Eric Verhaeghe, en désaccord avec le Medef, explique pourquoi il quitte ses fonctions de Président de l’Apec…

Par Thibaut Schepman

Il était président de l’Apec (Association pour l’emploi des cadres, organisme financé par une cotisation obligatoire des cadres) et administrateur de cinq autres organismes paritaires au nom du Medef. En désaccord avec le monde patronal, Eric Verhaeghe a décidé de quitter l’ensemble de ces fonctions. Dans Jusqu’ici tout va bien, un livre à paraître ce jeudi, l’énarque dénonce les orientations actuelles du patronat, qui n’aurait pas tiré les leçons de la crise économique. 

 Vous venez de quitter la direction de l’Apec et l’ensemble de vos mandats au Medef. Pourquoi avez-vous pris cette décision?

Depuis mon arrivée, j’ai tenté de réformer l’Apec. Je n’y suis pas parvenu, parce que les débats sur l’avenir de cet organisme sont entourés par une grande peur du changement. J’ai tiré les conclusions de cet immobilisme inacceptable, et j’ai donc pris mes responsabilités en quittant mon poste.

Pourquoi étendre, comme vous le faites dans votre livre, cette critique de la «peur du changement» à l’ensemble du monde patronal ?

La situation de l’Apec a pour moi été un révélateur de l’immobilisme du patronat français. Il propose beaucoup de réformes pour les autres mais n’est plus capable de se réformer lui-même. Il est impossible d’avancer, ni même de débattre sur les questions de fond, comme par exemple sur la question du paritarisme (mode de gestion des affaires sociales associant les syndicats et les organisations patronales, ndr). Aujourd’hui, le monde patronal est une force de conservatisme et non pas une force de progrès pour la société. Pourtant, après la crise que l’on a connue, j’estime qu’il est urgent de changer notre fusil d’épaule et de revoir complètement notre vision de l’économie. Malheureusement ce n’est pas le cas. J’interpelle donc le patronat: les élites actuelles ne doivent pas se comporter comme la noblesse de l’Ancien régime!

Sur quels thèmes souhaitez-vous que le Medef change de stratégie?

Pour sortir de la crise, le patronat propose les mêmes solutions que celles qui nous y ont menées! Il est par exemple dangereux d’appeler encore à diminuer le coût du travail, alors que les salariés ont déjà aujourd’hui du mal à joindre les deux bouts. On risque une augmentation de l’endettement des ménages mais aussi de la dette publique, puisque c’est l’Etat qui finance les abaissements de charge. Ce que je dis là est connu, je le montre dans mon livre où je m’appuie uniquement sur des rapports et des données accessibles à tous. Le monde patronal sait exactement que baisser encore le coût du travail mènerait à une nouvelle spirale de l’endettement et à une nouvelle crise, mais il n’en tire pas les conséquences et choisit de défendre ses intérêts,. Au contraire, il faudrait augmenter les salaires et réduire les exonérations d’impôts. C’est une question démocratique de première importance.

Jusqu’ici tout va bien, Editions Jacob-Duvernet, 19,90 euros

Publié la première fois sur 20mn.fr le 13/01/2011

Les politiques font de la Macro.Economie, le patronat fait de la Micro-Economie et nous, nous ne faisons plus d’économies!

Par Emile Domski (D&E)

Qu’entendons-nous au moment où on nous dit que le débat majeur en France est celui des retraites ?

Les « politiques » nous disent : 10% des retraites actuelles ne sont pas financées, l’équation n’est pas compliquée : soit on réduit le niveau des retraites, soit on augmente le taux de cotisation des entreprises et des actifs, soit on allonge la durée de cotisation, soit on fait un peu de tout cela. Et chacun de se « positionner » selon ces termes. Sarkozy : « On ne  réduira pas le niveau des retraites » ; Aubry : « On pourra envisager de repousser l’âge légal à 61 ou 62… »  avant de faire machine arrière sous la pression du Bureau National du PS. Elle ajoute bien qu’il faut favoriser l’emploi des seniors ! (Comment ?). Tous, y compris les syndicats de salariés: « Il conviendra de tenir compte de la pénibilité » (laquelle d’ailleurs ? celle des mineurs des Charbonnages d’il y a 40 ans ? celle des techniciens de France Telecom d’il y a quelques mois ?).

Les politiques ont oublié qu’ils ont cédé, en son temps, aux sirènes du patronat pour permettre le départ massif de salariés de plus de 55 ans (pour favoriser l’emploi des jeunes !) 

Le « patronat » reste discret, mais fait savoir, par les canaux habituels, que toute augmentation des charges serait une atteinte à la productivité et à l’emploi. On le croit, évidemment ! On sait assez comment la réduction de la TVA sur la restauration a permis une réduction du coût de la vie et une augmentation de l’emploi dans le secteur (sans parler de la régularisation des employés au noir et du paiement des impôts sur le chiffre d’affaires réel  incluant les règlement en espèces…) ! On sait assez la capacité du patronat français, notamment des grandes entreprises, à se servir des primes et subventions de tous ordres promues par des politiques sans vision comme autant d’effets d’aubaine. La plus grande inventivité du patronat consiste en l’aménagement de la retraite de ses dirigeants : il semble qu’il soit parfaitement conscient qu’une vie de labeur (pénible ?) doive être couronnée par quelque retraite « chapeau » votée par les conseils d’administration (voyez les rebondissements du cas Proglio). 

Pour remettre la balle au centre, nous évoquerons le régime très spécial de retraite de nos parlementaires (qui vont voter les aménagements à notre pauvre régime général). 

Et les experts : à parcourir un certain document du COR intitulé « Impact de la Crise sur le Système des Retraites », on retient l’idée que les retraités sont la catégorie favorisée dans la Société française, qu’elle est protégée des aléas, qu’elle est moins inégalitaire que les autres catégories et qu’elle pèse en fait sur la société tout entière et le rapport énonce les questions que cette situation pose, en n’indiquant comme voie d’avenir que la mobilisation pour l’emploi des seniors par report à 70 ans de la mise à la retraite d’office!
Et la création d’emplois? qui parle en France de la création d’activités? qui parle de l’élargissement de nos marchés (de l’emploi)?
Juste une réflexion: qui s’est dit, il y a dix ans, qu’il y aurait un marché de l’emploi important pour les jeunes français dans l’hôtellerie et la restauration en Grande Bretagne et qu’on pourrait l’investir? C’est presqu’aujourd’hui un « close shop » pour ceux qui sont familiers du syndicalisme anglais.
N’y a t’il pas, dans le cadre et les moyens de la coopération et du développement en France et en Europe, un « marché » pour les géologues, géophysiciens, hydroliciens, agriculteurs, nutritionnistes, médecins, enseignants, …jeunes et seniors, ingénieurs et techniciens, en Afrique au moins francophone.
Qui s’en charge ? Qui en parle ? 

Qui parle de la production massive d’emplois de service en France? On manque d’infirmières et de sage-femmes. Ah bon. Mais comment se fait-il que l’argent des cliniques de Marseille s’investit dans les programmes immobiliers de luxe à l’Ile Maurice? Qui est en charge?
Le Grand Paris, oui. Mais les embarras de la circulation et la couche d’ozone. Ah oui! Mais regardez la réaction des chauffeurs de taxis des aéroports devant l’innovation des motos-taxis! 

Et encore les restaurateurs qui doivent incessamment créer des milliers d’emplois après la baisse de la TVA.

Je crois, personnellement, que ce sont les rentes de situation en France qui stérilisent le débat et empêchent le progrès. La question n’est donc pas de sémantique: il s’agit de savoir si, pour faire avancer les idées que les uns et les autres peuvent avoir, il ne faut pas passer par une forme de  « nuit du 4 août » : abolissons les privilèges,  encourageons l’entreprise et le travail, permettons la création de richesse économique et sociale, taxons les rentes pour financer le développement et la solidarité. Qui s’en charge ?

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