Le développement durable, Triangle des Bermudes de la politique? Ou carré magique pour sortir de la crise?


Par Dominique Guizien (D&E)

Le développement durable ? Tout le monde est pour évidemment. D’ailleurs qui pourrait être contre, puisqu’avec le développement durable tout le monde est servi.

Ceux qui trouvent que l’Homme avec un grand H doit être au centre de tout sont satisfaits puisque “l’arête sociale” est là pour cela.

Ceux qui sont persuadés que seule l’efficacité économique est capable d’assurer à l’Humanité, avec un grand H, prospérité et paix durable sont satisfaits puisque « l’arête économique » est là pour cela.

Ceux enfin qui craignent tellement pour l’avenir de notre Planète, avec un grand P, qu’ils mettent au-dessus de tout, la préservation des milieux et des ressources naturelles sont également satisfaits puisque « l’arête environnementale » est là pour cela.

Et c’est justement cette unanimité autour de ce vocable, qui fonctionne comme un mot-valise, qui fait que le concept est inopérant politiquement. En effet, chacun, persuadé que le développement durable va dans le sens de ses souhaits et de ses intérêts, a donc tendance à tirer la couverture à soi et à déformer le beau triangle équilatéral. Voyons un peu comment cela fonctionne.

Le miroir déformant des intérêts divergents

Le schéma théorique qui décrit le mieux  le développement durable est un triangle équilatéral, qui se fonde sur l’hypothèse qu’il est possible de trouver un équilibre entre les trois exigences fondamentales : l’efficacité économique, l’équité sociale et la sécurité environnementale. De ce fait l’acceptabilité du schéma se fait lorsque le barycentre du triangle équilatéral est atteint. En géométrie plane, cela signifie que le développement atteint un point d’équilibre et donc d’acceptation par tous à l’intersection des trois médianes qui partent de chaque sommet du triangle pour aller couper le côté d’en face. Mais ceci n’est évidemment vrais que parce que nous avons posé l’hypothèse que chaque exigence fondamentale a la même importance pour tous.

Pour l’entrepreneur, en général et sauf exception, l’efficacité économique est l’impératif catégorique ; l’équité sociale est au mieux un des éléments de la négociation acceptée avec l’un des facteurs de production, le travail et au pire une variable d’ajustement ; et la sécurité environnementale une contrainte externe en général imposée par la puissance publique quand ce n’est par « la société civile ». Donc dans son optique, les trois facteurs n’ayant pas la même importance, le triangle va avoir tendance à se déformer de façon à ce que la barycentre se rapproche le plus possible de l’efficacité économique et le triangle va avoir de plus en plus l’air d’une pagode avachie jusqu’à ce que cela ressemble à un segment de droite à peine renflé.

De son côté, l’acteur social, l’humaniste, met au-dessus de tout l’équité sociale et le développement humain, l’efficacité économique n’étant au mieux qu’un moyen de satisfaire une partie des besoins matériels qui contribuent à ce développement, au pire une forme d’exploitation inacceptable ; et la sécurité environnementale un luxe que « nous ne pouvons pas nous permettre tans que les besoins vitaux ne sont pas satisfaits. Les mouvements de force fonctionnant de la même façon mais dans un sens différent notre pauvre triangle équilatéral se déforme de la même manière et nous voyons réapparaitre notre pagode toujours aussi avachie qui va se finir en segment de droite toujours aussi peu renflée mais ayant pivotée de 120°.

L’écologiste, ou l’environnementaliste n’est guère plus vertueux puisque pour lui la sécurité environnementale est la valeur cardinale ; l’efficacité économique est le plus souvent la cause de tous ses tracas, au mieux une contrainte qu’il faut sans cesse avoir à l’œil ; l’équité sociale est souvent l’alibi pour dire qu’on fait de la politique mais les jeu de forces jouant toujours leur rôle de distorsion, nous voyons rapidement que la pagode s’avachit de nouveau mais selon un angle différent, ayant pivoté encore de 120°.

Quand bien même l’un de nos protagonistes accorderait plus d’importance à l’un des deux autres facteurs, cela ne changerait rien à l’affaire, si ce n’est que la pagode s’avachissant deviendrait un éventail chinois qui lentement se referme.

Du triangle des Bermudes, rien n’est jamais revenu…

Et voilà pourquoi le triangle  du développement durable ressemble de plus en plus au triangle des Bermudes où disparaissent les unes après les autres les illusions dont nous bercent les politiques de tous bord qui, voyant que l’expression faisait florès, s’en sont emparés sans vergogne pour le tordre ensuite ainsi que nous venons rapidement de le décrire. Alors faut-il pour autant désespérer de faire prospérer ce concept qui a réussi à faire sortir le monde de sa vision à courte de vue ?

Certes non, mais…

 

 Et si le développement durable était un carré magique ? 

Essayons d’abord de poser le problème de manière la plus irréfutable possible.

Avec Pareto, à la recherche de l’équilibre

Nous savons que toute modification de l’équilibre ne sera acceptable que si chaque partie prenante a l’impression qu’elle est gagnante à chaque évolution du modèle. En mathématique, cela s’appelle une optimisation sous contrainte et nous avons appris des mathématiciens qu’il existe un moment où ces évolution arrivent à un optimum. Cela s’appelle l’optimum de Pareto qu’on peut définir ainsi : l’optimum n’est pas atteint tant qu’un avantage obtenu par l’une des parties prenantes se traduit par un désavantage au moins égal  pour une autre partie prenante ou si vous préférez, on atteint l’équilibre optimal de Pareto dés lors que tout avantage supplémentaire obtenu par une partie prenante se traduit par un désavantage supérieur pour au moins l’une des autres parties prenantes.

Comme nous le voyons, c’est une question mathématique que seuls les mathématiciens sont à même de résoudre. Tant qu’à résoudre des problèmes complexes, autant qu’ils s’attaquent à celui-là qu’à des algorithmes permettant de faire fonctionner de façon quasi automatique des salles de marché. Mais les mathématiciens n’ont pas à leur disposition les outils de mesure permettant d’alimenter leurs modèles.

NO PIB

En effet, nous sommes pauvres en outils de mesures simples et la tyrannie du PIB a un peu éclipsé tous les autres efforts pour trouver un moyen de mesurer le progrès humain. Une des premières étapes donc pour sortir le développement durable de ses antagonismes terribles est de donc de développer les outils statistiques permettant de rendre mieux compte de la réalité, des autres réalités que de la seule réalité économique. Les travaux menés  par la commission Sen-Stiglitz vont dans ce sens mais cela reste les réflexions d’un aréopage d’économistes. Mais supposons ce problème d’approvisionnement statistique résolu, nous ne serions pas pour autant au bout de nos peines. Il faudra encore faire travailler nos experts de l’optimisation sous contrainte et c’est là que nous nous heurtons à une question que jusqu’à présent nous avions soigneusement évité d’aborder : qui nous dira ce qui est un avantage supérieur ou un désavantage supérieur ?

La quatrième dimension : la démocratie

Dans une organisation politique comme celle où nous vivons et aspirons de continuer à vivre, ces questions sont au cœur du débat démocratique. La démocratie, la voilà la grande absente du schéma initialement décrit. En effet, sans démocratie, il est difficile de pouvoir trancher ce qui est bon et ce qui l’est moins, de faire la part des choix entre ceux qui vivent dans le court ou le moyen terme, ceux qui n’ont d’horizon que celui de leur propre durée sur terre et ceux dont la vision ne saurait se limiter à l’échelle du siècle. le débat démocratique est là pour nous eclairer en s’appuyant sur tout l’outillage dont la description a à peine été abordée dans le paragraphe précédent.

Cela voudra dire que nous passons d’un schéma à trois dimensions à un schéma en quatre dimensions. Peut-on, pour rester dans la phraséologie symboliste, alors parler d’un « carré magique » du développement durable ? Ne devrions-nous pas plutôt parler de pyramide du développement durable dont le sommet serait évidemment la démocratie ? Cela serait évidemment préférable.

ET en termes de durabilité, une pyramide, ça se pose un peu là !

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