Photovoltaïque : et si nous repassions de l’ombre au soleil ?


D’après Actu-Environnement

Marc Lecourt, gérant et associé de SUNWATT France, administrateur du Cluster Rhône Alpes Eco-énergies depuis sa création, nous propose des pistes pour faire sortir le solaire PV de l’ombre et maîtriser l’avenir de la filière.

On a l’habitude de dire qu’un expert, c’est quelqu’un qui peut vous « décortiquer » une crise et ses effets, mais qui la veille de celle-ci, ne l’avait pas prévue. Pour ce qui est du photovoltaïque, nombre de professionnels s’inquiétaient déjà, et depuis longtemps… Depuis une dizaine d’années, le développement du solaire photovoltaïque a été accompagné par trois « effets levier » :

1- les subventions locales, régionales ou européennes,
2- les aides fiscales nationales,
3- le tarif d’achat du kWh produit.

Une sorte d’équation à trois inconnues dont certains, malgré la difficulté, avaient commencé à en évaluer les effets pervers.

Le photovoltaïque, déconnecté du marché

Les subventions locales, régionales ou européennes n’ont cessé de diminuer dans le temps et donc leurs effets devenaient très facile à analyser. Par contre, les augmentations massives et rapides dans le temps des deux autres formes d’aide ont transformé une incitation au développement du solaire photovoltaïque en « produit financier » voire en « rente fiscale ».

C’est ainsi que l’augmentation du crédit d’impôt pour les particuliers de 40 à 50% n’avait pas de réelle justification mais a permis l’augmentation des marges et donc le maintien de prix très élevés ainsi que l’apparition de « vendeurs de crédit d’impôt »… Il a par ailleurs été vite constaté que la prime d’intégration, plus ou moins artificielle selon les cas, et de toutes façons sujette à interprétation, n’aurait pas dû être est conservée comme telle. Ces mesures ont eu plusieurs conséquences, et parmi elles :

– l’arrivée massive sur le marché du photovoltaïque de « professionnels de la dernière heure » avec peu de compétences, peu ou pas d’expériences, mais beaucoup d’arguments « financiers »,

– l’entrée massive de produits « low cost », principalement en provenance de Chine, avec bien sûr des noms européens… pour lesquels des problèmes de qualité ou de performances dans le temps pourraient se poser dans quelques années si ce n’est pas déjà fait.

Ne pas recommencer les erreurs du passé

Rappelons que si les centrales photovoltaïques installées aujourd’hui, avec des contrats de production de 20 ans, ne sont pas capables de remplir cette fonction, EDF aura alors beau rôle pour dénoncer la fiabilité de l’énergie solaire et sera « à son grand dam » obligée de reprendre son programme électronucléaire, beaucoup « plus fiable » sauf nouvel accident bien sûr…

Malgré l’éclipse solaire que nous avons connue ces derniers mois, et qui va mettre du temps à se dissiper, le SOLEIL reviendra – c’est certain – mais il faudra être plus vigilant et ne pas recommencer les erreurs commises. Ce que réclament les entreprises, c’est une meilleure Lisibilité concernant les aides publiques indispensables de façon à ce qu’elles aient la Visibilité nécessaire à tout entrepreneur. L’énergie solaire ne peut être considérée uniquement comme appoint économique voire « spot business » mais comme une réelle activité à part entière.

Quatre pistes de réflexion pour un avenir maîtrisé

Afin de sortir de cette situation plus que critique, des pistes de réflexion sont à proposer :

– pourquoi ne pas ré-augmenter le crédit d’impôt en incluant la Main d’œuvre dans le calcul, afin d’éviter les transferts Main d’oeuvre / Matériel,

– pourquoi ne pas payer ce crédit d’impôt en l’étalant sur 5 ans avec preuve du bon fonctionnement : copie de la facture annuelle à EDF par exemple

– concernant le prix d’achat du kWh des productions autonomes, il serait logique que ce prix augmente dans le temps. D’autant que le prix de vente du kWh du réseau augmente régulièrement comme cela a été le cas ces dernières années. On pourrait ainsi diminuer le prix de base d’aujourd’hui et l’augmenter de 1% tous les ans pendant 20 ans. Cela aurait l’avantage de ne pas augmenter brutalement la CSPE et favoriserait les produits et installations de bonne qualité.

– une campagne publicitaire du Ministère de l’Écologie serait sans doute aussi très utile pour redonner confiance à la filière et à ses clients.

On peut toujours repasser de l’ombre au soleil mais « faisons vite ça chauffe »…

Avis d’expert proposé par Marc Lecourt, gérant et associé de SUNWATT France, administrateur du Cluster Rhône Alpes Eco-énergies depuis sa création en 2006.

Entretien publiè la première fois sur le site d’Actu-Environnement le 26/05/2011

2 Réponses

  1. De mon point de vue, on est parti un peu tôt sur la production de masse photovoltaique. Les rendements sont trop faibles vis à vis des coûts de production pour être compétitifs. Le potentiel de progression reste important, très certainement suffisant pour que le photovoltaique devienne compétitif, en particulier avec le solaire à concentration. Donc, les efforts qu’il faut faire aujourd’hui seraient plutôt de recycler la taxe carbone en R&D plutôt qu’en soutien à une industrie prématurée.

    Par contre, le solaire thermique est technologiquement mûr et la filière se développe sainement sans besoin de subvention importante, juste un petit coup de pouce type écopret à taux zéro et TVA à 5.5% si on a recours à un installateur (bon pour l’emploi), au fur et à mesure que le prix du pétrole augmente.

  2. Pour évaluer le CIR, l’idée d’intégrer la main d’oeuvre est la meilleure qui soit, car l’idée fondatrice du CIR est de développer une véritable compétence de R&D en interne d’une entreprise et non pas en externalisant les travaux. En l’état, ceci est une véritable fumisterie un détournement de l’objet initial. Par ailleurs donner accès au grands groupes au CIR et notamment en absence de la prise en compte de la masse salariale interne dédiée à la R&D constitue une niche fiscale déguisée sans plus, je doute fortement que leurs travaux de R&D se traduisent par un quelconque accroissement de leur effectifs internes dédiés à ces travaux.

    Par ailleurs, dans la pose des panneaux solaires, je ne vois pas très bien où est l’innovation, c’est un métier de couvreurs essentiellement, l’élément électrique étant réduit à sa plus simple expression. Je le comprendrais pour partie si le CIR dédié PV permettait aux entreprises de couverture (les couvreurs) de faire une mutation technologique de leur métier, ce n’est même pas le cas.

    Quand à la filière de fabrication de cellule PV, sur le territoire français, on connait Tenesol (Filiale de Total) a-t-elle besoin de CIR ? Il y a bien sûr quelques petites structures qui ne sont certainement pas les premières bénéficiaires de commande de panneaux PV. Celles ci sont plutôt asiatiques voire allemenands (presque l’exception), me trompai-je ?

    Enfin la caricature de la caricature, on voit des opérateurs d’énergie, installé au Luxembourg, pour ses avantages fiscaux, et qui se proposent d’opérer sur la France afin de construire leur marge grâce à la vente d’électricité PV, payée par nos impôts bien sûr, alors qu’eux même mettent tout en oeuvre pour s’en exonérer, une merveille !

    Il est clair que tout cela mérite une profonde réflexion… très profonde, car actuellement nous sommes, il semblerait, dans des pôlitiques d’opportunité à court terme, l’innovation serait sans doute uniquement financière.

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