Faire payer les riches ?


D’après Vincent Paes (Economie & Société)

Pour réduire les déficits, Barack Obama veut faire payer davantage les millionnaires. S’il arrive à faire passer cette mesure, cela sera une petite révolution aux États-Unis. Mais dans le reste du monde, la pratique est courante. La France, l’Espagne et l’Italie ont déjà mis en place ce type de politique. Pour le moment, la portée de ces mesures demeurent limitée. Passage en revue.

France : une taxe « exceptionnelle »

Impact : faible
Incluse dans le plan de rigueur annoncé fin août, une taxe de 3 % sera créée en 2012. Elle visera les revenus du travail et du capital qui dépassent 500 000 euros par an. Elle rapportera 200 millions par ans dans les caisses de l’État. « Il s’agit d’une taxation exceptionnelle » qui sera « supprimée » lorsque le déficit public de la France aura été ramené à 3 % du PIB, a précisé le Premier ministre. Si la France respecte ses promesses, la taxe restera en vigueur jusqu’en 2013 et disparaîtra l’année suivante. »C’est assez symbolique et dérisoire », a déploré le président de la commission des Finances du Sénat, Jean Arthuis.

États-Unis : fin des privilèges

Impact : fort
La taxe américaine, déjà baptisée « Loi Buffett », en référence au milliardaire Warren Buffett, qui avait récemment fait remarquer que les plus riches Américains étaient moins imposés que les classes moyennes, concernera les personnes gagnant plus d’un million de dollars par an. Selon le New York Times, l’impôt des millionnaires ne toucherait que 0,3 % des contribuables, soit moins de 450 000 des 144 millions de déclarations enregistrées en 2010. Elle consisterait en une large révision du barème fiscal mettant fin aux cadeaux fiscaux accordés sous la présidence de George W. Bush aux contribuables gagnant plus de 200 000 dollars annuels.

Italie : tout ça pour ça

Impact : faible
Après avoir été une première fois abandonnée sous la pression du Silvio Berlusconi, la taxe sur les plus riches est incluse dans le plan d’austérité entériné par l’Italie, le 14 septembre. Mais elle sera beaucoup moins large que celle qui était précédemment envisagée. Fixée à 3 %, elle ne concernera finalement que les revenus supérieurs à 300 000 euros par an alors que la précédente version touchait les revenus de plus de 90 000 euros.

Espagne : un impôt large pour financer les régions

Pressé par les marchés et l’Union européenne de réduire ses déficits, le gouvernement socialiste espagnol a réintroduit, ce vendredi, pour deux ans, l’impôt sur la fortune, suspendu en 2008. Il assure qu’il n’est destiné qu’aux plus riches et que 90 % des Espagnols n’auront pas à le payer. Cet impôt ne concernera qu' »environ 160 000 citoyens », « tous les autres ne le paieront pas », a assuré le porte-parole du gouvernement. Une mesure qui devrait rapporter environ un milliard d’euros, et destinée à financer les régions qui plombent les comptes du pays.

Tout l’argent récupéré en 2011 et 2012 seront mises à disposition des régions, afin qu’en 2012 et 2013 celles-ci aient davantage de moyens pour faire face à leurs dépenses. En effet, la situation financière des 17 régions, qui disposent d’un fort degré d’autonomie, est préoccupante. Fin juin, leur déficit cumulé s’élevait déjà à 1,2 % du PIB, alors qu’il ne doit pas dépasser 1,3 % d’ici fin décembre, tandis que leur dette globale a atteint un record historique, à 12,4 % du PIB, contre 10,2 % un an plus tôt

Une Réponse

  1. L’économie des biens symboliques n’est pas moins importante que l’économie de l’argent (les deux sont d’ailleurs liés). De mon point de vue il ne faut pas négliger ce genre de mesure de taxation exceptionnelle, quand bien même ma préférence irait à une régulation en amont qui éviterait que certains s’enrichissent à ce point. En effet, René Girard nous a démontré très largement que chaque société mettait en place des procédures ou des rituels de gestion de la mimesis (la jalousie ou le désir mimétique d’appropriation, c’est à dire le désir de ce que l’autre désire ou possède) pour en éviter les crises qui peuvent être désastreuses. Les anciennes sociétés avaient recours au bouc-émissaire et aux rituels religieux alors que nous avons plutôt tendance à régler cette question de façon institutionnelle. Mais nous ne pouvons faire l’impasse institutionnelle sans risquer de régresser vers des pratiques de bouc-émissaire ou pire (absence de procédure de résolution de crise mimétique et déchaînement de violence) dont on perçoit facilement la tendance au café du coin.

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