Agences de notation : le maillon faible de la finance mondiale


Par Vincent Paes (Economie et Société)

En début de semaine, Standard and Poor’s dégradait une nouvelle fois la note de la Grèce. Une annonce qui a vivement fait réagir le ministre grec des Finances. Ce dernier a rejeté la décision de l’agence de notation la qualifiant de « sans validité » et estimant qu’elle ne découlait d’aucune « nouvelle information ou décision aggravant la situation de la Grèce ».

Le pauvre ministre grec a de quoi être énervé. Une dégradation de la note du pays peut avoir des conséquences dévastatrices. En début d’année, cela avait entraîné une hausse des taux d’emprunt des fameux PIG (Portugal, Italie, Grèce et Espagne). Celui de la Grèce avait même augmenté de plus de 10 %. Le pouvoir que détiennent ces agences inquiète donc fortement. Tout savoir sur les agences de notations en cinq questions.

1- Quelles sont les conséquences de ces dégradations ?

Si la notation n’a pas pour but d’impacter les marchés boursiers, dans la réalité, une dégradation d’une note est presque systématiquement suivie d’une baisse du cours du titre visé. Pour les pays, cela se traduit par une hausse des taux d’emprunt. En effet, les investisseurs sont très attentifs aux notations et modifient leur attitude de placement en fonction de ces ratings.

Une entreprise (ou un pays) notée AAA obtiendra des taux d’intérêts plus faibles que ceux d’une entreprise située dans la catégorie “spéculative”. Ainsi, un investisseur institutionnel imposera des taux d’intérêts plus élevés à un État, une collectivité ou une entreprise qui a une mauvaise note, compte tenu du risque plus grand. Il devient difficile pour un émetteur défaillant de boucler une émission obligataire.

2- Qui sont ces agences de notation ?

Le marché du rating est un oligopole anglo-saxon composé d’institutions privées. Les trois principales sont : Standard & Poors, Moodys et Fitch. Ces dernières sont au service des institutions financières (banques notamment) effectuant des prêts. Elles notent la fiabilité des obligations, dettes ou produits structurés (les fameux CDO mis en cause lors de la crise des subprimes) et cela pour les entreprises ou les États. Le plus étonnant, c’est que leur source de financement provient des institutions privées désireuses d’être notées. On voit déjà bien qu’il y a comme un problème.

3- Que représentent ces notes ?

Les barèmes de notes sont propres à chaque agence. Prenons le cas de Standard & Poors, le plus médiatique :

– AAA : c’est la crème de la crème, les investissements considérés comme les plus sûrs (risque quasi nul de faillite à 3 ans). L’Allemagne fait partie de ce club très fermé ainsi que la France.
– AA+, AA, AA- : les investissements de « bonne qualité ».
– A+, A, A- : qualité moyenne.
– BBB+, BBB, BBB- : qualité moyenne inférieure
– BB+, BB, BB- : investissement considéré comme spéculatif (et donc risqué). On parle aussi de junk bonds (obligations pourries). Le risque de faillite estimé est de 23% à 3 ans.
– B+, B, B- : hautement spéculatif
– CCC+, CCC, CCC- : Mauvaise condition, au bord de la faillite
– D : défaut de paiement

Avant de baisser une note, les agences de notations utilisent souvent une première étape en ajoutant à la note le qualificatif de « sous surveillance négative ». Concrètement, cela veut dire qu’il y a de forte chance que l’organisme noté voie sa note dégradé sous peu s’il n’intervient pas.

4- Les agences de notation sont-elles crédibles ?

« Il ne faut pas trop croire ce que disent les agences de notation ». Ces propos ont été tenus par Dominique Strauss-Kahn, président du Fonds monétaire international (FMI), à propos de la dégradation de notes des pays du PIG. Voilà qui illustre bien le doute qui a émergé autour de ces institutions.

Dernière reproche en date : ne pas avoir su anticiper la crise des subprimes. Ainsi, les agences de notations ont donné de très bonnes notes à certains actifs quelques semaines seulement avant qu’on les qualifie de toxiques. En fait, l’examen des ratings effectués avant la crise montre que les agences surnotent souvent les organismes quand le climat est bon (par exemple, formation de la bulle Internet) et se mettent à massacrer les valeurs quand le climat est mauvais. Autrement dit, elles favorisent la formation de bulles spéculatives en donnant de bonnes notes et leur explosion en les baissant soudainement. Bref, elles ne font pas bien leur boulot.

Pour ne pas arranger le tout, les agences de notation sont soumises à deux conflits d’intérêt. Le premier est que les entreprises payent les agences de notations pour être notées. Or, certaines agences de notation sont déficitaires et sont donc dépendantes de leurs émetteurs. Ces dernières années les notations de produits structurés ont représenté jusqu’à 50 % du chiffre d’affaires des agences. Le deuxième est que ces institutions mélangent des activités de conseil et de notation. Ainsi, l’agence n’intervient pas seulement comme évaluateur d’une entreprise déjà existante : elle conseille également les opérations en cours de montage. Elle fait partie du processus qui constitue le produit.

5- Quel avenir pour les agences de notations ?

Face à un tel constat, il est difficile d’imaginer un futur radieux pour les agences de notations. Néanmoins, il est important de souligner que le rôle des agences de notation est essentiel pour les marchés financiers. C’est pourquoi, il est important de les faire évoluer vers plus de transparence. Pour cela, deux propositions ont émergé. La première est de nationaliser ses structures. Nicolas Sarkozy et Jean-Claude Juncker se sont montrés favorables à la création d’une agence de notation européenne. La deuxième est de créer une agence de notation internationale rattachée au FMI ou à la Banque mondiale pour garantir un semblant d’autonomie.
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