Le financement des PME et le politique…


Edito par Dominique Guizien (D&E)

Manifestement, les banquiers restent des banquiers. Et le crédit devient difficile dès que les nuages s’amoncellent.

C’est ce que revivent les PME françaises, après la terrible année 2008, à ceci près qu’en 2011 la contraction du crédit se fait de manière plus insidieuse, un peu comme le bourreau franquiste serrait progressivement le garrot pour étouffer le condamné. Évidemment les banques s’en défendent. On ne demande naturellement qu’à les croire. Il n’empêche que « la confiance n’excluant pas le contrôle », la Banque de France va publier un indicateur trimestriel de l’encours  et de la production nouvelle de crédit aux TPE.

Vu le poids que les PME représentent dans l’économie et surtout vu leur dynamisme en matière de création d’emplois, il est hors de question que quoi que ce soit ne viennent entraver leurs fragiles possibilités de développement. C’est en tout cas ce que semble avoir compris le gouvernement actuel mais pas le MEDEF manifestement qui estime qu’il ne faut surtout rien changé au dispositif actuel d’accès au crédit pour les PME.

C’est du moins ce qui ressort d’une réunion qui s’est tenu le 20 septembre à Bercy.

Il n’en a pas fallu plus pour que naisse une rumeur, alimentée d’ailleurs essentiellement par un journal de la création d’une « super-banque publique » consacrée uniquement au financement des PME et qui serait le fruit de la fusion d’OSEO, de CDC Entreprises et du Fonds Stratégique d’Investissement (FSI). Le montage est séduisant sur le papier mais
a priori difficilement opérant. En effet, un tel montage ne concernerait en fin de compte que quelques dizaines, voire quelques centaines de PME capable de passer dans la nouvelle rubrique à la mode, celles des ETI, pour faire la pige au Mittelstand allemand.  Ce montage est effectivement irréaliste puisqu’il suppose que ces trois entités publiques
sont capables de détecter suffisamment en amont, d’accompagner au quotidien et tout au long de leur développement des entreprises qui vont accomplir une mue redoutable. Or,  ce qui a fait le succès du modèle allemand, disons plutôt du modèle rhénan, ce n’est pas tant une force de frappe financière imposante au niveau des pouvoirs publics mais plutôt une grande intimité entre les entreprise et leur banquier. Cette intimité ne s’acquiert que par une présence constante de la banque dans la vie des entreprises qu’elle finance ; c’est-à-dire que cela suppose d’avoir des guichets ou au moins une organisation décentralisée.

Comme il s’agit aussi de propositions politiques portées par des candidats à la présidentielles, les réactions des uns et des autres n’ont pas été dénués d’arrière-pensées mais toujours avec un fond de vérité.

Du coup pour venir au secours des PME qui ont besoin de renforcer leurs fonds propres, nous avons « le guichet unique » régional contre la grande banque publique régionale. Chacun se défend évidemment de vouloir recréer les Société de développement Régional.

Et pourtant quand on y regarde, ces SDR étaient pourtant bien nées puisqu’elles permettaient de mettre dans un pot commun des moyens publics et privés , nationaux et locaux pour financer le développement des PME. Leur défaut est d’avoir mal grandi et d’avoir confondu « prêter de l’argent aux entreprises et leur apporter des fonds propres ». Pour être crédible, les montages en cours ou prévu devront se limiter à l’apport en fond propre.

Mais cela suppose que le système bancaire joue son rôle de prêteur aux PME et c’est peut-être là que le bât est en train de blesser la mule. Dans un temps pas si lointain, il existait des banques dont c’était le métier et pour certains leur fierté, voire leur raison sociale, d’assurer le financement des PME (hors fonds propres) mais ces banques ont disparu soit en se fondant dans Oséo, soit en fusionnant avec un autre réseau, de collecte de l’épargne, pour constituer un ensemble sans personnalité. Il n’y a plus en France de banque de la Petite et Moyenne Entreprise.

C’est pourquoi la réunion qui s’est tenu le mardi 20 septembre à Bercy était plus une opération de communication qui véritable mobilisation du secteur bancaire en faveur des PME.

Peut-être est-il ici nécessaire de rappeler une vérité historique. C’est parce qu’elles avaient du mal à obtenir du crédit du secteur bancaire traditionnel que des entrepreneurs de la région d’Angers ont décidé de mutualiser leurs moyens et créer la première banque populaire à la fin du XIX° siècle et c’est parce qu’ils avaient compris qu’un banquier n’(est jamais aussi efficace auprès d’une entreprise qu’il est lui-même entrepreneur que ces
banques populaires ont choisi le statut coopératif en 1917. Ce modèle a fonctionné vaille que vaille jusqu’en 2009. En fait cela a dérapé quelques années plus tôt, quand la tête de pont du réseau a cru qu’elle était devenue une banque comme les autres, oubliant au passage que sa fonction première était le financement des petites et moyennes entreprises. Hélas les rivières ne remontent jamais à leur source parait-il

Une Réponse

  1. Excellent article rappelant, les fondamentaux du rôle de certaines banques (l’exemple de la Banque Pop. est caractéristique), qui étaient de rassembler l’épargne pour pour pouvoir la mettre, entre autres, à disposition sous forme de crédit au PME petits commerces et artisans, afin qu’elles grandissent, animent l’emploi et l’activité économique. Mais ce rôle a été dissous, comme dans de l’acide, c’est ce qu’explique l’article..

    Par ailleurs, j’ajouterai, dans un pays comme la France où l’idéologie règnante gauche & droite mêlées confondent et généralisent en assimilant toutes PME/PMI à un sous traitant, ignorent ce que c’est un équipementier et ne voyant, cette PME/PMI, systématiquement et uniquemen sous la tutelle (le racket) d’un grand groupe industriel ou de la distribution. Il y a du chemin à faire, dans les têtes, pour comprendre ce que c’est le développement d’une entreprise. Au-delà de l’étouffoir bancaire, du racket des services et centre d’achat des grands groupes, fondés sur la politique du moins disant, il y a des révolutions à faire dans la culture, afin de contribuer positivement à la construction de PME/PMI solides, autonomes et indépendantes.

    Les grosses PME allemandes ne se sont pas faites du jour au lendemain, avant d’être grandes elles étaient petites. Tout un environnement les accompagnait: banques régionales, accompagnement technologique (Institut Fraunhofer[86 centres]) et achats ciblés, formations alternées, culture de l’exportation et du travail industriel, cogestion et respect des salariés, dialogue social.

    Les petites PME allemandes (moins de 50 personnes) , aujourd’hui, sont aussi pésentes à l’export. Je me plais à constater le nombre de petites sociétés allemandes ou suisses (qq dizaines de personnes) présentes sur le marché mondial de l’électronique embarquées ou du control process et il y a certainement plein d’autres secteurs, d’où leurs performance à l’export. En plus certaines grandiront, d’autres prospéreront sur des niches. Pourquoi elles et pas nous ? Posons nous la question, la seule réponse financière (grandement nécessaire) n’y suffira pas.

    Merci pour cet article !

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