La Banque Mondiale se lance dans la bataille anti-corruption

Par Dominique Guizien

Cela fait déjà quelques années que la banque Mondiale s’est dotée d’instances internes de prévention de la corruption, Conseil des sanctions et Vice-président en charge de l’Intégrité, mais cela ne semble pas suffire pour endiguer cette vague d’immoralité qui envahit de nouveau le monde des affaires.

Pour aller plus loin, la Banque Mondiale parie sur la communication et la transparence. Tout d’abord en donnant plus de publicité à ses propres décisions en matière de sanctions :

http://web.worldbank.org/WBSITE/EXTERNAL/ACCUEILEXTN/NEWSFRENCH/0,,contentMDK:23067188~pagePK:64257043~piPK:437376~theSitePK:1074931,00.html?cid=EXT_BulletinFR_W_EXT

La BM espère ainsi bâtir un corpus réglementaire qui servira d’étalon pour toutes les institutions qui comme elle ont décidé de mettre un terme ou au moins d’essayer d’enrayer cette gangrène des économies mondiales, développées ou moins développées.

En second lieu, en pariant sur les nouvelles technologies et le formidable levier qu’elles représentent pour faire bouger rapidement les opinions :

http://blogs.worldbank.org/meetings/fr/la-technologie-aide-combattre-la-corruption?cid=EXT_BulletinFR_W_EXT

Transparence ? Manifestement la BM a compris le message que lui avait envoyé la société civile puisque la principale ONG en matière de lutte anti-corruption ne s’appelle-t-elle pas justement “Transparency International” .

On peut toutefois se demander pourquoi la Banque Mondiale ressent le besoin d’être soudain aussi active dans ce domaine.  En effet quelques livres parus il y a quelques années nous disaient déjà que la corruption, la tricherie et le contournement des règles sont depuis longtemps intégrés dans le schéma de management des grands groupes. Serait-ce que les choses s’aggravent depuis que la crise se mondialise?

Et pendant ce temps-là, en France, les juges s’acharnent à mettre en examen  à tour de bras dans des dossiers de vente d’armes et la France vient de rétrograder à la 25° place mondiale dans le classement de “la perception de la corruption” que publie justement T.I.

La compétitivité de l’économie passe par un regard nouveau sur les entreprises

D&E

 

Le CESE a rendu un avis récemment sous le titre « la compétitivité : en jeu d’un nouveau modèle de développement. Il y fait 13 propositions.

A. Certaines sont d’un grand classicisme et nous pourrions y souscrire sans discussion :

L’État stratège de la réindustrialisation,

Des infrastructures en liaison avec les territoires à moderniser,

Renforcer l’attractivité des métiers scientifiques,

Consolider le tissu économique et notamment porter une grande attention aux entreprises de taille intermédiaire,

Renouveler le cadre de financement des entreprises, notamment des PME

B. D’autres sont plus innovantes et rejoignent nos propres réflexions :

Pour une croissance durable : au niveau de l’entreprise, cela rejoint les positions que nous avons prises sur le développement de la RSE au-delà du petit cercle qui y sont astreintes par la loi. Ce que cela induit en termes de stratégie économique sera abordé plus loin.

La gouvernance des entreprises : associer les salariés à la gouvernance est sûrement un objectif que nous partageons en allant jusqu’à la participation aux instances dirigeantes. Il ne faudrait pas pour autant oublier les autres parties prenantes qui doivent d’une façon ou d’une autre trouver leur place dans la gouvernance des entreprises à partir d’une certaine taille.

C. D’autres enfin ont le mérite d’ouvrir le débat :

Vers un nouveau partage de la valeur ajoutée ? L’option proposée par cet avis est soit l’intéressement, soit les primes, étant entendu que les « rémunérations obscènes » sont bannies. Cela semble exclure donc une réflexion sur une politique salariale différente dans les entreprises ou la prise en compte de la proposition faite naguère d’une autre répartition du bénéfice entre les salariés, les actionnaires et l’entreprise. Le modèle des coopératives est à analyser et en outre cela répond en partie à la proposition faite par le CESE d’accroître les fonds propres par une modulation de la fiscalité des bénéfices réinvestis.

De nouvelles spécialisations à soutenir

La R&D à renforcer : voici deux thèmes que le CESE pose et dont la résolution ne peut se faire indépendamment de la réponse qu’on apporte à la question du contenu en terme macro-économique du concept de « développement durable ». La question de la transition écologique de l’économie est en effet d’abord une question de prise de conscience, ensuite une question de rythme. Même si la première question est supposée résolue, la nature et l’intensité des mutations à accomplir sont au coeur du débat actuel. C’est d’ailleurs à cela qu’on constate que l’État ne joue pas actuellement son rôle de stratège.

Le rôle essentiel de l’apprentissage et de la formation continue : Certes, nous sommes tous convaincus que la formation en alternance peut constituer un formidable tremplin pour une partie de la jeunesse et favoriser son intégration rapide dans la vie active. Mais prendre la question par un seul bout, le début, ce n’est traité le problème qu’en partie. En prenant toutefois soin de parler également de formation continue, le CESE ne ferme toutefois pas le débat sur ce qui est vraisemblablement la meilleure voie pour valoriser au mieux notre potentiel humain : la sécurisation des parcours professionnels et la formation tout au long de la vie.

Allier stabilité et évolution de l’environnement fiscal et social Dans cette proposition, le CESE a fait le choix de lier la question d’un haut niveau de protection sociale et les modalités de son financement en évoquant des pistes qui manifestement font débat dans la société : renforcement de la CSG , cotisation assises sur la valeur ajoutée, transfert d’assiette des salaires vers les ressources naturelles et les échanges financiers et la « TVA sociale ». C’est ici évidemment le coeur du débat sur la politique fiscale vis-à-vis des entreprises.

Pour une véritable politique industrielle européenne : En réduisant la politique industrielle actuelle de la Commission à une application dogmatique de la « politique de la concurrence », le CESE adopte une position caricaturale et esquive de fait le débat de fond. Pour qu’il y ait politique industrielle, il faut qu’il y ait une gouvernance économique renforcée. L’échec de la stratégie de Lisbonne en est l’illustration en creux.

 


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