COMMENT ÊTRE DE PLUS EN PLUS IRRESPONSABLE EN ÉTANT DE PLUS EN PLUS RESPONSABLE ?,

Par William Bourdon et Yann Queinnec

La nouvelle doxa des agents du marché est maintenant bien connue.

Elle se décline en mille liturgies à travers le monde pour nous convaincre – c’est-à-dire nous les consommateurs mais aussi les actionnaires, les fonds de pension, les décideurs – que l’avenir de l’humanité sera d’autant mieux assuré que confiance sera faite aux agents économiques. Les partenariats avec les ONG se multiplient avec les risques qu’ils comportent. Dans bien des cas, la précarité de certains acteurs de la société civile les conduit à accepter parfois naïvement une forme de privatisation rampante qui, à terme, peut fabriquer de façon occulte des formes d’autocensure. Cette privatisation de la société civile fait d’ailleurs écho à une privatisation de l’espace public, qui rappelle elle-même la marchandisation du monde.

Sont recrutées dans la société civile des têtes bien pensantes ; on profite de leur lassitude et de leur précarité pour les recycler et en faire des agents du développement durable qui, en croisant leurs anciens camarades de lutte, leur donnent envie de rejoindre cette panacée. La nouvelle religion planétaire est fondée sur un paradigme : la liberté d’entreprendre suppose le moins de normes possible, et celles-ci doivent être décidées en concertation avec les agents du marché. Ceux-ci seront d’autant plus invités à respecter ces nouveaux engagements qu’ils ne seront que volontaires, adossés aux codes de bonne conduite, aux chartes anti-corruption, etc. Toute cette nouvelle littérature humaniste qui nourrit les sites internet des fleurons du CAC 40 et des autres grandes bourses mondiales.

Co-responsables donc, les agents du marché, mais en même temps de plus en plus irresponsables. Lire la suite

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