La crise systémique de 2010 – Ses conséquences (Grèce)

1. –  Dossier : Grèce 2012. À consulter ici.

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 2. – L’avenir financier des pays occidentaux

20 Mai 2010 Par Rachel Cado 

  

             I.      Tout le monde savait depuis longtemps et personne n’a rien fait : ignorance, inconscience, irresponsabilité ou au contraire une certaine volonté qui avance masquée? 

On savait très bien ce qui allait se passer au FMI, du début jusqu’à la fin. Le Fonds monétaire international (FMI) a affirmé mardi 20 avril que la hausse de la dette publique dans les pays développés pourrait compromettre la stabilité du système financier mondial. En fait l’amélioration récente ne serait que momentanée :  » La montée en flèche des besoins de financement souverain risque de se heurter à une offre de crédit limitée et, partant, de pousser les taux d’intérêt à la hausse et d’aggraver les tensions de financement pour les banques« , a-t-il ajouté. Le FMI n’a pas chiffré cette hausse, mais a estimé que les premières victimes en seraient « les PME et les emprunteurs les moins fiables« . Il a donc appelé les gouvernements à « la mise en oeuvre de plans de rééquilibrage des finances publiques à moyen terme bénéficiant du soutien de l’opinion publique« .

Et début décembre 2009, Jean Claude Junker, président de l’Eurogroupe, a déclarait encore en réponse à l’hypothèse du scénario de non paiement de sa dette par la Grèce : « totalement aberrant », or cette même dette fut dégradée le 8 décembre… Et on connaît la suite; ne pourrait on pas dire que c’est lui qui est aberrant! Ou alors on nous  berne! Et dans ce cas pourquoi?

En mai on crie au scandale quant au maquillage financier de la dette grecque : que la Grèce est vilaine… que des tricheurs, pourtant il est aujourd’hui avéré que tous les gouvernements de la zone euro, ont eu recours à ce type de maquillage, à commencer par l’Allemagne en 2004 avec le Aries Vermögensverwaltung  monté et structuré par Goldman Sachs et la Deutsche Bank.

La Grèce ne serait elle pas d’une certaine façon un bouc émissaire, ou l’annonce de la 1ère faillite européenne qui sonne le glas de l’euro, de la zone euro, des autres faillites ou alors les deux à la fois.

  1. A.    La mécanique financière implacable

Le krach Obligataire, suite logique de la crise financière de 2007, grand thème de l’année 2010 annoncée et expliquée (par la note « Bulle Obligataire », 13 Juillet 2009) trouve ses fondements sur 2 causes financières :

  1. L’endettement massif et « insoutenable des Etats Occidentaux  » décidé et mis en œuvre pour faire face à la crise de 2007, avec une vision court terme et des modalités irresponsables et financièrement incohérentes (consistant à injecter des liquidités monumentales dans des institutions financières sans contreparties décisionnelles et donc sans changement de gouvernance….).
  2. Le changement des centres de gravité financier et économique de l’Occident vers les MENA BRIC, avec un équilibre bipolaire qui se transmute en équilibre multipolaire avec une dominante Moyen Orient – Chine.

Et ce avec un résultat implacable.

  1. L’endettement massif et insoutenable des Etats Occidentaux 

Le financement de la crise a procédé pour les pays occidentaux (la Chine a procédé uniquement de l’autofinancement) uniquement de l’endettement qui, d’important est devenu démesuré et donc insoutenable puis ingérable.

Ainsi sur seulement une année, le besoin de financements supplémentaire a été le suivant :

  • 700 mds$ : Plan Paulson (sauvetage des banques)
  • 800 mds$ : Plan Obama (plan de relance)

Cela a amené le déficit US à 13% du PIB en 2009 contre 5% en 2008. Au niveau européen les plans sont restés bien plus modestes (ne dépassant pas 1 à 2% de PIB) mais ont requis également des liquidités sur le marché de l’endettement, de telle sorte que le besoin de financement des administrations publiques au niveau mondial a atteint 6 000 mds$, amenant une progression de 50% de la dette des pays occidentaux à horizon 2011.

Suite à ces décisions, les pays occidentaux sont passés à la phase 2 : les émissions obligataires sur le marché pour lever ces fonds, créant ainsi :

–       Une demande telle que pour satisfaire et rassurer les investisseurs il faut servir un taux d’intérêt toujours plus élevé augmentant la charge de la dette  et créant une hausse des rendements qui incitent progressivement les investisseurs à se défier de ces actifs avec un réflexe de « flight to quality » (les Chinois ont déjà considérablement réduit leur fonction de financement de la dette américaine), ce qui rend encore plus difficile la levée de capitaux…

–       Un assèchement des liquidités (les plans de relance US captent à eux seuls 2/3 de l’épargne mondiale) qui privera l’économie réelle (PME et particuliers) de capitaux dont ils font déjà cruellement défaut.

–       Les marchés financiers entrent dans une phase de krach beaucoup plus sérieuse et durable que celle de 2008, avec des conséquences irréversibles, la dégradation de la dette des Etats Occidentaux, la hausse des taux d’intérêts, la hausse de la charge de leur dette combinée à l’asphyxie de leur économie ….. conséquences devenant progressivement jugées insoutenables par les investisseurs qui s’en défient, et conduit à une faillite progressive et rapide et à une très forte récession économique.

Ce financement des Etats Occidentaux pour faire face à la crise résulte donc :

–       D’une vision court terme sans appréhension de la relation causes à effets sur les marchés, qui est logique, implacable et donc fort prévisible

–       D’une irresponsabilité : aucune coordination mondiale et encore moins européenne (pas de rôle dédié et revue de gouvernance à la BCE, pas de budget européen, pas de création d’un ministère de l’économie)

–       D’une intervention financièrement irrationnelle : injection inédite de liquidité massive (facturée aux peuples de manière unilatérale) dans les institutions financières, sans prise de participation correspond aux dits investissements, et aucune intervention quant aux changements de gouvernance indispensables pour rendre cette injection profitable (contrôle des risques repensé, réglementation des opérations de titrisations et de l’utilisation de certains produits dérivés/structurés, gestion des postes hors bilan dans l’appréhension des risques, critères de financements de l’économie réelle, priorités stratégiques dans le business model des banques occidentales…)

Le résultat immédiat est effectivement un engloutissement immédiat des liquidités utilisées sur le même modèle qu’auparavant : beaucoup d’argent, beaucoup de risques et très vite. Et quelles sont les nouvelles opportunités de marché : les financements structurés dans un contexte de liquidité difficile, certaines titrisations adjacentes, et surtout la dette souveraine des Etats Occidentaux qui a permis de financer ces mêmes banques, et qui s’annoncent aussi bien en termes de syndications, de structurations et de placements comme l’affaire la plus juteuse du siècle par leur montant démesuré et la liberté totale laissée par les Etats qui les ont refinancé!

L’étape suivante sera l’investissement massif dans les MENA BRIC qui seront les relais de croissance mondiaux une fois les Etats Occidentaux définitivement laminés.

  1. Le nouvel équilibre multipolaire avec comme leaders : le Moyen Orient et la Chine.

La crise financière de 2008 (amorcée en 2007, voir note « Tchernobyl Financier » 5 Octobre 2008), a coïncidé avec le passage de l’équilibre bipolaire  à l’équilibre multipolaire articulé sur les MENA BRIC (voir note « New Order » 25 Septembre 2008, « Nouvelle Carte » 27 Octobre 2008) avec comme leaders dans le premier cycle économique le Moyen Orient et la Chine.

Cette nouvelle donne n’a pas ou peu été prise en compte dans le traitement de la crise par les Etats Occidentaux : réunion G8, G20…. Quel intérêt ont ces grandes décisions si elles n’impliquent pas les nouveaux leaders mondiaux? Relance économique et financière pensée dans l’ancien équilibre bilatéral, sans travail de fond sur « quelle place prend t on et comment dans ce nouvel équilibre? »

Ainsi n’ont pas été travaillés les sujets de financements de l’économie de la connaissance, de l’Europe industrielle, technologique, R&D, de la mise en place des partenariats et des échanges financiers avec le Moyen Orient et la Chine, en quelque sorte, ça a été « on reprend les mêmes et on recommence de la même façon la même chose » sauf qu’on avait changé de film, le clash était donc inévitable et rude!

  1. Avec un résultat implacable

Les plans de relance se sont donc traduits par des initiatives individuelles (donc sans tenir compte de leur impact sur l’équilibre global et encore moins de leur articulation avec les acteurs principaux du nouvel ordre multipolaire) et ont consisté en des injections de liquidité massives en supposant « naïvement » que cette liquidité allait par le phénomène de la génération spontanée se retrouver dans l’économie réelle par une prise de conscience et une réorientation stratégique à 180°C des banques… d’où le phénomène nécessaire suivant : une bulle chasse l’autre :

–       Processus de désendettement par injection de liquidités

–       Absorption des pertes du patrimoine immobilier

–       Faible consommation → pas de croissance  → déconnection avec les liquidités injectées qui faute de descendre dans l’économie s’investissent dans des actifs financiers pour former une nouvelle bulle, ici la bulle obligataire.

Bulle favorisée par le biais fortement expansif des politiques monétaires, en effet il est largement connu que la détente quantitative joue un rôle primordial dans la formation des bulles puisque qu’elle fut justement l’outil de la construction de la bulle financière qui donna lieu à la crise financière de 2008.

Le krach des dettes souveraines occidentales a commencé depuis près d’un an, à annoncer ses prémices avec en 1ère position la Grèce, puis on aura, l’Espagne, le Portugal, l’Italie, la France. Ce fut l’explosion des swaps spreads depuis plusieurs mois qui devinrent négatifs, la notation de Grèce fut dégradée, ses taux d’intérêts sur la courbe d’Etat flambèrent, les marchés européens furent ébranlés, l’euro chuta violemment, et personne ne fit rien…. l’Europe ne se résolut pas à agir seule et alla chercher le FMI pour éteindre l’incendie grec responsable de tous les maux. Mais alors le marché continua à s’inquiéter car les marchés financiers, étaient tout à fait conscients que le « malaise » n’était pas seulement grec, mais européen, et bientôt il sera aussi américain c’est-à-dire occidental.

Aujourd’hui se pose le problème de la contagion et l’on regarde attentivement l’Espagne, cas d’école européen particulièrement intéressant….

Cas de l’Espagne

Au début de la crise en 2007, l’Espagne bénéficiait d’un excédent de ses finances publiques de +2,2% PIB et d’une dette représentant 42% PIB (contre 76% zone Euro) associé à une  robustesse de ses banques (avec un contrôle prudentiel exemplaire) avec entre 1999 et 2007, une croissance de +3,7% par an (contre 1,8% zone Euro), mais la dette des ménages frôlait les 90% PIB!

Ce qui pour n’importe quel économiste signifie qu’en dépit de finances publiques très saines et d’indicateurs économiques très performants, la dette privée est dangereusement gonflée, et à ce stade en regardant de plus près ses composantes entièrement liées à la bulle immobilière (volume équivalent de mises en chantier en Espagne qu’aux Etats-Unis à la même période!), le constat était alors sans appel, l’endettement de l’Espagne était dangereux et nourrissait un phénomène de croissance économique artificielle.

Alors pourquoi les économistes de l’Europe et à commencer par ceux de la BCE n’ont pas tiré la sonnette d’alarme??? Et pourquoi ont-ils continué à présenter l’Espagne comme le meilleur élève de l’Europe? Où étaient les faucons de la BCE???? Car les critères d’évaluation financière européens sont uniquement de caractère public? Et ils n’auraient pas été aptes de leur propre initiative de regarder au-delà? A croire que cette situation arrangeait certains……

Donc logiquement suite à la crise de 2007, la bulle immobilière a éclaté, puis la bulle de la dette privée qui y était rattachée, et les banques ont commencé à vaciller en raison des difficultés des ménages, des faillites des entreprises donnant lieu à des provisions pour créances douteuses et les entreprises ont perdu leur compétitivité.

Ainsi entre 2007 et 2010 la dette publique a crû de +34pts pour venir classer l’Espagne parmi la top 5 des pays européens au bord du gouffre (RU +37pts, Irlande +51pts, Islande +89pts). Aujourd’hui l’absence de spécialisation et de dynamique économique rendent l’horizon de croissance bouché, le spread vs Bund est à +75bps! Et en juillet le gouvernement doit refinancer 30mds€ de dette publique…que vont faire les marchés? 

  1. B.    Une Europe ou une statut de sel? 

L’Europe connaît en fait une crise de dysfonctionnements qui d’une certaine manière étaient techniquement prévisibles en amont (d’où le vote contre Maastricht de nombreux économistes en 1993 en raison de l’absence des conditions de possibilité de fonctionnement d’une zone financière non unifiée avec une monnaie unique d’un point de vue purement technique).

En effet il est impossible où fortement préjudiciable d’instaurer une monnaie unique sur une zone :

–       Economiquement hétérogène pour ne pas dire économiquement divergente

–       Sans budget commun ni autorité économique commune et donc :

  • Sans politique budgétaire donc sans intervention budgétaire possible
  • Sans flexibilité au cas par cas d’intervention monétaire individuelle et ciblée

–       Sans autorité monétaire avec adaptation des critères à la conjoncture et aux cas individuels

–       Sans intégration fiscale

–       Sans volonté d’intégration politique

L’évidence économique d’une zone monétaire unique implique en sous jacent une économie homogène, avec une autorité économique et financière et les outils d’intervention financiers et budgétaires adéquats. On a donc commencé par la fin : on doit créer le contexte économique et politique pour l’achever par le financier qui est en l’aboutissement, on ne décrète pas l’Union par la monnaie, on la construit!

Au final on a donc mis en place une espèce de carcan bloquant des développements souhaitables en en autorisant d’autres sans limite, inadapté à chacun, et sans aucune marge de manœuvre, ce n’était pas un vêtement sportif évolutif mais un cercueil dans lequel il n’était pas prévu de bouger, on a oublié que l’Europe était un être vivant et même en l’espèce des êtres vivants dans un environnement mondial vivant, donc le résultat ne s’est pas fait attendre et ne date pas d’hier! 

  1. 1.       Théorie : Critères Maastricht bloquants (Ex Espagne) : inadaptés et insuffisants 

Les critères sont fixes et bloquants ce qui a des conséquences perverses:

–       pilier de la BCE : plafond fixe et prioritaire d’inflation (indice IPCH de 2,1%) qui a bloqué toute reprise en Europe du Nord et a favorisé l’endettement galopant en Europe du Sud.

–       Pilier de finance publique : critère fixe d’endettement (dette et déficit en % du PIB), les mêmes pour tout le monde et en toutes circonstances

–       Interdiction d’aide à un pays inscrite dans le Traité!

–       Interdiction à la BCE de rachats de papiers d’Etat sur le marché, donc politique d' »open market » amputée et historiquement dépassée (mesure de l’inflation à partir de M3…)

–       Exigence de l’unanimité (au lieu de la majorité qualifiée) sur les piliers dits de souveraineté des Etats, ce qui signifie aucune avancée sur une politique économique et fiscale commune…

Les résultats furent immédiats, et pourtant personne n’y réagit.  En effet historiquement pour les pays de l’Europe du Sud tels que la Grèce ou l’Espagne, la progression des taux était inférieur à la progression de l’inflation, ce qui a incité les gouvernements à augmenter massivement leur endettement et parallèlement a entamé leur compétitivité. Et aucune action corrective n’était possible! Car en monnaie unique, pas de politique budgétaire possible ni au niveau de l’Europe (pas outillée) ni au niveau étatique (car il est impossible de procéder à de l’inflation ou à des dévaluations dans une zone à monnaie unique strictement encadrée)! Aujourd’hui la seule solution est l’austérité qui passe par : baisse des salaires, des prestations sociales, dépenses publiques… très douloureux (au contraire des dévaluations antérieures).

Il est essentiel de mentionner que l’Europe est fondée sur une fausse base économique car elle est uniquement fondée sur les finances publiques or c’est la dette privée qui a précipité l’Espagne! 

Les critères sont insuffisants car ils ne permettent plus de gérer d’où une absence de gouvernance économique sur l’Europe :

–       Pas de politique budgétaire possible au niveau européen, donc aucun moyen de rectifier le tir lorsque les taux d’intérêt asphyxient une économie ou au contraire la conduisent à un endettement excessif

–       Pas de marge de manœuvre telles que l’utilisation de la dévaluation en cas de crise grave (Grèce) ou d’inflation (besoin de relance économique afin que la croissance permette d’assumer la dette).

–       Pas de budget européen permettant d’intervenir en cas de crise 

–       Pas de moyens d’intervention pour aider un pays

–       Pas de critère d’évaluation de l’endettement privé d’un pays! D’où le mirage de l’Espagne

Absence de moyens d’intervention :

–       Terme économique (politique budgétaire)

–       Crise de change

–       Pour aider un pays 

Absence de mécanismes de prévention (les critères de Maastricht) donc pas de :

–       Gestion de la crise

–       Prise en charge de la dette

–       Garantie emprunts

–       Prêts conditionnels (FMI) 

Au final le recours à l’intervention du FMI a signé l’échec de l’Europe et l’incapacité à gérer et à faire l’Euro. 

  1. 2.       Pratique : une absence de réactivité totale à telle point qu’elle en est suspect 

A ce stade les techniciens et experts, conscients de cet état de fait auraient dû réagir, et prendre des mesures pour éviter ce krach, pourtant face aux signes avant coureurs réels et visibles, personne n’a réagi ou alors si, mais d’une manière qui n’est pas lisible à l’œil nu, car l’inaction est avant tout un choix stratégique….

Suite à l’indifférence du président de l’Eurogroupe en décembre lors de la 1ère dégradation de la notation de la Grèce, l’Europe poursuivit sur la même lancée d’indifférence et d’inaction!

Le 23 Avril, pour la première fois depuis la faillite de Lehman Brothers, le rendement des T-Notes  a franchi le seuil des 4% pendant quelques minutes le lundi de la Pâque chrétienne, les swapsspreads et les taux des titres d’Etat de maturité équivalente -, sont devenus négatifs, ce qui est pour le moins alertant! De telle sorte que les swapsspreads sont devenus négatifs aux Etats-Unis  mais aussi au Royaume Uni et en zone euro. Ainsi en utilisant comme référence un taux moyen à dix ans pondéré par les PIB de la zone euro et non pas le Bund allemand, on obtient un spread 10 ans contre swap négatif de 28 points de base, ce qui aurait dû susciter quelques réactions… 

En définitif l’éclatement de la dette souveraine était donc prévue de longue date par tous les spécialistes et dirigeants : mécanique de la bulle combinée à la  politique de détente quantitative, alors quelle était donc alors la stratégie sous jacente? 

         II.      La dette grecque : l’arbre qui cache la forêt, mais où est le bûcheron? 

Avant de dévoiler la stratégie sous jacente, les critères financiers d’évaluation de Maastricht ayant été invalidés;  regardons avec précision qu’en est il de la dette souveraine européenne, car aujourd’hui nous ne faisons plus qu’un seul bloc, il n’y a pas l’Allemagne d’un côté et la Grèce de l’autre, comble de l’ironie, si nous ne faisons pas un en interne, nous faisons un en externe!  Car pour les investisseurs internationaux, il y a la dette européenne! Toujours dangereux de jouer des doubles jeux, de vouloir y aller, sans y aller…

A présent où en sommes nous? La Grèce est elle un cas « excessif », isolé ou le début d’une longue série de risques de défaut de la dette souveraine ? Pour y répondre il faut justement mettre les bonnes lunettes pour regarder la et les dettes souveraines : quels sont les critères de soutenabilité d’une dette? Les mécaniques de maîtrise d’une dette?

Dans ce contexte que doit être l’Europe et comment doit elle agir? Et au final comment agit elle, et agit elle vraiment seule? Et creusons le cas de la Grèce jusqu’au bout….. 

  1. A.    Sommes nous en risque de défaut sur les dettes souveraines européennes?

 

  1. 1.       Critères de soutenabilité d’une dette

Le critère d’évaluation d’une dette est sa soutenabilité et non pas son % du PIB in abstracto… qu’est ce qui fait qu’une dette est soutenable dans un contexte et un environnement économique donné? En effet la dette américaine a longtemps été très élevée en % du PIB mais définie comme soutenable et la dette espagnole aujourd’hui à un niveau moindre est considéré comme insoutenable.  Et un second critère sous jacent est la perception de cette soutenabilité (la peur de la dette est pire que la dette elle-même), car les marchés financiers ne sont pas des « spéculateurs sur la dette ou l’euro » ils traduisent simplement l’évaluation professionnelle de la perception de la dette et estiment aujourd’hui que la dette « Euro » n’est pas soutenable et que donc l’euro est menacé en tant que tel, cela peut fortement déplaire à certains, mais il serait temps de regarder la réalité financière en face!

La soutenabilité de la dette repose donc sur : 

–       La qualité de la dette : sa fonction d’investissement et son affectation structurelle 

–       La capacité de l’excédent primaire à éponger la dette : la fonction de croissance 

a)      La qualité de la dette : sa fonction d’investissement et son affectation structurelle 

La dette est une fonction d’investissement, levier financier essentiel destiné à produire des richesses et de l’emploi, ce serait donc un non sens de ne pas y avoir recours comme tout acteur économique privé, cependant il faut que la part de cette dette soit prédominante dans la dette globale et quelle soit au minimum structurelle, ainsi la dette qui n’est pas perçu comme de la bonne dette est la dette structurelle (= écart permanent entre les recettes et les dépenses + régulation conjoncturelle).

Par exemple en France la dette est passée de 64% du PIB En 2007 à 76% en 2009, et le déficit a grimpé de 2,7% à 8,3% dont 7% sont considérés comme structurels selon la Commission Européenne.  Ce type de déficit amène donc le krach si la capacité de l’excédent primaire à éponger la dette n’est pas suffisante.

La seule sortie possible est donc la croissance (employée par le Royaume Uni et le Canada) mais pour cela on doit avoir recours à la politique monétaire accommodante et à la politique de change ce qui n’est plus possible dans la zone euro…. la clé est donc l’excédant primaire. 

b)      La capacité de l’excédent primaire à éponger la dette : la fonction de croissance

La progression de l’excédent primaire est seulement possible si le taux de croissance progresse plus vite que le taux d’intérêt, ce qui n’est pas vraiment le cas aujourd’hui, il en découle des ratios de soutenabilité de la dette relativement alarmants pour l’Europe. 

Aujourd’hui la capacité de remboursement de la dette est la suivante :

Ratio : remboursement charges dette / recette fiscale < 10%

Grèce : 15%

Italie : 10% (Top 10)

France : 6% (donc 43mds€/an et 2ème budget de l’Etat)

Et le solde primaire de stabilisation de la dette est de :

France : -5,4 pts soit un effort brut de 5,8 par an pour atteindre 60% en 2020!

Allemagne : -2,2  soit un effort brut de 1,2 par an pour atteindre 60% en 2020.

Aujourd’hui charge de la dette française est de 42mds€, 15% du budget, 2ème poste dépenses = produit total de l’Impôt sur le Revenu, l’évasion fiscale annuelle oscille quant à elle entre 30-35mds€ selon le Conseil des prélèvements obligatoires

On peut donc dès lors constater qu’en termes de soutenabilité sont en très mauvaise posture : la Grèce, l’Espagne, le Portugal, l’Italie et la France, surtout s’ils appliquent une politique d’austérité aggravante pour la dette.

  1. 2.       Mécaniques de la maîtrise d’une dette

La dette européenne se doit d’être traitée d’urgence, pour ce faire, en théorie il a plusieurs mécaniques de maîtrise :

a)      Le Plan d’austérité 

Le plan d’austérité consiste à réduire les coûts, notamment les dépenses publiques : retraites, budgets sociaux (stabilisateurs sociaux, santé dont hôpital, éducation, salaires des fonctionnaires), et à accroître les recettes comme la TVA ou le taux d’imposition des classes moyennes. Le contexte actuel qui frôle la récession ferait basculer l’Europe aussi rapidement dans la récession en mettant un frein brutal à la faible reprise de la consommation, ce qui aurait un effet négatif sur l’emploi avec un effet d’éviction sur l’emploi déclaré (soumis à TVA) et sur la production de richesse par une dégradation brutale du niveau de vie. Il faudrait alors pour se mettre au diapason des critères de Maastricht que les pays fortement endettés diminuent leurs salaires de progressivement 30% par rapport à l’Allemagne, créant ainsi une zone « pauvre » périphérique de l’Allemagne. Car il faut bien se rappeler comme vu précédemment que symétriquement le développement de la croissance par les facteurs traditionnels antérieurs que sont la politique monétaire accommodante individuelle ou la politique de change individuelle ne sont plus possible dans le carcan de Maastricht. Au contraire nous sommes dans le même contexte économique que lors de la crise de 2008 où la consommation est primordiale pour ne pas sombrer dans la récession et la rétrogradation mondiale (qui a déjà bien commencé…). Le tour de vis budgétaire sera donc pire que la dette elle-même car il bloquera la croissance. La récession écrasera alors les recettes et fera progresser la charge de la dette en s’accompagnant de la réduction de la progression de la protection sociale. L’austérité est une arme économique fatale et destructrice dans le cadre d’un trop fort endettement car en accroissant l’endettement, il générera la pauvreté, il est donc essentiel de comprendre ce point pour se tourner vers la seule voie : la croissance par la progression forte de l’excédent primaire. 

b)      Croissance et excédent primaire

Si le taux d’intérêt progresse plus vite que le taux de croissance, la charge de la dette croît rapidement, mais on ne décrète pas l’inflation ou la croissance. Pour stabiliser le ratio de la dette sur le PIB il faut un excédent primaire : excédent budgétaire avant prise en compte de la charge de la dette, cet excédent doit être d’autant plus important que la croissance est faible et la charge de la dette élevée. Pour cela on utilise les stabilisateurs automatiques que sont les recettes fiscales d’un côté, le chômage de l’autre… et les stabilisateurs décidés. Mais le krach obligataire avec la défiance des investisseurs fait s’envoler les taux d’intérêt et les politiques d’austérité qui y répondent pour juguler les dettes font s’effondrer le taux de croissance… Donc le véritable acteur est la banque centrale! Les grands économistes du FMI ne peuvent pas ignorer cela, ou alors seraient ils mal intentionnés? Les grands économistes de l’Europe non plus, alors qu’ils ne donnent aucun rôle stratégique à la BCE si ce n’est de contrôler l’idiot pilier d’inflation (plafond de 2,1% de progression annuelle de l’IPCH), seraient  ils aussi mal intentionnés?

Et le rétablissement de la compétitivité est le 2nd pilier de la maîtrise de la dette.

Alors face à la mécanique de la dette souveraine nous pouvons maintenant clairement définir ce que devrait logiquement faire l’UE, et maintenant regardons de plus près et dans le détail ce qu’elle fait, car ça vaut le détour…. 

POUR MAÎTRISER UNE DETTE, IL FAUT REGARDER UNE CHOSE : SA CAPACITE A PRODUIRE DE LA CROISSANCE GENERATRICE D’UN EXCEDENT PRIMAIRE SUFFISANT AU REGARD DE SA DETTE ET DU REGAIN DE  COMPETITIVITE POUR RENDRE CETTE DETTE SOUTENABLE VIS-A-VIS DE L’EXTERIEUR. 

  1. B.    Ce que l’Europe active et Pro-Europe serait et ce qu’elle est….

 

  1. 1.       Ce qu’il faudrait faire 

–       Une autorité centrale économique légitime (soit le Ministère de l’Economie réclamée par Madame Royal depuis 2008) apte :

  1. à gouverner économiquement l’Europe
  2. à avoir une politique budgétaire concrète appuyée par une politique monétaire efficace
  3. à prendre des participations actives dans les banques refinancées par les pays européens afin de changer leur gouvernance
  4. à intervenir en cas de crise
  5. à agir en cas de crise avec des outils d’intervention permettant d’aider un pays.

–       Un Budget européen de taille significative avec un fonds monétaire d’intervention afin d’être indépendant du FMI

–       Emettre de la dette européenne qui acquière la force d’une dette de zone financière comparable à la dette américaine (réunissant en garantie tous les pays de la zone euro). 

–       Une banque centrale avec des objectifs monétaires revus (le pilier de la croissance doit précéder le pilier de l’inflation qui doit lui-même être flexible) et une politique d’open market complète et efficace.

–       Des mécanismes de prévention:

–       Critères d’endettement publiques et privés

–       Adaptation de la politique budgétaire

–       Prise en charge de la dette

–       Garantie emprunts

–       Prêts conditionnels (FMI)

–       Des programmes d’investissement en vue de programmes communs d’industrialisation, de recherche, d’innovation, d’éducation qui créeront de la compétitivité. 

–       Une harmonisation fiscale poussée

  1. 2.       Ce qu’elle fait  

a)      Déroulé des événements 

Un plan anticrise en 5 volets le 9 Mai 2010:

1)      L’Union européenne dote la Commission d’une capacité d’endettement rapidement mobilisable de 60mds€

2)      Sous l’impulsion des Etats-Unis et du FMI l’Europe crée un Fonds de Stabilisation Financière : la zone euro accorde des garanties bilatérales pour un montant de 440 milliards d’euros (par un SPV qui émettra de la dette).

3)      le FMI ouvre une ligne de crédit estimée à 220 milliards d’euros au FSE

4)      la BCE s’engage à de racheter la dette souveraine; avec l’objectif de restaurer la liquidité sur le marché de la dette d’Etat et surtout fournir des liquidités aux banques….

5)      la zone euro opte pour le renforcement de la discipline budgétaire. 

La Grèce a vu une aide enfin débloquée (110mds€ sur 3 ans) en contrepartie d’un plan d’austérité drastique, le Portugal, l’Espagne, l’Italie et la France ont annoncé leur plan d’austérité, qui devraient être prochainement sérieusement approfondis.

On assiste alors dès le lendemain à un répit ponctuel (1 journée qui s’apparente plus à une pause occasion d’une correction technique) sur les marchés financiers, mais les marchés doutent. En effet l’Europe n’a ni montré comment elle va concrètement restaurer la solidité de ses finances publiques, ni comment elle compte éviter une récidive. Ainsi aucune solution n’a été apportée à la solvabilité des Etats Européens, et les marchés le savent et ne font que le refléter.

Concrètement rien n’est dit sur l’art et la manière :

–       de financier les 60mds€ pris dans le budget de la Commission.

–       de l’origine des 440mds€ que les Etats devront apporter de manière facultative…

–       des modalités de contraintes de réduction des dettes souveraines

–       du contrôle de la spéculation

On perçoit plus ce paquet de secours comme un geste d’urgence destiné à gagner quelques jours, on attend la suite…, Angela Merkel reconnaît déjà cet état de fait en reconnaissant que la zone euro n’avait fait que « gagner du temps » avec ses plans de sauvetage, mais que les vrais problèmes demeurent, notamment en termes d’écarts de compétitivité et de déficits. Donc l’Europe et ses dirigeants sont tout à fait au fait de la réalité….

Alors l’Europe avec à sa tête l’Allemagne va passer à la suite….. le 17 et 18 Mai pour avancer une solution qui n’est pas vraiment participative sur la gestion des déficits européens et définit les règles qui sont les règles de l’Allemagne et qui ne sont pas négociables, au moins ça a le mérite d’être clair!

« L’euro est en danger, et si nous ne nous prémunissons pas contre ce danger, les conséquences pour l’Europe seront incalculables et les conséquences au-delà de l’Europe seront incalculables », Angela Merkel, mercredi 19 mai. « Si l’euro échoue, l’Europe échoue ».

 » la crise actuelle de l’euro a montré combien cette culture de stabilité était importante. La solidarité et la solidité sont inséparables. Pour l’Allemagne, cette culture de stabilité ou de solidité n’est pas négociable « .

Donc l’une des pistes à l’étude serait l’application, à l’échelle de toute la zone euro, de la règle budgétaire allemande. En 2009, Berlin a inscrit dans sa Constitution un mécanisme de « frein à la dette  » qui empêche l’Etat fédéral de s’endetter de plus de 0,35 % du produit intérieur brut (PIB) chaque année, à partir de 2016.

Cette annonce  n’a pas calmé les marchés, n’a pas perturbé la chute de l’euro, elle devrait être mise en œuvre vendredi 21 mai…L’euro enchaîne les records à la baisse : mercredi 19 mai l’euro est passé sous la barre des 1,22 à 1,2144. En fait les marchés sont bien conscients que la croissance déjà faible sera remise en cause par les plans d’austérité qui se multiplient dans la zone euro avec le risque évident de compliquer la réduction des déficits.

 

b)      Des ébauches de mesures institutionnelles insuffisantes

–       En termes d’instruments d’intervention européens indépendants, le FSE constitue certes une avancée, mais notons bien qu’il ne s’agit pas d’un outil européen mais d’un accord intergouvernemental! De plus avec la « participation » du FMI…

–       Le rachat de titre de la BCE brise un tabou et permet une action concrète d’open market, néanmoins il est bien évident qu’il faudrait aller beaucoup plus loin car c’est le fondement même restrictif de la BCE  qui est en cause! Puisque c’est la politique monétaire qui est à présent la clé de la croissance et de la politique budgétaire.

–       Pas d’instauration d’un ministère de l’économie européen représentant les Européens mais une « prise en main  » par l’Allemagne, donc pas de politique budgétaire.

–       Pas de prises de participations envisagées dans les banques refinancées

–       Pas de création d’une véritable dette européenne, Eurobonds.

Il faut être clair : si l’ensemble de ces mesures ne sont pas mises en œuvre d’un point de vue institutionnel, l’Union Européenne ne pourra pas survivre. 

En outre l’interdiction de la vente à découvert assortie de l’interdiction de certaines pratiques sur les CDS décidée par Angela Merkel n’a pas affolé les marchés sur le fond, car ces pratiques peuvent être exécutées sans soucis sur les autres places financières, en outre les opérations sur CDS européens se réalisent pour l’essentiel à Londres, mais ont paniqué les marchés sur la forme en indiquant une absence de coordination, l’Union économique n’existe toujours pas et est donc de ce fait directement et rapidement menacée.

c)      Des plans de d’austérité frappant de plein fouet les économies en difficulté 

 LA GRECE : 1ère victime 

Conditions du paquet des 5 mesures de secours en termes de réductions des déficits, et la conditionnalité n’est pas un détail ou une mince affaire…. 

Face à la pression des marchés, l’UE et le FMI ont mis en œuvre un plan de soutien de 110mds€  à la Grèce sur 3 ans. Mais la contrepartie est infiniment et monstrueusement lourde : un ajustement de 30mds€ sur 3 ans, ce qui signifie plusieurs années de récession (4% cette année) et de déflation :

–       Suppression des 13ème et 14ème mois de salaire des fonctionnaires et des pensions des retraités de la fonction publique

–       Les employés des entreprises publiques subissent une baisse de salaire annuelle de 3%

–       Allongement de l’âge de départ à la retraite.

–       Le taux de TVA est relevé de 21% à 23%

Objectif : faire passer le déficit de 14% du PIB à 3% en 2014! Si, si…

Le résultat économique donne le constat suivant  : le grand économiste DSK a pris un plan qui est un non sens économiste, dénoncé comme tel par les plus pertinents économistes : Touati par exemple, explique que pour rembourser une dette il faut, de la croissance pour produire des recettes et une inflation mesurée pour faire croître le taux d’intérêt moins vite que le taux d’inflation afin d’alléger le fardeau de la dette alors que le resserrement budgétaire drastique va tuer la croissance pour donner une récession très forte et prolongée, qui donnera elle-même une inflation sous jacente négative donc un spread taux d’inflation – taux d’intérêt très élevée plaçant la charge de la dette dans une spirale croissante incontrôlable, quant aux mesures comme la hausse de la TVA dans un pays où une grosse partie de l’économie est souterraine donc non soumise à la TVA ne rapportera rien et précipitera une nouvelle partie de l’économie dans la clandestinité, et toutes les mesures sont à ce niveau…. Les marchés en s’effondrant après l’annonce du plan ; n’ont pas spéculé, ils ont intégré et compris cela, les répercussions économiques et financières catastrophiques de ce plan et surtout l’incapacité qu’aura la Grèce a honoré ses remboursements, tout simplement. 

Ainsi ce plan sera économiquement fatal à la Grèce et donc financièrement par ricochet. La baisse violente du niveau de vie bloquera la croissance accentuant dangereusement la récession, les recettes fiscales baisseront donc vertigineusement et surtout la TVA qui dans une économie où la part de travail non déclarée est importante incitera le travail déclaré à passer en non déclaré….. d’où un creusement du déficit primaire qui va rendre progressivement de plus en plus impossible le remboursement de la dette puisque la voie de sortie de la dette est la croissance et la compétitivité!

Et pourtant on enchaîne les plans d’austérité avec l’Espagne, le Portugal et la France, qui vont connaître un blocage de leur croissance, de l’emploi, de la compétitivité…

En fait, selon le raisonnement des plans d’austérité, pour qu’ils atteignent leurs objectifs, étant donné que les pays ne peuvent pas activer le levier de la dévaluation monétaire pour rendre leurs exportations plus compétitives, la seule variable d’ajustement disponible est la dévaluation salariale explique Paul Krugman. Il faudrait donc que ces pays périphériques fassent chuter leurs salaires de 20 à 30% par rapport à l’Allemagne, ce qui est techniquement peu envisageable, néanmoins un aspect de la stratégie surgit, une Europe à 2 vitesses, avec des satellites allemands… 

d)      On croirait un enterrement de 1ère classe de la zone euros et de l’euro

La sollicitation même du FMI marque l’échec politique d’une zone euro indépendante dont l’obectif était de constituer un bloc de taille identique et autonome des Etats-Unis. Cette crise grecque était véritablement le test de la zone euro, quant à sa pertinence à être assez forte et solidaire pour se comporter et agir en tant que zone financière autonome ? Je ne pense pas que les Etats-Unis irait chercher la Commission Européenne pour se faire conseiller, régler et participer au sauvetage d’un de leurs Etats fédéraux?! Donc l’échec politique de l’UE est maintenant signé.  Jacques Delors constate ainsi cet échec :  » Je l’ai dit, je suis meurtri. L’Europe pouvait résoudre cette crise sans faire appel au FMI. C’est un aveu d’impuissance politique. « 

On fait mine de découvrir aujourd’hui une évidence  économique énoncée en 1993 : une monnaie unique ne peut pas fonctionner sans solidarité entre les Etats, sans harmonisation budgétaire et sans un minimum de convergence économique avec donc l’outillage institutionnel qui scie à un gouvernement d’un point de vue financier et économique, donc en l’état actuel des choses l’euro ne peut pas continuer à exister.

Le plan de sauvetage ne concerne pas vraiment la Grèce, il concerne surtout les banques! Car il s’agit avant tout de sauver une fois encore le système bancaire, en injectant des liquidités à un Etat afin qu’il rembourse les banques! Quand la France parle du sauvetage de la Grèce, elle parle plus du sauvetage du Crédit Agricole et de la Société Générale! C’est pourquoi on entend tant parler et tergiverser sur le degré et les  montants d’exposition des banques à la dette grecque, mais on devrait plutôt regarder leur exposition à la Grèce + le Portugal +l’Espagne + l’Italie + la France, c’est dire le marasme attendu; et le renflouement qui n’en est qu’à son début! Et toujours bien sûr sans aucune prise de participation dans les dites banques, quel investisseur censé agirait ainsi???

Les conditions institutionnelles n’ont pas été mises en place par l’UE pour pouvoir maintenir la zone euro et permettre à l’euro de vivre, les plans d’austérité ressemblent plus à un suicide collectif, quand au plan de sauvetage provisoire, il est loin d’être acquis, en effet il faut l’approbation des Etats, l’approbation de l’Allemagne surtout : c’est-à-dire du Bundestag et de la Cour de justice de Karlsruhe car rappelons un détail, il est inconstitutionnel d’un point de vue allemand… et aujourd’hui il y a une plainte déposée contre le plan d’aide à la Grèce et la Cour ne s’est pas encore prononcée sur le fond, et d’autres recours sont attendus contre le plan de sauvetage de l’euro…..

Alors la question seule et unique est pourquoi? Elle sait, elle comprend, ça n’est pas de l’ignorance donc serait ce une stratégie, mais laquelle? En effet il y a une stratégie : européenne et américaine, avec un objectif : c’est l’objectif atlantiste et la stratégie du chaos constructeur, outil familier des géopoliticiens, très dangereux pour celui là même qui le manipule et le met en œuvre, et très destructeur pour les peuples, mais ça ne rentre pas du tout en ligne de compte… donc  les évolutions financières, économiques et géopolitiques ont été assimilées et comprises et l’action mise en place a son sens même s’il n’est pas vraiment expliqué clairement par les media….

  1. C.     Où est le bûcheron? L’intérêt des Etats-Unis et la fausse passivité de l’Europe ou plongée en eaux troubles : le Pacte Atlantiste.
  1. 1.       Le Pacte Atlantiste

Le scénario géopolitique issue de la crise financière et économique de 2007 est simple : passage d’un monde bipolaire occidental à un monde multipolaire animé par les zones émergées que sont les MENA BRIC donc non occidental avec, mais cela n’est pas sûr une place de simple pôle pour une ou deux zones occidentales.

Les Etats-Unis se retrouvent dans ce nouveau cas de figure et raisonnent logiquement : ils ne sont pas sûrs de figurer en tant que pôle dans le nouvel équilibre mondial; dans ce cadre il n’y a qu’une solution, créer une zone occidentale avec une monnaie unique (Europe + Etats-Unis), afin d’avoir un poids suffisant par exemple par rapport à la zone MENA ou à la zone China +Russia. Dès lors comment s’y prendre? Les UK sont acquis, l’UE ne fait même pas mine de s’intéresser au sujet… Les Etats-Unis vont bien sûr vouloir se retrouver en leader, au moins en participant sur un pied d’égalité alors ils font un examen pragmatique de la situation, des forces en présence :

–       les Etats-Unis sont économiquement beaucoup plus touchés que l’UE, Barak Obama lors de sa prise de fonction annonce que dans le meilleur des cas il faudra plusieurs mandatures pour relever économiquement le pays

–       La dette américaine devenue gigantesque (5% du PIB en 2008 à 13% en 2009, capte 2/3 de l’épargne mondiale) est à présent insoutenable et en plus la Chine est de plus en plus réticente à acheter la dette américaine : en février on enregistre la plus forte baisse des avoirs chinois en Bons de Trésor depuis 2000.

–       Le dollar est fortement affaibli par une économie lourdement frappée pour plusieurs décennies, une dette devenue insoutenable, bref les Etats-Unis n’inspirent plus confiance aux investisseurs, d’où la fragilité de sa monnaie, la Chine suggère au dernier G20 de créer une nouvelle monnaie internationale pour remplacer le dollar, les transactions dans la zone MENA et surtout au Moyen Orient commencent à se faire en Euros et bientôt il se pourrait que les marchés pétroliers se négocient en euros.

–       Face à cela l’UE est nettement moins touchée économiquement, elle n’a pas pratiqué les « subprimes », seule l’Espagne a forcé sur le marché immobilier…., la dette a cru considérablement mais reste tout à fait modeste comparée à la dette américaine donc l’euro se porte bien, même très bien, même trop bien puisqu’il handicape nos exportations, de telle sorte que  économiquement et géographiquement l’UE se présente de plus en plus comme le partenaire naturel de la zone MENA : Méditerranée + Moyen Orient, et donc serait le pôle Occidental du nouvel équilibre multipolaire. Le Louvre et la Sorbonne s’installent à Abu Dhabi.

A ce stade et même en amont dès le début de la crise de 2007, comme je le préconisais à l’époque il fallait saisir cette opportunité historique en :

–       Mettant sur pied immédiatement un gouvernement économique européen doté des moyens financiers adéquats, en établissant un partenariat politique main dans la main avec l’Allemagne qui était en posture de le faire à cette époque.

–       Créer une agence du Trésor capable d’émettre de la dette européenne qui grâce à sa bonne signature aurait permis de gérer les déficits et les problèmes liées aux dettes souveraines individuelles en amont, dette qui grâce à son excellente signature aurait permis de lever du cash à moindre de coût au niveau des investisseurs du Moyen Orient en recherche de placements et même à coût réduit dans le cadre de partenariats avec ce même Moyen Orient.

–       Amorcer une véritable politique européenne économique, industrielle, de l’innovation, de l’éducation et de la culture.

–       Mettre en place des partenariats véritables entre zones, pays et régions européennes et les pays méditerranéens et du Moyen Orient (ce que la Chine a fait…).

–       Profiter de l’élection de Barak Obama, pour nouer une alliance participative avec un rôle moteur pour créer cette nouvelle zone occidentale.

Mais rien ne fut fait, l’incapacité gouvernementale, les chicanes et autres mauvais rapports diplomatiques avec l’Allemagne nous coûtent très chers aujourd’hui…… Le rejet de la zone méditerranée et du Moyen Orient regardée comme l’ennemie…. L’Afrique bafouée et rabrouée laissée entièrement aux Chinois. Les leçons faites à Barak Obama qui choisit d’y répondre avec humour mais n’en pensa pas moins et décida de s’organiser avec Angela Merkel…. Rappelons Madame Royal qui réclamait à cors et à cris un ministère de l’économie franco allemand en 2008, une potilique européenne commune sur les différents sujets, une ouverture et un partenariat avec la zone méditerranéenne, une alliance avec les Etats-Unis en se déplaçant même, seule personne politique française à l’investiture de Barak Obama…. Mais arrêtons, ne nous faisons pas de mal en imaginant ce qu’aurait été une politique économique et diplomatique française éclairée du 21ème siècle, à un grand tournant de l’histoire qui ne se représentera pas!

Alors ce qui devait se passer se passa, les Etats-Unis toujours pragmatiques ne voulant pas perdre une hégémonie historique ont constaté que faute de proposition d’alliance de l’UE, les forces en présence ne leur étaient pas vraiment favorables, qu’au mieux ils auraient une seconde place derrière l’UE, le dollar disparaissant derrière l’euro.

Pire, comme lors de toutes les grands crises les plus puissants renflouent les « ruinés » afin de profiter de leur reconstruction économique en instaurant au passage une certaine hégémonie sur eux qui se traduit financièrement, économiquement, politiquement et culturellement aussi, il faut le dire… comme ce fut le cas lors des deux dernières guerres mondiales du siècle dernier où justement ce furent les Etats-Unis qui renflouèrent l’Europe ruinée car à l’époque l’Europe et les Etats-Unis étaient les seules puissances économiques! Mais la donne a bien changé car aujourd’hui les puissants qui seraient amenés à renflouer l’Occident et en premier l’Europe et à prendre le « lead » (faute d’établissement d’une Europe économique et financière et de partenariats solides avec eux) ce sont le Moyen Orient et la Chine! Insupportable pour les Etats-Unis!

Il fallait réagir afin de maintenir la puissance américaine et le dollar, donc la création de la zone occidentale devait passer par le rétablissement de la suprématie du dollar, donc de l’affaiblissement fort de l’euro, qui passait par un chaos économique et financier rebattant les cartes, afin que l’UE soit affaiblie, repositionnée par rapport aux Etats-Unis, éloignée du Moyen Orient, c’est le chaos constructeur, d’où ressortira un ordre occidental piloté par les Etats-Unis, donc financièrement par le FMI, qui mettra bon ordre entre un rapprochement avec la zone MENA : méditerranéenne et Moyen Orient, qui reste géopolitiquement un adversaire (l’axe US-Moyen Orient ressort toujours…) un dollareuro qui régnera, donc une zone occidentale régie par le Pacte Atlantiste. Parallèlement les Etats-Unis gardent la main au Proche Orient en organisant les négociations du processus de paix, on ne va pas les écarter comme ça de l’histoire en deux temps trois mouvements.

Il est clair et évident que l’UE, avec Angela Merkel à sa tête, a fonctionné à fond dans ce processus, refusant une aide autonome à la Grèce, allant chercher le FMI, organisant le FME donc les finances européennes avec le FMI, et laissant l’euro couler, et préférant se mettre sous la houlette des Etats-Unis plutôt que de créer un gouvernement européen. Le seul grain de sable est que cette stratégie est fort risquée et peut emporter les Etats-Unis et le dollar avec elle…

Au passage on a sacrifié, on sacrifie et on sacrifiera des peuples mais ce n’est pas la préoccupation des dirigeants européens, car notons que ces dirigeants commissions, BCE… ne sont pas élus par le peuple, donc pourquoi se soucier du peuple?

Dans ce cadre, la Grèce a été le 1er pion sur l’échiquier, voyons ça de plus près… 

  1. 2.       La Grèce : 1er pion visible sur l’échiquier

Comment en est on arrivé là? Etait ce inévitable, non puisque nous avons vu que tous les experts et dirigeants le savaient depuis le début et ont décidé de ne rien faire, ce qui en soit est une action et pas des moindres!

Nous travaillerons à partir de ce que nous appellerons des « rumeurs » du ministère de l’Economie et des Finances Grec, en nous basant également sur  le journaliste Georges Delastik (Prin, 18.04.2010) et l’article intitulé « Pourquoi avons-nous refusé l’aide des Chinois, des Russes et des Arabes ? »Journal I eleftheri ora (L’heure libre) du 2 mai, mais en ne prenant aucune position sur le bien fondé de ses « rumeurs ».

Le Moyen Orient, la Chine et la Russie ont proposé à la Grèce il y a plusieurs mois des plans de sauvetage divers et variés, et même d’éponger totalement leurs dettes ou bien des prêts à des taux de 1,5% maximum mais le gouvernement grec a refusé cette aide sous la pression, de qui? De la Commission Européenne! Ceci n’a pas été démentie par la Ministre de l’Economie Grecque qui interrogée s’est contentée de répondre : »allez donc demander au vice président! »

Pourquoi? Comment? Voilà comment le scénario géopolitique atlantiste s’est mis en place : les Etats-Unis ont souhaité la chute de la Grèce pour 2 types de raisons :

  • L’Euro devait être affaibli car comme vu auparavant il menaçait directement le dollar, qui devient de plus en plus la monnaie d’échange dans les nouveaux pays dominants financièrement et économiquement : le Moyen Orient et la Chine, il faut donc frapper fort, très fort, la Grèce en sera l’opportunité, mais peut être trop fort au point que l’euro pourrait disparaître alors le dollar disparaîtra aussi, mais ce ne sera pas la 1ère fois que les Etats-Unis ne dosent pas leur force….
  • Pour des raisons politiques:
    • Les EU ont toujours été les alliés de la Turquie contre la Grèce et veulent la pousser à faire des concessions en la mettant à genoux
    • Autres sujets : Mer Egée, Macédoine……

Bref la Grèce est une ennemie géopolitique qu’il faut faire plier, et à l’occasion de la stratégie économique on en profite pour régler ce genre détail.

1)      Sacrifice économique, financier et social

Alors l’occasion va être saisie, et pour ce faire les Etats-Unis mettent sous pression l’Europe, surtout la Commission Européenne pour laquelle son action pro atlantiste (faute de partenaire européen crédible tel que la France avec qui construire véritablement) a souvent été mise en cause ces derniers temps au détriment de l’Europe elle-même, et certains pays de la zone Euro sont aussi plus atlantiste qu’européens, tout le monde n’a pas la vision d’Hubert Védrine… donc la Commission Européenne n’aurait été que la courroie de transmission de la politique extérieure américaine.

Et certains pays ont des intérêts personnels : l’Allemagne est en Europe le seul pays qui se distingue dans le nouvel ordre financier et économique comme ayant encore une économie industrielle différenciée et compétitive, avec une industrie à plus value : spécificité technologique la rendant mondialement compétitive (non reproductible et donc délocalisable dans l’immédiat), donc cela lui donne l’opportunité d’être le nouveau pôle occidental partenaire de la Chine et du Moyen Orient, la décomposition de la zone euro, accélérant son positionnement de leader et amenant le DeutshEuro… donc Allemagne et Etats-Unis ont trouvé leur intérêt commun….

Alors pour ce faire ils se sont fait les dents sur la Grèce, ils ont mis la Grèce à genoux, enfin surtout son peuple. Cette mise à mort a été imposée par le président du FMI, DSK et mis en œuvre par le gouvernement grec qui ont un point commun : ils sont « socialistes! » Ca pourrait prêter à sourire, voire même à rire si la facture humaine n’était pas aussi grave, lourde et durable! Le gouvernement a voté ce plan d’austérité lorsque que la droite l’a refusé ! C’est honnêtement le plan le plus destructeur socialement et humainement que le FMI n’ait jamais imposé, plan typique du FMI que les socialistes ont toujours dénoncé comme une attaque à la dignité humaine, l’outil le plus noir du capitalisme, et surtout le plan le plus cruel aura été mis en place par un « socialiste », dès lors porté aux nues par les « socialistes français  » de la vieille garde qui le voient comme leur futur président, ces « socialistes » saluent celui qui vient de trahir le socialisme, qui a sacrifié un peuple et la génération suivante, qui a été un outil dans un jeu de pions capitalistes! « Shame on you! » comme on dit à Londres!

2)      Sacrifice géopolitique

Maintenant le peuple sacrifié, l’économie sacrifiée, regardons le plan géopolitique, le FMI frappe :

–       Comme par hasard la Grèce entre dans un processus de négociation avec la Turquie

–       DSK demande à présent à la Grèce de réduire ses dépenses d’armement : il indique après l’adoption du « plan de sauvetage financier » de la Grèce par l’UE et le FMI, que les dépenses militaires de la Grèce seraient « nettement réduites » pendant les 3 ans du programme de stabilisation.

Mais l’UE s’est tout de même très bien entendue avec le FMI sur ce point, car on « aide » que si ça rapporte quelque chose : le plan « de sauvetage » a été conditionné à la conclusion avec l’UE de contrats militaires portant sur des frégates, des hélicoptères français mais aussi des avions franco-allemands, des sous-marins allemands et d’autres armes qui viennent de l’Europe, de Hollande…. Comme l’a justement rappelé Cohn Bendit.

Donc on l’affaiblit militairement et donc géopolitiquement mais on maintient les dépenses militaires en notre faveur. Cynique? Non vous répondrait DSK ou le gouvernement grec « socialiste avant tout! ».  Pauvre peuple grec, il n’avait pas compris le sens du mot socialiste quand il a voté !

Et pour finir le coup d’Etat dont personne ne parle : lors du vote du plan « de sauvetage » à l’assemblée, il y a eu un amendement passé en catimini : un amendement qui permet que toute mesure économique soit à présent prise par le ministre de l’économie sans passer par l’assemblée, et ça a été adopté : c’est concrètement un coup d’Etat Constitutionnel.

Il est aujourd’hui essentiel de comprendre ce que vit le peuple grec car dans quelques mois nous allons l’expérimenter, en effet nous sommes les 5èmes sur la liste (Grèce, Espagne, Portugal, Italie, France), et cela va très rapidement arriver…. Il ne s’agit pas d’attendre 10 ans comme le disent certains experts le rythme cyclique s’est accéléré de manière exponentielle ces derniers temps. 

          III.      Bienvenue dans la zone DE (DeustcheEuro), ou en périphérie (si vous ne remplissez pas les critères allemands) sous l’egide du FMI c’est-à-dire des Etats-Unis. 

  1. A.    Fin de l’Euro et de la zone Euro, naissance de la zone occidentale

Les propos alarmistes de Paul Volcker, conseiller économique de Barack Obama, sur une éventuelle «désintégration possible de l’euro », résument bien l’incertitude ambiante, la reconnaissance de l’échec de l’UE en tant que zone indépendante du FMI, la non mise en place d’un ministère économique européen avec un outil d’émission de dette euro, la mise en place des plans d’austérité destructeurs….. vont accélérer la crise des dettes souveraines européennes et la chute de l’euro, que Angela Merkel accélère encore ces derniers jours en titillant les marchés qu’elle menace de représailles complètement inopérantes sur le périmètre en question alors que les pays de l’UE vont plus que jamais avoir besoin des marchés…. DSK essaie de rassurer « la zone euro ne va pas exploser », quand on en arrive à devoir tenir ce genre de propos…

Bref pour l’Euro la messe est dite! La désagrégation devrait s’étaler entre 3 et 5 mois.

Ce qui va succéder est donc une monnaie commune occidentale ou adossée au dollar, car au dernier moment les Etats-Unis viendront à la rescousse ! J monnaie qui sera ancrée dans la zone germanique qui va fixer les règles sous l’égide du FMI. Nous serons donc des pays périphériques (économiquement rétrogradés) de l’Allemagne.

Economiquement nous aurons très bientôt une première traduction de cela par une Allemagne qui au cours des réunions successives de l’UE va durcir le ton et fixer les règles :

« Je veux que l’Europe s’engage à (adopter) une nouvelle culture de stabilité. Notre culture de stabilité a plus que fait ses preuves. Les règles ne doivent pas s’orienter sur les plus faibles, mais sur les plus forts« , a dit Madame Merkel pour appeler les ouailles de l’UE à s’aligner vite fait bien fait sur l’Allemagne. Et elle déclarait cette semaine au Bundestag : «  Il est essentiel que vendredi on puisse dire: l’Allemagne a décidé, la somme est disponible« .

Elle a déjà prévu une mise au pas budgétaire et financière sérieuse de tous les Etats de l’UE sur le modèle de la rigueur budgétaire allemande en mettant un frein à la dette tel qu’introduit en 2009 dans la Constitution allemande et elle exige que les pays de l’UE l’adoptent car elle veut « ancrer de manière contraignante, et crédible «  dans le droit de chaque Etat les engagements du pacte de stabilité et de croissance.

Pour ce faire elle a prévu tout un arsenal de sanctions qui seront présentées vendredi 21 mai aux intéressés, sanctions qui vont permettre à tout le monde de filer droit s’il veut rester dans la zone germanique, ce qui ne sera acquis pour tout le monde :

–       Blocage des fonds structurels européens (aides régionales) pendant un an puis de manière irrévocable ce qui signifie une sortie économique de la zone germanique

–       Retrait des droits de vote dans les institutions européennes  suspendus

–        Mise en faillite selon une « procédure imposée » qui serait selon elle « une forte incitation à maintenir les budgets en ordre »

–       Examen des engagements budgétaires de chaque Etats par la BCE ou une commission d’économistes indépendantes (entendons indépendante des Etats et dépendante de l’UE)

Donc l’harmonisation économique et sociale qui aurait dû prendre place en amont de l’euro, pour laquelle François Fillon à présent se rallie : » « On ne peut pas avoir la même monnaie et travailler 42 heures dans un pays et 35 ou 37 dans l’autre. On ne peut pas avoir la même monnaie et partir à la retraite à 67 ans dans un pays et à 56 ou 57 dans un autre. Ca ne tiendra pas très longtemps. Ou alors il faut accepter que notre monnaie commune soit menacée », va être réalisée de cette manière, comme on dit au déroulement nécessaire : soit on le fait de gré soit on le fait de force.

Dommage de ne pas avoir avancé en 2008 avec l’Allemagne sur la création d’un ministère économique franco allemand et d’avoir mis en place une politique économique de la croissance, de l’investissement, une politique financière appuyée sur la politique monétaire avec une BCE avec un premier pilier de croissance prioritaire, et une politique locale et diplomatique tournée vers le sud…. Trop tard….

Néanmoins cette stratégie atlantiste qui se déroule sous nos yeux, prend appui sur le sabordage de l’euro, l’atteinte du bord du gouffre des dettes souveraines euro, et le risque dont la probabilité est loin d’être faible est tout simplement que l’euro et les dettes souveraines européennes entraînent dans un vaste mouvement d’une ampleur devenue incontrôlable, le dollar et la dette américaine….. Dans ce cas le basculement sera non plus atlantiste mais sino arabe, c’est-à-dire que nous deviendrons les pays périphériques (pour ne pas dire pauvres) de l’équilibre multipolaire MENA BRIC dans lequel l’Occident n’est plus…. Mais nous l’aurons bien cherché, qui ne fait rien, se voilent la face et joue avec le feu après maints avertissements, ne peut légitimement pas se plaindre.

Les marchés US plongent en même temps que les marchés européens, de manière continue, et l’indice composite des indicateurs économiques américains (conjoncture dans le pays dans les six mois à venir) a reculé en avril pour la première fois depuis mars 2009.

Dans ce contexte il est évident que l’absence de l’Occident rendra Israël très vulnérable et posera un problème et Israël deviendra alors notre seul rempart géostratégique qu’il faudra alors défendre.

Et dans ce cadre la Chine a commencé à sonner les cloches le 20 mai aux Etats-Unis via un conseiller du ministre chinois des finances :  » Les problèmes de dette souveraine en Europe mettent en évidence l’importance pour les Etats-Unis de maîtriser leur endettement qui atteint des niveaux inquiétants. » A suivre….

  1. B.    Voici venus de beaux jours pour la France ou quand revêtir son costume de plongée…

Exposition des Banques Françaises à la Grèce et autres…

La BRI estime que les banques françaises sont exposées à hauteur de 79mds€ sur un total européenne de 189mds€ contre 43mds€ pour les banques allemandes. Ceci met exergue la stratégie de développement des banques françaises qui est multidomestique sur la banque de détail, avec la croissance de la gestion collective qui l’accompagne sur ce terrain glissant pourrait on dire… suivi par les produits dérivés… L’exposition des banques françaises est donc surtout une exposition à travers  ses filiales, ainsi BNPP est présente en Italie, en Belgique, le Crédit Agricole en Italie et en Grèce. Ceci a également conduit lorsque le marché est déjà mature à s’implanter sur des marchés plus délicats d’où la filiale Emporiki du Crédit Agricole : 24Mds€ d’engagement et la filiale Geniki de la SG très en difficulté. Ainsi les banques françaises se trouvent exposées à un triple risque :

–       Détention de dette souveraine locale via les filiales

–       risque lié au choc récessif résultants des plans imposés par le FMI/UE qui vont générer une violente contraction de la demande interne en dégradant la situation des ménages et des entreprises et en ralentissant l’activité bancaire

–       risque d’affolement des populations lors de la sortie de l’euro qui voudront récupérer leurs avoirs immédiatement.

Maintenant regarder l’exposition des banques face à la Grèce a bien peu de sens, ce qui importe c’est leur exposition aux 5 pays exposés dont la France c’est-à-dire une exposition quasi intégrale!

Il y a peu Fitch et Moody’s ont annoncé le risque de dégradation de la dette souveraine de la France et un inévitable rééchelonnement des dettes. Les critères de soutenabilité de la dette établissent que la France est en 5ème position derrière l’Italie, avec une explosion de sa dette telle que l’ex-ministre de l’Economie Thierry Breton affirme que la France « sera devenue à l’horizon 2013 le premier émetteur mondial de dette en euros, devant l’Allemagne », dans un « basculement historique » vers une dette « latine » (France, Italie, Espagne, Portugal). 

Face à cela le gouvernement français prend ses dispositions en vue de satisfaire l’Allemagne avant même la réunion du 21 mai où elle va fixer les règles, et de rentrer dans la zone et surtout de rester dans la zone germanique : 

–       annonce d’un plan d’austérité

–       annonce de l’inscription dans la constitution française comme le préconise l’Allemagne, de la réduction des déficits dans la constitution

–       annonce d’une batterie de mesures de rigueur

Les secteurs les plus touchés dans un premier temps par la purge budgétaire seront :

–       les retraites

–       l’assurance maladie

–       les collectivités territoriales : gel des dotations de 50Mds€ à leur valeur, ce qui contraindra les régions à une réduction drastique de leur interventions économiques d’éducation, de formation, de transports collectifs avec également une réduction de leur soutient aux communes selon un président de région et selon le porte parole de l’Assemblée des Régions de France, les Régions ne seront plus en mesure d’accompagner le développement.

–       Augmentation de la TVA

–       Augmentation de l’impôt sur le revenu 

Avec cette politique l’économie française devrait rentrer dans une phase particulièrement sévère du type grec début 2011, d’où la nécessité d’une politique visionnaire, active et sans peur fondée sur la fraternité et le sens de l’engagement. L’engagement n’est pas un vain mot, c’est ce qui caractérise l’humain, et l’élève car au prétexte que nous ne sommes pas concernés nous ne bougeons pas le jour où l’Islande a été touchée, le jour où la Grèce a été attaquée, le jour où Israël sera menacé, le jour où l’Espagne commence à trembler… alors personne ne bougera le jour où nous serons touchés. 

Une politique qui saura tendre la main pour construire et non pour détruire ou dominer, tendre la main vers le Sud, construire et avancer avec la Méditerranéen, avec le Moyen Orient, avec le Proche Orient, avec l’Afrique, une politique qui saura prendre son destin en main plutôt que de se mettre au garde à vous pour se protéger et donner satisfaction. 

Recherche et Veille Economique : Daniel HUCHETTE

Spécialiste de la question grecque : Basma Léa ZEROUALI.

Maître de conférences à l’Université de Chypre. Nicosie

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