L’actionnariat salarié à l’épreuve de la crise boursière


Par Lionel Steinmann

La forte baisse du CAC 40 intervient au moment où les entreprises qui utilisent régulièrement l’actionnariat salarié viennent de conclure leur plan annuel. Ce qui occasionne de fortes moins-values potentielles.

Pour les salariés de Lafarge, le timing ne pouvait pas être pire : le 27 mai, alors que le cours de l’action flirtait avec les 48 euros, le groupe a annoncé une augmentation de capital réservée à ses collaborateurs à un prix de 36,98 euros, soit une décote de 20 %. De surcroît, l’entreprise offrait aux salariés français un abondement de 40 % sur les 15 premières actions. Malgré ces conditions avantageuses, les salariés actionnaires du cimentier font aujourd’hui grise mine : leur investissement a fondu en quelques semaines, l’action clôturant hier à… 27,96 euros. Bien sûr, ce n’est que dans cinq ans (soit en juillet 2016), lorsque les salariés auront la possibilité (hors cas de déblocage anticipé) de revendre leurs actions, que se jugeront les gains ou les pertes. Les perspectives de plus-values n’en sont pas moins assombries dès le départ.

Le cas de Lafarge n’est pas isolé. Selon une récente étude du cabinet Aon Hewitt portant sur 51 entreprises issues dans leur grande majorité du CAC 40 et du SBF 120, 58 % des grands groupes lancent un plan d’actionnariat salarié au moins tous les deux ans. Et ces opérations, lorsqu’elles ont un caractère de rendez-vous régulier, se concluent souvent au début de l’été, soit, cette année, juste avant le début de la dégringolade du CAC. Vivendi, qui a annoncé fin juillet que son plan d’actionnariat annuel avait enregistré une participation «  record », avec une progression de 25 % du nombre de participants par rapport à 2010, doit ainsi composer avec une chute de son cours de 27 % depuis le 1 er janvier. Quant à la Société Générale, qui a séduit 48.000 de ses 135.000 actuels et anciens collaborateurs dans le monde avec son plan 2011, ouvert courant mai, elle doit faire face à une chute de 31 % sur une semaine, dont – 14,74 % pour la seule journée d’hier.

Limiter le risque

Pour l’actionnariat salarié, la glissade de ces derniers jours est un nouveau coup dur. La crise boursière de 2008, qui a vu fondre un certain nombre de capitalisations, avait déjà suscité la grogne des salariés. Les entreprises en ont tiré les conséquences et ont pris des mesures pour préserver l’intérêt de leurs collaborateurs. Selon l’étude Aon Hewitt, les incitations financières ont été renforcées : 72 % des plans prévoient une décote, 70 % un abondement, et 51 % utilisent les deux leviers. Le montant de l’abondement est aussi en hausse par rapport à 2010.

Surtout, les entreprises s’efforcent désormais de limiter le risque financier pour les collaborateurs (lire ci-dessous). La part d’entreprises proposant un FCPE avec effet de levier, c’est-à-dire nécessitant le prêt d’une banque, a par exemple chuté de 50 % en 2010 à 22 % cette année. Et 26 % des sociétés ont procédé par distribution d’actions gratuites, ce qui exclut de facto toute moins-value.

 

 

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :