Quel modèle économique et sociétal pour la France?


par Marc Dupuis

 La crise de l’Euro a placé au second plan un débat pourtant essentiel celui d’une nouvelle croissance durable seule à même avec la régulation mondiale de la finance et la création de conditions d’une plus juste compétition internationale, de permettre une sortie pérenne de la crise. Poser la question d’une nouvelle croissance durable, c’est en même temps poser celle du modèle économique et social qui la sous-tend.

Il est courant de parler de modèle économique pour les entreprises qu’on peut définir comme la manière d’articuler la création de valeur pour ses clients et l’appropriation de cette même valeur par ses parties prenantes. Il est moins courant de parler de modèle économique pour une Nation ou un ensemble de Nations.

Pourtant c’est le modèle économique et social qui est au centre de la compétitivité d’un pays ou d’un ensemble de pays. En ces temps où l’Allemagne assoit son leadership en Europe il est de mise de faire référence au modèle allemand. (La compétitivité, enjeu d’un nouveau modèle de développement, rapport présenté par Isabelle de Kerviler, CES, octobre 2011).

L’industrie Allemande est caractérisée par une très forte spécialisation. Les entreprises allemandes détiennent – grâce à leur savoir-faire et leur innovation permanente – des parts importantes de marchés de très haute qualité (optique et machine-outil par exemple). Cette spécialisation est caractéristique pour l’automobile dont la production est orientée vers le haut de gamme à forte marge, qui tire les exportations. L’Allemagne occupe ainsi soit le premier, soit le second rang dans de nombreux secteurs industriels européens : des équipements mécaniques à l’optique, de la production des métaux à celle du matériel de transport. En second lieu, le modèle économique allemand s’appuie sur un réseau de moyennes entreprises particulièrement innovatrices et performantes à l’exportation « champions cachés » de l’économie d’outre-Rhin, gérées par un capital familial stable et adossées à un système bancaire local et diversifié. Enfin, l’Allemagne bénéficie d’un climat social où la négociation entre partenaires sociaux est la règle, d’où l’expression d’économie sociale de marché.Au cours des dix dernières années, l’Allemagne a opté pour un modèle low-cost /haute qualité en faisant peser sur sa population une politique d’abaissement forcené du coût du travail, difficilement acceptable en France ?

En face, y-a-t-il un modèle économique et social français ? Certes, la France bénéficie de points forts rappelés dans tous les rapports officiels, des champions industriels mondiaux, un réseau d’infrastructure une position géographique avantageuse, une agriculture forte, un système de santé solide et de sécurité sociale fortement mis en cause par les forces conservatrices. En revanche la France ne dispose pas de ce réseau de moyennes entreprises exportatrices qui fait la force de l’Allemagne, son climat social est d’avantage à l’affrontement qu’au dialogue, et surtout le pouvoir actuel inspiré par certaines idées ultralibérales, n’a pas mis en place une véritable stratégie de réindustrialisation et de repositionnement débouchant sur un véritable modèle économique et social durable.

Le pouvoir progressiste qui sortira, nous l’espérons, des urnes en 2012 aura à la fois à gérer cet héritage et à prendre des positions de court terme dans un contexte qui pourrait être dramatique et dans le même temps à mettre en place un nouveau modèle dont la mise en application ne pourra faire sentir ses effets que sur le long terme. S’il convient de retenir certains avantages du modèle Allemand, la simple copie par le bas que préconise le pouvoir actuel ne saurait dispenser de la recherche d’un modèle de croissance adapté à notre pays en coordination avec une Europe qui devra trouver son propre modèle économique, ne pouvant se confondre avec le modèle allemand. La tâche est donc immense et demandera une très large participation de toutes les forces vives, elle comporte une condition impérieuse de succès : la conjugaison d’une justice dans les efforts consentis et d’une vision claire du but à atteindre.

MD

%d blogueurs aiment cette page :