Bâle III : le bal des promesses perdues

Par Vincent Paes

Encore une fois, la finance s’autorégule. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que le verdict du Comité de Bâle n’ait pas suscité tout le remue ménage que la presse espérait. Les marchés ont même accueilli avec soulagement l’annonce de la multiplication par plus de trois des exigences de fonds propres imposées aux banques.

Le comité de Bâle a retenu un ratio Tier 1 d’au moins 7%. Ce relèvement reste inférieur à ce qu’attendaient certains (entre 8 % voire jusqu’à 10%). Selon Dominique Strauss-Kahn, président du FMI, « Bâle III va dans la bonne direction. Il y avait un besoin absolu de remodeler les règles du secteur financier. Cela était »plus important que les effets négatifs potentiels sur la croissance ».

Selon Nout Wellink, président du comité de Bâle et membre du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne, les banques auront besoin de plusieurs centaines de milliards d’euros de capitaux supplémentaires après l’accord dit de Bâle III sur le durcissement des règles concernant leur fonds propres. Mais l’impact sur les résultats des banques devraient être limités. En effet, ces dernières ont eut le temps de voir venir cette réforme. Entre le début des discussions et la décision finale, il se sera écoulé pas moins de huit ans. La plupart d’entre elles pourront autofinancer leurs besoins de fonds propres supplémentaires. Pas d’augmentations de capital coûteuses en vue. Ouf ! Les meubles sont saufs.

Néanmoins, cette mesure impactera tout de même le secteur bancaire. En effet, qui dit plus de fonds propres dit rentabilité plus faible. Un véritable gros mot pour le secteur financier. Il est donc certain que les banques réorganiseront l’ensemble de leur activité afin d’améliorer leur rentabilité. Contrairement à celui du football, le mercato financier est loin d’être fini. Selon, François Vidal, éditorialiste aux Echos, cela aboutira « à plus long terme à un renchérissement du coût de crédit ».

Des pièces d’un puzzle qui ne s’emboîtent pas

Malheureusement, cette mesure ne suffira pas à prévenir, ni même à juguler, la prochaine crise.
Néanmoins, avec cette réforme, qui vient s’ajouter à d’autres, le puzzle de la nouvelle régulation financière mondiale commence à prendre forme. Reste à savoir si les différentes pièces du puzzle sauront s’emboiter afin de créer un cadre réglementaire capable de réguler la finance mondiale. Pas sur.

Le travail est loin d’être fini. Si rien n’est fait, Bâle III ne sera qu’une promesse perdue de plus. Pour que celle-ci devienne efficace, deux grands chantiers doivent encore être menés. Le premier concerne les règles comptables : sans valorisation crédible des actifs, pas de sécurité financière. Le second porte sur le risque systémique. En novembre prochain, le Comité de stabilité financière devrait imposer de nouvelles contraintes aux plus grandes banques.

Et il faut également espérer que le champ de ces règles ne se limitera pas au seul secteur bancaire. Car, en réduisant la liberté d’action des banques, il y a fort à parier que de nouveaux acteurs émergent. Ces nouvelles entités, peu ou pas régulées, prospéreront et spéculerons. Elles porteront en elles les germes de la prochaine crise systémique. Une supervision sévère et efficace est nécessaire dès aujourd’hui.

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La Chine envahit l’Afrique

Par Vincent Paes

2010 marque le 60e anniversaire de la politique chinoise d’aide à l’Afrique. En 2009, la Chine a signé pour près de 9 milliards d’euros de prêts à taux préférentiel en faveur des pays africains. A elle seule, la Banque d’Import-export de Chine a soutenu 325 projets pour un montant total de 6,7 milliards d’euros. La Chine devrait également signer, avant la fin de l’année, des accords d’annulation de dettes avec certains pays africains. Au niveau éducatif, la Chine prévoit de construire, d’ici trois ans, quelques 56 écoles sur le continent africain.

Mais la coopération de la Chine avec le continent africain ne se limite pas aux aides. Au cours de la cérémonie de clôture du forum sino-africain sur l’agriculture, la Chine a montré sa volonté de développer les échanges agricoles avec l’Afrique. Mais, dans le domaine des matières premières, la Chine a néanmoins encore beaucoup de retard. En 2009, l’importation de matières premières en provenance d’Afrique atteignait 23 milliard de dollars pour l’Europe. Pour la Chine, ce montant ne dépassait pas les 9 milliards de dollars.

La Chine investit massivement en Afrique. Longtemps considéré comme un mythe, cette affirmation ne fait plus aucun doute. Le commerce entre la Chine et le continent noir a été multiplié par vingt depuis 1997. En 2008, le montant du commerce entre la Chine et l’Inde avait atteint 107 milliards de dollars.

Les investissements chinois permettent de développer les infrastructures

Aujourd’hui, la Chine y réalise 10 % de ses Investissement directs à l’étranger (IDE) et y consacre la moitié de son aide au développement. Les projets chinois en Afrique concernent principalement de routes, de ports et de mines. Les pays africains semblent satisfaits de cette situation bien que l’empire du milieu s’intéresse plus particulièrement aux pays riches en matières premières, comme l’Algérie, le Nigeria ou encore le Soudan. Ces trois pays attiraient un tiers des investissements provenance de la Chine.

Et pour cause, il s’agit d’une aubaine pour des pays africains qui manquent cruellement d’infrastructures. « Nous avons des besoins de financement énormes à ce niveau », assure Athanase Matenda Kyelu, ministre des Finances de la République démocratique du Congo. Mais le revers de la médaille n’est pas loin.

Le FMI se méfie

Le taux d’intérêt auquel le prêt est remboursé est plus risqué. C’est notamment cet aspect qui inquiète les institutions financières. « Il faut toutefois s’assurer que les taux d’intérêt pratiqués ne remettent pas en cause la maîtrise de la dette des pays destinataires » précise Dominique Strauss Kahn, le président du FMI.

Le déferlement de financements chinois fait craindre le pire pour la situation budgétaire des économies africaines, alors que les bailleurs traditionnels s’efforcent de réduire la dette africaine. Les pays occidentaux auraient-ils peur que la Chine viennent marcher sur leur territoire ?

La solidarité internationale, dernier rempart à la contagion ?

Par Vincent Paes

« Nous sommes là pour aider les Grecs. Si on ne les aide pas, ils vont être dans une situation insoutenable. Je ne dis pas que si on les aide, ce sera facile. Ce sera difficile. Il faut que les Grecs aient présent à l’esprit que le redressement de leurs comptes publics, après plusieurs années de dérapages inconsidérés, va être pénible et difficile. Mais il n’y a pas d’autre solution pour en sortir. Croire qu’il suffit de congédier le médecin, lorsqu’il prescrit des remèdes désagréables, pour ne plus être malade, serait une illusion totale.

J’ajoute que les ressources prêtées proviennent des contributions des autres pays. Si nous prêtons à la Grèce, il y aura ainsi une contribution de très nombreux pays, y compris de pays assez pauvres. La solidarité internationale repose sur l’idée que chacun des membres de la « coopérative » fait les efforts nécessaires, à la demande des autres. Dans les pays où l’opinion publique est plus consciente de cela, les programmes du FMI (Fonds monétaire international) se déroulent bien, et ils sont plus efficaces » a déclaré Dominique Strauss Kahn, le président du FMI lors d’un entretien accordé à La Tribune.

Après les banques, les Etats

Alors que la situation sociale et politique se durcit en Grèce, les marchés financiers craignent que la crise de la dette se propage aux autres pays du PIIGS (Portugal, Irlande, Italie, Portugal et Espagne). Première victime, le Portugal, sa note à long terme a été abaissée de deux crans, de A + à A -.

Une décision qui devrait ajouter à la pression que subit le pays sur le marché de la dette. Jusqu’alors jugés intouchables, les États commencent à trembler. Après les banques, c’est à leur tour de craindre un effet domino. Malgré ses tentatives, le FMI semble impuissant à régler le problème sans le soutien de l’Europe et de l’Allemagne. Comme pour les banques, la solution est de renflouer le système. Mais qui pourra le faire ? C’était les États qui avaient soutenu les banques. C’est peut être au tour des banques de jouer les héros. Un juste retour des choses et une manière de redorer leur blason. On peut toujours rêver.

FMI :Trois petites taxes et puis s’en va…

Par Vincent Paes

 

Alors que Goldman Sachs est en plein combat judiciaire, le secteur financier s’enfonce un peu plus dans une crise existentielle. Une remise en cause du système devient de plus en plus nécessaire. Malheureusement, pour le moment, les gouvernements et les institutions ne semblent connaître que le mot « taxe » alors qu’une meilleure régulation serait tout aussi efficace.

Le coût des aides bancaires s’élève à 3 % du PIB

Après la France, l’Angleterre et les Etats-Unis, c’est au tour du Fonds monétaire international (FMI) de mettre la pression sur le secteur banquier. Dans un rapport remis aux ministres des Finances du G20, l’institution internationale propose l’instauration de deux taxes afin de renforcer la stabilité du système financier et de soutenir le remboursement des aides accordées aux banques par les gouvernements durant la crise.

Aujourd’hui, l’heure est aux comptes. A l’heure où tout le monde se demande qui devra payer l’addition, le FMI souhaite que les banques contribuent à l’effort collectif. Un effort pas si collectif que ça, puisque, selon le FMI, le coût budgétaire du soutien apporté au système financier s’est élevé, en moyenne, à 3 % du Produit Intérieur Brut (PIB) des pays du G20. Ce montant est même monté jusqu’à 5 % pour les pays les plus touchés.

Les taxes proposées par le FMI ne résolvent rien

La première taxe, appelée « contribution de stabilité financière », aurait pour objectif de couvrir le coût d’un nouveau sauvetage en cas d’une nouvelle crise. Le taux n’a pas été encore déterminé. Le FMI estime que cette taxe devrait être calculée sur le bilan des institutions. Les sommes seraient versées dans un fonds spécifique créé à cet effet ou directement au budget de l’Etat. Autrement dit, cette taxe n’est rien d’autre qu’une assurance. Mettez de l’argent de côté ; en cas de coup dur, on vous le donnera. En d’autres termes, cela incitera les banques à prendre des risques puisqu’elles se savent couvertes.

Par la suite, l’institution multilatérale veut mettre en place une seconde taxe sur les activités financières. Cette dernière serait basée sur le montant des profits et des revenus des institutions financières. Selon le rapport, une taxe de 2 % pourrait rapporter, au Royaume-Uni, 0,2 % de PIB.

Paroles, paroles, encore et toujours des paroles

Malheureusement, le FMI a indiqué qu’il était contre la taxe Tobin. Il estime que « ce n’est pas le meilleur instrument pour financer un mécanisme de résolution des crises bancaires. Cette taxe n’affecte pas la source principale de l’instabilité financière ». Pourtant, les chiffres qu’il avance sont plutôt persuasifs. Ainsi, un simple point de base sur les transactions d’actions, d’obligations et de produits dérivés rapporterait 200 milliards de dollars par an. Une taxe de 0,5 point de base sur les transactions au comptant et à terme sur les quatre devises principales permettrait de lever entre 20 et 40 milliards de dollars par an.

Mais que les financiers se rassurent, ces taxes sont encore loin de voir le jour. En effet, pour qu’elles soient mises en place, il faudra d’abord arriver à un consensus entre les différents pays. Encore une fois, ce ne sont rien que des mots.

 

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