Emprunt d’Etat et Eurobonds


Par Dominique Guizien

 

Les uns après les autres les pays européens se font dégrader par les agences de notation. La conséquence la plus immédiate est la hausse des taux que leur imposent les banques et les investisseurs institutionnels au nom du coût du risque. Que l’argent rapporte plus d’argent aux banques, cela tombe bien : elles en avaient besoin pour requinquer leurs marges et éponger progressivement les pertes qu’elles ont accumulées un peu partout et pas uniquement en Grèce.

Le mauvais côté des choses, c’est que ce renchérissement de la dette va plomber encore un peu plus le déficit budgétaire.

le bon côté des choses, c’es que d’autres solutions qui ne paraissaient pas envisageables le deviennent.

Vous êtes vous demandé pourquoi le Japon, qui pourtant a une dette publique abyssale, plus de deux fois le chiffre d’affaires annuel de l’économie nippone, ne parait pas trop souffrir malgré une note à nouveau dégradée? La raison en est simple: entre 90% et 95% de la dette est détenue par des Japonais. En quelque sorte, le contribuable japonais doit de l’argent au petit épargnant japonais. Entre eux, ils devraient trouver moyen de s’arranger.

Ailleurs, ce n’est pas pareil. Notamment en France où depuis la loi bancaire de 1973, l’Etat ne peut plus emprunter directement à la Banque de France et doit passer par les banques. Or celles-ci ont trouvé plus judicieux et plus juteux de placer ces emprunts sur le marché mondial. Nous nous trouvons donc devant une situation paradoxale d’être les champions du monde de l’épargne et d’être parmi les pays riches un de ceux qui dépend le plus de l’étranger pour financer sa dette publique, ce qui fait qu’avec une dette publique qui vient de dépasser les 80% du PIB annuel, notre crédit est à peine meilleur que celui du Japon.

Y a-t-il une solution à cela?

Certes oui. Et l’exemple nous vient de deux pays fort mal en point, l’Italie saignée à blanc par des années trop longues de berlusconneries et la Belgique qui ne semble finalement pas trop pâtir de la vacance du gouvernement depuis maintenant plus de 15 mois. A quelques jours d’intervalle, le nouveau président du Conseil italien et son homologue,  le “toujours en poste malgré sa démission” Premier Ministre belge lançait le même appel au peuple “Pour que l’Etat dure, amis donnez!” réinventant ainsi l’appel public à l’épargne. Dans la mesure où “sur les marchés”, cela leur coûte parfois jusqu’à 7% l’an, ils ont en effet intérêt à proposer à leurs concitoyens des placements de bons pères de famille à 3.5% voire même 4% . En effet si “les marchés” peuvent s’amuser et nous amuser en se faisant peur sur les risques de défaut, il est rare qu’un Italien ou qu’un Belge puisse penser que son pays va tomber en faillite.

D’ailleurs, à ce propos, pourquoi ne pas avoir utiliser cette technique lors du “Grand emprunt” Juppé-Rocard? Il faut croire que, derrière, cela manquait singulièrement de vision stratégique pour que personne n’ait eu l’idée de ce grand élan patriotique autour d’un emprunt national.

D’un autre côté, c’est peut-être tant mieux pour ceux qui vont leur succéder. Pour peu qu’ils donnent un peu de souffle à leur projet, pour peu que cela se tende un peu plus du côté des taux, pour peu que la Bourse se montre aussi peu fringante que ces jours-ci, pour peu que la bulle immobilière se dégonfle progressivement, mais pas trop vite quand même pour ne pas provoquer de panique, pour peu donc que tout cela se passe en même temps, n’importe qu’elle souscription publique qui proposera un taux sensiblement plus élevé que celui de la Caisse d’Epargne (disons 2,5% à 3%) a de bonne chance de réussir une jolie opération de financement. Mais il faut quand même un minimum de préparation psychologique sur fond de dramatisation de la situation de nos infrastructure, sur la place de la France (le Français, donc l’épargnant français, il aime bien ça) et évidemment vers une “nouvelle frontière”. Ce peut être une nouvelle industrialisation de la France, ce que certains appelle la transition écologique de l’économie sur fond d’innovation technologique.

Mais des emprunts d’Etat aussi bien vendus soient-ils ne seront rien sans une impulsion communautaire. Il y a quelques jours des grandes voix européennes ont lancé un appel intitulé “l’austérité mais aussi la croissance” laissant entendre que la voie de l’austérité était celles des Etats et  la croissance celle de l’Union. Outre qu’avec des emprunts d’Etat, ce peut être aussi la relance par les budgets de l’Etat, il est clair que l’Union Européenne a un rôle à jouer dans le redémarrage du Continent. En effet, l’économie continentale souffre d’importants manques en terme d’infrastructures, aussi bien pour la mise à niveau des réseaux existants, ferroviaires, fluviaux, routiers, énergie que pour les nouveaux réseaux, numériques, énergie encore . Afin de ne pas trop torturer les traités, ils proposent et c’est finalement le choix le plus normal, de passer par la Banque Européenne d’Investissement pour financer des infrastructures et de doper sa capacité de financement en la faisant passer très rapidement de 80 à 200 milliards d’Euros. On imagine tout de suite l’effet de levier d’un tel investissement massif. On reconnait bien là la patte de Delors et de …Monti.

Cette démarche n’est pas exclusive d’une autre démarche plus hardie, celle de la convergence fédérale dont le fer de lance seraient les eurobonds c’est à dire la capacité offerte à la BCE d’aller emprunter sur les marchés pour faire ce que les banques centrales ne peuvent plus faire, c’est à dire prêter aux Etats, la contrepartie sera nécessairement un plus grand contrôle des budgets fdéraux. Tant qu’à être mis sous tutelle parce qu’on est faible, que vaut-il le mieux? Ses pairs au sein du Conseil Européen ou un pool de banques comme Goldman Sachs ou Morgan Stanley?

De toute façon, la petite attaque menée juste après la mi-novembre sans en avoir l’air contre la toute puissante Allemagne est un signal discret envoyé par ces banques : l’objectif final, c’est bien l’Euro et la spéculation n’aura de cesse qu’elle n’ait mis fin à cette anomalie dans la sphère financière : une monnaie sans Etat. La Finance ne supporte pas les anomalies.

C’est donc dans l’intérêt des épargnants européens d’adhérer à cette démarche même si on leur fait pas miroiter des taux faramineux. Car si cela n’est pas tenté, demain, c’est tout qui sera perdu pour eux et nous pas une hypothétique surprime.

Et surtout qu’on ne me dise pas que ce n’est pas réaliste, qu’on ne trouvera jamais l’argent : toutes les études sur le patrimoine mondial le montre, c’est en Europe que se trouve concentrées le plus de richesses. Le tout est de la faire sortir. La finance c’est aussi une question de confiance et de psychologie. C’est manifestement ce point du plan qu’il convient de renforcer et vite!

2 Réponses

  1. Le jour du défaut ne vaudra pas mieux pour les états avoir une dette massivement détenue par l’étranger, quitte à ne faire défaut que sur celle ci?

    • Seriez-vous « Russe blanc » par hasard, car ce que vous me décrivez, c’est le coup des emprunts russes. Avec une dettes détenues par les nationaux, vous avez de multiples solutions possibles depuis celle qu’employa Philippe le Bel avec les Templiers et les Juifs , jusqu’à celle plus légale de l’impôt confiscatoire en passant par un rééchelonnement à très long terme (par exemple report de 10 à 15 du remboursement du principal)
      Avec des créditeurs étrangers, de telles solutions sont plus complexes à mettre en oeuvre surtout s’il s’agit d’investisseurs un peu brderline;

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