La rigueur est-elle toujours rigoureuse?


La rigueur est-elle toujours rigoureuse?

par Domique Guizien

Je n’ai que de la sueur et des larmes à vous offrir

Recevant 2.000 maires en marge de leur congrès, le Président les a appelé tous à la solidarité financière avec l’Etat, arguant du fait que la dépense publique c’est la sécurité sociale pour 45%, les collectivités territoriales pour 20% et l’Etat pour seulement 35%. C’est un raisonnement qui en vaut un autre, mais est-il besoin de préciser que les collectivités territoriales sont contraintes par la loi à présenter des budgets en strict équilibre et que lorsque elles recourent à l’emprunt, c’est pour financer la partie des investissements qu’elles font et qui ne sont pas financés par les excédents de la section “fonctionnement” alors que l’Etat et la Sécu présente régulièrement depuis des années des comptes en déficit et que lorsqu’elle emprunte, c’est pour assurer “les fins de mois”, que la sécurité sociale a un “trou”, comme on dit, d’environ 15 milliards d’Euros, alors que le déficit de l’Etat va encore flirter avec les 100 milliards, ce qui représente plus du tiers de ses dépenses.

Or si “la Patrie est en danger”, c’est parce qu’elle a atteint des limites d’endettement. Les cigales dans ces cas-là demandent toujours aux fourmis de les aider. ET les fourmis vont évidemment le faire car ce sont de bonnes ouvrières, mais est-ce bien juste, d’autant que demain les mêmes cigales vont reprocher aux fourmis de faire pleurer et suer les contribuables locaux. C’est un peu le même petit jeu que les banquiers mondiaux sont en train de jouer. En 2008, ils exigent que les Etats engloutissent des masses considérables de crédits pour les sauver , et ensuite n’ont de cesse d’enfoncer les plus imprudents à cause justement de ces risques qu’ils ont pris pour leurs beaux yeux; Méfiez-vous de ceux qui vous promettent “Blood, Sweat & Tears”, en général, ils n’ont pas de sang dans les veines, leurs larmes sont de crocodiles et quand ils suent, c’est allongés sous un parasol.

Vers une banque mutuelle des collectivités locales ? 

La disparition programmée de DEXIA remet sous les feux de l’actualité le projet d’agence de financement des collectivités locales présentés par tous les présidents d’associations d’élus au début de cet automne. Lors du Congrès des maires de France, le représentant du gouvernement a donné son accord du bout des lèvre. Mais l’affaire est encore loin d’être faite. En effet, il reste une marche législative à monter et elle semble très haute à certains qui ne voient pas d’un bon oeil la création de ce qui pour l’instant apparaît la tentative la plus intéressante pour se dégager de l’étreinte des banques. Depuis près de deux siècles, nous savons que l’approche mutualiste est souvent la plus efficace, parce que la seule hélas, pour permettre aux impécunieux pour accéder au crédit. Dans ces projets, il faut évidemment que parfois des “plus riches” participent aussi . C’est justement la participation de ces riches à l’agence qui est encore au centre du débat. A suivre donc.

Mais si ce projet voit le jour, ce sera sans conteste un pas de plus vers l’émancipation des collectivités territoriales. C’est peut-être pour cela que l’accord gouvernemental n’a été donné que du bout des lèvres.

La rigueur…à la rigueur

Parfois, il suffit de lire les titres et les intertitres d’un article pour comprendre le sens de l’action de certains de nos contemporains

Exemple:

le titre “La commission des Finances de l’Assemblée adopte les nouvelles mesures de rigueur budgétaire”

le sous-titre “réductions à 21% de l’augmentation du taux PFL sur les dividendes”

Quand on sait que la proposition initiale était de faire passer le taux de prélèvement forfaitaire libératoire de 19% à 24%

Quand on sait aussi que pour la plupart des bénéficiaires de ces dividendes ont des revenus tels que ces dividendes devraient normalement être imposés au taux maximal d’IRPP, qui passe lui de 41% à 46%

on se rend compte que la proposition initiale était déjà un beau cadeaux fiscal fait aux actionnaires. mais manifestement, cela a été trop rigoureux pour certains députés.

Une arme de destruction passive

TITRE DANS LA PRESSE

Bercy s’arme contre la fraude fiscale

Pour élargir l’action du ministère du Budget contre la fraude, Valérie Pécresse a annoncé, le 24 novembre, le renforcement des investigations de la police fiscale. Quelque 16 milliards d’euros ont été récupérés au titre des droits et pénalités en 2010, contre 15 milliards en 2009.”

Parce qu’elle sent que l’opinion publique ne supporte plus vraiment de savoir que la fraude fiscale  reste un “sport national” très pratiqué par ceux qui en ont les moyens, la ministre du budget communique largement sur le renforcement du dispositif anti-fraude et affiche pour 2010 un bilan de 16 milliards récupérés par les services fiscaux. Dans l’absolu, cela fait de l’effet, mais si on précise que l’année précédente sans ce déploiement d’effort, c’était déjà 15 milliards que les mêmes services auraient récupérés, on mesure mieux l’efficacité toute relative du dispositif tant vanté. Cela dit laissons lui le temps de se mettre en place

Notez que récupérer 15 milliards avec des moyens jugés insuffisants en dit long sur l’ampleur de la fraude fiscale qui est sans commune mesure avec ce que représente , d’après la même source, la fraude aux arrêts maladie, ce que notre président appelle un vol.

Certes, c’en est un, mais alors comment doit-on qualifier ceux qui pratique la dissimulation fiscale?

Quel nom doit-on donner à une presque nonagénaire convaincue d’avoir dissimuler à elle-seule au moins 100 millions d’Euros? Surement pas “généreuse bienfaitrice de l’Etat”!

Mais là où la ministre du budget a raison, c’est quand elle pense que les Français ne supportent plus d’apprendre que ceux qui pourraient payer des impôts conséquents ne le font pas, faisant supporter à ceux qui peuvent en payer mais nettement moins, le poids de tout le fardeau quitte à envoyer tous le monde dans le mur!

2 Réponses

  1. Les dettes entre pays sont croisées, si bien que si on mettait en œuvre un principe de compensation, l’Europe ne serait plus endettée mais excédentaire de 1000 milliards!
    Les barrières qui nous séparent d’une compensation se nomment intérêts et planche à billets verts!
    cf cet excellent article histoires de dettes

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