Nucléaire et cleantech, nucléaire ou cleantech ?


Par David Dornbush (D&E)

Face à l’inquiétude suscitée par la terrible catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima au Japon, David Dornbusch – Président de Cleantuesday – revient sur les liaisons conflictuelles entre nucléaire et Cleantech.

Le nucléaire fait-il partie des cleantech au titre des systèmes énergétiques sans émission de CO2 ? C’est, on le sait, le « business plan » d’Areva qui s’est positionné, un peu artificiellement, sur le créneau de l’énergie décarbonée, même si le ratio entre les activités directement liées au nucléaire et celles liées aux énergies renouvelables rend l’ensemble peu crédible.

La tendance est plutôt à exclure le nucléaire du champ des Cleantech

Il existe bien entendu une « mauvaise raison » à cela : la proximité des milieux actifs dans les cleantech avec les cercles écologistes pour lesquels le nucléaire est le diable absolu. Les quelques « repentis », comme le statisticien danois Bjorn Lomborg sont ainsi traités comme des parias. Il existe surtout une bonne raison qui renvoie à la physique profonde des systèmes. L’ensemble des technologies cleantech est liée directement ou indirectement à l’énergie déposée par le soleil à la surface de la Terre, énergie de faible intensité, d’immense extension et « facilement contrôlable ». La source d’énergie du nucléaire qui touche aux mécanismes les plus profonds de la matière est à l’inverse ultra concentrée, excessivement intense et on mesure ces jours-ci sa maîtrise toujours difficile. De ces différences structurelles découlent des différences conceptuelles et des cultures technologiques différentes.

Nucléaire ou cleantech

Au-delà de ces hypothèses de base, le débat qui est posé aujourd’hui, face à l’immense catastrophe japonaise, oppose nucléaire et cleantech. Avec leur réactivité habituelle, les marchés financiers ont tranché. Pendant que les valeurs nucléaires s’effondrent, les cleantech s’envolent. Doit-on donc penser que le nucléaire est mort et que les cleantech vont pouvoir lui succéder très rapidement ? Les capacités technologiques sont là, c’est un fait. Les industries éoliennes, solaires et demain biomasse sont d’ores et déjà capables de produire des centaines de gigawatts. Les technologies existent en parallèle pour faire chuter très rapidement de 15%, puis de 50% et de 75% la consommation énergétique des bâtiments et des machines. Bien entendu l’investissement en regard serait colossal.

Cette approche a été théorisée dans un récent et célèbre rapport du MIT « A Plan to Power 100 Percent of the Planet with Renewables » du Pr Mark Jacobson.  Un scientifique qui propose de produire 100% de l’énergie mondiale avec des ressources renouvelables (solaire, hydrolien en éolien) dès 2030. En face, le nucléaire peut souffrir non seulement de son image mais également d’un vrai problème de compétitivité. Si c’est aujourd’hui un des moyens de production d’électricité les plus économiques, légèrement au-dessus de l’hydraulique et peut-être du gaz, de nouvelles centrales dimensionnées avec des niveaux de sûreté censés prévenir de nouveaux accidents « japonais » pourraient atteindre des prix très élevés.

On a vu l’inflation des coûts de réalisation des nouveaux EPR finlandais – comme de celui de Flamanville – qui vont largement dépasser les cinq milliards d’euros pour 1,6 GW. Les analystes américains annoncent déjà des valeurs de l’ordre de six milliards de dollars par gigawatt installé pour les futurs réacteurs installés aux Etats-Unis. Ces coûts, qui mettent le watt installé à six dollars soit au-dessus de tous les autres types d’énergie connus (le solaire américain est tombé à cinq dollars par watt en 2010), rendent l’installation de nouveaux projets aux Etats-Unis très improbable. L’accident japonais ne va certainement pas améliorer cette situation.

Nucléaire et cleantech

Faut-il pourtant enterrer le nucléaire et tout miser sur les cleantech ? L’Allemagne d’Angela Merkel avait proposé récemment un plan de sortie en biseau du nucléaire pour passer au tout renouvelable d’ici 2050. Une échéance qui paraissait fort raisonnable. Si l’efficacité énergétique et la décroissance très rapide de nos consommations d’énergie, à niveau de vie supérieur ou égal, semblent constituer une piste indiscutable, la question de la production doit être envisagée avec prudence. Tuer trop vite le nucléaire en faisant miroiter la piste du tout renouvelable pourrait constituer un miroir aux alouettes et un piège terrible. Qui sait comment peuvent se déployer à très grande échelle les systèmes renouvelables et si, au-delà d’un certain seuil, des difficultés imprévues (technologiques, économiques ou politico-médiatiques) ne vont pas surgir ? Le résultat serait dans ce cas inévitable : la victoire définitive et finale des industries pétrolières et gazières qui s’engouffreraient dans le vide laissé par un nucléaire en mal de savoir-faire. Pour éviter Scylla, les risques potentiels du nucléaire, on tomberait dans Charybde, la montée en puissance inexorable du CO2 dans l’atmosphère et donc, à terme, dans une gigantesque catastrophe climatologique.

Dès lors, pourquoi ne pas opter pour un mix nucléaire et cleantech ? A court terme, on pourrait commencer par ré-équilibrer l’écart entre ces sources énergétiques, particulièrement en France. Cela passerait par la fermeture de quelques centrales anciennes ou exposées et leur compensation par des unités renouvelables accompagnées d’un vaste plan d’efficacité énergétique et du déploiement d’un véritable réseau « smart grid » décentralisé. On démantèlerait également toutes les stupides réglementations mises en place autour des renouvelables. Dans le même temps, il faudra peut-être intensifier la Recherche et Développement sur le nucléaire, en y consacrant entre autres les budgets initialement dédiés à la construction inutile de nouveaux EPR. On pourrait ainsi préserver les savoir-faire et préparer une nouvelle génération d’installations à fission, voire à fusion. En attendant de faire un point d’étape, d’ici 15 à 20 ans, pour envisager sérieusement la suite.

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