumer. On procède donc à la fuite en avant en siphonnant l’économie réelle saisissable, c’est à dire les contribuables.

Les pertes de crédit sont réputées ne pas exister sous la responsabilité des États et des banques qui s’entendent pour prélever dans l’économie réelle la contrevaleur qui devrait permettre de réduire les pertes accumulées sans avoir à les déclarer et les mesurer. Il n’y a pas de possibilité de résorber une surestimation d’un crédit de la valeur future autrement que par un prélèvement sur celui qui la produit réellement au moment où il la produit effectivement quand le futur anticipé devient présent. Mais une perte de crédit qui n’est pas nommée et imputée au prêteur de celui qui n’a pas rempli son engagement de remboursement doit être imputée à un tiers étranger au contrat de crédit originel. Ce tiers fournit malgré lui la contrevaleur du crédit défectueux pour que les vrais contractants puissent déclarer l’absence de perte réelle et s’exonérer de leurs erreurs personnelles d’anticipation financière.

L’Europe et les Etats-Unis sont engagés dans la résorption des pertes de crédit du système financier par la fiscalité comptant ou à terme qui pèse sur l’économie réelle. Le coût des erreurs d’anticipation financière n’est pas imputé à leurs auteurs mais à l’ensemble des citoyens-contribuables. L’Europe et les États-Unis font la même chose de deux manières différentes ; les États-Unis plus insidieusement en adoptant la planche à billet qui dissimule aux citoyens le pillage financier de l’économie réelle. Les attaques spéculatives sont de ce fait dirigées contre l’Europe qui affiche plus franchement dans des plans d’austérité la destruction engagée de l’économie réelle pour rétablir l’économie financière. Des deux cotés de l’Atlantique, la déflation est à l’œuvre par l’absence de crédibilité de la gestion de l’épargne qui enlève toute certitude à la mesure des prix à terme du système de financement de la croissance. La crédibilité du calcul économique et financier du futur est détruite par la dissimulation engagée par les autorités politiques et financières des erreurs passées.

Nous ne sommes pas face à des faillites de banques et d’États mais face à la faillite de la zone dollar et de la zone euro. Qu’est-ce que cela signifie ? Que le total des dettes accumulées publiques, bancaires et privées représente plus de trois fois le PIB des zones sans compter les engagements de hors bilan publics et privés. Ces niveaux d’endettement sont très approximatifs tant du point de vue nominal de la dette globale que du PIB réel sous-jacent. Tout le monde convient que le seuil de crédibilité du niveau d’endettement par rapport au PIB est dépassé. Et même s’il est possible de construire des scenarios de reversibilité de la boule de neige, il n’y a plus assez de monde pour y croire. Plus fondamentalement, les citoyens n’approuvent pas d’assumer des pertes dont ils ne s’estiment pas responsables et sans que soient établies des règles qui garantissent le rétablissement de la responsabilité financière publique et privée.

Fondamentalement, il y a un problème de répartition du capital pour garantir les dettes en cours. Le capital n’est pas entre les mains des entreprises et des salariés qui produisent la valeur réelle. Il est dans des paradis fiscaux et dans des fonds d’investissement qui vendent à découvert la croissance réelle en zone dollar et en zone euro. Vendre à découvert consiste à promettre le prix de ce qu’on ne produit pas soi-même. L’extra-territorialité financière que permet la liberté absolue de circulation des capitaux permet de vendre à découvert la légalité financière des espaces nationaux qui essaient de réguler notamment l’espace de la zone euro. Comme la croissance ne peut être financée que par de la dette supplémentaire faute d’auto-financement par la demande, les positions spéculatives sur l’effondrement de la zone dollar et de la zone euro sont systématiquement gagnantes et accentuent l’évasion des capitaux.

Les « marchés » connaissent la mécanique sur le bout des doigts et réclament un « juste » équilibre entre planche à billet et écrasement de l’économie réelle par l’austérité budgétaire. La planche à billet maintient la liquidité nécessaire aux transactions et l’austérité fournit la contrepartie réelle à l’évasion des capitaux dans les paradis fiscaux. La mécanique est obligatoire faute de quoi, les banques sont obligées d’afficher leurs pertes latentes et de se mettre en faillite avec toute l’incertitude que cela implique pour les déposants. La seule question que se pose tous les banquiers est : quels sont les confrères qui tomberont avant soi-même. Dès que la question devient trop pressante, tous se retrouvent à presser les dirigeants politiques pour améliorer l’affichage financier des chiffres publics qui dispense de comptabiliser des pertes. La machine infernale ne s’arrêtera qu’avec les premières émeutes menaçant de faire tomber les gouvernements.

Schématiquement, une zone monétaire peut se voire comme une entreprise. Son PIB de l’année peut être vu comme le capital investi pour le remboursement de toutes les dettes inscrites au passif de son bilan global dans l’ensemble du système bancaire. Empiriquement, on considère que la dette financière d’une entreprise dépasse la cote d’alerte au-delà de 100% des fonds propres. Actuellement en dollar et en euro on est au-delà de 300%. Face à une telle situation, une entreprise vend des actifs pour réduire son ratio dette/capital. A l’échelle d’une zone monétaire, la vente d’actifs revient à exporter des capitaux dans d’autres zones monétaires. Les États-Unis et l’Europe se vident de toutes leurs activités délocalisables. La zone euro et la zone dollar tomberont quand la Chine et autres émergents cesseront leurs exportations. Le moment viendra nécessairement où la contrevaleur réelle du dollar ou de l’euro sera tellement insignifiante aux Etats-Unis et en Europe que les étrangers refuseront d’être payés en monnaie de singe. Le scenario alternatif plus probable est l’éclatement de bulles spéculatives dans les pays émergents qui provoquera des émeutes et la désagrégation politique.

Le processus désormais en oeuvre n’est plus économique et financier mais politique. Il détruit l’Etat de droit et les règles du vivre ensemble afin de pas évoquer la responsabilité financière sous-jacente à tout ordre politique durable. La seule manière d’arrêter la descente aux enfers du dollar et de l’euro est un processus d’évaluation objective de tous les débiteurs publics et privés quelle que soit leur taille et la répartition des pertes calculées sur l’ensemble des créanciers dans le monde entier en fonction de leur capacité contributive. Pour obliger les créanciers étrangers à assumer leur part de perte, il faut distinguer le marché international de la monnaie des marchés domestiques. Cela permettrait la dévaluation du dollar et de l’euro par rapport aux prix internationaux ; donc la dévaluation du capital financier émigré dans les paradis fiscaux par rapport au capital réel encore présent aux États-Unis et en Europe. Un tel plan est celui de la fondation du bancor.

 

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