Japon : les populations locales bloquent la remise en service des réacteurs nucléaires


Par Philippe Collet (Actu-Environnement)

Le nombre des réacteurs japonais à l’arrêt pour des impératifs de maintenance ne cesse de croître. Faute de pouvoir les redémarrer, le pays pourrait ne plus disposer du moindre réacteur en service en avril 2012.

Le Japon sera-t-il, tout au moins provisoirement, le premier pays à sortir du nucléaire suite à la catastrophe de Fukushima ? La question se pose, étant donnée la quasi-impossibilité actuelle de redémarrer les réacteurs à l’arrêt.

En l’état, seuls 19 des 54 réacteurs japonais fonctionnent. Parmi les centrales à l’arrêt se trouvent tout d’abord les réacteurs accidentés suite au séisme. La centrale de Fukushima Daiichi (six réacteurs) est la première concernée, suivie par la centrale de Fukushima Daini (quatre réacteurs) et celle d’Onagawa (trois réacteurs). De même, la centrale de Hamaoka (cinq réacteurs) a été fermée à la demande du Premier ministre qui a imposé un renforcement des protections anti-tsunami. Autant de réacteurs, qui ne devrait pas reprendre du service avant plusieurs années.

Obtenir l’approbation des autorités locales 

Des décennies pour décontaminer Fukushima Jusqu’à maintenant Tepco n’avait présenté qu’un programme s’étalant sur neuf mois et visant une stabilisation de la situation. Samedi 9 juillet Naoto Kan a présenté les perspectives à long terme : « cela prendra trois, cinq, dix ans, voire plusieurs décennies pour gérer l’accident », a-t-il estimé.
Selon NHK, les autorités travaillent à un programme de long terme s’inspirant de l’accident nucléaire de la centrale de Three Mile Island en 1979. Un document obtenu par la chaîne de télévision, préciserait que le retrait du combustible fondu pourrait débuter en 2021.
Par ailleurs, Goshi Hosono a indiqué que le gouvernement estime que Tepco parviendrait à établir un circuit de refroidissement permettant un arrêt à froid des réacteurs d’ici janvier 2012, conformément au calendrier présenté par l’opérateur.
Cependant, la situation des réacteurs épargnés par le séisme inquiète aussi les autorités. En effet, face à l’opposition de la population locale, il est extrêmement difficile de redémarrer un réacteur, même si la mise à l’arrêt n’est justifiée que par la maintenance de l’installation. « Si les communautés locales s’opposent, pour des motifs de sécurité, aux plans d’opération des opérateurs, tous les réacteurs japonais pourraient être à l’arrêt en avril 2012« , indiquait, début juin, un officiel du ministère de l’Economie japonais à Reuters. 

Les réacteurs en activité doivent tous faire l’objet d’au moins un arrêt de maintenance dans les neuf mois à venir. En l’occurrence, selon le programme d’inspections, le réacteur 6 de la centrale de Kashiwazaki Kariwa (préfecture de Nigata, nord-ouest du Japon), d’une puissance de près de 1.400 mégawatts (MW), pourrait être le dernier à être éteint le 9 avril 2012.

Jusqu’à maintenant, les réacteurs ayant fait l’objet d’un arrêt de routine n’ont pu être redémarrés du fait de l’opposition des autorités locales. Bien que sur un plan strictement légal, l’accord de l’Agence japonaise de sûreté nucléaire et industrielle (Nisa) suffise pour redémarrer un réacteur, la coutume veut qu’aucun opérateur ne s’y risque sans l’approbation des autorités locales. Cette approbation, simple formalité habituellement, pose aujourd’hui de sérieux problèmes aux opérateurs de centrale nucléaire.

Le raté de Genkai

Dans ce contexte, tous les yeux se sont tournés vers la ville de Genkai (préfecture de Saga, sud-ouest du Japon) et ses quelque 7.000 habitants. Pour convaincre les autorités locales, les autorités nationales n’ont pas ménagé leurs efforts : début juillet, Banri Kaieda, ministre du Commerce et de l’Energie, s’est déplacé en personne pour affronter une foule hostile et convaincre le maire de donner son accord.

Après cette visite, le maire a donné son feu vert au redémarrage de la centrale et l’opérateur n’attendait que l’autorisation du gouverneur de la préfecture, pour redémarrer les réacteurs 2 et 3, sur un total de quatre. Initialement, le réacteur 2, d’une puissance de 560 MW, aurait dû redémarrer en mars et le réacteur 3, d’une puissance de 1.100 MW, en avril.

Quant au gouverneur de la préfecture, il souhaitait recueillir l’avis des populations concernées avant d’autoriser le redémarrage du réacteur. La concertation entre autorités locales et pouvoir centrale battait alors son plein. Le 8 juillet, le ministère avait prévu une nouvelle réunion avec les populations concernées et, le 11 juillet, l’assemblée de la préfecture devait débattre du sujet. Selon Reuters, l’obtention de l’autorisation préfectorale était en bonne voie, puisque les membres de l’assemblée locale étaient globalement favorables au redémarrage de l’installation. De plus, Naoto Kan, le Premier ministre japonais, avait lui-même donné des garanties en matière de sûreté nucléaire au gouverneur de la préfecture.

Jeudi dernier, en annonçant par surprise la réalisation de tests de résistance sur l’ensemble du parc nucléaire japonais, Naoto Kan a fait voler en éclats le consensus précaire obtenu par son gouvernement. En effet, le maire de Genkai a finalement renoncé à donner son feu vert, reportant sine die le redémarrage de l’installation. Furieux, le maire de Genkai a estimé que cette annonce signifiait que les garanties gouvernementales relatives à la sûreté des réacteurs n’avaient aucune valeur.

Loin d’être anecdotique, ce revirement fait ressurgir la crainte de voir fermer un à un les réacteurs japonais sans qu’ils puissent être remis en opération conformément aux prévisions des opérateurs.

Dans l’attente des stress tests

Au lendemain de ce nouveau report, le gouvernement a souhaité calmer les esprits. Yukio Edano, porte-parole du gouvernement, a tout d’abord jugé que la sûreté nucléaire est prioritaire par rapport au confort associé à la fourniture d’énergie. Des déclarations analysées par certains comme la traduction des hésitations de Naoto Kan auquel on prête la tentation d’abandonner le nucléaire, ce dernier ayant confirmé, mardi 12 juillet, vouloir « réduire la dépendance«  japonaise vis-à-vis du nucléaire.

Par ailleurs, le porte-parole du gouvernement a confirmé la réalisation de stress tests qui évalueront les réacteurs au-delà de ce qui avait été envisagé lors de la construction. Si les réacteurs sur le point d’être redémarrés seront prioritaires, le calendrier n’est cependant pas encore fixé et le gouvernement a annoncé qu’aucune unité ne pourrait être remise en route avant d’avoir passé avec succès les tests. Gohsi Hosono, le ministre chargé de superviser la catastrophe de Fukushima a pour sa part indiqué que le gouvernement s’attend à faire face à des difficultés d’approvisionnement électrique pendant un à deux ans.

Reste que les défenseurs de l’atome n’entendent pas voir fermer un à un les réacteurs du pays. Ainsi, dans un entretien accordé à l’AFP, Shintaro Ishihara, le gouverneur de Tokyo réélu pour la troisième fois en avril 2011, a jugé que le Japon ne doit pas renoncer au nucléaire malgré l’accident de Fukushima. En particulier, il a indiqué s’attendre « à des réactions hystériques contre le nucléaire au moment des élections prévues en 2013. » Une situation qui, si elle venait effectivement à se matérialiser, ne plaide pas en faveur du redémarrage rapide des réacteurs japonais.

De leur côté, les producteurs d’électricité se voient dans l’obligation de temporiser : ils renoncent à remettre en marche neuf réacteurs qui auraient dû reprendre du service de mars à septembre 2011.

Publiè la première fois sur le site d’Actu-Environnement le 13/07/2011

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