Politique et Entreprises

Par D&E

Le domaine des Entreprises  est traditionnellement considéré comme réservé à la droite qui serait mieux à même de comprendre et de représenter  la création et l’entrepreneuriat.

A l’opposé il est courant d’entendre que la gauche se méfierait des chefs d’entreprises, considérés comme de simples exploiteurs des salariés.

Il est temps de faire justice à cette vision manichéenne. En effet, la droite n’a pas le monopole des entreprises, on pourrait même l’accuser de les desservir par sa  vision sélective de l’économie de marché encourageant une concentration excessive  et des situations oligopolistiques qui finalement inhibent la prise de risque et la volonté d’entreprendre.

Quant à la gauche, même si pour beaucoup de ses leader les Entreprises sont « terra incognita », un regain d’intérêt se fait jour pour ceux qui comprennent que le tissus industriel et commercial est structurant de notre « vivre ensembles ».

A cette dichotomie superficielle nous préférons donc les notions de « progressistes » et « conservateurs » qui illustrent mieux que des positions idéologiques les choix politiques vitaux à concrétiser dans une démarche novatrice et courageuse. 

Une société où l’innovation et la prise de risque sont découragées  

Aujourd’hui nous assistons en France de la part de nombre d’entreprises  à un comportement frileux consistant  à « s’accrocher » aux  acquis, à tenter de se créer des garanties ou des rentes de situation, ce qui  aboutit à amplifier les phénomènes de blocages et de verrouillages économiques ou encore à adopter une attitude proche de l’assistanat condamné par ailleurs quand il s’agit des salariés. 

Dans la mesure où il s’agit d’un comportement largement répandu il faut plutôt y voir le paradoxe d’une société qui se replie sur elle-même, se protège de l’avenir, et tente désespérément de s’appuyer sur un Etat qu’elle condamne. 

De plus, l’inégalité des chances face à l’entrepreneuriat demeure malheureusement la règle dans notre pays et explique pour une part le peu de goût d’entreprendre de nos concitoyens et l’insuffisante criante du tissu de moyennes entreprises innovantes et exportatrices pourtant dénoncée à droite comme à gauche. 

Les entreprises se retrouvent enfermées dans un environnement qui est de fait hostile à la PME et à l’innovation. Les études fort bien documentées menées notamment par Thomas Philippon (Le capitalisme d’héritiers) montrent une société bloquée en terme  de mobilité qu’il s’agisse de l’embauche, de la promotion dans l’entreprise ou de l’accès aux études des enfants issus de catégories modestes.  Le premier emploi est conditionné par le réseau ou la famille, la promotion n’amène pas les plus compétents aux commandes, mais les héritiers d’une caste (écoles, réseaux) Les entreprises françaises sont classées parmi les dernières de l’OCDE pour la qualité des relations sociales, or celle-ci est un facteur fort de performances économiques. Dans ce contexte le chef d’entreprise apparaît comme un ennemi, un exploiteur. La confusion est alimentée par la montée internationale d’un capitalisme spéculatif découplé de l’économie réelle et par une répartition de plus en plus inéquitable des bénéfices issus de la création de valeur. [1] 

Ainsi, ceux qui tentent de s’adapter à l’évolution par la prise de risque et l’innovation, en particulier les petites entreprises se retrouvent à contre courant et se voient plus ou moins sanctionnées à plusieurs niveaux , aides, financement, fiscalité, accès aux commandes publiques, délais de paiement .Certes, on constate une progression du nombre de créations d’entreprises , pour une large part comme palliatif individuel au chômage, mais force est de constater que la part des créations dans les domaines de pointe à haute valeur ajoutée est très minoritaire et que le passage de la très petite à la moyenne entreprise pose problème ; or c’est ce type d’acteur qui crée de l’emploi et permet de faire face à la compétition mondiale. 

Créer plus pour gagner plus  

Partie prenante de l’économie de marché qu’il s’agit de mettre au service du plus grand nombre, le camp des progressistes doit mettre au centre de ses propositions  la création, l’innovation, la culture de projet, le goût d’entreprendre, elle peut opposer au slogan du néo-libéralisme Sarkozien « Travailler  plus pour gagner plus, un autre slogan autrement plus fondé «  Créer plus de richesses pour les répartir plus équitablement »

Il s’agit donc de définir en France l’entreprise du XXIème siècle qui, parce qu’elle met l’humain au centre, se retrouve elle-même portée par l’humain, non plus comme acteur antagoniste mais partenaire proactif, une entreprise qui ne fonctionne plus en circuit économique fermé et verrouillé mais de manière ouverte, mue par la création de valeur, où la richesse circule, créé de la croissance, du pouvoir d’achat, de l’emploi et de l’investissement en donnant envie d’entreprendre, envie de s’engager, envie de se former et de progresser.

Pour les progressistes la création de valeur ne peut se limiter aux bénéfices et à la distribution de dividendes immédiats mais doit intégrer des critères tels que la qualité de la politique d’embauche (1er emploi, diversité, parité, CDI), la progression des salaires, l’évolution des carrières, la formation continue et les partenariats avec l’université, la qualité des relations sociales, la démarche environnementale. Ces critères peuvent et doivent être d’autant mieux respectés que les entreprises sont rentables et positionnées dans des domaines à forte valeur ajoutée. 

Impulser le goût  d’entreprendre  

C’est au niveau national et européen que résident les clés d’une impulsion du goût d’entreprendre et d’une prise de risque collective (entrepreneurs, système bancaire, collectivités régionales et locales…) favorisant le développement d’un tissu d’entreprises innovatrices.

Ceci passe par une régulation concertée entre parties prenantes autour de deux axes d’avenir : l’équité sociale et le respect de l’environnement. L’impulsion à donner passe d’abord par la formation et par le développement d’une culture de projet dès l’école grâce à un dialogue et un travail en commun entre enseignants et entreprises dans le respect de l’indépendance de chacun des acteurs. 

Une telle approche suppose une réforme fiscale et des aides fondées sur la modularité et assises sur des critères transparents comme que la taille, le secteur, le stade de développement et la création de valeur définie ci-dessus. Il s’agira de faciliter le parcours global du porteur et du développeur de projet, de simplifier le dispositif d’aides aux entreprises, de créer un relais permettant aux PME de savoir à quel type d’accompagnements qualitatif (technopole, pépinières d’entreprises, clusters) et quantitatif (capitaux propres, subventions, prêts, garanties) elles peuvent accéder et quel est le processus à suivre 

Des critères de financement mieux adaptés  

Le développement d’un tissu performant de petites et moyennes entreprises ne saurait se concevoir sans une réforme des pratiques bancaires et financières, incluant la création d’un système d’octroi de crédits et des moyens de financements fondés sur des critères de type capital risque adaptés à ce profil d’entreprise. Ceci suppose par exemple la création et le développement de fonds PME et innovation portés par les collectivités territoriales (fonds de fonds régionaux et/ou fonds de co-investissement), en partenariat avec les acteurs financiers permettant de capitaliser les PME afin d’initier et de soutenir leur développement. Cette démarche de proximité favoriserait l’organisation d’une gouvernance financière à l’échelle des territoires et répondra aux besoins identifiés sur le terrain par ses acteurs. Un financement et un support régional donnerait une taille et une garantie suffisante permettant de lever des fonds au niveau européen (FEDER, BEI) et, permettrait du même coup aux citoyens (avertis[2] ou non) de prendre des participations au développement des PME de leurs régions, sous forme de private equity, investissement et technicité haut de gamme qu’il s’agit de démocratiser à l’ensemble des acteurs économiques. 

Développer une culture financière axée sur la création de valeur 

On ne saurait développer une culture de projet sans promouvoir une culture financière, ni sans mettre le  développement de l’entreprise au cœur du système bancaire de ce point de vue une certaine confusion demeure dans le grand public entre finances et spéculation. Comment développer l’entreprise  sans les moyens financiers qui font le plus souvent défaut non seulement aux créateurs de nouvelles entreprises mais aussi à ceux qui veulent passer de la petite à la moyenne entreprise ? 

Enfin, de même que les progressistes promeuvent la sécurisation des parcours professionnels pour les salariés, il leur revient de proposer de nouveaux moyens pour sécuriser les preneurs initiaux de risques des entreprises innovatrices.

 En se mettant en position de proposer un nouveau pacte afin de permettre aux porteurs de projet et aux vrais entrepreneurs de se développer, d’innover, et de rentabiliser leurs investissements, le camp des progressistes devra  se montrer un partenaire des entreprises véritables créatrices de valeur dont notre pays a besoin.

 Par D&E


[1] Curieusement la crise financière actuelle fait ressurgir l’appel à l’Etat par ceux là même qui le vilipendaient il y a peu, près à demander la nationalisation des pertes au frais des contribuables !

[2] Business angels : personne physique qui investit une part de son patrimoine dans une entreprise innovante et qui, en plus de son argent, met gratuitement à disposition de l’entrepreneur, ses compétences, son expérience, ses réseaux relationnels et une partie de son temps

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